GIQUELLO et ASSOCIES – LIVRES PRECIEUX et ANCIENS

Mercredi 17 juin 2026 Alexandre Giquello Jean-François de Lastours Jérôme Truchetet Commissaires de Justice Associés ANCIENS ET MODERNES LIVRES PRÉCIEUX

  €‚ Dominique Courvoisier Expert de la Bibliothèque nationale de France Membre du Syndicat Français des Experts Professionnels en œuvres d’art +33 (0)6 09 38 18 66 courvoisier.expert@orange.fr Alexandre Maillard Membre du Syndicat Français des Experts Professionnels en œuvres d’art +33 (0)6 76 62 54 98 maillard.alexandre@sfr.fr †‡€ˆ € Flamine Bouvet-Lanselle +33(0)1 47 42 78 01 f.bouvet@giquello.net En première de couverture lot 45, en première page lot 32 5, rue La Boétie - 75008 Paris 3, avenue Marie-Louis - 94210 La Varenne Saint-Hilaire ‚Šˆ Š Alexandre Giquello Jean-François de Lastours Jérôme Truchetet Commissaires de Justice Associés

 †‚‹€‹†‡‚ Sur rendez-vous à l'étude Hôtel Drouot : Mardi 16 juin de 11h à 18h Mercredi 17 juin de 11h à 12h Téléphone pendant l’exposition + 33(0)1 48 00 20 07 PRÉCIEUX LIVRES ANCIENS ET MODERNES Mercredi 17 juin 2026 - 14h30 Drouot - salle 7 VENTE PAR AUTORITÉ DE JUSTICE Frais judiciaires en sus des enchères : 11,90% HT Soit : 12,55% TTC pour les livres ; 14,28% TTC pour les manuscrits À la requête de la : SCP Gérald SIMONIN - Sébastien TRANCHANT - Valérie GUERRIER Commissaires de Justice Associés 92, rue de la Victoire - 75009 Paris ‚Šˆ Š Alexandre Giquello Jean-François de Lastours Jérôme Truchetet Commissaires de Justice Associés

4 1 ALEMAN (Mateo). La Vie de Guzman d’Alfarache. Paris, Michel Brunet, 1696. 6 parties en 3 volumes in-12, maroquin citron, triple filet doré, écusson central orné aux petits fers et portant la date J€‚ƒ„ 1696, dos orné, pièce de titre rouge, roulette intérieure, doublure et gardes de papier tourniquet, tranches dorées sur marbrure (Reliure de l’époque). Édition originale de la traduction de Gabriel Bremond, de ce chef-d’œuvre de la littérature picaresque espagnole. Elle est illustrée d’un frontispice montrant un comédien ôtant son masque sur une scène de théâtre et de 16 figures hors texte, le tout gravé en taille-douce. Très bel et désirable exemplaire relié dans l’atelier de Boyet pour un amateur du groupe des « Curieux parisiens ». Cette exquise reliure se rattache au groupe des reliures archaïsantes exécutées entre 1690 et 1710 pour un groupe d’amateurs baptisés les « Curieux » par Isabelle de Conihout et Pascal Ract-Madoux : C’est dans le milieu des « curieux » parisiens, à l’extrême fin du XVIIe siècle, qu’ont fait leur apparition des reliures spécialement destinées à recouvrir des livres rares. Ces reliures ont en commun deux caractéristiques : elles ont été exécutées exclusivement sur des livres français ou traduits en français, leurs décors sont toujours soit imités de modèles anciens, soit inventés dans un esprit plus ou moins archaïsant. [...] Les reliures archaïsantes ont toutes été exécutées par un seul atelier. Cet atelier est celui de Boyet ou plus exactement celui de son doreur, les corps d’ouvrages ayant pu être faits par deux relieurs diœérents (cf. Reliures françaises du XVIIe siècle. Chefs-d’œuvre du Musée Condé, p. 64 et seq.). Ce groupe comptait au moins quatre bibliophiles avertis : Jérôme Duvivier, Antoine Leriche, le marquis de La Vieuville et un « grand curieux » non identifié. Cote manuscrite de l’époque (606) suivie du numéro de tome correspondant au verso des premières gardes. De la bibliothèque Hans Furstenberg au château de Beaumesnil (2013, n°173). Petites taches claires à quelques feuillets, déchirure sans manque à un feuillet (tome I) et petit manque de papier à un autre au tome III. Infimes restaurations à la reliure (coi°es, coins et mors) 5 000/6 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

5 2 ANACRÉON. Teij odae [en grec]. Paris, Henri Estienne, 1554. Petit in-4, cuir de Russie fauve, large roulette de fers rocaille en encadrement, dos orné, pièces de titre rouge et bleue, roulette intérieure, roulette sur les coupes, tranches dorées (Reliure du XVIIIe siècle). Édition princeps des poésies d'Anacréon, et premier livre publié par Henri II Estienne. L’édition, qui est aussi belle que rare, renferme le texte grec, suivi de la traduction latine et des commentaires d’Estienne. (Renouard, Estienne, p. 114.) Anacréon, grand poète lyrique de la Grèce antique, fut l’une des sources favorites des poètes de la Pléiade. La publication de ses poésies champêtres sonna comme un événement littéraire au début de l’année 1554 ; Ronsard, très enthousiaste, chantera le succès de son ami Estienne : Dedans cette grand coupe d’or, / Je vois boire à Henry Estienne, / Qui des enfers nous a rendu / Du vieil Anacreon perdu / La douce Lyre Teïenne (cité par Paul Laumonier in Ronsard, poète lyrique, 1909, pp. 120 et seq.). Ancienne note manuscrite au verso du titre et commentaires de la même main dans les marges de quelques feuillets. Étiquette du libraire new yorkais William Salloch. De la bibliothèque Hans Furstenberg au château de Beaumesnil (2013, n°102). Petite déchirure avec manque de papier dans la marge intérieure du titre, mouillure claire marginale à plusieurs feuillets, dernier feuillet sali. Mors fendillés, petits manques aux pièces de titre, quelques petites restaurations. 3 000/4 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

