This is a SEO version of cat-vent_artcurial9-10-05-2011. Click here to view full version
« Previous Page Table of Contents Next Page »Livres ET MANUSCRITS — 9 & 10 MAI 2011. Paris 84
doit calmer ses élans, mais est plus que jamais nihiliste : « Bien entendu je me conforme à tes ordonnances – Je ne parlerai plus que de poésie – […] d’ailleurs autre atmosphère autre climat – je n’intéresse personne ici… ils se foutent pas mal d’un scribouilleur étranger - Ils ont d’autres chats ! Dans l’exil d’ailleurs tout se délave, fane, nettoye, s’évapore s’il n’y a pas un perpétuel tisonage de l’hystérie il n’y a plus grand-chose il n’y a plus rien… tout le monde au fond se fout de tout. »
- Le 28 oct. 1945, Céline envoie une coupure de presse, annotée et légendée, à propos de l’am-biance au Danemark tellement plus dégagée que l’hypocrisie française : « Il n’ y a plus de censure ici - Tu peux le voir par la cou-pure que je t’envoie à propos d’une visite des maquisards Danois à Stockholm parue dans « Politiken » le plus grand journal Danois - » « Les Libérateurs Danois à Stockholm / Que l’on se dirait aux bons vieux jours de la Gestapo ! » - Très importante et longue lettre courant no-vembre 1945, 8 p. écriture très serrée, couvrant toute la page. Très virulent sur l’état politique et social désastreux de la France, il est sans cesse dans la référence historique, l’exclama-tion. Approximatif dans les chiffres, du plus pur style célinien : « Tu me dépeints admira-blement une atmosphère de haine et d’hystérie politique dont la France est toujours chroni-quement malade avec accès de haute fièvre cyclique - St Barthélemy-91-71 etc… Il faut avoir été a Buchenwald pour être vraiment français respectable - les 100 000 morts de cet-te guerre [ ! ?] Font infiniment plus de tapage que les 2 millions de l’autre – Le cinéma et la radio sont passés par là. - Je crois que ceux qui ont joué Buchenwald ! sont aussi idiots que ceux qui ont joués collabo. Ils auraient tirés de toutes les manières les marrons du feu pour les trusts étrangers. La France n’a rien à voir dans cette histoire. Cocus partout - En haut les hystériques mégalomanes en bas ces moutons furieux- tu as raisons je me ronge aussi de nostalgie pour des prunes. […] Les miens sont en ce moment trop méchants - ils faut qu’ils se bouffent. […] Les traîtres sont tout de mêmes trop rares pour éponger toutes cette colère… » Il a très froid, mais écrit son roman ( Féerie …). Bartholin est malade : il
« a fait soudainement la syphilis du tertiaire plein le visage et le corps – il est affreux – il ne s’en doutait pas – il a du se faire enculer par un vilain matelot- le chancre rectal est passé inaperçu - La vérole et la gono font d’ailleurs de forts ravages dans ce pays autre-fois indemne ». Prophétise la mort violente de Denoël, qui sera effectivement assassiné le 2 décembre 45 : « Mon éditeur Denoël est en passe d’emmerdements. J’ai grand peur qu’on l’épure pour finir ». Revient sur Buchenwald, avec une vision très personnelle : « La véritable histoire de Buchenwald doit être curieuse à connaître. Je suis persuadé qu’au fond de
ces horreurs certains détenus ont connu une relative bonne vie, et certains ont fait fortune au marché noir […] Il y a toujours quelque chose de plus abject de plus fumier que les pires bagnes que les pires institutions – c’est l’homme - il n’est jamais surpassé. … L’huma-nité se débat dans le grotesque et le massacre et la pourriture – ce sont des bouffons de charnier. Pauvres moteurs à merde leur sort est merdeux comme le reste ». Veut savoir à quel prix sont vendu ses livres sur les quais, le Voyage . « Il faut être anti-allemand, ‘philosé-mite’ et républicain. Ou cesser d’être fran-çais… Moi qui était si bien anarchiste qu’ai-je été me foutre sous un pavillon de connards ! Et perdants en plus ! Et cocus ! Hais ! Honnis ! Massacres ! » Le Dr. Gentil s’inquiète de leur situation pécuniaire : « Nous pouvons toujours très bien tenir quatre et cinq ans - […] d’ici là je bouffe les bénéfices du Voyage [au bout de la nuit] Le grand succès de l’époque. Il m’a valu tant de prunes qu’il peut bien à présent me sauver la mise. »
