AGUTTES NEUILLY. LETTRES & MANUSCRITS

LOT DESCRIPTIF ESTIMATION (€) 54 127 MANUSCRIT MÉROVINGIEN. MANUSCRIT de l’abbaye de Saint-Martin de Tours, Tours VIIe siècle. Feuillet de parchemin (225 x 195 mm) en latin, contrecollé à des feuillets de papyrus égyptien en grec du VIe ou VIIe siècle. Étui de conservation. Rare fragment de la comptabilité domaniale de l’abbaye Saint-Martin de Tours, collé sur un fragment d’un poème grec sur la vie de Saint Joseph par Éphraïm le Syrien sur papyrus. Le feuillet de comptes sur parchemin a été contrecollé à des feuillets de papyrus, probablement afin de le renforcer et de réduire le recourbement des feuillets de parchemin (Sati, ‘Merovingian Accounting Documents’, pp. 147-51). Il est écrits sur deux colonnes de 22 et 24 lignes, à l’encre carbone, sans réglure, avec ligne de séparation entre les deux colonnes tracée sans le secours d’une règle, foliotation « 3a » tardive sans rapport avec le texte (témoignant probablement de l’appartenance à un ancien recueil du XIXe s. provenant de la collection d’Amans-Alexis de Monteuil), cursive mérovingienne, notes tironiennes – onciales grecques de type copte, plusieurs mains (?) de la même période sont intervenues dans ce document (des notes tironiennes, croix, notes en marges et biffures). Feuillet rogné de tous côtés, principalement dans les marges gauche, supérieure et inférieure avec manques de texte dans la première colonne. Un feuillet manuscrit descriptif de la main d’Alexis de Monteuil accompagne le document. Ce feuillet issu d’un manuscrit mérovingien identifié comme provenant du plus grand centre culturel français du septième siècle, l’abbaye Saint Martin de Tours, préserve aussi une partie du seul papyrus témoignant d’un texte classique survivant au nord des Alpes. Document écrit à l’abbaye de Saint-Martin de Tours, fondée au Ve siècle par Saint Brice, devenant bénédictine au VIIe s., puis cathédrale laïque sous Charlemagne en 806. Plusieurs fragments identifiés comme appartenant au même ensemble par Pierre Gasnault se trouvent désormais à Paris (voir art. de Sati) et mentionnent l’abbé Agrycus de Saint-Martin. Il en a conclu que cet ensemble, auquel se rattache sûrement notre feuillet, a certainement été écrit là-bas. Le document mérovingien contient une liste de noms avec les redevances dues au domaine de Saint-Martin de Tours. Il répertorie les prénoms à consonance principalement germanique des 46 habitants locataires de l’abbaye, avec à leur suite les volumes des différents grains dûs (froment, seigle, orge, …) et leur mesure en muid (modium) ou demi-muid (semodium). La transcription du texte a été publiée par Gasnault (pp. 310-14) ; parmi les 24 noms lisibles qui y figurent, on retrouve Childoberthus (col.2, l.3), Domoramnus (col.2, l.5), Dignon (col.2, l.6), Flanoberthus (col.2, l.7), Lupogisel (col.2, l.9), Genoaldus (col.2, l.13) et Taheuderamnus (col.2, l.21, etc. Pour comprendre la nature exacte de ce document, il faut remonter aux origines de l’administration des biens cléricaux. Les abbayes durant cette période n’avaient pas d’autonomie pour la gestion de leur domaine et devaient se référer directement aux diocèses conformément au concile de Chalcédoine en 451. Il est donc curieux d’observer ici directement un écart aux recommandations papales, est-ce une dérogation ou un document de suivi ? Selon Sati, une étude reste à faire sur le rôle exact de ce document au sein de la l’administration du domaine abbatial car il existe peu de documentation sur la question. L’hypothèse de la provenance du feuillet a été proposée par Pierre Gasnault, dans son article dédié aux deux fragments apparus lors de la vente de Sotheby’s en 1989 (« Deux nouveaux feuillets de la comptabilité domaniale de l’abbaye Saint-Martin de Tours à l’époque mérovingienne »). Selon lui ces feuilles ont été réutilisées pour former la couvrure d’une reliure d’un exemplaire de Philippus sur Job dans la bibliothèque de Saint-Martin, MS 88 dans le catalogue dressé, selon toute apparence, en 1700 du Fonds de Saint-Martin enrichi des observations faites par Chalmel en 1807 (Tours, BM, ms 1296) (voir L. Delisle, « Notice sur les manuscrits disparus de la bibliothèque de Tours », Notices et extraits des manuscrits de la Bibl. Nationale, 31, 1884, Appendice VII). Ils y ont été vus au début du XVIIIe siècle in situ par le mauriste Bernard de Montfaucon (1665 - 1741) qui en a publié une description accompagnée d’une gravure du script sur papyrus dans sa Palaeographica graeca, 1708, pp. 214-15, en citant une lettre de Dom Léon Chevalier, c. 1706, sur ces « Nobilia fragmenta inter membranas varias conglutinae » (Papiers de Bréquigny, vol. XXXIV et XXXV). Ce sont les seuls manuscrits sur papyrus que Montfaucon ait jamais vus. Lors de la révolution, les manuscrits de la cathédrale ont été transférés à la Bibliothèque Municipale de Tours et beaucoup de volumes se sont retrouvés perdus ou vendus vers 1830 à Paris par les marchands comme Techener ou Monteuil. Cet épisode de de la vie des collections françaises est décrit ainsi par Delisle dans sa Notice sur les manuscrits de la ville de Tours : « Il faut déplorer la coupable négligence qui a fatalement amené, pendant les trente premières années de ce siècle, l’aliénation, au poids du papier ou du parchemin, de plusieurs centaines de manuscrits dont beaucoup sont arrivés, vers l’année 1830, chez les brocanteurs de Paris... On ne pourra jamais savoir assez de gré aux établissements et aux particuliers qui ont alors recueilli ces épaves d’un grand naufrage, et sans l’intervention desquels de magnifiques manuscrits du moyen-âge auraient été condamnés aux plus vils usages et abandonnés, comme matière première, aux relieurs, aux batteurs d’or, aux fabricants de colle et épiciers. » Une note de Chalmel en 1807 sur l’état du dépôt et des 272 manuscrits de Saint-Martin laisse à penser qu’un certain nombre étaient déjà jugés « victimes de leur vétusté et du défaut de conservation », dont 150 en mauvais état qui méritaient des réparations. 20 000 - 30 000

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