6 3 BEAULIEU (Eustorg de). Les Divers rapportz. Contenant plusieurs Rondeaulx, Huictains, Dixains, Ballades, Chansons, Epistres, Blasons, Epitaphes, & aultres ioyeusetez. Paris, Alain Lotrian, 1544. Petit in-8, maroquin rouge, triple filet doré, dos lisse portant le titre en long, roulette intérieure, tranches dorées (Reliure du XVIIIe siècle). Troisième édition de ce recueil de poésies d’Eustorg de Beaulieu, poète-musicien méconnu originaire du Bas-Limousin. Imprimée en petits caractères ronds, elle est ornée de 16 vignettes sur bois dont une sur le titre. À l’instar des deux premières (Lyon, Pierre de Sainte-Lucie, 1537, et Paris, Lotrian, 1540), cette édition est d’une extrême rareté : nous en avons seulement localisé 3 exemplaires dans les fonds publics (Paris, BnF, Réserve ; Cabinet des livres du musée Condé au château de Chantilly ; Vienne, Bibliothèque nationale autrichienne). Eustorg de Beaulieu (vers 1495-1552) fut d’abord organiste à Lectoure, puis maître de musique à Tulle où il aurait endossé la robe de l’Église. On dit aussi qu’il aurait été un temps au service d’une troupe de comédiens en qualité de musicien. Il vécut ensuite à Lyon, avant de rejoindre la Suisse où il se convertit au protestantisme. Il mourut à Bâle, dans la misère. En matière de poésie, il fut un disciple de Clément Marot ; ses vers sont tantôt religieux ou profanes, parfois grivois. Des poésies sur les vices et les maux de la société. Parmi les pièces qui composent l’ouvrage, on dénombre 89 rondeaux (ex : d’une dame lyonnoise, des commoditez d’ung Coqu, d’un gourmand yvrongne & paresseux ou encore des accidens qui viennent de paillardise), 10 dixains, 14 ballades (dont les pechez & abus publiques qui regnent maintenant au monde et les plainctes d’un Verollé) et 12 chansons. On y trouve encore quelques épîtres, des oraisons, des épitaphes (épitaphe d’un moineau, d’Érasme, etc.) ainsi que 7 blasons anatomiques du corps féminin, dont un Blason du cul très libre et bien tourné qui fit la renommée du petit poète marotique : O cul de femme, O cul de belle fille. / Cul rondelet, cul proportionné... Exemplaire en maroquin du XVIIIe siècle, vraisemblablement le seul connu en reliure ancienne, ceux conservés à Paris et à Vienne étant en demi-reliure postérieure, et celui du duc d’Aumale, à Chantilly, en maroquin doublé de Trautz-Bauzonnet. Mention ancienne sur le titre, presque e°acée. Le titre et les quatre feuillets suivants sont habilement restaurés. Petite déchirure de papier sans manque de texte à l’angle supérieur des deux derniers feuillets. (Gay-Lemonnyer, t. II, col. 17-18 ; Dictionnaire des œuvres érotiques, pp. 66-67.) 5 000/6 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

7 4 BOSSUET (Jacques Bénigne). L’Apocalypse avec une explication. Paris, Veuve de Sébastien Marbre-Cramoisy, 1689. In-8, maroquin rouge, triple filet doré, armoiries au centre, dos orné, roulette intérieure, tranches dorées (Reliure de l’époque). Édition originale de cette saisissante interprétation de l’Apocalypse. Très bel exemplaire aux armes de Madame Louis Boucherat, provenance féminine inconnue à Quentin-Bauchart. Anne-Françoise de Loménie (morte en 1697 à l’âge de 83 ans), fille de François de Loménie de Ravannes, secrétaire du cabinet d’Henri IV, et veuve de Nicolas de Bretel, seigneur de Grémonville, conseiller d’État et ambassadeur à Venise, s’était remariée au chancelier Boucherat (1616-1699) le 7 octobre 1655 (cf. Saint-Simon, Mémoires). Louis Boucherat, chancelier de France, fut chargé d’exécuter la révocation de l’Édit de Nantes que Le Tellier, son prédécesseur, farouche adversaire des huguenots, avait signé avant de mourir. (OHR, pl. 1262.) Il semblerait que cette reliure soit la seule que l’on connaisse de cette provenance. Ex-libris armorié gravé du XVIIIe siècle Jacobi Gaillard Canonici Rothomagensis. Un ex-libris manuscrit bi°é sur le titre. De la bibliothèque du baron de Ruble (1899, n°5). Taches claires. 3 000/4 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

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9 5 CARMONTELLE (Louis Carrogis, dit). Jardin de Monceau, près de Paris, appartenant à Son Altesse Sérénissime Monseigneur le duc de Chartres. Paris, Delafosse, Née & Masquelier, 1779. Grand in-folio, demi-veau fauve moucheté avec coins, dos lisse orné de filets, pièce de titre bordeaux (Reliure vers 1900). Édition originale, ornée d’un plan général du jardin et de 17 jolies planches gravées sur cuivre d’après les dessins de Carmontelle. Portraitiste de l’aristocratie et ordonnateur de fêtes et de spectacles renommé dans toute la capitale, le peintre Carmontelle (1717-1806) avait été engagé par le duc de Chartres, futur Louis-Philippe d’Orléans (1747-1793), pour aménager un lieu de plaisir et de rencontres dans sa propriété de Monceau. Il créa pour ce prince l’un des plus beaux jardins du XVIIIe siècle, baptisé la Folie de Chartres ou Folie-Mousseaux, aujourd’hui le Parc Monceau à Paris. Revendiquant un art des jardins conjuguant à la fois illusion et fantaisie, Carmontelle conçut un jardin paysager de style anglo-chinois jalonné d’extravagantes fabriques à la mode (château en ruines, tour gothique, temple et édifice antiques, pagode chinoise, tente tartare, moulin hollandais, tombeaux, etc.) : Si l’on peut faire d’un Jardin pittoresque un pays d’illusions, pourquoi s’y refuser ? […] transposons, dans nos Jardins, les changements de Scène des Opéra […]. Puisqu’il faut tout créer, usons de cette liberté pour plaire, pour amuser & pour intéresser. C’étoit ce que comptoient trouver, dans le Jardin de Monceau, ceux qui venoient le voir (p. 4). Rare exemplaire en coloris d’époque, qui exalte le charme des compositions. Joint dans le volume un reçu signé de Carmontelle, sur vélin, attestant avoir perçu de M. Loiseau de Bérenger, Trésorier Général du duc d’Orléans, la somme de 450 livres pour ses gages de premier quartier de l’année 1785 en qualité de lecteur de S.A.R. Des bibliothèques Hippolyte Destailleur, G. de Berny, Francis Kettaneh et Jean-François Chaponnière (2019, n°36). Habiles et petites restaurations de papier sur le bord du titre. Minime fente restaurée sur le bord du plan. 6 000/8 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

