ADER. Paris. ENLUMINURES, LIVRES ANCIENS et MODERNES

Mercredi 17 juin 2026 ENLUMINURES, LIVRES ANCIENS ET MODERNES

Lot 25 eXperTs Ariane ADELINE Lots 1 à 36 et 42 Ariane ADELINE et Éric BUSSER en collaboration Lots 37 à 41 Éric BUSSER Lots 43 à 98 Béatrice LOEB-LAROCQUE beatrice@loeb-larocque.com Tél : 06 11 80 33 75 Lot 61 Michèle NORET Librairie Michèle Noret michele.bleu@wanadoo.fr Tél : 06 86 34 30 79 Lot 77

MERCREDI 17 JUIN 2026 – 14H SALLE DES VENTES FAVART 3, rue Favart 75002 Paris EXPOSITION PUBLIQUE Mardi 16 juin : 11 h - 18 h Mercredi 17 juin : 10 h - 12 h RESPONSABLE DE LA VENTE elodie.delaballe@ader-paris.fr ENLUMINURES, LIVRES ANCIENS ET MODERNES CATALOGUE VISIBLE SUR www.ader-paris.fr ENCHÉRISSEZ EN DIRECT SUR www.drouotlive.com www.interencheres .com

Lot 90

David NORDMANN Xavier DOMINIQUE Commissaires-priseurs Responsables de la vente Experts Élodie DELABALLE Responsable du département elodie.delaballe@ader-paris.fr Tél. : 01 78 91 10 16 Éric BUSSER - Librairie BUSSER Membre de la Compagnie Nationale des Experts en Art contactbusser@orange.fr Tél.: 06 08 76 96 80 Ariane ADELINE Membre du SFEP livresanciensadeline@yahoo.fr Tél. : 06 42 10 90 17 Mary KLEIN Ordres d'achat mklein@ader-paris.fr Tél. : 01 80 27 50 20

Lot 25

5 Enluminures et manuscrits Enluminures et manuscrits 1 [ENLUMINURE] AUGUSTIN (Saint), Extraits du traité In Evangelium Ioannis tractatus CXXIV, 5e et 6e traités. Feuillet extrait d’un manuscrit, remploi au XIXe (?) comme couverture de registre (généalogiste). Mention au verso au crayon bleu : « N°5. Généalogie. Extraits des registres avec contrats de la salle des magistrats de Lille de 1305 à 1428 faits par Roger de Hangouart […] de la chambre des comptes en 1560 environ ». En latin, manuscrit sur parchemin, 35 lignes de texte par page, écriture minuscule caroline, réglure à la pointe sèche, 1re ligne de réglure écrite. Nord de la France, XIe siècle. Dimensions : 420 x 300 mm 1 200 / 1 500 € Texte publié dans Migne, Patrologia Latina, 35, col. 1379-1976. La mention plus tardive au crayon bleu évoque la famille de Hangouart, une famille de bourgeois anoblis bien établie à Lille depuis le XIIe siècle. Il y a Rogier de Hangouart (1505-1548), fils de Guillaume de Hangouart et Jeanne des Plancques, seigneur de Créquillon à Roncq, licencié en droit, conseiller pensionnaire de la ville de Lille dès 1529, également avocat en la gouvernance de Lille. Voir : C. Fleury, « Les Hangouart, une famille noble lilloise et ses propriétés rurales aux XVIIe et XVIIIe siècles », in Revue du nord, 2004, n° 354, pp. 59-97. Texte : Fol. 1 A, Extrait In Evangelium Ioannis tractatus CXXIV, 5e traité, incipit, (incomplet du début), « […] sed qui misit me baptizare in aqua ille mihi dixit… » ; fin du feuillet, « […] ne Paulus diceret Baptismus meus // » – Fol. 1 B, continuation du fol. 1 A, « // ne Petrus diceret, Baptismus meus. Ideo videte, intendite voces Apostolorum. Nemo Apostolorum dixit, Baptismus meus. Quamvis unum omnium esset Evangelium, tamen invenis dixisse, Evangelium meum : non invenis dixisse, Baptisma meum… » ; explicit, « […] Et vides illos invidiam nobis facere, quasi de persecutionibus quas passi sunt. Corporales… » (incomplet de la fin). Fol. 2 A, Extrait In Evangelium Ioannis tractatus CXXIV, 6e traité, incipit (incomplet du début), « […] [et]si soni diversi linguarum sunt, in corde unus Deus invocatur, una pax custoditur. Unde debuit ergo, charissimi, demonstrari Spiritus sanctus, unitatem quamdam designans, nisi per columbam, ut pacatae Ecclesiae diceretur, Una est columba mea… » ; fin du feuillet : « […] ergo raptores non sunt membra columbae. Non apud vos fuit vel unus raptor ? Quare manet Baptismus quem dedit accipiter, non columba? Quare non baptizatis apud vos / » – Fol. 2 B, continuation du fol. 2 A, « / ipsos An isti omnes membra columbae sunt ? Sic dehonestatis columbam vestram, ut ei membra vulturina faciatis… » ; explicit (incomplet de la fin), « […] Respondeo, Accepisti. Si ergo accepi, non est quod mihi des ; securus sum, etiam testimonio tuo : et ego enim me dico accepisse, et tu me fateris […] ».

6 Enluminures et manuscrits 2 [ENLUMINURE] Feuillet extrait d’un Martyrologe (?) Suffrage en l’honneur de saint Domnole, évêque du Mans (558-581). En latin, manuscrit enluminé sur parchemin, écriture caroline tardive, réglure à la pointe sèche, 1re ligne de réglure écrite, texte sur deux colonnes, 36 lignes par colonne. France, Normandie ? XIIe siècle. Dimensions : 353 x 220 mm 800 / 1 000 € Initiale S ornée en début de texte, hybride zoomorphe et rinceaux dessinés à la plume, avec couleurs aquarellées bleu, rouge et vert ; texte sur deux colonnes ; titre courant : « Mensis December » ; rubrique, « K[alendis] decembris depositio ». Rubrique en bleu : « Sancti Dompnoli episcopi Cenomacensis » (encre très pâle). Initiale rognée court sur la partie gauche. Saint Domnole était, sous le règne de Clotaire Ier, à la tête d’un couvent de moines dans la basilique Saint Laurent puis évêque du Mans en 543. Sa fête est fixée au 1er décembre. 3 [ENLUMINURE] Feuillet extrait d’une Bible manuscrite, dite « Chudleigh Bible » : David jouant du carillon avec un autre musicien. Initiale E historiée « Exultate deo… » (8 lignes de hauteur). Nord-est de la France, Arras ?, vers 1220-1230. Dimensions : 285 x 190 mm ; justification : 190 x 125 mm 1 000 / 1 200 € Texte sur deux colonnes (53 lignes par colonne), rubriques en rouge, titres courants en rouge et bleu, petites initiales peintes en rouge ou bleu avec rehauts jaunes (lettres d’attentes à l’encre visibles sur la gauche des initiales peintes), grandes initiales en rouge ou bleu avec décor filigrané bleu ou rouge se prolongeant dans les marges, initiale E historiée figurant le roi David sonnant les cloches et introduisant le Psaume 80 « Exultate deo adiutori… » [Psaume 80]. Feuillet extrait de la Bible dite de « Chudleigh », décrite et vendue en 1953 (Sotheby’s, 7 décembre 1953, lot 52), ayant un temps appartenu au Baron Clifford of Chudleigh. La Bible fut vendue de nouveau : collection de George Armin Goyder (Sotheby’s, 8 juillet 1970, lot 104) (voir Kidd, 2021, n° 17 : 53/54 lignes ; dimensions 285 x 190 mm). Kidd rappelle les recherches de Branner et de l’association avec le « Alexander Workshop », lié à Arras ; d’autres historiens de l’art (A. Stones) associe cet artiste à Tournai. Texte : Fin du Psaume 79 [incomplet du début]; Psaumes 8087 ; début du Psaume 88 [incomplet de la fin]. Voir : P. Kidd, The McCarthy Collection. French Miniatures, Londres, 2021, n° 17 : “Three historiated initials on three leaves from the Chudleigh Bible” : “Perhaps originally owned by a monastery or church, with notes in red referring to the liturgical readings of the Psalms”. Dans le présent feuillet on trouve effectivement dans un cartouche tracé en bleu et inscrit en rouge : « Feria VIa [sexta] ».

