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Kapandji Morhange
134. *
BOUDARD
(Michel Boudon, dit Alphonse). Lettre auto-
graphe signée «
M. Boudon
», [adressée à Paul Chambrillon]. Sans lieu,
14 février 1962 ; 1 page 1/2 in-4.
La lettre s’ouvre sur une allusion imprécise à un article de l’Express
où il est question de «
ces cons d’O.A.S. qui ne tuent que des pauvres
mecs. Ils ne sont pas sérieux, ils vont se démerder pour justifier un Front
popu quelconque et ils passeront à l’épurette. Quel pastis !
». Puis, à propos
d’un «Tombeau de Ferdine » écrit par P. Chambrillon, «
Tu devrais le
proposer à « L’Herne », mais je crains bien que ce ne soit encore une bande
de farceurs mi-pédoques, mi-snobs mi-tout ce qu’on veut. Tu sais Céline,
ils veulent surtout s’en servir pour faire des parallèles avec Sartre, Queneau,
toute la clique… Même Jean Cau qui a déclaré «De nos jours les mœurs
ont changé, le «Voyage au bout de la nuit » aurait le prix Goncourt
[…]
Seulement, le hic, c’est que l’ours de Cau est illisible, plat, morne, lamen-
table.
». Les dernières lignes évoquent ses travaux en cours et le projet
d’anthologie érotique.
100 / 200€
135. *
BOUDARD
(Michel Boudon, dit Alphonse). Lettre auto-
graphe signée «
M. Boudon
», [adressée à Paul Chambrillon] ;
Le Gland-
sucé
[sanatorium du Grand-Lucé !], 20 février 1962. (lettre usée aux
plis, qq. manques mais texte très lisible)
Il évoque l’«Herne », puis une intervention télévisée de Jean Cau. Sans
doute fait-il allusion aux attaques dont Céline fait l’objet, en ajoutant :
«
Désamorcer l’immonde clique ? tu rêves Popol ! Autant aller reconquérir
le Maroc et le Tonkin. Mieux vaut ne pas les attaquer de front, se carrer
quelque part et attendre son heure.
» Il donne ensuite des détails sur
sa participation à une étude de Denise Centore visant un parallèle
entre Céline et Rousseau : «
Je signale à D.C. simplement les passages
dans Ferdine les plus propres à illustrer sa thèse. A part cela, je m’en fous,
je ne signe rien, ne touche pas un fifre
[…]
ça fera connaître Céline, et
ça, c’est toujours utile
». Il précise enfin qu’il ne veut rien écrire dans les
journaux avant d’avoir publié « Les cloportes » et « La cerise », «
ramener
ma gueule au milieu de tout un tas de cons, bafouiller du stylo, merde !
S’indigner ! Beugler ! D’autres que nous s’y sont cassés les dents
». Il termine
en donnant des nouvelles de sa santé.
100 / 200€
136. *
BOUDARD
(Michel Boudon, dit Alphonse). Lettre auto-
graphe signée «
Michel
», [adressée à Paul Chambrillon]. 25 juillet
1962 ; 3 pages in-4.
Il envoie des encouragements à son ami sans doute déprimé, en
évoquant sa propre attitude : «
D’un autre côté, je joue au poke, si ma
petite combine Alphonse Boudard ne marche pas, je suis sûr de retomber
un jour ou l’autre au piège
[…]
Je me défends mieux que toi simplement
parce que j’ai l’habitude des coups durs
[…]. Plus loin, à propos de son
premier roman, «
Les comparaisons avec Céline me cassent les bonbons.
Pour égaler Ferdine il faudrait que je bouffe du souffre
[…]
je me sers des
leçons du grand caïd, et c’est marre
[…].
Oui, Céline est argotier, vieux.
L’argotier n° 1, celui qui fabrique les mots, pas celui qui les répète
[…] ». Il
évoque un article que P. Chambrillon écrirait à son sujet, et comment
il faudrait un peu jouer d’imagination… ayant déjà fait paraître ce qu’il
appelle lui-même un «
boniment autobiographique
». Enfin, il déplore la
prudence et l’inquiétude de son éditeur : «
Oh ! quelle chierie d’être sous
dictature à se la donner de la moindre plaisanterie ! J’ai dû gueuler pour
qu’on me laisse Mauriac et Françoise Sagan dans la préface
[…] »
150 / 300€
131. *
BOUDARD
(Michel Boudon, dit Alphonse). Lettre auto-
graphe signée «
M. Boudon
», [adressée à Paul Chambrillon]. Prison de
Fresnes, 25 octobre 1959 ; 2 pages in-8 (papier bleu pâle ; cachet de la
prison de Fresnes).
