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DU PONT Gratien. Cotroverses des sexes masculin & femenin. 

S.l. [Paris, Denys Janot], 1538. Trois parties en un volume in-16, maroquin rouge, triple filet doré, dos orné, tranches dorées (Reliure du XVIIIeme siècle).

9.800 €

Brun, p. 174. 

Très jolie édition illustrée de 103 figures à mi-page gravées sur bois, dont une en tête sur le titre de chaque partie. 

Recueil poétique d'une rare virulence misogyne, inspiré, semble-t-il, par le divorce mal vécu de l'auteur. Celui-ci a voulu y insérer tous les genres de poésie en vogue à la Renaissance, afin que les jeunes gens désireux d'apprendre la rhétorique puissent trouver des modèles sûrs. 

Membre du parlement de Toulouse, mort avant 1545, G. Du Pont publie dans sa ville, en 1534, la première édition de son ouvrage. Dans les ballades, rondeaux, virelais, chansons etc..., il raconte l'histoire des femmes célèbres par leurs crimes et vices ; et à la fin de son ouvrage, il donne la liste de pas moins de 150 auteurs grecs et latins "par lesquelz est confermé le dire de l'auteur" ; plus une dizaine de français, espagnols et italiens : le Roman de la Rose, la Célestine, la Malice des femmes de de La Salle... 

A la fin de l'ouvrage se trouve la Requeste du sexe masculin contre le sexe fémenin, fatras juridique et pédantesque dans le goût des Arrêts d'Amour de Martial d'Auvergne. 

Ravissant exemplaire, revêtu d'une jolie reliure en maroquin parfaitement conservée.

 

BOCCACE Jean. Des nobles malheureux.

Paris, Nicolas Couteau, 1538. In-folio, maroquin rouge, triple filet doré, dos orné à la grotesque, dentelle intérieure, tranches dorées (Reliure du XVIIIème siècle).

18.000 €

Brun p. 137.

Belle édition gothique de la traduction française de Laurent de Premierfait.

Le titre, en rouge et noir, est présenté dans un superbe encadrement gravé sur bois portant au bas une très belle scène de l'Adoration des Mages, en tête le Christ triomphant, et, sur les côtés, dans des médaillons, les Quatre Evangélistes. 

Le volume est illustré de six jolies vignettes sur bois de la largeur d'une colonne. 

Superbe exemplaire en maroquin ancien provenant des bibliothèques H. Yates Thompson (ex-libris), G. de Pixérécourt (ex-libris) et Lucien Graux (1958, n°29).

 

MAROT Clément. Les Œuvres… desquelles le contenu sensuit, L'adolescence Clementine, la Suite de l'Adolescence Clementine, deux livres d'Epigrammes, le premier livre de la Métamorphose d'Ovide. Le tout par luy autrement, & mieulx ordonné, que par cy devant. 

Lyon, François Juste [in fine], Imprimé à Lyon par Jean Barbou, 1539. In-12 maroquin bleu, jeux de filets dorés encadrant les plats, dos lisse orné de même, roulette intérieure, tranches dorées (Bauzonnet). 

25.000 €

Tchemerzine IV, 487. 

Première édition de Marot à foliation continue ; la Suite de l'Adolescence, les Epigrammes, et la Métamorphose ont des titres particuliers dans la pagination. Elle contient de plus que l'édition de 1538, une traduction française par "la belle Rubella" de l'épigramme de Nicolas Bourbon placé en tête de l'Adolescence, "qui paraît avoir échappé à tous les éditeurs modernes" (cat. Rothschild, n°607). 

"Cette édition précieuse et fort rare" (Brunet III, 1453) est imprimée en caractères gothiques avec des titres et des feuillets liminaires en lettres rondes ou italiques. 

Très bel exemplaire, grand de marges (122 x 80 mm), avec témoins, dans une élégante reliure de Bauzonnet. 

Cité par Tchemerzine et par Brunet, il provient des bibliothèques J.L.A. Coste (cat. 1854, n°775), Lignerolles (cat. 1894, n°900), Loviot, Moura (cat. 1923, n°230). Il a enfin figuré au catalogue La Bibliothèque d'un humaniste d'après les livres choisis dans les bibliothèques de Prosper Blanchemain et Alfred Péreire (cat. Maggs, n°331). 