7 Enluminures et manuscrits 4 [ENLUMINURE] Feuillet extrait d’un antiphonaire. En latin, manuscrit orné sur parchemin ; musique en notation aquitaine neumatique. France, Lyon ? ou sud-ouest ? vers 1200. Défait de reliure, recto en bon état, verso peu lisible. Dimensions : 250 x 195 mm 400 / 600 € Écriture minuscule caroline, encre brune, rubriques en rouge, grandes initiales cadelées, portées musicales tracées à l’encre brune, une ligne tracée en rouge, grandes initiales peintes en rouge, musique notée, neumes À partir du XIIIe siècle, la notation carrée était définitivement adoptée. Dès le XIIe siècle, les neumes s’étirent et se déforment (comme dans le présent feuillet) pour évoluer vers la notation carrée ou notation grégorienne. Il s’agit ici d’un bon exemple de notation aquitaine neumatique tardive. On relève l’antienne de Magnificat : « Quod uni ex minimis meis… » : Office du temps de Carême ? 5 [ENLUMINURE] Feuillet extrait d’un Psautier (Heures-Psautier). Initiale C historiée « Celi enarrant… ». David psalmiste. Angleterre (?) ou plutôt Flandres ou Rhénanie (?), vers 1260. Dimensions : 178 x 132 mm 1 200 / 1 500 € Feuillet extrait du « Rosenbaum Psalter-Hours » (HeuresPsautier). Tempera, gouache et feuille d’or sur parchemin ; boutde-lignes ornés ou figurés (créatures hybrides) à l’encre rouge et à l'encre bleue (un griffon au verso ; un serpent-dragon !) ; initiale C historiée introduisant le Psaume 18 « Celi enarrant gloriam dei… » figurant un homme penché les mains ouvertes. Texte : fin du Psaume 17 ; Psaume 18 [incomplet de la fin]. Feuillet extrait des célèbres « Rosenbaum Psalter-Hours », que l’on sait copié très certainement pour une moniale avec une référence à une « abbesse » dans une collecte d’un feuillet conservé dans une collection particulière avec la mention : « […] familiam [recte famulam] tuam abbatissimam [recte abbatissam] nostram » Voir : P. Kidd, https ://mssprovenance.blogspot.com/2015/06/ a-lavishly-illuminated-13th-century.html. Le couvent auquel appartenait la moniale qui fait référence à une abbesse (bénédictine ? franciscaine ?) n’est pas identifié. Ce manuscrit présente en tout cas la particularité suivante : presque tous les psaumes sont illustrés d’une initiale historiée. Ce manuscrit fut démembré dans les années 1960. Ces HeuresPsautier (associant un livre d’heures et un psautier) furent nommées d’après un ancien propriétaire de plusieurs feuillets à savoir Esther Rosenbaum, collectionneur de Chicago. Sur ce manuscrit, on consultera avec profit P. Kidd, The McCarthy Collection, vol. II, 2019, no. 20. Le catalogue Sotheby’s, 7 juillet 2015, lot 13 donne aussi une liste relativement complète de feuillets connus (à noter toutefois que nos deux feuillets n’y figurent pas). De même on consultera sur ce manuscrit et les feuillets connus le blog et synthèse de Peter Kidd : « Medieval Manuscripts » Provenance : A Lavishly Illuminated 13th-Century Psalter-Hours Made for a Nun. .../...

8 Enluminures et manuscrits Manuscrit sans doute enluminé et copié en Angleterre (sans certitude), offrant des comparaisons stylistiques avec des manuscrits tels le « Grandisson Psalter » et les « Salvin Hours » (Londres, British Library, Add. MSS. 21926 et 48985 ; voir Nigel Morgan, Early Gothic Manuscripts II : 1250-1285, Londres, 1988, nos. 165, 158) ou encore le « Windmill Psalter » (New York, Pierpont Morgan Library, MS M. 102). Il a été aussi suggéré que ce manuscrit fut peint en Flandres, France de l’est ou Rhénanie, l’origine anglaise n’étant pas retenue par exemple dans la notice consacrée par Sotheby’s, 7 juillet 2015, lot 13. Peter Kidd émet des doutes sur l’origine anglaise : « There is much uncertainty about where the manuscript was made : England, northern France, the Rhineland, or Flanders being common suggestions. An attribution to England is often backedup by a discussion of the line-fillers. The fact that Psalm 51 is decorated with a major initial certainly suggests English influence, because England, Germany, and Ireland were the main countries in which Psalms 51 and 101 were elaborately illuminated in addition to the more common eight divisions at Pss.1, 26, 38, 52, 68, 80, 97, and 109. Neither the script nor major decoration, however, look English to me » (Blog, Peter Kidd, Medieval Manuscripts Provenance, 5 mars 2015). 6 [ENLUMINURE] Initiale I historiée extraite d’un livre de chœur. Christ debout et homme agenouillé en prière. Italie, Émilie-Romagne, Bologne, fin du XIIIe siècle ou début XIVe siècle. Attribuable à un maître bolonais (Maître de Sant’Agnese ?) sous l’influence du Maître de la Bible de Gérone (actif à Bologne dans les années 1260-1290). Initiale historiée extraite d’un antiphonaire ou graduel peint en Émilie-Romagne (Bologne) sur des bases stylistiques ; notation carrée sur des portées en rouge de 4 lignes ; feuilles d’acanthe de couleur, motif de grotesque (dragon) en rouge et gris, besant à l’or bruni. Quelques écaillures à l’or bruni, deux petits trous de ver au parchemin sans affecter l’initiale enluminée, sinon bon état général. Dimensions (fragment irrégulier), au plus large : 210 x 105 mm 2 500 / 3 500 € Cette initiale (et celle du lot suivant) est à rapprocher des œuvres liées au « second style » d’enluminures bolonaises de la seconde moitié du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle, sous l’influence d’artistes tels le Maître de la Bible de Gérone (Girona Master), nommée d’après une somptueuse Bible conservée à la Bibliothèque capitulaire de Gérone (MS.10), ou encore Jacopino da Reggio (fl. 1265- c. 1300). La palette caractéristique de Bologne en cette fin du Duecento, avec un bleu profond en arrière-plan avec de fins rehauts blancs, le rouge, le vert, le rose pâle et le gris, se retrouve dans notre initiale. Influencés par des modèles byzantins, les miniatures peintes par cet enlumineur, font penser plus particulièrement au Maître de Sant’Agnese (par exemple dans le Graduel Ms. 521, Convento di Sant’Agnese. Bologna, Museo Civico Medievale) ou encore au Maître de la Bible de Gérone (par exemple Graduel Ms. 526, San Francesco Bologna, Museo Civico Medievale). Le Maître de Sant’Agnese fut nommé par Fabrizio Lollini d’après des commissions réalisées vers 1300 par l’artiste et les enlumineurs à son atelier pour les Dominicaines de Sant’Agnese, notamment des livres de chœur conservés au Museo Civico Medievale (cod. 519, 520 and 521). Des travaux récents, dont ceux de Roncroffi (2009), ont contribué à reconstituer ces livres de chœur faits pour les Dominicaines de Bologne à la fin du XIIIe et début du XIVe siècle. Certains aspects de la présente initiale rappellent les feuillets recensés par P. Kidd (2019), n°28, extraits d’un Graduel provenant de Sant’Agnese di Val di Pietra (Bologne) ou encore les feuillets décrits par G. Freuler, provenant de Sant’Agnese et de Santa Maria Maddalena di Val di Pietra (Bologne). Voir : Kennedy, T. “The Art of the Friars in the University City”, in Medieval Bologna : Art for a University City, Nashville, 2021, pp. 57-64. – Kidd, P. The McCarthy Collection : Italian and Byzantine .../...