10 6 CASTELLI (Benoît). Traicté de la mesure des eaux courantes. […] Ensemble un Traicté du Mouvement des eaux d’Évangéliste Torricelli. Castres, Bernard Barcouda, 1664. 2 parties en un volume in-4, basane marbrée, filet à froid, pièce de titre olive, tranches mouchetées de rouge (Reliure de l’époque). Édition originale en français des traités de Castelli et Torricelli, disciples de Galilée et pionniers en hydraulique. La traduction est de Pierre Saporta (1613-1685), originaire de Montpellier et membre de l’Académie de Castres. (Riccardi, t. I, p. 291.) La première partie du volume contient la traduction du Della misura dell’ acque correnti (1628) du moine Benedetto Castelli (1577-1643), ouvrage fondateur de l’hydraulique moderne. Elle est précédée d’une préface adressée aux Commissaires deputez par le Roy pour la ionction des mers, plaidoyer en faveur du futur canal du Midi reliant la Mer Méditerranée avec l’Océan, par le moyen des Rivieres qui sont entre-deux. La seconde partie, en pagination continue avec une page de titre particulière, donne la traduction d’un traité d’hydrodynamique de Torricelli (1608-1647). Le traducteur y a ajouté, en tête, une seconde préface, adressée à Pierre de Fermat (1601-1665), et en fin de volume (pp. 84-87), une Observation inédite de ce célèbre mathématicien sur l’hydroscope de Synesius. Cet ouvrage rare sort des presses de Bernard Barcouda, le véritable successeur de Pierre Fabry à qui l’on doit vers 16051606 l’introduction de l’imprimerie à Castres (cf. Pradel, Notice sur l’imprimerie à Castres ; Deschamps, col. 285). Ex-libris manuscrit Vidal anno 1738. De la bibliothèque du docteur Maurice Villaret (ex-libris). Notes au crayon couvrant le contreplat supérieur et les deux premières pages de garde. Mouillures, petite restauration à l’angle de deux feuillets dont le titre. Petite fente sans manque réparée au verso du titre. 3 000/4 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

11 7 CAUS (Salomon de). Les Raisons des forces mouvantes, avec diverses Machines tant utiles que plaisantes : Ausquelles sont adjoints plusieurs desseins de Grotes & Fontaines. Paris, Hierosme Drouart, 1624. 3 parties en un volume in-folio, vélin, traces de lacets (Reliure de l’époque). Seconde édition, augmentée, de ce beau « théâtre de machines » du XVIIe siècle. Partagée entre deux libraires parisiens, Jérôme Drouart et Charles Sevestre, elle est augmentée par rapport à l’édition originale publiée à Francfort en 1615. Né à Dieppe dans une famille protestante, l’architecte paysager et ingénieur Salomon de Caus (vers 1575-1626) fut attaché aux plus brillantes cours princières d’Europe : il aménagea les jardins du palais du Coudenberg, résidence bruxelloise de l’archiduc Albert d’Autriche, ceux du prince de Galles à Greenwich et Sommerset House, et ceux du château d’Heidelberg pour l’électeur palatin Frédéric V. Proche d’un Léonard de Vinci par l’étendue de ses compétences (Hélène Vérin), cet ingénieur-hydraulicien de la Renaissance fut un spécialiste des grottes, des fontaines et des jeux d’eau, et participa à l’essor de la mécanique en tant que discipline scientifique au début du XVIIe siècle ; à cet égard, il est considéré comme l’un des précurseurs sinon l’inventeur de la vapeur motrice. (Hélène Vérin, « Salomon de Caus, un mécanicien praticien » in Revue de l’art, 2003/3, n°129, pp. 70-76.)

12 Dans ce traité divisé en trois parties, l’auteur expose les lois fondamentales particulières à l’eau, l’air et le feu, et leur application dans la construction de ses machines. Il décrit dans la première partie d’astucieux automates imitant le chant des oiseaux (pour contrefaire la voix des petits oyseaux par le moyen de l’eau & l’air), des horloges et des orgues hydrauliques, une roue musicale ou encore des machines pour lever des charges dotées de pompes ou actionnées par des roues à pignon. La seconde est consacrée aux grottes et fontaines, en vue d’ornementer les palais, les maisons de plaisance et les jardins, tandis que la dernière traite spécialement de la fabrique des orgues. L’illustration comprend 2 titres-frontispices à décor architectural, 63 gravures sur cuivre comprises dans la pagination, plusieurs figures sur bois dans le texte, et une planche à double page pour le Sistesme vulgairement dit Diapason, servant pour la mesure des tuyaux d’Orgues. Titre-frontispice de la première partie un peu sali. Restauration dans la marge inférieure et dans le fond d’une quinzaine de feuillets. Tirage un peu faible parfois. La planche pour le problème n°VI de la première partie est collée sur une autre gravure. 6 000/8 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil 7

13 8 CRESCENS (Pierre de). Le Bon mesnager. Au present volume des prou°itz champestres et ruraulx. Paris, [imprimé par Nicolas Cousteau pour] Galliot du Pré, s.d. [au colophon] : 15 janvier 1533. In-folio gothique, maroquin rouge, triple filet doré, dos orné, dentelle intérieure, tranches dorées sur marbrure (Reliure du XIXe siècle). Première édition sous ce titre du plus important traité d’économie rurale du Moyen Âge. L’édition est augmentée d’un traité d’arboriculture de Gorgole de Corne : La maniere de enter, planter & nourrir tous arbres. Imprimée en caractères gothiques sur deux colonnes, le titre en rouge et noir, elle est ornée de 3 figures gravées sur bois : la première, signée de la croix de Lorraine, montre l’auteur o°rant son livre au roi, et la seconde illustre les semis dans les champs ; à la fin, grandes armoiries. (Bechtel, C-888 ; Thiébaud, col. 228-229 : « prototype de toutes les Maisons rustiques ».) Né à Bologne dans les années 1230, Pierre de Crescens rédigea son Opus ruralium commodorum vers 1305 pour Charles II d’Anjou, roi de Sicile. Dans ce traité fameux, paru pour la première fois en latin en 1471 et en français en 1486 (Le Livre des ruraulx prouœitz du labour des champs), il traite en douze livres de la vie rurale, de l’exploitation des domaines agricoles, des travaux des champs, de viticulture, de culture des plantes et des arbres, de la chasse et de la pêche. Ex-libris Rossignol. Exemplaire dans une reliure de qualité, non signée. Le volume a été lavé, quelques taches et rousseurs. 6 000/8 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