Lettre très touchante qui témoigne que, du fond de sa prison, sans se
plaindre des conditions, le futur Alphonse Boudard consacre l’essentiel
de son énergie à l’écriture. Il annonce qu’après 13 mois d’instruction,
il passera au tribunal le lendemain, […] «
on a essayé de me mettre sur
la soie les pires choses… j’ai obtenu q.qs non-lieux mais on a réussi tout de
même à me faire un joli papier…
». Malgré la détention, il prolonge son
travail d’écriture : «
Cet été j’ai été q.qs temps seul en cellule j’ai pu gratter
à mon aise… bouclé un ours de 800.000 signes, dépêche-toi d’entrer chez
Gaston [Gallimard ?] pour me préparer le terrain, j’en ai bien besoin !
». Il
se montre soucieux à la perspective d’une réclusion étendue, et ajoute :
«
c’est la dernière fois que j’ai le droit de t’écrire, une fois condamné, la
correspondance est limitée à la famille (le travail et la patrie, peut-être,
mais je n’en suis pas sûr)
. ». Il remercie d’un colis reçu, ajoute qu’il n’a
besoin de rien, «
j’ai des livres et de quoi écrire, c’est l’essentiel
[…]
tu vois
que mon redressement moral est en cours… en sortant, j’irai vendre la
bible avec les nanas de l’armée du salut.
»
Voir la reproduction.
150 / 300€
132. *
BOUDARD
(Michel Boudon, dit Alphonse). Lettre auto-
graphe signée «
M. Boudon
», [adressée à Paul Chambrillon]. «
Le
Gland-sucé
» [pour Le Grand-Lucé], 17 janvier 1962 ; 1 page 1/2 in-4.
C’est du sanatorium situé au Grand-Lucé – et qu’il désigne ici à sa
truculente manière – que Boudard écrit ce courrier. Il y est question
de projets de disques, et d’édition : «
ma vie abreuvant tes sillons, je veux
bien… elle est pleine de trous… éponges, ballons, […] oublis de toutes
sortes !
[…]. Plus loin, il est question d’un disque avec Simonin. Et
d’une critique de Ferré, «
ce con mérite bien qu’on le torche de temps en
temps.
». Le souci principal de Boudard à cette époque est un prix litté-
raire, il en est question dans 2 paragraphes : «
Chez Plon, demande à la
mère Bident de te brancher avec le comte des Orages (Clermont-Tonnerre).
Lui c’est le carbure, si tu le baratines bien t’enlève le morcif. Il était au
départ très entiché de mon ours, depuis il s’est laissé influencer
[…]
Les
Deux clopes
[Deux-Magots ?]
c’est pas fouillouse
[…]
Chez Plon ils ne
sont pas foutus de m’avoir la moindre voix. Je compte un peu sur Simonin
qui doit baratiner Philippon
[…] ».
100 / 200€
133. *
BOUDARD
(Michel Boudon, dit Alphonse). Lettre auto-
graphe signée «
M. Boudon
», [adressée à Paul Chambrillon]. Sans lieu,
26 janvier 1962 ; 2 pages in-4.
A propos d’un projet d’anthologie de l’érotisme partagé avec Paul
Chambrillon. Il signale qu’il dispose déjà d’extrait relevés «
dans mes
lectures de taule, sana, hosto
[…]
l’intérêt c’est que les classiques voilaient
la chose
[…]
Pour Flaubert il y a le fiacre de Madame Bovary. Chez
Maupassant, dans «Une partie de campagne », le coït ponctué par le chant
du rossignol. Une héroïne d’Anatole France se fait tringler debout contre
un arbre…
». Il propose à P. Chambrillon de chercher des passages de
son côté, «
On peut signer le truc ensemble, mais ça va peut-être me créer
des difficultés chez Plon
[à cause de son contrat en cours]. Il mentionne
ses ouvrages en cours, «
je fignole « Les cloportes » qui doivent sortir en
mai et je continue « La cerise
» […] ». Plus loin : «
L’anthologie demande
surtout un travail de présentation [introduction, ici le mot s’impose]. Tu
te charges de ça et je continue à piquer à droite et à gauche dans mes
lectures.
Et il ajoute en note : «
Tu introduis et je pique, chacun son vice
».
Il termine par une liste d’auteurs déjà sélectionnés.
100 / 200€