9 Enluminures et manuscrits Miniatures, Londres, 2019, n° 28, pp. 88-90 : parent volume, Bologna, Museo e Biblioteca della Musica, MS Lit. 4. – Freuler, G. Italian Miniatures from the Twelfth to the Sixteenth Centuries, Milan 2013, n° 15, pp. 190-205 : “Four fragments from a choirbook from the Dominican Nunnery of Sant’Agnese in Bologna, and a leaf from a choirbook series from the Dominican nunnery of Santa Maria Maddalena di Val di Pietra in Bologna.” – Roncroffi, S. Psallite sapienter. Codice musicali delle Dominicane Bolognesi, Florence, 2009. 7 [ENLUMINURE] Initiale R historiée extraite d’un livre de chœur. Figure d’un roi avec son sceptre. Italie, Émilie-Romagne, Bologne, fin du XIIIe siècle ou début XIVe siècle. Attribuable à un maître bolognais (Maître de Sant’Agnese ?) sous l’influence du Maître de la Bible de Gérone (actif à Bologne dans les années 1260-1290) ou de Jacopino da Reggio (actif à Bologne c. 1265-1300). Initiale historiée extraite d’un antiphonaire ou graduel peint en Émilie-Romagne (Bologne) sur des bases stylistiques ; notation carrée sur des portées en rouge de 4 lignes ; feuilles d’acanthe de couleur avec rehauts blancs, fond or bruni et fond bleu avec décor orné de blanc. Quelques écaillures à l’or bruni, décors de feuilles d’acanthe prolongés dans les marges un peu rognées, sinon bon état général. Dimensions du fragment : 210x85mm 2 500 / 3 500 € Cette initiale (et celle du lot précédent) est à rapprocher des œuvres liées au « second style » d’enluminure bolonaise de la seconde moitié du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle, sous l’influence d’artistes tels le Maître de la Bible de Gérone (Girona Master), nommé d’après une somptueuse Bible conservée dans la Bibliothèque capitulaire de Gérone (MS.10), ou encore Jacopino da Reggio (fl. 1265- c. 1300). La palette caractéristique de Bologne en cette fin du Duecento, avec un bleu profond en arrière-plan avec de fins rehauts blancs, le rouge, le vert, le rose pâle et le gris, se retrouve dans notre initiale. Influencés par des modèles byzantins, les miniatures peintes par ces artistes, nous pensons plus particulièrement au Maître de Sant’Agnese (par exemple dans le Graduel Ms. 521, Convento di Sant’Agnese. Bologna, Museo Civico Medievale) ou encore au Maître de la Bible de Gérone (par exemple Graduel Ms. 526, San Francesco Bologna, Museo Civico Medievale). Le Maître de Sant’Agnese fut nommé par Fabrizio Lollini d’après des commissions réalisées vers 1300 par l’artiste et les enlumineurs associés à son atelier pour les Dominicaines de Sant’Agnese, notamment des livres de chœur conservés au Museo Civico Medievale (cod. 519, 520 and 521). Des travaux, dont ceux de Roncroffi (2009), ont contribué à reconstituer ces livres de chœur faits pour les Dominicaines de Bologne à la fin du XIIIe et début XIVe siècles. Certains aspects de la présente initiale rappellent les feuillets recensés par P. Kidd (2019), n°28, extraites d’un Graduel provenant de Sant’Agnese di Val di Pietra (Bologne) ou encore les feuillets décrits par G. Freuler, provenant de Sant’Agnese et de Santa Maria Maddalena di Val di Pietra (Bologne). Voir : Kennedy, T. “The Art of the Friars in the University City”, in Medieval Bologna : Art for a University City, Nashville, 2021, pp. 57-64. – Kidd, P. The McCarthy Collection : Italian and Byzantine Miniatures, Londres, 2019, n° 28, pp. 88-90 : parent volume, Bologna, Museo e Biblioteca della Musica, MS Lit. 4. – Freuler, G. Italian Miniatures from the Twelfth to the Sixteenth Centuries, Milan 2013, n° 15, pp. 190-205 : “Four fragments from a choirbook from the Dominican Nunnery of Sant’Agnese in Bologna, and a leaf from a choirbook series from the Dominican nunnery of Santa Maria Maddalena di Val di Pietra in Bologna.” – Roncroffi, S. Psallite sapienter. Codice musicali delle Dominicane Bolognesi, Florence, 2009.