- Céline fête l’amnistie du 11 nov. : « Voici un anniversaire charmant. A quoi bon s’être donné tant de mal dans la première pour fnir si pitoyablement ? Quelle duperie de la terre au ciel ! Je dégueule ma vie quand j’y pense, je me dégueule de connerie crédule de dévouement perdu ! Je suis le monument de ce qu’il ne faut pas faire. « le Con » . Se plaint de sa situation d’exilé sans espoir de retour : « C’est la plus cruelle des conditions lorsqu’à 52 ans infrme ton sort t’est arraché sans perspective d’en retrouver jamais un autre. Car enfn je n’ai guère d’espoir d’être jamais accueilli nulle part de mon vivant - l’Aryen errant connaît un sort bien plus infect que le juif errant - les amis de l’Aryen sont faibles et rarissimes les amis des juifs sont puissants et innombrables – [...] Si l’aryen marqué se fait connaître tous les chiens sont lâchés-Point de merci pour lui - Sa peine n’existe pas - je n’ai jamais si bien senti la fétrissure qu’ici dans mes conditions - elle est implacable. »
- Lettre percutante (s.d., après 1945 ?), titrée « Quelques vérités ». Litanie virulente et impla-cable, sur sa vision de l’occupation, et sur sa défense : « J’étais détesté par Vichy - Mes livres y étaient interdits- Les Beaux Draps saisis par la Police (Bousquet) J’étais détesté par les Abetz. Je n’ai jamais été ni reçu ni invité à l’Ambassade (Je n’y aurais pas été). J’étais détesté par Berlin. Tous mes livres furent interdits en Allemagne du jour de l’entrée d’Hitler (y compris les antisémites) ... Je n’ai jamais pu savoir en quoi j’étais collaborateur. ... Je n’ai rien gagné avec les allemands j’ai tout perdu. Toute ma vie a été un cauchemar ... Je peux en dégueuler moi dans le Rhin. J’ai de quoi le faire déborder ! ... Il s’agit surtout de me faire crever pour le Voyage au bout de la nuit, qui m’a valu des jalousies inexpiables. Bien sûr j’ai donné les prétextes les alibis !
J’ai tout fait pour mes ennemis ! Je me suis offert. Quel con ! »
- Le 27 juillet 48, Korsor. Chez Mikkelsen. Re-çoit la première lettre de Gentil depuis près de 2 ans et demi, est très malheureux de ses trop longs silences : « Quel chagrin tu nous as fait en ne nous écrivant plus - nous qui t’aimions tant et n’avons point cesser de t’aimer - Je sais bien les circonstances...mais tu n’as plus rien à craindre du tout. Mon courrier n’est ni ouvert ni surveillé- je suis présumé libre sur parole - […] tu peux écrire en toute tranquil-lité ». L’invite chaleureusement maintenant qu’il mange à sa faim et qu’il se sent libre : « Il faudrait que tu amènes - 1 paire de draps 1 oreiller – du sucre et du café- Le reste ça va ! » - Le 4 août 48, Korsor. Très longue lettre sur sa misère physique : « je ne voyais plus clair, j’avais perdu 48 kilos. Je n’en suis pas tout à fait sorti. Je suis encore pourri de rhumatis-mes. Je suis resté 6 mois à l’hôpital- Et puis on m’a remis en prison- et puis je suis tombé à en crever etc… et j’ai acquis ce que je n’avais jamais connu une de ces haines pour la horde humaine. Moi qui ne leur ai jamais voulu de mal que du bien ! » Parle en bien du livre de Marcel Aymé Uranus, lui demande de ne pas s’inquiéter pour leur correspondance : « ni de Judex, ni de Fantômas dans les environs. Je n’intéresse personne et on se fout énormément des folies françaises pures cornichoneries d’hystériques, miteux pour ces gens prosaï-ques matérialistes américanophiles… » - L.T., 27 sept. 1945, demande de réforme N° 1 avec pension. Env. adressée au Dr. Gentil le 25 8 48.
- Plusieurs lettres non datées. On apprend que Céline conduisait une moto et qu’il com-mandait lui-même à un fermier ses peaux de moutons : « Je voulais avoir trois peaux de moutons à poils très longs, bruts, comme ceux du manteau de ma femme . » / - Lettre impor-tante écrite par Lucette qui nous donne toutes les mensurations de Céline et Lucette afin de confectionner leur vêtement sur mesure. / - Lettre signée L.F., suite de la précédente. Céline se met d’accord sur le tissu, la couleur, le jour de livraisons, et l’invite à dormir chez eux. /
- Portrait photographique d’époque de Céline en 1944 [8,8 cm x 5,8 cm], annoté par Céline au verso : « Chez les Nibelungen police » (repr. dans Fr. Gibault, « Céline 1944-1961 », Mercure de France, 1985, p. 16, avec légende de Céline : « Photo prise par la Police allemande de Neurupin Prusse pendant notre internement au bureau de Kratzlin 1943 »). Document de la plus grande rareté.
Nous remercions Monsieur Eric Mazet, co-auteur avec Gaël Richard et Jean-Paul Louis du Dictionnaire de la correspondance Céline (à paraître), de nous avons donné des détails biographiques sur Alexandre Gentil.
90 000 — 100 000 €
This is a SEO version of cat-vent_artcurial9-10-05-2011. Click here to view full version
« Previous Page Table of Contents Next Page »