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Lun
01
Avr

Les collections ARISTOPHIL • 15 • Beaux-Arts • Écrits & correspondances de peintres par AGUTTES. LUNDI 01 AVRIL 2019 à 14h00

RÉSULTATS DE LA VENTE
De Bellmer à Vuillard, selon l’ordre alphabétique, de Delacroix à Lucien Freud selon la chronologie, c’est tout un monde de l’histoire artistique des deux derniers siècles qui revit à travers ce beau florilège de lettre et d’écrits de peintres. Comme une ouverture à la vente qui va suivre de tableaux et dessins, défile un bel ensemble de lettres illustrées : Degas, Gauguin,nToulouse-Lautrec, Friesz, Matisse, Calder, Villon, Picabia, Léger, Magritte, Dali, Chaissac ou Cocteau ; sans oublier quelques beaux livres illustrés par Buffet, Dali, Dubuffet et Lanskoy.

LIEU et date de la vente Drouot-Richelieu Salle 6. Lundi 1 avril 2019 à 14h00 - Renseignements et contact : Pauline CHÉREL Tél. +33 (0) 1 47 45 00 92 - E-Mail : cherel@aguttes.com - Commissaires-Priseurs : Claude AGUTTES, Président – Commissaire-Priseur et Sophie PERRINE - Responsable de la vente : Sophie PERRINE Commissaire-priseur habilité - Tél. +33 (0) 1 41 92 06 44 - E-Mail : perrine@aguttes.com

Exposition Drouot salle 5 et 6 : Samedi 30 et dimanche 31 mars de 11h00 à 18h00 - Le matin de la vente de 11h00 à 12h00 - Téléphone pendant l’exposition et la vente : +33 (0) 1 48 00 20 06

Expert : Monsieur Thierry BODIN, Syndicat français des experts professionnels en œuvres d\'art - Tél. : + 33 (0)1 45 48 25 31 - E-Mail : lesautographes@wanadoo.fr

Commissaire-Priseur :
AGUTTES
Société de ventes aux enchères
NEUILLY SUR SEINE
164 bis, Avenue Charles De Gaulles
92200 Neuilly-sur-Seine
Tél. : + 33 (0) 1 47 45 55 55
RESPONSABLE DE LA VENTE
Sophie PERRINE, Commissaire-Priseur
Tel: + 33 (0) 1 41 92 06 44
E-Mail: perrine@aguttes.com
Expert :
Mr Thierry BODIN, Les Autographes.
Syndicat Français des Experts Professionnels en Œuvres d'Art
45 rue de l'Abbé Grégoire 75006 Paris
Tél : +33 (0)1 45 48 25 31
Fax : +33 (0)1 45 48 92 67
Email: lesautographes@wanadoo.fr

Détails du lot n°63 :

  • Lot n° : 63
  • Estimation :
    12 000 - 15 000 €
  • Résultat :
    14 300 €

GAUGUIN PAUL (1848-1903). L.A.S. «P. Gauguin», [Rouen fin juillet 1884], à Camille PISSARRO ; 2 pages in-8 remplies d’une écriture serrée (encre violette un peu pâle).

Très belle lettre dans laquelle il évoque tour à tour la vente de ses tableaux, l’exposition organisée par Eugène Murer à Rouen, le récent départ de sa femme pour le Danemark, ainsi que ses difficultés financières, mais aussi son travail de peintre.

[Eugène MURER (1841-1906), hôtelier à Rouen, ami et collectionneur des impressionnistes, peintre lui-même, organise alors une exposi- tion de ses amis peintres dans son Hôtel du Dauphin et d'Espagne.] «Mon cher Pissarro

Je n’entends plus parler de vous ; que devenez-vous que faites-vous? Je me doute bien que cela devient dur, mais encore il y a toujours espoir surtout quand on est aussi favorablement connu que vous l’êtes, comme homme et comme artiste. À défaut de Durand [DURAND- RUEL] il y a quelques clients qui seraient bien aise d’avoir quelque chose de vous dans des prix moindres à ceux du marchand. Je sais que dans ce moment tout le monde répond que les affaires ne vont pas, mais ceux qui sont rentiers n’ont pas à subir de crises et profitent au contraire des occasions que les mauvais temps créent toujours». Puis il parle de MURER qui «vous donnait d’excellentes nouvelles d’un tableau que j’avais exposé chez lui et qu’il était sur le point de vendre.
Quelle bonne blague et surtout quel farceur que ce Murer ; il n’y a jamais eu moyen de savoir quel prix on en offrait et quand moi-même j’en ai fixé un en parlant de 400 F Murer a bondi comme d’une énorme prétention (une toile de 50). Envoyez-le donc à l’expo- sition de Rouen [à l'occasion de l'Exposition nationale et régionale] m’a-t-il dit nous aurons ici les journalistes avec nous sans compter le Voltaire ; j’ai suivi son conseil malgré mon peu de désir d’entrer dans ces machines officielles. Naturellement j’ai été refusé avec entrain ; messieurs les professeurs membres du jury ont frémi à la vue d’un cadre blanc et d’un effet de neige modelé avec des couleurs.

Je vous dirai que je ne suis pas fâché de ce refus. Murer le malin s’est fichu le doigt dans l’oeil. Au cas où il aurait été accepté ce tableau aurait créé autour de moi du tapage et en province ce n’est guère le moyen d’arriver à quelque chose au point de vue commercial. Maintenant que j’ai à Paris suffisamment de toiles à montrer je me calme au point de vue de la peinture ; je ne peins plus que pour moi sans me presser et je vous assure que c’est dans l’extra raide cette fois-ci. Je pense que cela me fera beaucoup de bien et malgré que je puisse me tromper (il est même probable que je me trompe) il en ressortira toujours pour moi un enseignement. Dans les recherches on va de travers souvent mais on apprend à se connaître et à savoir jusqu’à quel point on peut aller, pour mieux dire on essaye ses forces. Quel dommage que vous ne puissiez ici voir l’exposition qui commence le 10 août, le voyage n’est pas si coûteux qu’on ne puisse l’entreprendre» ; il pourra peut-être séduire MURER, «que par lettre on ne peut faire broncher ; il a de l’argent et peut-être vous donnera un coup de main, enfin que sais-je toutes espèces de bonnes raisons pour vous engager à venir quelques jours vous reposer et prendre quelques forces pour de nouvelles luttes».

Il annonce que sa femme vient de partir pour le Danemark, «emme- nant Aline et le tout petit ; je reste ici avec la bonne et les 2 autres enfants ce qui fait que je suis un peu seul [...] J’avoue qu’au milieu de toutes les difficultés qui m’assaillent, ma femme est d’un bien grand embarras ; c’est quand il y en a le moins qu’elle en demande le plus, qu’elle se prive le moins. Son voyage quoique gratis pour le transport coûte toujours quelque chose, je crois ma parole que pendant son absence j’en économiserai les frais. Vous voyez que pour la misère je ne suis guère armé». Pour vivre, il vend son «contrat d’assurances sur la vie que j’avais payé pendant 12 ans à 50 % de perte et avec ces 1 500 je vais tâcher d’aller 3 mois. Quand nous serons au bout, je vendrai mes meubles etc… jusqu’à la fin. À ce moment-là la manne tombera peut-être du ciel, je commence à devenir philosophe»…

─ PROVENANCE
• Archives de Camille Pissarro (21 novembre 1975, n° 65).
Correspondance, t. I, n° 50, p. 65.