détails 10 Enluminures et manuscrits 8 [ENLUMINURE] Trois bifeuillets extraits d’un Pontifical enluminé avec musique notée. En latin, manuscrit enluminé sur parchemin. France, Paris, second quart XIVe siècle ou troisième quart de XIVe siècle. Enluminés par des artistes sous l’influence de Jean Pucelle (actif à Paris de 1319-1334). Dimensions des feuillets (pliés) : 280 x 202 mm 5 000 / 7 000 € Trois bifeuillets, écriture gothique, texte sur deux colonnes, musique notation carrée sur des portées tracées en rouge sur quatre lignes, réglure à l’encre, foliotation contemporaine et ornée : CLXX [170] / CLXXI [171] / CLXXIIII [174] / CLXXV [175] / CXCIII [193] / CC [200], rubriques en rouge, petites initiales à l’or bruni sur fonds rose et bleu avec rehauts blancs, plus grandes initiales ornées de 3 lignes de hauteur en bleu ou rose sur fonds rose ou bleu avec rehauts blanc et décor or bruni et feuilles de vignes de couleur, avec prolongations de vignes de couleur dans les marges, grandes baquettes or bruni, bleu et rose avec motifs d’hybrides zoomorphes ou dragons, ou personnage cagoulé avec hibou, tête couronnée (saint Louis ?), initiales cadelées ; grande initiale P historiée figurant un évêque mitré (P/er omnia secula seculorum… (fol. 3 recto, colonne de droite)) ; portées musicales tracées à l’encre rouge, avec musique notée carrée. Ces trois bifeuillets sont extraits d’un Pontifical démembré qui fut certainement très luxueux. Un « Pontifical » contient les textes des cérémonies qui incombent aux évêques et aux pontifes. Par leur style, ces feuillets peuvent être rapprochés de témoins associés à l’enluminure parisienne du second quart du XIVe siècle (ou le début du troisième quart ?), par leur mise en page, leur facture et certains détails iconographiques. Ces feuillets nous semblent à rapprocher de la production des enlumineurs « pucelliens » influencés par Jean Pucelle, à qui l’on doit par exemple le Bréviaire de Belleville (Paris, BnF, latin 10483 et 10484), les Heures de Jeanne d’Evreux aujourd’hui conservées à New York, Cloisters, Acc. 54. 1.2 (Fastes du gothique, 1981, n° 239) et le Bréviaire de Jeanne d’Evreux (Chantilly, Musée Condé, MS 51). Plus de recherches sont nécessaires, mais on signalera aussi la proximité des titres courants dans les marges supérieures avec la foliotation en chiffres romains et un décor filigrané qui rappellent les réalisations d’un ornemaniste proche de Jean Pucelle, à savoir Jacquet Maci par exemple dans une Bible enluminée (Montpellier, Bibliothèque interuniversitaire, H 195) [voir F. Avril, « Un enlumineur ornementiste parisien de la première moitié du XIVe siècle : Jacob Mathey (Jaquet Maci?) », in Bulletin monumental (1971), 129, n° 4, p. 249-264]. Les décors vignetés, les initiales ornées et les drôleries dans les marges sont peut-être à rapprocher d’un enlumineurdécorateur dit Anciau de Sens (Ancelot) ayant collaboré avec Jean Pucelle dans le Bréviaire de Belleville (il exécute certaines initiales figurées et leurs antennes à motifs végétaux ; voir Rouse et Rouse, Manuscripts and their Makers, 2000, vol. II, p. 14), mentionné aussi au colophon (fol. 642) de la Bible de Billyng terminée en 1327 (Paris, BnF, latin 11935) : « Jehan Pucelle, Anciau de Cens, Jacquet Maci il hont enluminé ce livre-ci ; ceste lingne de vermeillon que vous vees fu escrite en l’an de grace .CCC. et XXVII. en un juedi darrenier jour d’avril, veille de mai… » ». Certains hybrides zoomorphes, crachant des petits disques dorés, rappellent aussi les décors du Pontifical à l’usage de Senlis (Paris, Bibliothèque Sainte-Geneviève, MS 148), peint vers 1350 et associé à plusieurs artistes pucelliens dont l’un est le « Maître du Remède de Fortune ».

11 Enluminures et manuscrits Reste l’enlumineur responsable de l’initiale historiée figurant un évêque coiffé de sa mitre, de toute évidence un artiste d’une certaine finesse. La mitre de l’évêque au décor trilobé évoque celles portées par les évêques peints par des artistes des Heures de Jeanne de Navarre (Paris, BnF, NAL 3145, vers 1336-1340, f. 102) dont l’une à qui l’on attribue le cycle de saint Louis dans ces Heures (ff. 85v et suivantes ; cet artiste est aussi appelé « First Master of the Hours of Jeanne de Navarre », voir M. A. Keane, « Collaboration in the Hours of Jeanne de Navarre », in Jean Pucelle : Innovation and Collaboration in Manuscript Painting, ed. K. Pyun et A.D. Russakoff, Londres, 2013, pp. 131-148]). C’est un artiste ayant travaillé en collaboration avec Jean le Noir, successeur de Jean Pucelle, dans les Heures de Jeanne de Navarre (Paris, BnF, NAL 3145) mais aussi dans ces mêmes Heures de Jeanne de Navarre avec « Mahiet » ou le « Maître des vies de saint Louis » [artiste intervenant dans une trentaine de manuscrits ; voir Avril dans les Fastes du gothique (1981), n°240, n°247 : artiste identifiable avec le normand Mathieu Le Vavasseur, actif à Paris (?) ; M.-T. Gousset, « Libraires d’origine normande à Paris au XIVe siècle », in Manuscrits et enluminures dans le monde normand, Xe-XVe siècles, dir. de P. Bouet et M. Dosdat, 2005, pp. 169-180 : « Matthieu Le Vavasseur », pp. 178-180 ; M. Kuroiwa, « Working with Jean Pucelle and his Successors : the Case of the Saint Louis Master (Mahiet ?), in Jean Pucelle : Innovation and Collaboration ; Londres, 2013]. C’est plutôt autour du peintre « Mahiet » qu’il nous semble intéressant de chercher l’artiste de l’initiale des présents feuillets. Les feuillets des Heures de Jeanne de Navarre enluminés par « Mahiet » (ff. 140-193v), également collaborateur de Jean Pucelle dans le Bréviaire de Belleville, contiennent des drôleries en bout d’antenne ou dans les marges qui rappellent celles des feuillets issus de ce Pontifical. On peut aussi comparer avec les miniatures attribuées au « Maître de la Vie de Saint Louis » (Mahiet) et/ou à un suiveur de Mahiet dans une Bible historiale conservée à Montpellier, Bibl. de médecine, H 49, mais datée plus tôt vers 1312-1317 ; voir catalogue d’E. Fournié, Les manuscrits de la Bible historiale (2009, revue électronique du CRH)). Faut-il voir dans les feuillets issus de ce Pontifical démembré un manuscrit à situer dans la suite du groupe de manuscrits liturgiques, œuvres d’atelier autour de Jean Lenoir et les artistes pucelliens des Heures de Jeanne de Navarre, en particulier le « troisième artiste des Heures de Jeanne de Navarre », réalisés pour l’usage de Paris, puis intégrés aux inventaires de la Sainte-Chapelle (Fastes du gothique, n°268, Missel de Paris, Lyon, BM, MS 5122 ; n° 269, Evangéliaire, Arsenal MS 161 ; Epistolier, Londres, BL, Yates Thompson 34 ; voir F. Avril, « Trois manuscrits de l’entourage de Jean Pucelle », in Revue de l’art, 1970 / 3, n°9, pp. 37-48 ; M.-P. Laffitte, Le Trésor de la Sainte-Chapelle, dir. J. Durand, 2001, notices 51, 52, 53) ? Autre manuscrit présentant des drôleries connexes, le Bréviaire à l’usage de Paris, dit Bréviaire de Charles V, datable vers 1364-1370 (Paris, BnF, latin 1052), notamment ces dragons crachant des besants dorés alignés.

