BIBLIOTHEQUE EMILE ROSSIGNOL

38 Cette traduction est pour l’heure anonyme et connut un certain succès en France, avec quelques vingt témoins recensés, conservés à Paris (BnF), Londres, Berlin et Genève (Base JONAS et liste fournie dans Rieri e Meli, A. (dir.), Francesc Eiximenis (c. 1330-1409) : el context i l’obra d’un gran pensador català medieval, 2015, pp. 342-344). Il existerait deux versions de la traduction française (voir Galderisi (dir), 2011, qui cite les travaux complémentaires de Jaume de Puig i Oliver et ceux de Sadurni Marti). La traduction française fut éditée pour la première fois à Genève en 1478 : Le livre des sains anges, Genève, [Adam Steinschaber], 24 mars 1478 (Go¡, X-9) [voir exemplaire de Gaston d’Orléans, Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, 4-T-1473]. D’après les recensements, il n’y auarit pas de manuscrit conservé dans les collections nord-américaines des traductions françaises du Llibre dels angels. Voir C. Galderisi dir., Translations médiévales. Cinq siècles de traductions en français au Moyen Age (XIe-XVe siècles), Turnhout, 2011, vol. II, p. 11751176. ILLUSTRATION f. 4, Chute des anges rebelles : scène de jugement céleste, Dieu le Père bénissant, assis sur un trône, cour des anges sur la gauche et bouche d’enfer sur la droite, avec archange saint Michel chassant les diables (ou anges déchus ?) et arborant un bouclier aux armes de la famille de Clèves. Grande miniature à demi-page, servant de frontispice au manuscrit. f. 144, Archange saint Michel terrassant le dragon, flanqué sur sa gauche de saint François recevant les stigmates, présentant un commanditaire en prière, portant le collier de l’Ordre de Saint-Michel. Petite miniature de forme cintrée, environ un quart de page. Cette représentation de saint Michel s’explique car le sujet du cinquième traité du Livre des anges est consacré à la figure de saint Michel. Ce manuscrit contient deux miniatures, la première très grande, servant de frontispice au manuscrit et la seconde introduisant le cinquième traité de l’ouvrage d’Eiximines, mettant en exergue l’Archange saint Michel et le fondateur de l’ordre Franciscain, saint François, très certainement en référence à François Eiximines, lui-même franciscain. Ces miniatures sont attribuables au Maître de Jacques de Luxembourg, maître anonyme actif à Paris dans les années 1460 et 1470. Il est nommé d’après un manuscrit commandé vers 1466-1470 par Jacques de Luxembourg-Ligny (1420-1487), un livre d’heures conservé désormais à Los Angeles, Getty Museum (MS Ludwig IX 11). Jacques de Luxembourg-Ligny était seigneur de Richebourg, chambellan du Roi sous Louis XI et lieutenant général de l'armée française. Il est possible que cet artiste ait collaboré avec l’atelier du Maître de Dreux Budé, premier artiste d’une triade d’artistes actifs à Paris, à savoir Maître de Dreux Budé, Maître de Coëtivy et le Maître des Très petites Heures d’Anne de Bretagne (Avril et Reynaud, 1993, p. 53). On notera d’ailleurs que le Maître de Dreux Budé avait traité le thème de la Chute des anges rebelles dans une miniature frontispice ouvrant le Livre des bonnes mœurs de Jacques Legrand (Bruxelles, BR, MS 11063 ; voir Avril et Reynaud, 1993, cat. 18 au sujet des Heures d’Isabeau de Roubaix (épouse de Jacques de Luxembourg) : « Dans un cas comme dans l’autre, ce livre d’heures établit un lien documentaire entre le Maître de Dreux Budé et le Nord, qui tendrait à confirmer l’identification de l’artiste avec André d’Ypres » ; voir Reynaud, in Avril et Reynaud, 1993, p. 58 : « Le Maître de Dreux Budé » ; Oget, 2025, pp. 66-73). Le Maître de Jacques de Luxembourg semble avoir été actif entre 1460 et 1470 à Paris où il a produit plusieurs livres d'heures (Plummer et Clark, The Last Flowering…, New York, 1982, pp. 60-61 ; Oget, 2025, p. 73). Son style est très proche d'un autre maître anonyme certainement originaire du nord, le Maître de Dreux Budé, qui est à la tête d'un important atelier d'enluminure et de peinture au milieu du XVe siècle à Paris. Son style se caractérise par la représentation de personnages trapus aux visages larges. .Le Maître de Dreux Budé a depuis été identifié au peintre originaire du nord de la France, André d'Ypres et les autres membres de la triade seraient respectivement Nicolas (Colin) [Maître de Coëtivy] et Jean d’Ypres [Maître des Très petites Heures d’Anne de Bretagne] (Deldicque, 2014 ; Hofmann, 2024 ; Nettekoven, 2024 ; Oget, 2025). La proximité de l’art du Maître de Jacques de Luxembourg avec la manière du Maître de Coëtivy (Colin d’Ypres ou Colin d’Amiens) a été relevé par certains historiens de l’art. Le présent manuscrit n’était pas encore inclus parmi les œuvres connues de cet artiste et constitue donc une redécouverte.

RkJQdWJsaXNoZXIy NjUxNw==