C'est sans doute, avec l'exemplaire Rothschild qui vient des bibliothèques Yemeniz, Quentin Bauchart et La Roche-Lacarelle, un des plus beaux exemplaires que l'on puisse trouver de ce livre important et rare.

Une rarissime impression du "Christ de la pensée libre

 

GALIEN. L'Anatomie des os du Corps Humain. Nouvellement traduite de latin en français, par monsieur maistre Jehan Canappe Docteur en Medecine. 

Lyon, Etienne Dolet, 1541. In-12, maroquin rouge, dos à nerfs, triple filet intérieur doré.

7.500 € 

Longeon. Bibliographie des œuvres d'Etienne Dolet, n°42. 

Edition originale d'une très grande rareté de cette traduction , rééditée la même année par Denys Janot. 

Etienne Dolet (1509-1546), né à Orléans, fut une des lumières de la Renaissance et une des gloires de la typographie. "La rareté de ses ouvrages est cause qu'on l'a peu à peu mis en oubli" (Larousse du XIXème siècle). Editeur notamment de Rabelais et de Clément Marot, dénoncé comme hérétique à la sainte inquisition, gracié par François Ier, il fut à nouveau condamné le 2 août 1546 par la Faculté de Paris à être pendu et brûlé ensuite avec ses livres. L'arrêt reçut son exécution le lendemain, 3 août, en place Maubert. Surnommé le "Christ de la pensée libre" par son biographe J. Boulmier, Dolet, âgé de 37 ans, alla au bûcher en versifiant un jeu de mots sur lui-même et sur la foule qui semblait s'apitoyer sur son sort : 

Non dolet ipse Dolet, sed pia turba dolet

"Ce n'est pas Dolet qui s'afflige, mais la foule généreuse

Dans sa préface, Dolet nous indique ce qui l'a poussé à imprimer cet ouvrage : "Congnoissant que la chirurgie ne se peult exercer, comme il appertient, sans l'anatomie, pour ceste cause j'ay voulu traduire ce present livre (…), il fault premierement apprendre la nature des os : secondement des muscles". 

Bel exemplaire grand de marges, avec toutes les manchettes intactes.

 

CORROZET Gilles. L'Hecatongraphie. C'est à dire les descriptions de cent figures & hystoires. 

Paris, Denys Janot, 1543. In-8, maroquin rouge, triple filet doré, dos orné, dentelle intérieure, tranches dorées (Hardy).

13.500 € 

Un des plus ravissants et des plus précieux livres illustrés français du XVIème siècle. 

Il est orné de 100 gravures au trait dans des encadrements d'arabesques. 

"Les plus nombreuses sont exécutées au simple trait, avec une suprême élégance marquant nettement l'influence de Tory" (Brun, p.160). Les encadrements offrent quatre dessins différents qui se répètent. 

Ce petit volume est très rare du fait de l'usage qui en a été fait. En effet, dans une épître Aux bons espritz et amateur de lettres, Gilles Corrozet indique : 

Ainsi pourront ymagers et tailleurs,

Painctres, brodeurs, orfèvres, esmailleurs,

Prendre en ce livre aulcune fantaisie,

Comme ils feroient d'une tapisserie 

Ce qu'Emile Picot commente ainsi : "ce passage nous montre quelle était la destination de ces recueils d'emblèmes que les imprimeurs de Paris et de Lyon faisaient graver à si grands frais ; il explique en même temps leur extrême rareté, les artisans qui s'en servaient comme de modèle les ayant promptement détruits" (cat. Rothschild n°640). 

C'est ici la troisième édition de ce livre qui, selon Brunet est plus belle que celle de 1540. Le tirage en est en tout cas excellent et c'est cette édition que l'on trouve dans toutes les grandes bibliothèques.

Très bel exemplaire des bibliothèques Firmin Didot, Fairfax-Murray (II, 640) et Brunschwig (n°378).

 

MAROT Clément. Les Œuvres. Plus amples & en meilleur ordre que paravent.