12 Enluminures et manuscrits 9 [ENLUMINURE] Feuillet extrait des Décrétales de Grégoire IX, Liber II, Tituli XIV-XVI. Manuscrit glosé et annoté. En latin, manuscrit orné sur parchemin. Sud de la France, Avignon ? Montpellier ?, vers 1300-1325. 600 / 800 € Écriture bolonaise arrondie, rubriques en rouge, initiales en rouge et en bleu, quelques initiales filigranées, parties de texte effacées (mouillures), glose autour du texte (Bernard de Parme), annotations contemporaines entre les colonnes de texte. Quelques trous au parchemin ; importantes mouillures. Grand bifeuillet. Dimensions : 420 x 284 mm (feuillet plié). Fol. 1A et 1 B : Titulus XIV, De dolo et contumacia, capituli I-IV, incipit, « Alexander III. Herfordensi Episcopo. Ad haec quum contingat, actorem multoties mittendum esse in possessionem causa rei servandae propter absentiam partis adversae… »; explicit, « […] servata duntaxat quaestione proprietatis absenti ». Premier mot du Titulus XIV, chapitre V : « Innoce[ntius]… ». Fol. 2A et 2 B : Titulus XV, [De eo, qui mittitur in possessionem causa rei servandae], capituli I-IV, incipit, « […] contradictione qualibet habeatis. Ut autem nostrae diffinitionis sententia futuris temporibus inviolabiliter observetur, eam apostolico duximus patrocinio roborandam (incomplet du commencement du Titutlus XV, chapitre I). – Titulus XVI, Ut lite pendente nihil innovetur, capituli I-V, incipit, « Alexander III. Eboracensi Archiepiscopo. A memoria, nostra non excidit, +qualiter in primo anno nostrae promotionis transscriptum literarum felicis memoriae praedecessoris nostri Honorii Papae nobis feceris praesentari… » ; explicit, « […] ex parte una, et priorem ac monachos de Bassevilla ex […] » (manque la fin du Titulus XVI, chapitre V).

11 10 13 Enluminures et manuscrits 10 [ENLUMINURE] Feuillet extrait de Uguccione da Pisa, Magnae Derivationes. En latin, manuscrit orné sur parchemin, initiales filigranées en rouge et bleu. France du sud ou Italie ?, vers 1300-1350. Dimensions : 260 x 180 mm 300 / 500 € Feuillet extrait d’un manuscrit contenant ce texte peu courant, une des sources de Dante. Les Magnae Derivationes de Uguccione da Pisa ou Huguccio de Pise sont un ouvrage d’étymologie, inspiré des Derivationes de Osbernus de Gloucester. Huguccio de Pise fit ses études à Bologne, probablement auprès de Gandolfo, et enseigna plus tard le droit canonique dans cette même ville, sans doute dans les écoles rattachées au monastère des Saints Nabor et Félix. En 1190, il devint évêque de Ferrare. Le présent feuillet propose les entrées (définitions, étymologies) pour les mots latins suivants : FEDUS, FENUS, FENIX et FENDO. Le mot « Fenus » est associé à l’usure : « Fenus signifie usure, mais l’usure est un profit tiré d’un capital, tandis que le prêt est un profit tiré de l’usure… ». Recto du feuillet : […] fedus inter eos… Hoc FENUS -oris id est usura sed usura est lucrum de capitali acceptum, fenus vero lucrum de usura sumptum, vel usura est sine determinato tempore, sicut qui accommodat denarium unum pro duodecim quotquot mensibus acceptor vult, fenus vero cum determinato tempore… Et nota quod fenero vel feneror invenitur etiam pro coniungere et ligare. Feneror -aris cum omnibus suis compositis est deponens; fenero cum omnibus suis compositis est neutrum, tamen fenero pro coniungere et ligare et defenero pro ditare sunt activa. / FENIX -cis frater fuit Cadmi. Siquidem /…/ Verso du feuillet : /…/ Agenor, Europa fìlia sua rapta a love, precepit tribus fdiis suis, scilicet Cadmo et Cilici et Fenici, ut sororem suam perquirerent et si eam non invenirent numquam redirent…In tribus ergo signifìcationibus invenitur feniceus -a -um, idest rubeus a feniceon, et feniceus de Fenicia, et feniceum quod pertinet ad fenicem avem. / FENDO -dis non est in usu sed componitur defendo -dis…ad lapidem pedem offendimus illum invenimus […] 11 [ENLUMINURE] Feuillet extrait d’un livre d’heures, complies, Heures de la Vierge. En latin, manuscrit enluminé sur parchemin. Feuillet fixé sous passe-partout avec légende en anglais calligraphiée sur parchemin : « Decorated leaf. Book of Hours. France. Burgundy. 1450 ». France, Bourgogne ?, vers 1450. Dimensions à vue : 135x80mm 300 / 500 € Élégant feuillet extrait d’un livre d’heures qui dut être une production de luxe, avec une page enluminée au milieu de complies des Heures de la Vierge. Les manuscrits produits à la cour de Bourgogne marient le style du nord avec une influence méridionale de la Bourgogne française.