14 9 CRÉTIN (Guillaume). Chantz royaulx, oraisons, & aultres petitz Traictez. Paris, s.d. [à la fin]: Paris, pour Jehan Sainct Denys [vers 1529]. In-8 gothique, maroquin rouge, filet doré, semé de fleurs de lis sur les plats et le dos, dentelle intérieure, tranches dorées (Capé). Seconde édition collective des œuvres de Guillaume Crétin, publiée par son disciple le poète angevin François Charbonnier. Impression en caractères gothiques, le titre imprimé en rouge et noir ; grande marque typographique du libraire Jean Saint-Denis (Renouard, n°1026) au verso du dernier feuillet. (Bechtel, C-894, cite cet exemplaire ; Thiébaud, col. 235.) Chantre de la Sainte-Chapelle de Paris et aumônier ordinaire du roi, Guillaume Crétin, de son vrai nom Guillaume Dubois, naquit au milieu du quinzième siècle et mourut vers 1525. Poète de cour, il fit partie du groupe des grands rhétoriqueurs, aux côtés de ses amis Jean Molinet, Octavien de Saint-Gelais, Jean Bouchet ou encore Jean Marot, et fut le maître du chroniqueur Jean Lemaire de Belges. On a souvent dit que Rabelais l’avait raillé sous les traits ridicules de Raminagrobis dans Pantagruel. Les Chants royaux sont une mise en vers de la fameuse Chronique de France, dite de Saint-Denis, laquelle conte l’histoire de la monarchie française depuis ses origines légendaires. On y trouve diverses épîtres (à Charles VIII, Louis XII, François Ier, etc.), des ballades, des oraisons, et surtout le célèbre poème cynégétique en rimes équivoquées intitulé Debat entre deux dames sur le passetemps des chiens & oyseaux qui est suivi du Jugement de la venerie & faulconnerie. Bel exemplaire en reliure fleurdelisée de Capé, provenant des bibliothèques Henri Gallice et Marcel Jeanson (I, 1987, n°159). Il a figuré au catalogue Des Valois à Henri IV de Pierre Berès, sous le n°58. 6 000/8 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

15 10 DESCARTES (René). Musicae compendium. Utrecht, Typis Gisberti à Zijll & Theodori ab Ackersdijck, 1650. Petit in-4, dérelié et rebroché sous couverture moderne de papier dominoté, sous chemise-portefeuille demi-chagrin rouge moderne. Édition originale du premier livre de Descartes. Cet abrégé de musique fut rédigé par le jeune Descartes en 1618 pour le philosophe hollandais Isaac Beeckman (15881637), lequel le livra à l’impression quelques mois après la mort de son auteur. La première traduction française, donnée par le père oratorien Nicolas-Joseph Poisson, vit le jour en 1668 dans le Traité de la mécanique. (Tchemerzine, t. II, p. 797.) Premier ouvrage de Descartes, le Compendium musicae, en dépit de sa brièveté, est l’un des textes les plus importants de la théorie musicale au XVIIe siècle. Rameau, en 1722, y trouvera le point de départ de sa réflexion sur les fondements de l’harmonie. Plus généralement, tout examen de l’esthétique cartésienne passe par l’étude de la théorie du plaisir développée dans les premières pages. Enfin l’histoire de la pensée de Descartes ne se comprend pas pleinement sans les questions ouvertes dans cet abrégé, comme la question de l’application des mathématiques et celle des passions de l’âme (Frédéric de Buzon, rééd. de 2012, PUF). Petites rousseurs claires sur le titre. 2 000/3 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil 11 DUMAS (Alexandre). Cécile. Paris, [Imprimerie hydraulique de Giroux et Vialat] Dumont, 1844. 2 volumes in-8, demi-cuir de Russie rouge, chi°re couronné doré au centre des plats, dos lisse orné (Reliure de l’époque). Édition originale de ce roman méconnu de Dumas, parue la même année que Les Trois mousquetaires. Bel exemplaire, relié sur brochure au chi»re de MarieLouise (1791-1847), duchesse de Parme et impératrice des Français de 1810 à 1814. Fille aînée de François d’Autriche, petite-nièce de l’ancienne reine Marie-Antoinette, Marie-Louise d’Autriche épousa Napoléon Bonaparte en 1810. De leur union naquit Napoléon II, dit l’Aiglon, roi de Rome et duc de Reichstadt. Après les Cent-Jours et la chute de l’Empereur, elle se vit accorder par le Congrès de Vienne le duché de Parme où elle s’installa définitivement en mars 1816. Quelques légères rousseurs. 3 000/4 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil 10 11

16 13 FINE (Oronce). Les Canons & documents tresamples, touchant l’usage & practique des communs Almanachz, que l’on nomme Ephemerides. Paris, De l’imprimerie de Regnaud Chaudière, 1551. In-8, vélin ivoire rigide, double encadrement à froid sur les plats (Reliure moderne dans le goût ancien). Seconde édition en français de ce manuel d’astrologie composé par Oronce Fine (1494-1555), savant et astronome considéré comme le restaurateur des mathématiques en France à la Renaissance. (Caillet, n°3945 ; Houzeau-Lancaster, n°14188.) Elle contient la Briesve & isagogique introduction, sur la judiciaire Astrologie : pour savoir pronostiquer des choses advenir, que l’on trouvait déjà dans la première édition publiée par Simon de Colines en 1543, et est augmentée d’un Traicté singulier d’Alcabice touchant les conjonctions des planetes en chascun des 12 signes. Les derniers canons concernent les périodes qu’il convient d’observer en la flebotomie ou saignée, pour prendre medicine ou encore pour semer & cultiver les arbres & les vignes. Belle impression, ornée de quelques figures sur bois. Quelques légères rousseurs, sinon agréable exemplaire, bien relié. 1 200/1 500 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil 12 EURIPIDE. Tragoediae septendecim. S.l.n.d. [au colophon] : Venise, Alde, février 1503. 2 volumes in-8, basane fauve, dos orné à froid, filet intérieur, tranches marbrées (C. Hering). Édition princeps, renfermant les 18 tragédies alors connues du grand dramaturge grec. Toutes les pièces paraissent ici pour la première fois, à l’exception de quatre d’entre elles (Médée, Hippolyte, Alceste et Andromaque), déjà publiées ensemble en grec vers 1495 à Florence par Laurentius de Alopa. La dix-neuvième tragédie connue d’Euripide, Électre, fut découverte dans la première moitié du seizième siècle par Pietro Vettori et publiée à Rome en 1545. Très belle impression aldine en fins caractères grecs. (Renouard, Alde, pp. 43-44.) Inscription manuscrite en grec sur la page de titre du tome II. Étiquette de côte Milltown Park Library et ex-libris Ex legato Gulielmi O’Brien 1899. Cachet Bibliothecae Passionae sur le titre. On a ajouté, en frontispice pour chaque tome, un portrait d’Euripide gravé par Harriet Cheney d’après un buste antique appartenant à Ralph Carr Esqr. Tome I : manque la marque finale, pâles mouillures en fin de volume. Reliure usagée, trois plats détachés. 2 000/3 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil 12 13

