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Antoine de SAINT-EXUPERY

Poème inédit

« J’ai si peur de la mort quand le jour se termine…»

Sans titre, s.d. 2 p. Nombreuses traces de pliures et usures, sans manque. Beau brouillon excessivement raturé, lisible. L’état du papier laisse à penser qu’il a du conserver longtemps sur lui cette feuille et revenir souvent sur le texte. Les poèmes de Saint-Exupéry sont rares. Très belle écriture poétique, atypique dans l’ensemble de l’œuvre de Saint-Exupéry, inclassable même. Certainement écrit à une femme, dont l’absence le blesse et le déses-père. Il l’attend seul dans une maison, voudrait accueillir sa dame et enfin se poser – ce qui ne cesse de surprendre quand on sait à quel point Saint-Exupéry est nomade et toujours sur la route… Le texte barré, retranscrit ici, montre la beauté de l’élaboration poétique : « Si je t’attendais mieux tu parlerais peut-être[…]

Mais je n’ai préparé […] mon coeur ni ma maison ni mon cœur

J’ai des bouquins […] et j’ai des quelques fleurs

Et j’ai ce grand lit froid dans l’ombre mais peut-être

qu’il faut bien autre chose offrir bien plus aux deux pour […] les connaître. »

Les phrases suivantes sont entièrement bar-rées :

« Je sais bien. Le silence est un miel ajouté Cette maison, ce lit, d’autres l’ont agité habité. Je n’ai pas attendu ce pas que l’on devine qu’on me fasse le l’inestimable signe J’ai si peur de la mort quand le jour se termine.

J’ai fait tuer le peuple ici et m’y résigne Mais quel silence il faut La blancheur de ce lit

Cette maison, ce lit, d’autres l’ont habité agité Et je n’ai pas assez désiré le silence leurs absence

Et j’ai trop regretté ma chair de leur présence Je vois bien à présent ce qu’il faut de silence. J’aurais dû te bâtir l’esquisse de silence Ou le pas le plus pur

Peu à peu, nuit et jour pour qu’un pas en-chaîné

Mais j’ai fait trop de bruit chez moi J’ai trop fait de tapage ici qu’il faudrait que j’aurais dû

Te bâtir peu à peu nuit et jour l’esquisse de silence

Où le pas le plus doux dégage sa présence Où pour le suppliant nul signe n’est perdu J’ai fait la paix chez moi et je me tais ce soir afin que ne m’évite

Aucune ombre Plus ta sagesse, afin que tu

puisses frapper.

Mon adoration pourra saurait t’envelopper Vois comme je suis pur et comme je médite Et combien mon silence est un miel qui s’ajoute Au miel […]

Je charmerai les voix A ces chuchotements les voix que ton ombre redoute

Devine… mon silence est un miel qui s’ajoute […]

Etoiles ma fenêtre est pleine de lumière calme Je médite accoudé je suis j’ai […] le visage des morts 

Ma chambre est pleine de trésors […] L’on percevra sur toi le poids de mes prières Tu me feras peut-être un signe des paupières ».

4 000 — 6 000

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