14 Enluminures et manuscrits 12 [ENLUMINURE] Feuillet extrait d’un livre d’heures, début des Péricopes évangéliques. En latin, encre brune, gouache et or bruni sur parchemin. Saint Jean l’Évangéliste sur l’île de Patmos et son symbole l’aigle. France, Troyes, vers 1460. Quelques frottements au nimbe à l’or bruni mais bon état général. Dimensions du feuillet : 140 x187mm 4 000 / 6 000 € Recto : Miniature cintrée entourée de bordures enluminées avec décor d’acanthes colorées, feuilles de vigne et besants dorés, motifs floraux et oiseaux sur fond réservé ; miniature cintrée entourée de bordures enluminées avec décor d’acanthes colorées, feuilles de vigne et besants dorés, motifs floraux et oiseaux sur fond réservé, grande initiale en bleu avec rehauts blancs sur fond d’or et vignes de couleur, 5 lignes de texte, écriture gothique ; texte au recto : début des Péricopes évangéliques, avec rubrique : Inicium sancti evangelii secundum Iohannem gloria tibi domine. Verso : 15 lignes de texte, écriture gothique, bordure enluminée dans la marge extérieure, feuilles de vigne et besants dorés, rinceaux, fleurs de couleur ; initiales à l’or bruni (1 à 2 lignes de hauteur) sur fonds rose et bleu avec rehauts blancs ; bout-de-lignes de même. Texte au verso : continuation du commencement de l’Évangile selon saint Jean. Ce feuillet est extrait du même livre d’heures qu’une Crucifixion (voir lot 13). Cette fort belle miniature est attribuable à un artiste troyen baptisé « Maître du Missel de Troyes », artiste prolifique, identifié depuis les travaux de François Avril (1993 et 2007). On attribue au Maître du Missel de Troyes la décoration d’un magnifique missel à l’usage de Troyes copié par le scribe Jean Coquet vers 1460 (Paris, BnF, lat 865A ; voir Avril et Reynaud, 1993, no. 97, pp. 182-183). Il se caractérise notamment par un traitement des visages lunaires et aux carnations très ombrées, des ciels étoilés au bleu profond et sombre, éclairés par une lumière zénithale aux larges rayons. On admire les détails réalistes, le modelé des chairs et le traitement des arbres et de la végétation d’un vert vif. Aussi propre à cet artiste, on remarque le fort beau traitement des massifs rocheux et les scènes le plus souvent nocturnes avec un goût pour les ciels étoilés comme dans la présente miniature. De ce même artiste, on connait un petit groupe de manuscrits dont Troyes, Médiathèque, MS 117, Missel de Saint-Jean-au-Marché ; Paris, BnF, lat. 11972-11974, Postilles de Nicolas de Lyre ; Troyes, Médiathèque, MS 3897, Heures à l’usage de Troyes, acquisition par la Médiathèque de Troyes (Christie’s, 19 novembre 2003, lot 22) (voir Avril et Reynaud, 1993, pp. 181-184, avec une liste plus développée des manuscrits de la main du Maître du Missel de Troyes : Paris, BnF, latin 10471, latin 13273 ; Marseille, BM, MS. 112 ; Nancy, BM, MS. 36 ; Avril, F., M. Hermant, F. Bibolet, 2007, p. 78 et pp. 126-134 ; voir aussi la liste fournie par Plummer, 1982, p. 60, no. 79). Si le Maître du Missel de Troyes fut effectivement actif à Troyes en Champagne, il travaille aussi pour des mécènes et commanditaires franc-comtois. Il apparait que l’artiste a effectué des séjours, voire une seconde partie de sa carrière, en Franche-Comté (Besançon ?), où il semble avoir travaillé pour des mécènes comtois tel Charles de Neuchâtel, archevêque de Besançon (voir son superbe Missel, Auckland, Auckland City Librairies, Special Collections, Med. MSS G). On citera un autre livre d’heures conservé à New York, Pierpont Morgan Library, MS M 28. Sur le Maître de Missel de Troyes, voir les notices qui lui sont consacrées dans Avril, F., M. Hermant, F. Bibolet, Très riches heures de Champagne. L’enluminure en Champagne à la fin du Moyen Age, Paris, 2007, cat. 21A, 21 B et 22 ; voir aussi Avril et Reynaud, Les manuscrits à peinture 1440-1520, Paris, 1993, pp. 182-184.

15 Enluminures et manuscrits

16 Enluminures et manuscrits 13 [ENLUMINURE] Feuillet extrait d’un livre d’heures, début des Heures de la Croix (matines). Crucifixion. En latin, encre brune, gouache et or bruni sur parchemin. France, Troyes, vers 1460. Quelques frottements au nimbe et à l’or bruni dans le fond diapré. Dimensions du feuillet : 143 x187mm 4 000 / 6 000 € Recto : Miniature cintrée entourée de bordures enluminées avec décor d’acanthes colorées, feuilles de vigne et besants dorés, motifs floraux et oiseaux sur fond réservé, grande initiale en bleu avec rehauts blancs sur fond d’or et vignes de couleur, 4 lignes de texte, écriture gothique ; texte au recto, début des Heures de la Croix (matines). Verso : 15 lignes de texte, écriture gothique, bordure enluminée dans la marge extérieure, feuilles de vigne et besants dorés, rinceaux, fleurs de couleur ; initiales à l’or bruni (1 à 2 lignes de hauteur) sur fonds rose et bleu avec rehauts blancs ; bout-de-lignes de même. Texte au verso, continuation des Heures de la Croix pour matines. Ce feuillet est extrait du même livre d’heures que le feuillet figurant Saint Jean sur l’île de Patmos (voir lot 12). L’enluminure est attribuable au Maître du Missel de Troyes. Cette crucifixion présente des similitudes évidentes avec celle qui illustre le Canon de la Messe dans un Missel à l’usage de Troyes (Paris, BnF, Latin 865A). Le manuscrit Paris, BnF, Latin 856A est copié par Jean Coquet, chanoine de Saint-Quentin de Beauvais et les miniatures trahissent un certain degré d’archaïsme : « C’est en effet sous l’ascendant évident du style des continuateurs tardifs du Maître de Bedford, style qui persista à Paris jusqu'en plein milieu du siècle et même au-delà, que travaille encore le peintre du Lat. 856A, mais ce style est interprété ici avec un accent plus puissant, un traitement plus ample de la figure humaine, et se ressent de la plasticité monumentale qui s'impose dans la peinture à partir du troisième quart du siècle... L'exécution picturale des illustrations et des bordures fait apparaître ce missel comme l'une des œuvres les plus soignées de l'artiste » (Avril, in Avril et Reynaud, Les manuscrits à peintures 1440-1520, Paris, 1993, no. 97, pp. 182-183, reproduction de la Crucifixion p. 183). Les bordures du présent feuillet sont très proches de celles du Missel de Troyes, avec le même décor et oiseaux dans les marges, permettant d’avancer une date de circa 1460.

