58 ILLUSTRATION Ce manuscrit est illustré de deux grandes miniatures à pleine page. Des didascalies à l’encre noire ou sur des petits phylactères déroulés identifient les personnages et allégories. f. 1v, Composition allégorique, « Le Triomphe d’argent ». Dimensions de la miniature : 200 x 132 mm. Sur un char en bois tiré par deux singes, se dresse une statue (en argent) figurant Argent sous forme de Cupidon (Amour aux yeux bandés) armé d'un arc, mais une corde a remplacé sa flèche. Sur le char, un « pot aux roses » identifié par la didascalie. Avarice, identifiée par une didascalie sur sa robe, guide le cortège en tenant une bannière arborant joyaux, cœurs enflammés et signes de richesse. Les Amys par argent, richement vêtus et goûtant leur triomphe, l’accompagnent en le narguant, précédés d’un étendard aux armoiries de l’opulence. Alors qu’un amour dénudé et les bras liés, son carquois arraché, est menacé par les roues du char, Honeur, Honesteté, Prières, Beauté gisent à ses côtés. A l’arrière-plan, les Amys par amour, jeunes filles pauvrement vêtues de couleurs pâles (Philis, Pénélope, Porcia, Dido, Vertu, Thisbé, toutes des amoureuses sacrifiées), suivent, la mine déconfite. Au pied de l’enluminure figurent les armoiries de François de BourbonVendôme, entourées du collier de l’Ordre de Saint-Michel. Il existe deux autres compositions connexes à rapprocher de cette enluminure. La première orne le manuscrit dit Warnecke (ancienne collection Rudolf von Gutmann, Sotheby’s, 2 avril 1993, lot 97), exemplaire du texte Le Triomphe d’argent (11 ff.), dont l’auteur n’avait pas été identifié en 1993 par Sotheby’s. La miniature est reproduite à pleine page et en couleurs dans le catalogue (dimensions de la miniature : 184 x 138 mm). Il s’agit de l’exemplaire de dédicace au roi François Ier. A l’époque cette enluminure avait été rapprochée du manuscrit du La Coche ou Débat de l’Amour de Marguerite de Navarre (Chantilly, Musée Condé, MS fr. 1878 (daté 1542) et Oxford, Bodleian Library, MS Douce 91) : ces deux manuscrits sont depuis attribués sans conteste au Maître de François de Rohan. Il nous semble que celle-ci doit donc être rendue au Maître de François de Rohan, artiste actif à Paris vers 1528-1546, peintre de la Cour mais aussi de personnalités proches du roi comme Anne de Montmorency ou Nicolas de Granvelle. Enlumineur de manuscrits et de livres imprimés, l’artiste est nommé d'après un manuscrit de La fleur de vertu, traduit par François de Rohan, Paris, BNF, ms. fr. 1877. Voir M. D. Orth, « The Master of François de Rohan, A Familiar French Renaissance Miniaturist with a New Name », Illuminating the Book : Makers and Interpreters. Essays in Honour of Janet Backhouse, London, Toronto, 1998, pp. 69-91; M. D. Orth, Renaissance Manuscripts (A Survey of Manuscripts Illuminated in France, 4), Londres et Turnhout, 2015. La seconde miniature à rapprocher de notre composition est celle décrite dans [Exposition. Londres, Hazlitt, Gooden & Fox. 1988]. Hindman, Sandra. Medieval & Renaissance Miniature Painting, Akron (Ohio), B. Ferrini Rare Books et Londres, S. Fogg Rare Books & Manuscripts, [1988], no. 33. Elle était vendue avec une autre miniature extraite d’un même manuscrit (n° 32, voir infra). Ces deux miniatures portaient en pied les armoiries d’une fille de France. Ces miniatures sont attribuables au même artiste que les présentes miniatures du manuscrit Bourbon-Vendôme, ouvrant des perspectives de recherche bibliophiliques et d’histoire de l’art fascinantes. Notre artiste, responsable des deux grandes peintures qui illustrent les deux premiers poèmes de Papillon, doit beaucoup au Maître de François de Rohan, notamment par exemple dans les miniatures extraites d’un calendrier peint pour Philippe de Lévis (Toulouse, Musée des Augustins, Acq. 57.84.1-12, datées après 1522 vers 1537 ?). Toutefois la palette de notre artiste est un peu différente et les modelés du visage sont plus doux. Il ne reproduit pas servilement la miniature du manuscrit de dédicace à François Ier (manuscrit Warnecke, ancienne collection Gutmann) et il y a quelques différences entre les deux peintures : les Amys par Amour dans le manuscrit Bourbon-Vendôme ne sont que des femmes, tandis que dans le manuscrit Warnecke figure dans le groupe un « Hypolitus » ; Amour dans le manuscrit Bourbon-Vendôme est attaché mais pas encore écrasé par les roues du char, alors que dans le manuscrit Warnecke, Amour est littéralement sous les roues ; la statue en argent de Cupidon décoche une flèche en corde, celles (il en a deux) du manuscrit Warnecke sont des morceaux de chaîne. Ce sont des détails certes – car les compositions sont globalement très proches – mais cela pose la question d’un modèle commun peut-être, adapté par deux artistes distincts. Par ailleurs, on peut également souligner l’influence peut-être des manuscrits peints à Lyon un peu plus tôt, par exemple le manuscrit illustrant sur le thème allégorique l’entrée de François Ier à Lyon, avec le roi François, Claude de France et Renée de France sur un bateau guidé par Charles de Bourbon, oncle de François II de Bourbon-Vendôme attribué au « Lyons Entry Master » (Wolfenbüttel, Cod. Extr. 86.4 ; voir E. Burin, Manuscript Illumination in Lyons, 1473-1530, Turnhout, 2001, cat. 65, datable 1515). Burin suggère que le « Lyons Entry Master » (Maître des entrées de Lyon) pourrait être Jean Pingault (Brurin, 2001, pp. 31-33) et il y a, également actifs à Lyon et Toulouse, deux peintres attestés à savoir Côme et Charles Pingault (actifs 1533-1541) (voir Orth, 2015, p. 300). Rappelons que le texte du premier poème fut édité justement à Lyon en 1537. f. 14v, Composition allégorique, « Le Triomphe d’honneur et d’amour ». Dimensions de la miniature : 200 x 134 mm. Assis sur un trône monté sur un riche piédestal doré tiré par deux licornes richement caparaçonnées, le roi François Ier siège en majesté, avec Amour à ses côtés, désormais triomphant et Argent, peint en argent et les yeux bandés et bras attachés dans le dos, désormais relégué sous le trône. Le cortège est composé d’une foule de courtisanes entraînées par des musiciennes et quatre vertus allégorisées identifiées par les didascalies : Diligence, Sapience, Sobriété, Vertu. Alors que le cortège progresse dans un paysage onirique, en contrebas, dans un ravin peuplé de monstres, Peur est écrasée par des rochers qu’entraîne le souffle du vent du nord Borée provenant du « Rohc de vertu ». La miniature porte également en pied les armes du dédicataire François de Bourbon-Vendôme, mais cette fois sans le collier de l’Ordre de Saint-Michel. Cette miniature est à rapprocher de la seconde miniature décrite dans [Exposition. Londres, Hazlitt, Gooden & Fox. 1988]. Hindman, Sandra. Medieval & Renaissance Miniature Painting, Akron (Ohio), B. Ferrini Rare Books et Londres, S. Fogg Rare Books & Manuscripts, [1988], no. 32. De la même manière, elle est peinte par exactement le même artiste que celle du manuscrit Bourbon-Vendôme.
RkJQdWJsaXNoZXIy NjUxNw==