34 Ce manuscrit est une explosion de couleurs et de détails, véritable prouesse technique et esthétique, avec une fort belle série d’enluminures par deux maîtres parisiens en vogue au début du XVIe siècle. Le manuscrit est, pour la première partie, enluminé par un artiste identifié comme « Maître d’Etienne Poncher », actif à Paris entre 1490 et 1510 environ. Dans nos Heures il peint toutes les petites miniatures (¡. 13 à 25) ainsi que l’Annonciation (f. 28). Une seule grande miniature dans cette première partie du manuscrit est peinte par une autre main, qu’I. Delaunay a identifiée comme pouvant être celle du Maître de la Chronique scandaleuse (Trahison de Judas, fol. 18), un artiste actif à Paris de 1493 à 1510 environ, et qui doit son nom à la Chronique scandaleuse qu’il peint pour un membre de la famille Dammartin. C’est un artiste profondément influencé par les artistes tourangeaux (on notera d’ailleurs l’influence des scènes de Trahison de Judas peintes par Jean Poyer). Il collabore d’ailleurs avec le Maître d’Etienne Poncher dans un fort beau livre d’heures dit Heures de Guillaume de La Cauchie et Jeanne de Ligues, vers 1500 (voir Adeline et Delaunay, 2025, pp. 90-91 et fig. 5). Toutes les enluminures de la seconde partie du manuscrit, sans que le programme de décoration des bordures soit changé, sont attribuables à un peintre contemporain à savoir Jean Pichore, « enlumineur et historieur », attesté à Paris de 1502 à 1520, dont le style est parfois confondu avec celui du Maître des Triomphes de Pétrarque. Citons un manuscrit qui présente une esthétique semblable aux présentes Heures dans les bordures et qui est peint par plusieurs artistes parisiens à savoir le Maître des Triomphes de Pétrarque (peintre proche de Jean Pichore), le Maître de la Chronique scandaleuse, le Maître des entrées parisiennes et le Maître d’Etienne Poncher : Portraits des rois de France et des comtes et comtesses de Dammartin (Chantilly, Musée Condé, MS 866 ; voir Stirnemann, 2001, cat. 4). Les bordures de nos Heures sont aussi à comparer avec celles que l’on trouve dans des commandes prestigieuses peintes par Jean Pichore et l’un de ses émules le Maître de Martainville 183 (voir les travaux de Mara Hofmann sur cet artiste ; Adeline et Delaunay, 2025, pp. 103-104), à savoir les Heures dites de Catherine d’Aragon, première épouse d’Henri VIII, roi d’Angleterre (Jörn Günther Antiquariat). Ces bordures foisonnantes, le recours aux phylactères déroulés avec inscriptions se retrouvent dans d’autres manuscrits peints par Jean Pichore, par exemple Paris, BnF, fr. 54, fol. 11, Jean Mancel, Fleur des histoires, mais avec une esthétique qui tend de plus en plus vers des décors Renaissance italianisants. L’artiste polyvalent Jean Pichore, un temps imprimeur aussi en 1504, a été étudié par C. Zöhl (2004). Il fut à la tête d’un atelier florissant et très en vogue à Paris en ce début du XVIe siècle et il fournit aussi les patrons et dessins pour les gravures des livres d’heures imprimés qui inonderont le marché français. Il travaille pour des mécènes nobles et royaux, et peint en 1504 les Vies des femmes célèbres d’Antoine Dufour pour Anne de Bretagne (Nantes, Musée Dobrée, MS 17).
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