17 Enluminures et manuscrits

18 Enluminures et manuscrits 14 [ENLUMINURE] Feuillet extrait d’un livre d’heures, début Heures de la Vierge (prime). Nativité. En latin, encre brune, gouache et or bruni sur parchemin. France, Paris, vers 1480-1490. Dimensions du feuillet : 192 x115mm 1 500 / 1 800 € Encre un peu pâle, quelques petits frottements à la bordure mais bon état général. Verso : 12 lignes de texte, écriture bâtarde à l’encre brune, fin du texte pour les Heures de la Vierge (laudes), encadrement avec motifs géométriques sur fonds bleu ou or, feuilles d’acanthes blanches et bleues, fleurs et feuillages de couleur ; initiale peinte en bleu avec rehauts blanc sur fond rouge foncé. Recto : 3 lignes de texte, écriture bâtarde à l’encre brune, miniature cintrée entourée de bordures enluminées avec décor d’acanthes colorées, petits disques dorés, motifs floraux et fruits sur fond à l’or liquide, hybrides zoomorphes dans les marges, initiales ornées ; au verso, bordure sur trois cotés avec fond compartimenté au décor d’acanthes et motifs floraux. Ce feuillet est peint par un artiste nommé « Maître du Romuléon de Cluny » par François Avril d’après les fragments dispersés d’un Romuléon dans la traduction de Jean Miélot, peut-être commandé par René II de Lorraine. Le musée de Cluny conserve, de cette œuvre, la seule peinture en pleine page connue à ce jour et une plus petite (musée de Cluny, Inv. 804 et 1819). Six autres miniatures ont été retrouvées au musée de l’Émail de Limoges (voir C. Beaujard, Miniatures et dessins...Exposition Limoges, 1997, p. 43 et ill. 3-8). Quelques autres miniatures sont dispersées dans des collections privées. Anciennement connu sous le nom de « Maître de Morgan 26 » (identifié par Plummer, voir ensuite J. Lauga, Les manuscrits liturgiques dans le diocèse de Langres à la fin du Moyen Age. Les commanditaires et leurs artistes, 2007), le « Maître du Romuléon du Musée de Cluny » a enluminé de nombreux vélins incunables pour le roi Charles VIII, la plupart imprimés pour Antoine Vérard, ce qui nous indique que l’enlumineur exerça jusque vers 1495, date à laquelle on repère sa main dans un Miroir historial de Vincent de Beauvais. La majorité de l’activité de cet artiste peut être située à Paris. On retrouve sa main dans le fort beau livre d’heures, également à l’usage de Rome (Heures dites Rochereau-Le Goix), conservé à Chaumont, BM, ms 34 dont la mise-en-page n’est pas sans rappeler les présents feuillets (voir Delaunay, 2000, vol. 2, pp. 55-60) et aussi dans plusieurs Heures à l’usage de Paris (Paris, BnF, lat. 1423 et lat. 13296). Citons aussi des Heures à l’usage de Langres conservées à New York, PML, M. 26 (J. Plummer suggère que l’artiste est originaire de Langres ou du moins de l’est de la France). Cette attache dans l’est de la France fait dire à Nicole Reynaud qu’un manuscrit du Jeu des échecs moralisés (Paris, BnF, fr. 2000), peint par le « Maître du Romuléon de Cluny », est sans doute d’origine langroise. Sur cet artiste, on consultera I. Delaunay, Echanges artistiques entre les livres d’heures manuscrits et imprimés produits à Paris vers 1480-1500, thèse de doctorat Paris IV, Paris, 2000, pp. 55-63, 139-141, 243-247, 272-274). Provenance : Ancienne collection Fondation Bosch.

19 Enluminures et manuscrits 15 [ENLUMINURE] Feuillet extrait d’un livre d’heures (usage de Chartres ?), Calendrier (mois de février). En latin, manuscrit enluminé sur parchemin, écriture humaniste, motif de cordelière autour du texte. France, Paris, vers 1520. Suiveur de Jean Pichore (actif à Paris, 1490-1521). Dimensions : 162 x 106 mm 800 / 1 000 € L’usage liturgique de Chartres est suggéré par l’inclusion au calendrier dans un feuillet connexe de la fête de la dédicace de Notre-Dame de Chartres (17 octobre). La cordelière qui entoure le texte fait écho sans doute à une dévotion franciscaine (les Cordeliers) ou une dévotion particulière du commanditaire, la cordelière étant aussi un signe d’amitié et de fidélité. L’esthétique générale de ce feuillet rappelle les productions du premier quart du XVIe siècle, autour d’artistes tels Jean Pichore ou des membres du groupe Étienne Colaud. On recense quelques feuillets connexes issus de ces Heures dans des collections privées en Angleterre : calendrier, mois d’octobre ; feuillet extrait des Heures de la Vierge, none ; voir aussi Charles Puckett, Akron, Ohio, feuillet extrait des Heures du Saint-Esprit, matines.

20 Enluminures et manuscrits 16 [ENLUMINURE] Initiale D extraite d’un livre de chœur (graduel ou antiphonaire). Saint Jean-Baptiste Manuscrit enluminé sur parchemin. Italie, Toscane (Florence ?), vers 1515-1520. Attribuable au cercle de Monte di Giovanni di Miniato [Monte di Giovanni del Fora (1448-1533)] (actif à Florence dans le premier quart du XVIe siècle). Dimensions de l’initiale : 165 x 160 mm 4 000 / 6 000 € Initiale contrecollée sur un support cartonné (texte non lu au dos), découpée en suivant le pourtour de la lettre. Encadrement. Fort belle initiale historiée (Saint Jean-Baptiste debout dans un paysage) peinte dans une grande initiale, tracée en bleu avec motifs d’acanthes et d’arabesques dorées, sertie de compositions alliant pierres précieuses, perles et petits disques rouges à pointillés blancs, prolongements de feuilles d’acanthe vert et rose et corne d’abondance avec fruits jaunes et feuillage, initiale sur fond à l’or bruni. Initiale historiée « D » ouvrant probablement la fête de Saint-Jean-Baptiste dans un graduel, avec l’introït « De ventre matris » (?). Saint Jean-Baptiste, une robe rouge sur sa tunique, tient un phylactère inscrit « Ecce Agnus Dei », sur fond de paysage, arbres effilés et cours d’eau derrière et devant le saint personnage. On remarque une hache plantée dans le tronc d’un arbre, certainement une référence à Matthieu 3 :10 « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu… ». On rapprochera cette initiale historiée d’autres feuillets et enluminures attribuées à Monte di Giovanni di Miniato, par exemple une initiale D figurant les Noces de Cana avec vue sur la place San Marco de Florence (Florence, Museo dell’Opera del Duomo, vers 1513-1526; voir Garzellli, 1985, p. 640) ; une initiale V figurant l’Annonciation avec une vue du cloitre della Badia à Florence (Florence, Museo dell’Opera del Duomo, vers 1514 ; voir Garzelli, 1985, p. 633) ; initiale H représentant le Baptême de Jésus (Archivio dell’ Opera di Santa Maria del Fiore, Cod. C n. 11, f.4v, vers 1513-1526 ; publiée dans Garzelli, 1985, p. 628 et 630). Monte di Giovanni del Fora (1448-1533) est un enlumineur actif à Florence dans le dernier quart du XVe siècle et dans le premier quart du XVIe siècle. Il est le frère de Gherardo di Giovanni del Fora, avec lequel il collabore dans de luxueux manuscrits profanes et liturgiques. Monte di Giovanni était enlumineur mais aussi peintre sur panneaux et mosaïste (voir par exemple San Zenobio, Florence, Museo dell’Opera del Duomo). Voir sur Monte di Giovanni del Fora : A. Garzelli, Miniatura fiorentina del rinascimento, 1985, partie IX, pp. 267-83 ; Tacconi, Liturgy and Chant at the Cathedral of Florence, Yale University, 1999 ; L. Fabbri et M. Tacconi, Biblioteca medicea laurenziana. Opera di Santa Maria del Fiore, I libri del Duomo di Firenze. Codici liturgici e biblioteca di Santa Maria del Fiore (secoli 11.-16.), Florence, 1997). Provenance : Au dos, étiquette de galeriste et collectionneur : « COLLEZIONE SANGIORGI. 14608 NE1/E10 ». Giorgio Sangiorgi (1886-1960) fut un important collectionneur et galeriste, mais aussi érudit et historien de l’art. La galerie fut un temps établie au Palazzo Borghese au 117, via Ripetta à Rome.

