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Livres ET MANUSCRITS — 9 & 10 MAI 2011. Paris 82

remuer – et surtout voyager… Peux-tu nous donner par lettre la température de l’époque et de « la ville » Nous ne recevons pas un jour-nal français ! Je suis condamné au Times… 6 ans, 3 ans, 7 ? Bien affectueusement. Henri Courtial ».

- Le 30 août 1945, il continue d’écrire sous le nom de Lucette Almanzor et transforme son écriture, message codé certainement, annonce la mort de sa mère. Il aimerait voir et parler avec le Dr. Gentil.

- Le 4 sept. 1945, ne recevant aucune réponse, il demande à Gentil de modifier l’adresse : « un certain imbroglio de lettres me fait pense qu’à Courtial il y a un peu de mystère et que l’on m’a fait sauter du courrier ». Il donne donc le nom de jeune fille de Lucette, Almanzor : « c’est plus sûr et le nom est réel et ne fera pas ‘tiquer’ … dans notre cas. … J’ai bien mal à la tête et au bras j’aurais grand besoin de tes soins et de ta conversation. Je ne vis ici qu’en état d’isolement moral quasi-total ! … Les jours passent lourds comme du plomb. » - Sept. 1945, il demande à son ami de sup-primer son pseudonyme « Courtial » de leur correspondance : « Je m’appelle Lucette Almanzor ». Très virulent contre Gen Paul : « Il est dans la tradition des peintres ivrognes et maudits. Son rêve d’ailleurs c’est que tout le monde crève sur la butte. Et qu’il demeure seul avec tout le vin et toutes les filles. C’est un monstrueux égoïste délirant et l’esprit du mal, c’est le diable.[…] Le Vigan était aussi diabolique que lui mais il est déjà lui au poteau. Quelle joie pour Gen Paul ! ». La lecture est son passe-temps : « Vive les vieux auteurs ils ont tout dit je me gave de la Revue des Deux Mondes vers 1890. Les sources de notre vilaine aventure sont là. Je pousse mon roman mais il me fait bien mal à la tête… Dans une autre vie je t’assure que je ne me dé-vouerai plus pour personne. Je me ferai faire un passeport animal. J’irai à quatre pattes. Je renierai les hommes. »

- Le 15 sept., Céline et Lucette répondent collégialement à la première lettre de Gentil, qui est finalement arrivée. Ils ont encore l’angoisse d’être découverts, déguisent leurs écritures et usent de nouveaux pseudonymes : Céline est Lucie, et Lucette devient Geor-gette… « Vous pensez si votre lettre a été fêtée par nous deux ! Ma fille Georgette que vous connaissez était aux anges…C’est bien la première lettre nous donnant vraiment des nouvelles que nous recevons depuis le passage du cyclone sauf pour m’apprendre la fin de ma malheureuse mère… elle est morte je crois au fond de chagrin. » Espère revoir le docteur, l’attend impatiemment, annonce que sa petite Georgette va donner des cours de castagnettes et fournit des indications très personnelles sur leur hôte : « M. Bartholin, […] maître de ballet il est à demi israélite, c’est un homme

charmant. Vous savez que j’ai toujours vécu entoure d’Israélites. On me l’a assez reproche. Cette race est appelée à diriger le monde, son intelligence leur en donne les droits et je dis toujours à ma petite Georgette que rien ne vaut une amitié israélite. Elle s’en rend compte. » Sa vision de l’homosexualité est très ambigüe : « M. Bartholin je dois cependant ajouter est nettement porté sur le sexe fort. Evidemment je n’ai plus l’âge ni les pensées assez badine pour regretter quoi que ce soit ». Il voudrait avoir des nouvelles de Jo Varenne (propriétaire du Moulin de la Galette). A mots déguisés, il soumet au docteur son avis sur son état judiciaire : « Je traîne encore bien péni-blement mon état. Il me faudrait sans doute m’affirme-t-on ici une opération ? (L’amnystie [son amnistie] l’appellent-ils à peu prés…). Qu’en pensez vous ? Mais c’est une opération grave et rarement tentée ».