17 14 GAURICO (Pomponio). De sculptura. […]. S.l.n.d. [au colophon] : Florence, 8 janvier 1504. In-8, maroquin rouge, janséniste, dentelle intérieure, tranches dorées sur marbrure (Binda Milano). Édition originale, très rare, du premier livre imprimé entièrement consacré à la sculpture. Elle a été imprimée à Florence par Filippo di Giunta. Pomponius Gauricus (Gaurico) (vers 1480-1530), humaniste padouan et sculpteur amateur, fait l’éloge de la sculpture et en aborde brièvement les aspects esthétiques et techniques (modelage, taille du bois ou de l’ivoire, moulage et sculpture en plâtre, taille du marbre, bronze). Il cite au passage de grands sculpteurs de l’Antiquité, tels Phidias, Pygmalion ou Praxitèle, et du Quattrocento comme Severo da Ravenna, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Ghiberti (Laurentius Cion) et surtout Donatello dont il parle à plusieurs reprises. Selon Schlosser, dans La Littérature artistique (1984, p. 262), les détails sur le travail du métal sont du plus vif intérêt : les chapitres sur la technique de la fonte du bronze appartiennent aux parties les plus intéressantes de cet ouvrage [...] ; nous ne possédons par ailleurs, à ce sujet, pour une époque aussi précoce, avant Vasari et Cellini, que des indications fort maigres. Tout aussi important : le chapitre de Gauricus sur la perspective, où, semble-t-il, est exposée pour la première fois dans un livre imprimé une méthode de construction perspective. En e°et, le De sculptura précède d’un an la publication du célèbre traité de perspective de Viator (1505), et de plusieurs années le De pictura d’Alberti (1540), les livres de géométrie et de perspective de Serlio (1545) et La Pratica della perspetiva de Barbaro (1568). La petite lettrine du premier feuillet de texte est peinte en rouge. Restauration marginale aux feuillets b8 et e8. Quelques mouillures et faibles taches. (Kemp, The Science of Art, pp. 40-41 ; Riccardi, t. I, pp. 582-583 ; Parronchi, « La perspective dans le De sculptura de Pomponius Gauricus » in Revue de l’art, 1970/3, n°9, pp. 49-50 ; voir aussi la traduction annotée de l’ouvrage par André Chastel et Robert Klein, Droz, 1969, qui le qualifient de « premier traité d’art destiné aux amateurs et aux dilettantes cultivés ».) 5 000/6 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

15 GIDE (André). Le Voyage d’Urien. Paris, Librairie de l’Art indépendant, 1893. In-4, broché, couverture illustrée, emboîtage de papier marbré. Première édition, illustrée de 30 lithographies originales d’inspiration symboliste de Maurice Denis, tirées en camaïeu d’ocre chaud, de brun et de vert amande, et d’un bois sur la couverture. C’est le premier livre illustré par Maurice Denis (18701943), et l’un des principaux livres symbolistes. Un des 300 exemplaires sur papier vergé. Belle provenance : l’exemplaire porte sur le faux-titre un envoi signé d’André Gide à Georges Rodenbach (18551898), poète et romancier belge auteur du grand roman symboliste Bruges-la-Morte (1892), grand ami de Stéphane Mallarmé et de son compatriote Émile Verhaeren. Petites traces d’adhésif sur les gardes. (Cailler, n°37-67 ; Chapon, Le Peintre et le livre, pp. 39-42 et 278 ; Yves Peyré, Peinture et poésie, p. 106 : « Ce livre est la trace la plus accentuée du symbolisme, la ratification par les Nabis du principe du livre de dialogue » ; Ray, n°375.) 6 000/8 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil 18

19 16 GOGOL (Nicolas Vassilievitch). Les Âmes mortes. Paris, Hachette, 1859. 2 volumes in-12, bradel percaline noire, dos lisse, pièce de titre brune, monogramme doré en queue, non rogné (Reliure de l’époque). Édition originale de la traduction française. Les pages liminaires de chaque volume contiennent des Considérations sur Nicolas Gogol et la littérature russe, par le traducteur, Ernest Charrière. De la bibliothèque Pierre Bergé (II, 2016, n°268). Le monogramme doré au dos est resté jusqu’à ce jour sans identification : nous pensons qu’il s’agit de celui d’Auguste Sichel (1838-1886) qui fut, avec ses deux frères Otto et Philippe, marchand d’objets d’art d’Extrême-Orient, et un proche des Goncourt ; hypothèse cohérente avec la reliure qui est dans le genre de Pierson, le relieur attitré de Jules et Edmond. Réparations dans les marges de quelques feuillets, quelques rousseurs. (Boutchik, Bibliographie des œuvres littéraires russes traduites en français, 1935, n°402.) 1 500/2 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

20 17

21 17 GOYA Y LUCIENTES (Francisco). [Los Caprichos]. S.l.n.d. [Madrid, 1799]. Petit in-folio, maroquin vert pomme, jeux de filets et de roulettes dorées et à froid autour des plats, écoinçons dorés, dos orné, roulette intérieure, tranches dorées (Carroll). Édition originale. 80 planches gravées à l’eau-forte et à l’aquatinte, complétée à la pointe-sèche, au burin et au brunissoir, le tout tiré en bistre et imprimé sur papier vergé. La planche n°45 est avec la rayure. Extraordinaire suite gravée, sans doute la plus célèbre de Goya (1746-1828). La virtuosité de l’artiste se distingue par sa maîtrise des di°érentes techniques de la gravure sur cuivre, en particulier l’eau-forte et l’aquatinte combinées, et sa création d’un univers fantasmagorique peuplé de personnages étranges qui servent ici à sa critique de la société espagnole de l’époque.

22 Dans cette dénonciation des vices, des abus, des inégalités, des injustices, des superstitions et des ridicules de son temps, de la prostituée à l’aristocrate, en passant par les charlatans et les inquisiteurs, personne dans les Caprichos n’est épargné par le mordant de Goya. Superbe exemplaire, dans une très élégante reliure décorée de l’époque romantique.Il est préservé dans une boîte de maroquin noir moderne. La reliure est signée de l’étiquette de Carroll, relieur actif à Paris dans les années 1820-1840. On remarquera le titrage dans un caisson au dos, ¼½¾ / ¿ ƒ¿ÀÁ / „Âà ¼€½Ä., le mot caricature se substituant à celui de caprices et écrit avec deux r comme le nom du relieur. De la bibliothèque Georges Wendling (ex-libris). Infime enfoncement sur le premier plat. Très rares rousseurs, amincissement de papier dans la planche 57. (Delteil, XIV, n°38-117 ; Harris, n°36-115 ; Antoine Coron, De Goya à Max Ernst, n°1.) 80 000/100 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil 17

