BIBLIOTHEQUE EMILE ROSSIGNOL

36 PROVENANCE 1. Manuscrit copié à Paris sur des bases stylistiques (peintres parisiens). L’usage liturgique est celui universel de Rome. Le calendrier suggère aussi Paris (Composite Paris Calendar, voir Drigsdhal, CHD Tutorial, lien hébergé par P. Kidd, www.manuscripts.org.uk/chd.dk). Au fol. 131v, deux anges présentent un écu : d’argent à trois maillets de sable à la bordure échiquetée d’argent et d’azur. Celles-ci n’ont pas été identifiées avec certitude. On notera qu’il y a un autre écu surpeint en bleu, qui contenait des armoiries (fol. 43v), présenté de la même manière par deux anges agenouillés sur un ilot de verdure. Plusieurs écus ont clairement été surpeints en bleu, et on y a inscrit des extraits pieux ou bibliques (par exemple au fol. 13, sur l’écu : « Verbum domini manet in eternum » ; ces écus surpeints avec extraits se trouvent dans les bordures inférieures aux ¡. 1, 6, 12v (abimé, sans texte, on perçoit faiblement du vert sous la couche de peinture bleue), 13, 28 : « Mon Dieu mon createur je vous plaise que soye en vostre memento » : cette inscription se trouve aussi sur les phylactères déroulés (voir ci-dessous), 28v). En ce qui concerne l’écu non repeint au fol. 131v, il pourrait s’agir des armoiries de la famille de Maumez ou Mamez qui donnèrent leur nom à la commune de Carnoy-Mametz (Somme), village picard dans l’Amiénois. Le premier seigneur connu est Enguerrand de Maumès en 1316. En 1415, meurt à la bataille d'Azincourt Pierre de Mamez, seigneur de Mametz. Il portait un écu d'argent à trois maillets de sable. Ces armes ressemblent fort à celles des Mailly. Il semble d'une part que les Mametz en soient issus, puis qu'ils se sont ensuite, à plusieurs reprises, alliés avec eux. S'ils portaient les mêmes armes (trois maillets), ils les brisaient d'émaux di¡érents : le sable remplaçait l'or et l'argent remplaçait le gueules (ou le sinople). Les armoiries des Mailly se blasonnent ainsi : De gueules à trois maillets d’or (ou de sinople parfois). En 1418, Jean de Mailly, seigneur de Mametz, de Beaufort-en-Santerre, épouse Jeanne de Mametz. Un autre Jean de Mailly, dit l’Étendard, seigneur de Rumesnil près de Doullens épouse Catherine de Mamez dans le dernier quart du XVe siècle. Jusqu'au XVIIIe siècle, on rencontre parfois le double nom « de Mailly-Mametz », qui désigne les descendants des seigneurs de Mametz, avec le même blason d'argent à trois maillets de sable. La bordure échiquetée d’argent et d’azur pourrait être une brisure (?) en allusion aux armoiries de la famille d’Ailly (de gueules, au chef échiqueté d'azur et d'argent), alliée des Mailly. Jean III de Mailly, seigneur de Picquigny, avait épousé Isabeau d’Ailly (morte en 1519). Ils eurent Antoine de Mailly (1480-1519), chevalier de l’Ordre de Saint-Michel, qui épousa Jeanne d’Astarac en 1508, dame d’honneur de la reine Anne de Bretagne ; Adrien de Mailly qui épousa Françoise de Bailleul. Voir A. Ledru, Histoire de la maison de Mailly, Paris, 1893, pp. 163-166. En attendant de plus amples recherches sur ce manuscrit, nous proposons de baptiser le présent manuscrit « Heures de Mametz-Mailly ». 2. Ensemble d’invocations et devises copiées sur des phylactères déroulés dans les marges des feuillets suivants : ¡. 1, 1v, 4, 4v, 7, 7v, 12, 12v. On lit les devises suivantes : « Esperance de bien en mieux » ; « J’ay atendu et atens et ci vis en… » ; « Mon dieu mon createur plaise… » ; « J’ay atendu et atens et si viz en esperance de bien en mieux » ; « Mon dieu mon createur plaise que je soye en vostre memento ». Ce type de grands phylactères déroulés avec des devises en lettres capitales se trouvent dans d’autres livres d’heures de luxe, associés avec les artistes Jean Pichore ou le Maître des Triomphes de Pétrarque (voir Adeline et Delaunay, 2025, pp. 94-95 et fig. 10). 3. Collection insulaire (anglaise ?) déduite par la présence d’une table en anglais placée avant le commencement du manuscrit et détaillant les sujets et format des enluminures. Bel état de fraicheur intérieur, aux couleurs éclatantes ; quelques petits manques à la surface peinte ou frottements (¡. 12v (écu dans la bordure), 19, 43v (écu frotté), 141, 152) ; écus dans les bordures surpeints en bleu ; trace d’étiquette arrachée au verso de la première garde ; reliure : charnières fendues avec quelques usures au velour, manque les attaches des fermoirs. BIBLIOGRAPHIE Adeline, A. et I. Delaunay, « Paris, 1480-1520 », in Peindre en France. Trente ans de recherche sur les manuscrits à peintures (1440-1520), F. Elsig, S. Gras, D. Vanwijnsbeghe (dir.), Milan, 2025, pp. 85-115. Avril, F. et N. Reynaud. Les manuscrits à peintures en France 1440-1520, Paris, 1993. Delaunay, I. Échanges artistiques entre livres d’heures manuscrits et imprimés produits à Paris (vers 1480-1500), 3 vol., thèse 2000. Mazzone, M. « Le Maître d’Etienne Poncher et l’enluminure parisienne autour de 1500 », in Peindre à Paris aux XVe et XVIe siècle, dir. F. Elsig, Milan, 2024, pp. 49-63. Stirnemann, P. et C. Scalliérez (dir.) L’art du manuscrit de la Renaissance en France, Paris, 2001. Zöhl, C. Jean Pichore. Buchmaler, Graphiker und Verleger in Paris um 1500, Turnhout, 2004. Les attributions des peintures contenues dans ce manuscrit furent émises dans une notice antérieure signée I. Delaunay.

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