- Toujours en signant du nom de son épouse, L. Almanzor, il s’inquiète au sujet de sa secré-taire Marie Carnavaggia : « Si tu es assez gentil pour lui téléphoner et la voir tu feras rapide-ment le diagnostic - Je ne voudrais pour rien au monde qu’il lui arrive une histoire je lui ai dit de ne plus m’écrire avant un mois. Je ne lui écrirai plus non plus. » Je ne sais pas quel vent souffle ? » C’est une amie extrêmement précieuse infiniment dévouée, trop dévouée. » A cette lettre, Céline joint une liste de clefs de lecture des noms employés dans sa lettre : « Pour l’intelligence de cette lettre : Henri c’est moi et Courtial, Montcalm = Bouvilliers un ami acteur qui vient de perdre un enfant, le mécène = Bignou marchand de tableau »… Ses commentaires sur Marie Carnavaggia deviennent crus, voire cruels : elle « est admi-rable mais imbaisable tu t’en rendras compte – Donc platonique et hystérique – et Corse. Jalouse de Lucette à en crever etc. ». - Longue lettre du 7 oct. 1945. Céline vient d’être reconnu dans la rue par une femme mariée à un français. : « Une connasse... Qui venait voir ses parents ! Pépin bien sur elle a écrit à Paris qu’elle m’avait rencontré ! Et hier Radio Brazzaville annonçait brutalement d’ailleurs ‘L’écrivain français pro allemand X qui s’était réfugié à Lisbonne est à présent à Copenhague’, c’est tout mais cela suffit... » Il a des regrets au sujet de sa mère : « J’ai bien du remords de n’avoir pu m’occuper d’avantage de la pauvre femme. J’ai été dur avec elle et je l’aimais bien au fond. Mais j’ai eu moi-même une vie si brutale et si pourchassée que je me suis durci fatalement à un degré désastreux - mais j’ai hérité des bretons une nostalgie des cimetières qui ne me lâche plus. » Sur son sé-jour à Sigmaringen et ses compagnons forcés : « Je n’ai trouvé là-bas dans le groupe que trois véritable patriotes Laval que je n’aime pas, le Dr. Jacquot et moi-même - patriotes absolus déroulédiens fourvoyés-trompés. » Il termine

en évoquant la politique française vue de Copenhague : « D’ici 10 ans il n’y aura pas un juif qui n’ait été à Buchenwald et dévoré qua-rante et une fois vif par les chiens nazis. Pas Blum toujours ! Ni Daladier ni Raynaud ! Ils ont été traités cent mille fois mieux que nous par les Niebelung ! Ni Henriot le gros laid ! On ne sait de quel côté dégueuler davantage. » Sévère sur Elsa Triolet : « Encore une mièvre petite conne ! Quel salsifis son jus pas plus que son mari Aragon ! Cette Elsa Triolet qui est russe avait traduit pour les soviets mon Voyage qu’elle avait d’ailleurs amplement truqué, falsifié, etc... »

- L.A., après le 15 oct. 1945 exécution de Pierre Laval], manque le premier feuillet. Sur l’exécution de Pierre Laval et ses souvenirs du gouvernement en exil à Sigmaringen, il l’excuse et lui donne une place de martyr : « pense que je l’ai vu de très près je l’ai soigné, […] Il était pacifique très pacifique, il détestait la violence et les guerres. Il était patriote, très patriote à sa façon bigote, pas raciste, bien sur mais nationaliste. Il aimait la France très profondément, ce qui n’était pas du tout la règle parmi ses ministres. Certainement qu’il a lutté tant qu’il a pu et avec succès contre les allemands. […] Aucun doute c’est donc bien un martyr. Il faut être tombé bien bas dans la bêtise et la haine pour le fusiller ». - Vers nov. 1945. Importante lettre de 7 p., en-tête ms. de Lucette Almanzor. Rapporte ce qu’il a enduré à Neurupin, puis à Sigmaringen, sa non-implication : « moi j’ai pratiqué la méde-cine uniquement la médecine et le défaitisme. Le malheureux Le Vigan a gueulé au micro ! Il est tombé dans le piège. […] J’avais l’alibi médical. Lui il n’avait plus que l’usine ! Sou-mis et lèche cul et serviable – Il a eu un peu à bouffer [plus] que nous Lucette et le chat et nous avons continué à crever stoïquement de faim à coté des ministres qui bouffaient eux 4 rations par jour. On nous a logé pire que des porcs et quel travail de jour et de nuit ! Sans médicaments sans lumière ! Un martyr ! Et bombardés ! Et menacés ! Et espionnés ! […] Je me sens encore l’âme beaucoup plus souf-frante et mal foutue que mon portrait. Et les fumiers qui me salissent. […] Je n’aime pas l’Allemagne et les allemands. Mes goûts vont vers l’Angleterre et les Amériques où j’ai passé ma jeunesse. […] Mais je me suis sacrifié pour que les boucheries finissent ! merde qu’el-le réussite ! C’est moi que l’on tient à éventrer ! Qu’ils crèvent désormais tous […] Le cynisme seul est intelligent. […] Lorsque les Fritz étaient au sommet de leur courbe, avant Sta-lingrad, que l’on les croyait gagnants. […] et que j’aurais eu 100000 raisons de profiter des circonstances je leur ai chié dans les doigts, je les ai traité aussi insolemment que possible. Je n’aime pas les vainqueurs. »

- Le 23 oct. /1945, à la demande de Gentil, il

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