21 Enluminures et manuscrits

22 Enluminures et manuscrits 17 [ENLUMINURE] Quatre initiales ornées extraites d’un livre de chœur (graduel ou antiphonaire ?). France, Paris (?), vers 1550. Fragments sur parchemin, écriture gothique, musique notée carrée sur portées tracées à l’encre rouge. Bon état de conservation. 1 000 / 1 500 € Initiale « C », dim. de l’initiale : 66 x 66 mm ; dimensions du fragment : 143 x 118 mm. Initiale à l’or bruni sur fond rose foncé avec rehauts blancs, bordure sur fond criblé avec décor de feuilles d’acanthes roses soulignées de blanc et petits disques à l’or bruni. Initiale « I », dim. de l’initiale : 68 x 68 mm ; dimensions du fragment : 152 x 138 mm. Initiale à l’or bruni sur fond mauve avec rehauts blancs, bordure sur fond criblé avec décor de feuilles d’acanthes mauves soulignées de blanc et petits disques à l’or bruni. Initiale « L », dim. de l’initiale : 70 x 65 mm ; dimensions du fragment : 140 x 145 mm. Initiale peinte en bleu avec rehauts blancs sur fond à l’or bruni avec fleur dans le corps de la lettre, bordure sur fond criblé avec décor de fleur et petits disques à l’or bruni. Initiale « N », dim. de l’initiale : 70 x 65 mm ; dimensions du fragment : 140 x 140 mm. Initiale peinte à l’or bruni sur fond rose avec rehauts blancs, bordure sur fond criblé avec décor de feuilles d’acanthes bleues et petits disques à l’or bruni. 18 [ENLUMINURE] Trois initiales ornées extraites d’un livre de chœur (graduel ou antiphonaire ?). France, Paris (?), vers 1550. Fragments sur parchemin, écriture gothique, musique notée carrée sur portées tracées à l’encre rouge. Bon état de conservation. 800 / 1 000 € Initiale ornée « O », dim. de l’initiale : 70 x 67 mm ; dimensions du fragment : 144 x 165 mm. Initiale mauve avec rehauts blancs sur fond à l’or bruni, grande fleur dans le corps de la lettre, bordure sur fond criblé avec décor floral et petits disques à l’or bruni. Initiale ornée « I », dim. de l’initiale : 70 x 67 mm ; dimensions du fragment : 141 x 121 mm. Initiale mauve avec rehauts blancs sur fond à l’or bruni, avec deux grandes fleurs vert turquoise, bordure sur fond criblé avec décor de feuilles d’acanthes bleues soulignées de blanc et petits disques à l’or bruni. Initiale ornée « C », dim. de l’initiale : 71 x 70 mm ; dimensions du fragment : 138 x 138 mm. Initiale à l’or bruni sur fond rose avec décor blanc, grande fleur dans le corps de la lettre, bordure sur fond criblé avec décor de feuilles d’acanthes violettes et mauve pâle soulignées de blanc et petits disques à l’or bruni.

23 Enluminures et manuscrits 19 [ENLUMINURE] Initiale ornée extraite d’un livre de chœur (graduel ou antiphonaire ?). Fragment sur parchemin, écriture gothique, musique notée carrée sur portées tracées à l’encre rouge. Bon état de conservation. Initiale ornée « I » rose avec rehauts blancs sur fond à l’or bruni, grandes fleurs sur le fond à l’or bruni, bordure sur fond criblé avec décor floral et petits disques à l’or bruni. France, Paris (?), vers 1550. Dim. de l’initiale : 68 x 67 mm ; dimensions du fragment : 124x102mm 200 / 250 € 20 [ARCHIVE]. [HAUTE-GARONNE] Fort ensemble de 40 chartes relatives au département de la Haute-Garonne. En latin et en français. France, Toulouse et autres localités du département, XVIe-XVIIe s. 2 000 / 3 000 € On compte 27 chartes ou documents datant du XVIe siècle et 13 chartes ou documents datant du XVIIe siècle. Parmi les localités évoquées : Toulouse, Martres-Tolosane, Rieulx, Aspes (comté de Comminges), Montastruc (comté de Comminges); Sault (comté de Comminges) et alia. Nature des documents : Achats, testaments, codicilles, donations ; actes relatifs au Parlement de Toulouse ; charte relative à la falsification d’un sceau du sénéchal de Toulouse (26 octobre 1660). Les familles évoquées sont nombreuses, mais celle de Sarrieu revient souvent : il peut s’agir d’actes provenant du chartrier de cette famille. En particulier Roger de Sarrieu, seigneur de Martres-Tolosane et de Saint-Paul.

24 Enluminures et manuscrits 21 [ARCHIVE]. [ESPAGNE]. [CATALOGNE] Ensemble de sept documents relatifs à la Catalogne. En latin et en espagnol. Espagne, Catalogne, années 1566-1593. 1 000 / 1 200 € Ensemble de six pièces relatives à la Catalogne, notamment au sujet de l’abbaye de Santa Maria de Riudaura (près de Gérone), le prieuré de Santa Maria de Junqueres et le prieuré de San Pablo del Campo de Barcelone. - [SANTA MARIA DE RIUDAURA]. Acte daté 1590. Dons de la famille de Plana (Antonio Plana et Hieronimo Plana, son fils) au Monastère de Santa Maria de Riudaura. Acte sur parchemin, en latin, Paroisse de Santa Maria de Riudaura, 11 (?) juillet 1590, dimensions : 535x345mm - [SANTA MARIA DE RIUDAURA]. Acte daté 1593. Acte relatif au Mas de Plana et droits du monastère de Santa Maria de Riudaura, confirmé par Franciscus Oliveres chanoine de Gérone et prieur de Santa Maria de Riudaura. Acte sur parchemin, en latin, Santa Maria de Riudaura, 8 avril 1593, encre brune, dimensions : 500 x 405 mm - [SANTA MARIA DE JUNQUERAS]. Acte daté de 1526. Acte de Charles Quint, Tolède, 10 février 1526, relatif à la vacance du prieuré de Santa Maria de Junqueras (Barcelone), confirmant Ysabel de Malla comme nouvelle prieure. En espagnol, 1 feuillet recto-verso, sur papier (l'acidité de l’encre a causé quelques trous au papier avec manques de lettres à certains mots). - [SAN PABLO DEL CAMPO]. Acte daté de 1566. Capitulo general. Celebratio capituli provincialis anni 1566 habita in prioratu Sancti Pauli de Campo Barcilonensis. En latin, cahier de 18 ff., encre brune sur papier. Document intéressant pour le récit des visites des monastères, pour lire et notifier les mesures prises au chapitre général notamment de San Cugat del Vallès ; San Esteban de Banolas et bien d’autres relevant de San Pablo del Campo. - [SAN PABLO DEL CAMPO]. Acte daté de 1566. Constitutiones provinciales editae in capitulo generali celebrato in prioratu Sancti Pauli de Campo Barcilonae. Constitutions présentées aux Abbayes San Cugat del Vallès ; San Esteban de Banolas ; Prieuré de Grans. En latin, cahier de 8 ff., encre brune sur papier. - [SANTA MARIA DEL MAR]. Acte daté 1566. Statuts de la Basilique Santa Maria del Mar à Barcelone, située dans le quartier de la Ribera. En latin, 4 ff., sur papier (encre acide, avec atteinte au texte par endroits).

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