BIBLIOTHEQUE EMILE ROSSIGNOL

135 43 DU CHOUL (Guillaume). Discours de la religion des anciens romains, escript par Noble Seigneur Guillaume du Choul, Conseiller du Roy et Bailly des montaignes du Daulphiné. Lyon, Guillaume Rouillé, 1556. In-folio (342 x 228 mm), reliure parisienne de l’époque en veau fauve ; sur les plats, dans un encadrement d’un listel brun entouré de deux filets dorés, important décor composé d’entrelacs et enroulements peints à la cire brune, grise ou laissés en réserve sur fonds criblé de points dorés, cartouches centraux en réserve sertis de fleurons rehaussés de peinture grise portant, au premier plat, la mention LOIS DE STE MAURE MARQUISZ DE NESLE, au second, CONTE DE IOGNY ET DE LAVAL ; dos lisse orné en long de volutes et enroulements peints en brun ou laissés en réserve sur fond pointillé, coupes décorées, tranches dorées et ciselées avec rehauts de peinture rouille. 35 000/45 000 € Edition originale. Elle fait suite au Discours sur la castramétation et discipline militaire des Romains, suivi du Traité des bains du même auteur, que Rouillé avait fait paraître l’année précédente. Cet excellent ouvrage, basé sur les très riches collections de monnaies et médailles antiques de l’auteur, célèbre antiquaire lyonnais, ainsi que sur une importante documentation, est d’un particulier intérêt au plan numismatique, en raison notamment de sa très riche iconographie. Remarquablement illustré de 47 figures dans le texte, dont cinq à pleine page, et 554 reproductions de médailles, le tout gravé sur bois d’après les dessins de Pierre Eskrich, c’est également l’un des plus beaux livres illustrés lyonnais de l’époque. Superbe et précieux exemplaire, sur grand papier et réglé, recouvert d’une admirable reliure décorée de l’époque exécutée pour le bibliophile Louis de Sainte Maure, provenance célèbre et des plus rares. Second fils de François de Sainte Maure, comte de Nesle, Louis de Sainte Maure (1515-1572), comte de Joigny, premier marquis de Nesle en 1545, devint comte de Laval en 1547, ayant épousé deux ans auparavant Guyonne de Laval, nièce et héritière du défunt comte Guy XVII. En 1559, il fut désigné, avec Gaston de Foix et Antoine du Prat, pour servir d’otage à la cour d’Angleterre en application d’une des clauses du traité de Cateau-Cambrésis. Il retrouva sa liberté en 1562. Seules huit reliures décorées pour ce bibliophile des plus raffinés ont été recensées, toutes exécutées dans un court laps de temps. Quatre d’entre elles sont l’œuvre de l’atelier parisien du Cupid’s Bow Binder, l’un des meilleurs de l’époque, jouissant notamment de la clientèle de Jean Grolier et de Marx Lauweryn. Datables des années 1550-55, elles recouvrent trois recueils d’œuvres de Cicéron imprimées, notamment par Vascosan, dans les années 1540 et un Pline de Bâle, 1545. La cinquième, exécutée peu de temps après, sur un texte de Paolo Giovio, est due au Relieur aux médaillons d’Henri II. Une sixième reliure, recouvrant un Polybe de 1558, a été récemment redécouverte et n’a pas encore été décrite. La reliure de notre Du Choul ainsi que celle du Justin des bibliothèques Wittock et Brooker sont vraisemblablement postérieures au séjour de Sainte Maure en Angleterre et peuvent être datées du tout début des années 1560. Offrant des décors d’inspiration et de réalisation très proches, elles sont l’œuvre d’un même atelier, encore non identifié mais de tout premier ordre, certainement proche des ateliers travaillant pour la bibliothèque de Fontainebleau entre 1550 et 1560 (voir Reliures royales de la Renaissance, par M.-P. Laffitte et F. Le Bars). « La conception et l’exécution de ces reliures de très grand luxe demandaient une maîtrise parfaite du crayon, du couteau et du pinceau. Les arabesques entrelacées y sont dessinées en trois dimensions selon une composition parfaitement équilibrée, les fonds criblés sont utilisés pour mettre en valeur les entrelacs, lesquels sont ombrés, rehaussés de peinture ou réservés. Seule une toute petite poignée de relieurs étaient capables d’une telle maîtrise » (Collection Michel Wittock. Troisième partie. Reliures française de la renaissance. Christie’s, 7 octobre 2005, n° 28. Justin) Décrivant la reliure du Justin, le catalogue de la collection Wittock (Une vie une collection. Bibliotheca Wittochkiana, Dijon, 2008), qui ignorait la nôtre, l’estimait comme « sans doute la plus luxueuse des cinq (sic) qui ont appartenu à Sainte Maure ». De ces huit reliures, deux seulement tout au plus, en dehors de la nôtre, demeurent aujourd’hui en mains privées : 1. Un recueil in-4 (225 x 155 mm) de six œuvres de Cicéron imprimées entre 1539 et 1543 par Michel de Vascosan, Josse Bade et Simon de Colines., relié par le Cupid’s Bow Binder. Provenance : Guyot de Villeneuve, Edmée Maus, Michel Wittock (Christie’s, 7 juillet 2004, n° 39, adjugé 41 825 £ - environ 62 000 €).

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