BIBLIOTHEQUE EMILE ROSSIGNOL

40 PROVENANCE 1. Manuscrit copié au XVe siècle, dans les années 1460-1470 sur des bases stylistiques liées à la carrière du Maître de Jacques de Luxembourg. Il a été suggéré qu’il a pu être réalisé d’abord pour Engilbert de Clèves, comte de Nevers (1462-1506), époux de Charlotte de BourbonVendôme (1474-1520) (voir Schoenberg Database : SDBM_3787). Engilbert de Clèves est enterré dans l'église du couvent des cordeliers de Nevers : né en 1462, il nous parait trop jeune pour avoir été commanditaire de ce manuscrit. Il est en tout cas tout à fait possible que ce manuscrit ait été réalisé dès l’origine pour un membre de la famille de Clèves, ce qui expliquerait les boucliers aux armes de Clèves (fol. 4 et 144), mais par un membre de la famille né dans les décennies antérieures à 1460/1470. On pense volontiers à Philippe de Clèves (1456-1528), important bibliophile, époux de Françoise de Luxembourg, fille de Pierre II de Luxembourg-Saint-Pol, dont le père Louis de Luxembourg (1418-1475) fut nommé à la première promotion de l’Ordre de Saint-Michel en 1469. Françoise de Luxembourg était donc la petite-nièce de Jacques de Luxembourg-Ligny (1420-1487), mécène de l’artiste nommé « Maître de Jacques de Luxembourg ». Autre piste à explorer, la présence avérée de ce texte dans la bibliothèque de Marie de Clèves (1426-1487), duchesse d’Orléans après son mariage en 1440 avec Charles d’Orléans. La présence de ce texte dans la bibliothèque de Marie de Clèves est relevée par S.C. Kaplan, « A Library of Lost Works : Non-Extant Books as Evidence of Female Reader Networks », in Pecia, 24 (2021), p. 224 : « Such is the case of the Livre des anges, the French translation of Francesc Eiximenis’ Llibre dels angels. This work can be found …in Marie de Clèves’ NE 451 [NE : “non-extant”] ». Par ailleurs, la présence de saint François dans la seconde miniature s’explique parce que l’auteur de ce traité, ici en traduction française, était Francesc Eixemenes, franciscain, qui étudia à Oxford et à Paris. On note les armoiries du comté de Clèves (de gueules à l'escarboucle d'or et à l'écusson d'argent brochant en cœur) à deux reprises, peintes sur les boucliers tenus par saint Michel dans les deux miniatures. Le comté de Clèves devient duché de Clèves à partir de 1500. 2. Inscription à l’encre au recto de la première garde : « P[our] les [Minimes] (?) de Paris » (main du XVIe siècle). On notera la présence sur cette garde de plusieurs inscriptions à l’encre en grande partie effacées. 3. Armoiries de la famille Clèves-Nevers, écu comportant huit quartiers, entourées du collier de l’Ordre de Saint-Michel (fondé en 1469 par Louis XI), ! rajoutées dans la marge inférieure du fol. 2 : coupé, au premier parti de trois et au second parti de deux qui donne sept quartiers : au premier de gueules à l'escarboucle d'or et à l'écusson d'argent brochant en cœur (qui est de Clèves), au deuxième d’or à la fasce échiquetée d’argent et de gueules en trois tires, 8, 8, 8 (qui est de La Marck), au troisième d’azur semé de fleurs de lys d’or au lambel de gueules châtelé de neuf pièces d’or (qui est d'Artois), au quatrième de sable au lion d'or armé et lampassé de gueules (qui est de Brabant), au cinquième d’azur semé de fleurs de lys d’or à la bordure componé d’argent et de gueules (qui est de Bourgogne moderne), au sixième échiqueté d'or et d'azur (qui est de Dreux), au septième de gueules à trois râteaux d'or (qui est de Rethel), au huitième écartelé, au premier et au quatrième d’azur à trois fleurs de lys d'or, au deuxième et au troisième de gueules à la bordure engrêlée d’argent (qui est d'Albret d’Orval). Ce sont les armoiries de François de Clèves (1516-1562). Voir infra. 4. François II de Clèves (1516-1562), son chiffre « FDC » en lettres d’or sur les deux plats. On notera qu’il a été suggéré que le personnage agenouillé dans la miniature (fol. 144) figurant saint Michel terrassant le dragon, et présenté par saint François a été rajouté ou repeint sur le commanditaire d’origine. Cela expliquerait en tout cas l’homme en habit du XVIe siècle dans une miniature par ailleurs peinte au XVe siècle. François II de Clèves, duc de Nevers avait épousé Marguerite de Bourbon-Vendôme : il sera un personnage important de la cour des rois François Ier et Henri II. Il fait partie des chefs de guerre qui commandent l'armée royale durant les dernières guerres d'Italie. Il est gouverneur de la ville de Châlons qu'il défendit contre Charles Quint, et gouverneur de Champagne. Signalons qu’entre 1469 (date de fondation de l’Ordre de Saint-Michel par Louis XI) et 1560, il y a trois membres de la famille de Clèves admis comme chevaliers de l’Ordre, à savoir Engilbert de Clèves, fils de Jean Ier de Clèves et Elisabeth de Nevers (1462-1506, admis en 1490, sous Charles VIII ; voir Recueil historique des chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel. Vol. I, 1469-1560, n° 69), Louis de Clèves, fils d’Engilbert de Clèves et Charlotte de Bourbon-Vendôme (1495-1545, admis vers 1527 ; Recueil historique des chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel. Vol. I, 1469-1560, n°211) et François de Clèves, fils de Charles de Clèves et Marie d’Albret, petit-fils d’Engilbert de Clèves (1516-1562, admis vers 1536 ; voir Recueil historique des chevaliers de l'Ordre de Saint-Michel. Vol. I, 1469-1560, n° 249). C’est ce dernier qui, au vu du chiffre sur le plat supérieur « FDC », semble correspondre aux armoiries (fol. 4, rajout ? on note dans les armoiries un quartier figurant les armoiries du comté de Dreux, échiqueté d'or et d'azur : en 1521, Marie d’Albret (1491-1549), veuve de Charles de Clèves (1491-1521), transmet le comté de Dreux à François de Clèves qui en hérite officiellement en 1549 mais qui rend le comté à la Couronne en 1556 et à la figuration du personnage arborant le collier de l’ordre de Saint-Michel (miniature, fol. 144). Cette représentation (rajout ?) serait donc datable après 1536, date de l’admission de François de Clèves parmi les chevaliers de l’Ordre de Saint-Michel.

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