23 Grandeur réelle

24 18 ÎLE MAURICE. — Souvenirs de Maurice. – [Fruits de Maurice]. – Île Maurice. S.l.n.d. [Port-Louis, Maurice, Imprimerie lithographie de Maisonneuve et Devaux & Cie, c. 1850-1853]. Ensemble 3 suites en un volume in-folio oblong, demimaroquin vert à long grain avec coins, dos lisse orné de doubles filets dorés (Reliure moderne). Ensemble 56 jolies lithographies finement coloriées à la main représentant la topographie, les fruits et les arbres de l’Île Maurice. Ces suites rarissimes ont été imprimées à Port-Louis et lithographiées d’après des dessins de deux grands artistes mauriciens du XIXe siècle : Édouard Pitot (1778-1860) et Alfred Richard (1824-1880). La première suite, intitulée Souvenirs de Maurice, comprend 20 planches de vues et de paysages dessinées d’après nature par Édouard Pitot (4) et Alfred Richard (16) : on y aperçoit notamment une vue prise au Trou Tanfaron à Port-Louis, une vue du jardin de la Compagnie et une autre de l’observatoire astronomique ; signalons 2 planches sur la chasse au cerf dans la marre aux vakois, dont une très jolie scène nocturne. De cette suite, la BnF possède un exemplaire avec 25 planches. La seconde suite comporte 20 superbes planches de fruits dessinés d’après nature par J. Maisonneuve et Alfred Richard, toutes rehaussées de gomme arabique : banane, mangue, litchi, ananas, vangassaye, bibasse, jamalac, etc. La dernière compte 16 planches d’arbres dessinées d’après nature par Édouard Pitot. Les 4 premières planches sont uniformément teintées, avec la première remontée dans le fond. Petite fente anciennement réparée en bas d’une planche. Quelques légères taches. De la bibliothèque Norman Bobins (II, 2023, n°172). 5 000/6 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

25 18

26 19 JAMMES (Francis). Une Vierge. Bois dessinés par Gayac. Paris, Édouard-Joseph, 1919. In-12, maroquin crème, sur le premier plat composition dorée de filets entrecroisés figurant la flèche d’un édifice, avec le titre en capitales dorées, l’initiale V du mot Vierge s’imbriquant dans le décor avec une partie mosaïquée en noir, dos lisse titré en bas sur quatre lignes du nom de l’auteur et du titre de l’ouvrage, encadrement intérieur de même maroquin orné d’un listel de maroquin bleu nuit serti de filets dorés, doublure et gardes de soie irisée bleue, non rogné, couverture et dos (Pierre Legrain). Édition originale, ornée de 3 bois de Gayac dont un en frontispice. Un des 100 exemplaires sur hollande, celui-ci contenant une suite des bois sur japon mince. Intéressante reliure de Pierre Legrain, exécutée en 1922-1924 pour H. de Montbrison (Répertoire Legrain, n° 511). Un ou deux filets dédorés dans le décor sur le premier plat, charnières frottées. 1 500/2 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

27 20 JOUTEL (Henri). Journal historique du dernier voyage que feu M. de La Sale fit dans le Golfe de Mexique, pour trouver l’embouchure, & le cours de la Riviere de Missicipi [sic], nommée à présent la Rivière de Saint-Loüis, qui traverse la Louisiane. Paris, Estienne Robinot, 1713. In-12, veau marbré, dos orné, pièce de titre rouge, tranches jaspées (Reliure de l’époque). Édition originale. (Church, n°855 ; Harrisse, n°750 ; Sabin, n°36760.) Récit du dernier voyage de Robert Cavelier de La Salle en Amérique du Nord pour retrouver par la mer l’embouchure du Mississippi, au cours duquel l’explorateur français trouva la mort, assassiné en janvier 1687 par quatre de ses compagnons révoltés. Parti de La Rochelle en 1684, il avait reconnu les côtes de la Floride, passé l’embouchure du Mississippi sans s’en apercevoir, puis atterri à Matagorda Bay au Texas. L’ouvrage a été écrit par Henri Joutel, que le père Charlevoix décrivit comme un homme honnête, le seul de la troupe sur qui La Salle put réellement compter. De la plus grande rareté complet de la carte dépliante dressée par le sieur Joutel, figurant le golfe du Mexique, les côtes de l’Amérique du Nord (Virginie, Caroline, Floride, etc.), la Louisiane et le Mississipi, avec, dans l’angle supérieur, une vue des chutes du Niagara. Petit renforts aux plis de la carte. Charnières et coi°es habilement refaites. 4 000/6 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

28 21 JOUVE (Pierre Jean). Beau regard. Conte illustré d’images. Paris, Au Sans pareil, 1927. In-8, plats de vachette gris bleu froissée, aux mors bordure de lézard ornée de quatre œillets, bande de même peau, dos de roussette noir, couture sur deux lanières, doublure et gardes de nubuck brun, couverture et dos, chemise demi-veau à recouvrement et étui (J. de Gonet 1984). Édition originale, illustrée de 3 pointes-sèches et de 15 gravures sur bois originales dans le texte dessinées et gravées par Joseph Sima. Un des 600 exemplaires sur vélin Montgolfier d’Annonay. Parfaite reliure de Jean de Gonet, jouant sur les matières. 2 000/3 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil 21 22

29 22 KRULL (Germaine). Métal. Paris, Librairie des Arts décoratifs, s.d. [1928]. In-4, reliure à double spirale, chemise cartonnée illustrée sur le premier plat, lacets (Reliure de l’éditeur). Édition originale, ornée de 64 remarquables photographies de Germaine Krull reproduites en phototypie. Texte d’introduction par Florent Fels. La couverture du livre est ornée d’une composition de Lou Tchimoukow. Égérie de la modernité photographique, Germaine Krull (1897-1985) publie Métal en 1928, un livre qui souligne l’entrée du monde industriel et urbain dans l’esthétique de l’entre-deux guerres. Poésie et intensité graphique se côtoient dans ses images d’architectures et de structures métalliques - ses «fers», comme elle les appelle -, dont les points de vue alternent entre plongée et contre-plongée (Luce Lebart, Une Histoire mondiale des femmes photographes, p. 150). (The Books of 101 Books, pp. 46-47 : « an early celebration of the industrial age, the age of machines ».) Petit accroc sur le bord de la dernière planche. Dos de la chemise renouvelé ; trace d’étiquette enlevée dans le coin supérieur gauche du premier plat, le décor de la partie atteinte refait. 4 000/6 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

30 23

31 23 LEWIS (John Frederick). Sketches of Spain & Spanish Character made during his Tour in that Country in the Years 1833-4. Londres, F. G. Moon, John F. Lewis, s.d. [1836]. In-folio, demi-chagrin bordeaux, filet gras doré, dos lisse, titre dorée (Reliure du milieu du XIXe siècle). Édition originale de ce magnifique album sur l'Espagne, comprenant un titre lithographié orné d’une vignette, un feuillet de dédicace avec la table au verso, et 25 belles lithographies dépeignant des scènes de genre et des costumes. (Colas, n°1858 ; Tooley, n°302 ; pas dans Foulché-Delbosc.) John Frederick Lewis (1805-1876), peintre orientaliste anglais, membre de la Old Water-Colour Society à Londres, représenta de nombreuses scènes orientales et méditerranéennes. On lui doit aussi un album de lithographies sur l’Alhambra. Rare exemplaire avec les planches en coloris d’époque. Des piqûres, une serpente en partie déchirée. Coins émoussés, accidents aux coi°es. 3 000/5 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