Paris, Jean Ruelle, 1548. In-16, maroquin rouge, triple filet doré, dos à nerfs orné, dentelle intérieure, tranches dorées (Duru, 1860).

2.800 €

Tchemerzine-Scheler IV, 500.

Jolie et rare édition imprimée en caractères italiques.

Suivant l'édition donnée à Paris par Denys Janot cette même année 1548 elle présente un texte rajeuni où sont ajoutés le Second livre de la Métamorphose d'Ovide, l'Histoire de Léandre et Héro et les Cinquante-deux psaumes de David (avec un titre séparé).

Bel exemplaire.

 

Le premier ouvrage sur les poissons 

BELON Pierre. La nature & diversité des poissons, avec leurs pourtraicts, representez au plus près du naturel. 

Paris, Charles Estienne, 1555. In-8 oblong, maroquin rouge, triple filet doré encadrant les plats, dos lisse orné, dentelle intérieure, tranches dorées (Reliure du début du XIXème siècle).

8.800 € 

Brun, p. 119 (qui ne compte que 180 bois) ; Nissen, Schöne Fischbucher (ne donne que 184 bois). 

Edition illustrée de 192 figures sur bois dans le texte dont une représente un monstre marin ayant l'aspect d'un moine dont s'est inspiré l'auteur du Recueil de la diversité des habitz en 1562. 

Cette édition est considérablement augmentée par rapport à la première édition, L'Histoire naturelle des estranges poissons marins, paru en 1551, qui formait un petit traité de 55 feuillets et n'était illustré que de 20 bois.

La grande nouveauté de ce livre vient de l'importance accordée à l'observation et surtout de l'utilisation d'images à des fins d'identification des animaux. Belon critique les représentations fantaisistes de certains auteurs et propose les "vraies images" du dauphin afin qu'il soit "connu de tous". 

L'illustration est parfois attribuée au peintre parisien Pierre Gourdelle qui a illustré L'Histoire de la nature des oiseaux de Belon. C'est le premier et l'un des plus importants livres d'ichtyologie. 

Bel exemplaire agréablement relié en maroquin.

 

APULÉE. De l'Ane dore, XI Livres. Traduit en françois par I. Louveau d'Orléans, & mis par chapitres & sommaires, avec une table en fin.

Lyon, Jean Temporal, 1558. In-I6, maroquin vert, encadrement à froid et armoiries dorées au centre, dos lisse orné à froid, tranches dorées (Reliure du début du XIXème siècle).

2.300 € 

Jolie édition imprimée â Lyon par Nicolas Perrineau pour Jean Temporal, ornée de 31 figures gravées sur bois dans le texte. 

Non citée par Baudrier, qui signale, sans les avoir vues, la première de 1553 publiée par Temporal, et les deux suivantes de 1559 et 1571. 

Charmant exemplaire en maroquin, aux armes de Pierre-Adolphe du Cambout, marquis de Coislin (1847, n° 280). 

De la bibliothèque du marquis de Biencourt, avec ex-libris gravé du XIXème siècle.

 

MUTIO Justin. Le Combat, avec des réponses chevaleresses, traduit nouvellement d'italien en françois par Antoine Chappuis Dauphinois.

 Lyon, Guillaume Roville, 1561. In-4, maroquin rouge, fleuron central à froid, fleuron au dos, doublure de maroquin fauve ornée d'un important décor d'encadrement à entrelacs et de feuillage dessiné au filet, tranches dorées sur marbrure (Belz-Niédrée).

4.500 €

Edition originale de la première traduction française de "Il Duello e Riposte cavalleresche" (Venise, Giolito, 1550), célèbre code du duel qui fut autorisé pendant tout le seizième siècle, même après que le Concile de Trente eut condamné, en 1563, les "destabills duellorum usus, fabricante diabolo..." 

Mutio avait appris l'art du duel à la cour de Maximilien 1er et auprès du prince Ferrante Gonzaga. Dans "Il Duello" (Le Combat), il s'attache à trouver les moyens de régler les différends sans avoir recours à l'épée ; dans "11 Riposte cavalleresche" (Les Réponses chevaleresques), il répond aux critiques que lui adressèrent certains nobles sur sa conception du duel. "Mutio was the great authority on all the questions of honour. His study was to find means of settling disputes without the intervention of the sword" (Cockle. Military Books, n°879, qui cite l'originale italienne : "very rare" et mentionne l'édition française qui n'est pas citée par Baudrier et ne semble pas plus courante).

Superbe exemplaire dans une reliure doublée de Belz-Niédrée à grand décor inspiré du XVIème siècle.

Un des chefs d'œuvre de l'Ecole de Fontainebleau

 

THIRY Léonard. Livre de la conqueste de la Toison d'or par le Prince Jason de Tessalie : faict par figures avec exposition d'icelles.

Paris, 1563. In-folio oblong, demi basane à coins, tranches rouges (Reliure du XVIIIème siècle).

35.000 €

Cat. Harvard, n° 520 ; Peter Ward Jackson. Some Mainsttearns and Tributaries in European Ornaments from 1500 to 1750 (1967, pp. 10-13). 

Une des plus précieuses et des plus rares suites, composée de vingt-six estampes, dues à l'un des principaux graveurs de l'école de fontainebleau. 

Les gravures sont l'oeuvre de René Boyvin "un des plus considérables et des plus anciens graveurs au burin dans la grande manière qu'ait eue la France au XVIème siècle ; il était assez bon dessinateur et grava aussi à l'eau--forte... A l'époque où il mit au jour ses productions, il n'y avait pas encore de graveurs en lettres de profession qui s'occupaient de revêtir les estampes des inscriptions qu'elles devaient porter, et force était alors aux artistes de se suffire à eux-mêmes ; et, comme l'ont constamment pratiqué Jean Duvet, Pierre Woeriot, Jean Cousin, Etienne Delaune, Jacques Androuet du Cerceau, René Boyvin traça lui-même, et de sa propre main, les inscriptions qu'on lit sur ses estampes" (Robert Dumesnil VIII, 13 et 55)-. 

Né à Angers, René Boyvin travailla uniquement pour Pierre Milan entre 1547 et 1551 puis fonda son propre atelier. En 1553-1554, il termina plusieurs œuvres inachevées par Milan, dont Clélie et La Nymphe de Fontainebleau. Il fut un des principaux graveurs qui contribuèrent à la diffusion de l'œuvre des artistes de Fontainebleau (voir Jean Levron. René Boyvin, graveur angevin du XVIème siècle, Angers, 1941). 

René Boyvin éxécuta ses eaux-fortes d'après Léonard Thiry, à la fois peintre, aquafortiste et buriniste et Dominique del Barliere, stucateur, peintre et excellent graveur au burin. 

"Les dessins que Thiry fit pour le Livre de la conqueste de la Toison d'or, gravés par Boyvin, adaptent le récit épique à une série de vignettes cernées dans des bordures décoratives fleuries dérivées du travail de Rosso pour la Galerie François Ier" (La gravure française à la Renaissance, cat. expo. B.N, 1995, p. 309). 

La suite de la Toison d'or est "du meilleur faire de Boyvin". Elle se trouve ici dans l'état définitif avec les numéros.

Bel exemplaire, non lavé, et bien conservé en reliure ancienne à belles marges.

 

[MANUSCRIT] RONSARD Pierre de. Généalogie de la maison de Sanzay en Poitou.

Paris, mars 1569. Manuscrit in-folio sur vélin de 27 feuillets non chiffrés 364 x 272 mm (Reliure moderne en velours vert).

48.000 € 

Important manuscrit généalogique du XVIème siècle, contenant un poème inédit de Jodelle et une version inédite de "l'élégie des armoiries" de Ronsard. 

L'histoire du manuscrit 

En 1560, René II de Sanzay, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, gouverneur de Nantes, parent et favori du connétable de Montmorency, fit établir une généalogie par Jean Le Féron, historiographe de François II et avocat au Parlement de Paris : "Ce fut luy qui en l'an 1560 bastit avec Le Féron, Roy d'armes de France, qui luy mist en teste qu'il estoit issu des Comtes de Poitou, cette généalogie de la maison de Sanzay" rapporte Castelnau--Mauvissière dans ses Mémoires. 