32 24 L’ORME (Philibert de). Nouvelles inventions pour bien bastir et à petits fraiz. Paris, De l’Imprimerie de Fédéric Morel, 1561. In-folio, demi-cartonnage papier bleu, dos de vélin portant le titre à l’encre en long (Reliure du XIXe siècle). Édition originale du premier livre de l'architecte lyonnais Philibert de L'Orme (1514-1570). Impression soignée en caractères romains et italiques, agrémentée d’un alphabet de lettrines ornées. Marque de l’imprimeur sur le titre. L’illustration comprend 34 bois gravés, dont 23 à pleine page. Le dernier feuillet est orné d’une jolie vignette allégorique gravée sur bois figurant « l’architecte prudent » avec son compas. (Fowler, n°98 ; Mortimer, French, n°354.) Considéré comme le fondateur du renouveau architectural français, Philibert de L’Orme fut le principal architecte de la cour de France à la Renaissance, œuvrant notamment à la construction du château d’Anet, du grand escalier de la cour d’honneur du château de Fontainebleau, ou encore du pont qui enjambe le Cher et sur lequel repose le château de Chenonceau. Dans ce traité dédié au roi Charles IX, l’architecte présente une technique nouvelle de charpente en arche fondée sur un assemblage de petites pièces de bois solidarisées entre elles. Avec ce système ingénieux dont il revendique la paternité, il opère une révolution architecturale qui permet dès lors d’économiser du bois et de faciliter l’entretien et le remplacement à moindre coût des structures (toitures et planchers) qui deviennent plus légères et plus solides. Selon l’auteur, celuici permet même de couvrir des portées inimaginables avec les procédés ordinaires limités par la taille des poutres. Ainsi évoque-t-il la possibilité de jeter de grands ponts d’une seule arche longue de près de 400 mètres ! Il présente des projets prodigieux, une grande « basilique » royale ou un couvent pour les religieuses de Montmartre, qui anticipent les grandes réalisations de l’époque contemporaine (Yves Pauwels, CESR, Tours). Timbre armorié à froid sur le titre. Grand ex-libris armorié gravé South Library daté 1860 avec la devise Sapere Aude. Petite auréole sur le bord d’une dizaine de feuillets. 3 000/5 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

33 24

34 25 LULLY (Jean-Baptiste) et Philippe QUINAULT. Armide, tragédie. Paris, Christophe Ballard, 1686. In-4, maroquin rouge, triple filet doré, armoiries au centre, dos orné, fleur de lis répétée (Reliure de l’époque). Édition originale, ornée d’un superbe frontispice gravé sur cuivre par Jean Dolivar d’après Jean Bérain. Dernier opéra mis en musique par Lully (1632-1687) et le sommet de sa collaboration avec Philippe Quinault (1635-1688). Exemplaire en maroquin aux armes de François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois et de Courtanvaux (1641-1691), secrétaire et ministre d’État et surintendant des Bâtiments du roi sous Louis XIV. (Guigard, t. II, p. 317). Exemplaire lavé, tavelures sur les plats. 2 000/3 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

35 26 MALLARMÉ (Stéphane). Sonnet allégorique de lui-même. S.l.n.d. [1868]. Une page autographe in-4 montée dans une reliure à plats souple en pavage de bois de cocobolo, dos de veau fauve, doublure et gardes de nubuck (J. de Gonet 2010). Seul manuscrit autographe connu de la version originale de ce poème de Stéphane Mallarmé (1842-1898). Le sonnet fut composé en 1868 à la demande de Cazalis, en vue de figurer dans les Sonnets et eaux-fortes de Lemerre (1869). Écarté du projet, il fut finalement publié pour la première fois en 1887, sous une version remaniée, dans l’édition protolithographiée des Poésies de l’auteur. Un tour de force poétique, dans la veine symboliste. J’extrais ce sonnet, auquel j’avais une fois songé, d’une étude projetée sur la parole : il est inverse, je veux dire que le sens, s’il en a un [...], est évoqué par un mirage interne des mots mêmes. En se laissant aller à le murmurer plusieurs fois on éprouve une sensation assez cabalistique. [...] il me semble se prêter à une eau-forte pleine de rêve et de vide (Mallarmé). Des études sur ce poème de 14 vers, fondés sur l’association des rimes en -ix et en -ore, ont démontré que le poète s’était livré à un exercice de style assez complexe (voir notamment René Fromilhague, « Nouvelle exégèse d’un sonnet de Mallarmé » in Littératures, II, 1953, pp. 217-236). L’eœet de ce sonnet repose sur la sonorité même des mots et principalement des rimes choisies parmi les plus diœiciles : à la diœiculté desquelles le poète ajoute celle de reprendre dans les tercets celles des quatrains, en en intervertissant le genre ; les masculines devenant féminines, et réciproquement ; les rimes en «yx» et «ore» devenant «ixe « et «or» (Henri Mondor et G. Jean-Aubry in Œuvres complètes de Mallarmé, éd. Pléiade, 1951, pp. 1488-1491).

36 Admirable reliure souple de Jean de Gonet, en pavage de bois exotique dont les nervures constituent le seul décor, et dont le poli exalte tout le caractère et la préciosité. Les plats sont chacun composés d’un pavage régulier de 67 (7 x 9) fines pièces carrées de cocobolo, bois reconnaissable par ses nervures irrégulières et foncées et sa couleur brun-rougeâtre. À l’exception d’une reliure sur une lettre autographe de Proust à Montesquiou, réalisée en 1998 – première reliure en pavage de Jean de Gonet –, les reliures dotées de ce dispositif qui accroît la souplesse des plats et laisse la liberté à l’artiste quant au choix des matières (bois, roussette, médium peint, etc.) sont toutes postérieures à l’an 2000 (cf. Antoine Coron (dir.), Jean de Gonet relieur, cat. BnF, 2013, n°101 et p. 268). Le manuscrit provient de la bibliothèque Jean Lahor, pseudonyme du médecin et poète Henri Cazalis (1840-1909), l’ami de Mallarmé (cat. vente 1935, n°38). Infime manque de papier à l’angle supérieur. L’acidité de l’encre a très légèrement percé le papier au dixième vers. 20 000/30 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil 26