Cette oeuvre ambitieuse qui exposait une filiation d'une durée inhabituelle suscita l'admiration. Outre une généa-logie fabuleuse qui courait sur cinquante degrés, le manuscrit, achevé en 1561, comprenait des contributions poétiques qui avaient frappé les contemporains. Sanzay "gentihomme sage, vaillant et expert aux armes, et de plus qui aimait les Lettres et l'Histoire", avait commandé des vers à la gloire de sa famille aux deux principaux poètes du temps, Ronsard et Jodelle. 

Le manuscrit ainsi que les pièces officielles ayant servi à son établissement, conservés par le procureur parisien des Sanzay, Jean Champhuon, furent volés en 1567, durant les troubles, en même temps que le château des Sanzay, en Poitou, était pillé par les troupes protestantes. Retrouvé récemment, le manuscrit a été mis en vente par Maggs à Londres en 1990, puis en 1994 a figuré au catalogue de la Librairie Pierre Bérès Des Valois à Henri IV. 

En janvier 1569, René de Sanzay et ses fils, dont René III le jeune, comte de Groix (né en 1531), furent autorisés à commander à Nicolas Fagot, huissier au Parlement et commissaire du roi Charles IX, une nouvelle version de ce document, mise à jour et établie sur les minutes officielles conservées par les fils de Le Féron. Cette nouvelle version, pourvue de l'autorisation royale, fut délivrée aux Sanzay le 15 mars 1569: on en connaît deux exemplaires, le nôtre et un autre manuscrit, conservé à la B.N.R (n.a.fr.3430). Une version plus tardive et moins belle, faite pour Charles de Sanzay, sous le règne de Henri III (après 1575), est conservée à la bibliothèque de l'Arsenal (ms 4958). Notre manuscrit est mentionné par La Croix du Maine dans sa Bibliothèque françoise (Paris, l'Angelier, 1584) dans la notice consacrée à Le Féron: "[la généalogie] se voit escrite à la main chez mesdits sieurs de Sanzay, faite par ledit Jean le Ferron l'an 1561". 

II passa à Anne de Sanzay, fils du commanditaire, qui épousa la veuve du baron de Penmarch, Marie de Tromelin. Le couple n'ayant pas eu d'enfants, il entra en possession des héritiers du premier lit, ainsi que l'indique une note de la fin du XVIème siècle (f. 25 v°) : "ce présent livre appartient à haut et puissant messire Vincent de Penmarch seigneur et baron dudict lieu". Conservé au début du siècle au château de Kerézelec, il fut signalé par René Doumic à Paul Laumonier qui s'en servit dans son édition critique des Œuvres complètes de Ronsard.

 Les poèmes 

Mais l'intérêt historique du manuscrit est surpassé encore par sa valeur poétique : il contient deux poèmes, de deux poètes majeurs de l'époque, Ronsard et Jodelle, soigneusement calligraphiés en lettres cursives, et ornés d'initiales rehaussées d'or. 

L'élégie de Ronsard 

La longue élégie de Ronsard retrace les origines mythiques de l'humanité, suivant Lucrèce et Virgile, puis celles de la noblesse militaire dont les armoiries constituent le rappel de la vaillance. Il célèbre l'ancienneté des Sanzay, qu'il rattache selon la légende familiale aux anciens comtes de Poitou. Rédigé en 1560, le poème fut publié pour la première fois dans les Trois Livres du Recueil des nouvelles poésies (Paris, Buon, octobre 1563, pp. 98-100). Le texte de notre manuscrit suit celui du premier manuscrit et est identique, à quelques détails près, à celui des manuscrits de la B.N.F. et de l'Arsenal, postérieurs. Il propose cependant plusieurs variantes importantes par rapport au texte imprimé de 1563, sans suivre les leçons de l'édition collective de 1567 dont il est indépendant : 

- Dédicace : A Monseigneur René de Sanzay /Comte de Groyx sieur de Saint Mar- / sault chevallier de l'ordre du Roy / son chambellan et conseiller ordinaire / Superintendant général des toutes les / fortifications. Colomnel et Capitaine /général des Bans et Arrière-bans de France / Pierre de Ronsard Gentilhomme / Vendosmoys / Salut.

[texte 1560-1563] : Elégies des Armoiries / A René de Sanzay, chevallier, / fils aisné de René Seigneur de Sanzay, Chevaillier Chambellan et Conseiller du Roy, Gouverneur et son lieutenant à Nantes.

- Les variantes du poème :

Dans le premier manuscrit comme dans le texte, la dédicace est adressée à René III de Sanzay, le fils aîné du commanditaire de la généalogie. Elle présente une forme différente dans notre manuscrit, où elle indique les titres et les offices acquis depuis 1560 (il est confirmé comte de Sanzay par Charles IX et nommé colonnel des bans et arrière-bans en 1567), ainsi qu'ils sont indiqués dans la notice consacrée au personnage. f.2.4 r°.

v. 24 : les rendoit vivement aux guerres animez / [1563] : les rendoit vivement aux armes animés

v. 26 : De mourir, que sauver / [1563] : De la mort, que sauver

v. 33 : Ou dedans son boucler / [1563] : Ou dessus son bouclier

v. 39 : Pour armes et blasons de leurs premiers ayeux / [1563] : D'armes et des blasons

v. 41 : pour suciter l [1563] : pour inciter

v. 66 : Dedans ce livre cy / [1563] : Dedans un livre tien

v. 69 : ta race / [1563] : ta ligne

v. 71-74 : Ta maison soit tousjours toute pleine d'honneur

La richesse tousjours et tousjours le bonheur

La puysse maintenir, Et tousjours puisse vivre

Avecques un Sanzay ung Ronsard en ce livre !

[1563] : Toujours puisse ta race augmenter en honneur

Et toujours ta maison soit pleine de bon-heur Illustre de vertu, et toujours puisse vivre Avecques un Ronsard un Sanzay dans ce livre

Cette leçon est particulièrement intéressante : le poème est un nouvel appel au mécénat des Sanzay, qui doivent précisément faire "vivre" Ronsard. Le dernier vers de la version imprimée apparaît donc comme une absurdité, qui sera corrigée selon la leçon du manuscrit dans les éditions imprimées postérieures de 1571 à 1584, toutes revues par Ronsard lui-même. René III de Sanzay poursuivit la tradition savante de sa famille : auteur d'un traité de l'Origine, dignité et devoir du Prince (manuscrits B.N.F fr. 14722-14724, et Arsenal 4902), il était lié à Scévole de Sainte-Marthe, à Pasquier qui lui adressa plusieurs lettres, et reçut de Du Verdier la dédicace de la Prosopogaphie (Lyon, 1572). Ce dernier le qualifia d' "Ami des Muses".

Le poème de Jodelle 

Ce poème commente l'emblème et la devise de René de Sanzay, une main tenant une croix entourée d'un triple rameau. Le poème est copié sans nom d'auteur. Le texte présente quatre variantes par rapport au manuscrit de 1560. La pièce a échappé à Charles de La Mothe qui présenta l'édition collective des oeuvres de Jodelle, publiées en 1574, posthumes. Il est resté inconnu de son éditeur moderne E. Balmas (Milan, 1965).

Le manuscrit original de 1560 comportait un second poème de Jodelle, intitulé De la noblesse. Ce manuscrit est le seul à contenir cette longue oeuvre inconnue de Jodelle, supprimée, ainsi que le nom même de Jodelle dans toutes les autres copies, sans doute à cause du discrédit dans lequel était tombé le poète, qui aurait même, semble-t-il, été condamné à mort en 1564.

L'illustration

Le manuscrit est abondamment illustré : outre les grandes armes de Sanzay et leur bannière, peintes à pleine page au début et à la fin du volume, il contient dans la partie généalogique 20 blasons doubles dans un cadre, 34 blasons doubles sans cadre, peints et rehaussés d'or. Le texte de Le Féron (f. 7 r°) est orné de deux marges richement enlu-minées de guirlandes de feuillages et de fleurs contenant un coq, une panthère et une étoile, la marge du bas comprenant l'écu des Sanzay. 

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