37 27 MANUEL (Juan). El conde lucanor. Séville, En casa de Hernando Diaz, 1575. In-4, maroquin bleu-vert, double filet doré, dos richement orné à la grotesque, large dentelle intérieure, tranches dorées (Menard). Édition princeps, extrêmement rare, d'une des œuvres les plus célèbres de la littérature médiévale espagnole. (Maggs, cat. Spanish Books, n°562 ; Salva, cat. vente 1872, n°1885 ; Ticknor, Histoire de la littérature espagnole, pp. 68-73.) Elle renferme une collection de 49 apologues moraux et politiques (ejemplos) mettant en scène un personnage fictif, le comte Lucanor, qui interroge son conseiller Patronio sur des sujets variés : stratégie militaire, politique, économie, philosophie, chasse, conduite morale, etc. Parmi ceux-ci, citons De un rey y de un alquimista, De los canonigos y frayles menores de la ciudad de Paris, De un philosopho y un rey Moro, De dos hombres que sueron ricos, De un caçador de perdizes, etc. L’un des récits les plus intéressants est celui Del conde Ferran Gonçalez y sus vassallos, dont on dit que l’histoire aurait inspiré Shakespeare pour la trame de sa comédie Taming of the Shrew (en français La Mégère apprivoisée). Ces apologues sont suivis d’autant de sentences en vers (Sentencias y dichos notables), d’un intéressant discours sur la poésie castillane, et d’un vocabulaire des anciens termes utilisés dans le livre. C’est à l’écrivain et historien Gonzalo Argote de Molina que l’on doit la redécouverte et la publication du El conde Lucanor, composé deux siècles plus tôt (entre 1330 et 1335) par Juan Manuel (1282-1348), petit-fils du roi Ferdinand III de Castille, neveu du roi Alphonse X, et le principal promoteur de la prose dans la littérature castillane. Quelques anciennes notes manuscrites. Note sur une garde au sujet de la rareté du livre. Ex-libris armorié gravé D. Ignacio de Melgar y Rojas Alvarez de Abreu y de Vicente, regidor de la villa de Madrid. Petite restauration sur le titre, mouillure claire à quelques feuillets, quelques feuillets légèrement roussis. Dos un peu passé. 10 000/15 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

38 28

39 28 MANUSCRIT. — [Proverbi. – Proverbes]. S.l.n.d. [Italie, seconde moitié du XVIe siècle]. Manuscrit in-4 oblong (155 x 205 mm) de 80 feuillets chi°rés sur papier, veau brun, filet doré, restes de lacets (Reliure de l’époque). Très curieux manuscrit de 80 proverbes illustrés en italien sur les vertus et les vices. Les proverbes, présentés sous la forme de deux vers en rimes, sont généralement inscrits à l’encre brune dans des cartouches de cuir découpé ou enroulé, parfois sur des piédestaux de style antique ou dans des phylactères ; la plupart des cartouches sont accrochés dans des arbres, sur des troncs ou des piquets. Ceux-ci sont illustrés d’autant de dessins originaux à la plume et à l’aquarelle qui mettent en scène des personnages en costume, des allégories personnifiées et des animaux : le style est naïf, le trait simple et les coloris vifs (la gamme chromatique est réduite à quelques couleurs : en général, tons de rose et de bleu pour les vêtements, de vert et de bleu pour le paysage, et de brun clair ou foncé pour les arbres ou le pelage des animaux). Sur certains dessins on voit apparaître des démons (n°3), la Mort (n°39 et 66) ou des monstres (n°23, 43 et 70). D’autres nous surprennent par leur sujet, comme par exemple le dessin n°33, où un personnage, avec un cœur détaillé de l’aorte est posé à ses pieds, tient une tête de bœuf coupée, ou le n°72 qui montre un homme assis sur une gigantesque écrevisse. On cite aussi le dessin n°8, car le rhinocéros dont s’est servi l’artiste pour illustrer le proverbe est copié sur le rhinocéros cuirassé gravé par Dürer en 1515. Du point de vue iconographique, ce manuscrit est à rapprocher d’une planche de 32 Proverbi italiens gravée sur cuivre par Niccolo Nelli et imprimée à Venise en 1564 par Ferrando Bertelli : on retrouve en e°et sur cette dernière les mêmes locutions morales, avec des di°érences de formulation et d’orthographe, illustrées de scènes similaires. Quant aux proverbes eux-mêmes, il semblerait que beaucoup n’apparaissent pas dans la base de données électronique Proverbi italiani de l’Accademia della Crusca, riche pourtant de milliers d’entrées. Ce charmant manuscrit témoigne de l’intérêt porté autrefois pour les proverbes, genre qui a connu son âge d’or au XVIe siècle dans la peinture et la gravure hollandaise, notamment grâce à Pieter Bruegel l’Ancien avec son tableau Les Proverbes flamands (vers 1559), et qui a inspiré au siècle suivant les graveurs Pierre Lagniet (Les Plus illustres proverbes), Nicolas Guérard (Les Moralités) ou encore Mitelli (Proverbi figurati). Ancienne mention manuscrite sur le dernier feuillet de garde. Ex-libris gravé Luisa Sormani Busca Arconati Visconti. Quelques traces de doigt et taches. Reliure très restaurée. 25 000/30 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil

40 29 MANUSCRIT. — [LAVENDI (Luigi di)]. Le Sette Allegrezze della Gran Madre di Dio Maria V Imperatrice del Cielo e della terra. S.l.n.d. [vers 1670]. Manuscrit petit in-12 (109 x 80 mm) de 20 feuillets non chi°rés sur vélin, vélin peint orangé sur ais mince, fermoirs métalliques étroits appliqués sur la largeur des plats, tranches dorées, boîte-étui toile moderne (Reliure de l’époque). Ravissant manuscrit enluminé sur vélin, finement calligraphié par Luigi di Lavendi. On ne connaît rien sur ce calligraphe, qui a signé la dédicace du manuscrit ; Portalis le mentionne seulement dans son article (Nicolas Jarry et la calligraphie au XVIIe siècle) et cite un autre manuscrit de lui, intitulé Les Sept pseaumes de la Pénitence, escrites à Brusselles en 1673. Texte écrit en rotonde romaine à l’encre noire, avec le titre et les initiales en rose et or. Le manuscrit est illustré de 7 miniatures à pleine page peintes dans des médaillons (l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, l’Adoration des mages, la Présentation au Temple, la Résurrection du Christ et l’Assomption), et de 62 petites miniatures représentant des paysages champêtres et des scènes pittoresques, d’une précision admirable pour leurs dimensions, disposées en haut et en bas du titre et des pages de texte. Chacune de ses pages est ornée d’un encadrement ou d’une bordure peinte en camaïeu d’or sur fond noir, avec des motifs de feuillages, de fleurs, de fruits, de masques et d’oiseaux : cette ornementation, d’une esthétique très singulière et qui tranche avec les couleurs vives des miniatures, confère à ce manuscrit un charme particulier. Les prières pour les Sept joies de la Vierge Marie, écrites en italien, sont suivies de litanies en latin. De la bibliothèque Irène & Peter Ludwig à Aachen, avec ex-libris gravé par Picasso. Le manuscrit est placé au milieu de la reliure entre des épaisseurs de feuillets blancs. Charnières et coi°es restaurées. 15 000/20 000 € Provenance : Librairie Stéphane Clavreuil Détails

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