4
M
anuscrits
&
A
utographes
1 Guillaume APOLLINAIRE (1880-1918). L.A.S. [25 octobre 1918], à W
illy
(au journal
La Suisse
à Genève) ; 1 page et demie in-12 et adresse sur carte postale à en-tête
Les Soirées de Paris
(cachets
postaux).
1000/1200
U
ne des dernières
lettres d
’A
pollinaire
, emporté le 9 novembre par la grippe espagnole.
Il remercie Willy de l’envoi de son livre
La Virginité de M
lle
Thulette
, qui est « charmant et amusant » et qu’il
mentionnera dans
L’Europe nouvelle
et le
Mercure
. « Il y a fort longtemps que je suis persuadé que vous ne devez
pas être fort riche car au lieu de vous prêter on vous enlève ce qui est vôtre. Je l’ai du reste très souvent
écrit »…
Joint : la copie dactylographiée d’une autre lettre d’Apollinaire à Willy (21 novembre 1915).
2 COLETTE (1873-1954) & Lucie DELARUE-MARDRUS (1880-1945). 2 lettres autographes de
C
olette
(brouillons), et 3 L.A.S. «Amande » du pseudonyme et surnom de princesse «Amande »,
à C
olette
, et L.A.S. et L.A. (minutes) de Colette à elle adressées, [4-5 décembre 1903] ; 5 pages
in-12 et 5 pages et demie in-8°.
1000/1500
C
orrespondance
amoureuse
de
la
«P
rincesse
A
mande
»,
témoignant
d
’
une
attirance
sensuelle
à
laquelle
C
olette résiste
. L’échange est classé et daté par Willy.
[4 décembre 1903]
. C
olette
est désolée de n’avoir pu courir chez sa « chère » comme promis : « la steppe glacée
qui sépare Paris de Passy » l’en a empêchée. « Il faudra donc aujourd’hui que je vous invente, que je vous
devine, petite Faveur lointaine, accroupie sur son divan, fixant la neige d’un air épouvanté, et frissonnant de
l’échine au bruit soyeux de la neige contre les vitres. Je n’entrerai pas chez vous comme une rafale, décoiffée,
essoufflée, et criant “mon nez a perdu connaissance !” »… – «Vous me la baillez belle, Kolette-par-un K»,
répond «Amande » : «Mon œil est parti pour quelques jours, et c’est la première fois que nous nous séparons,
et je suis toute seule au fond de ma maison, comme vous m’avez vue en rêve. Alors, vous en profitez pour
me lâcher. Ou c’est du parti pris, ou vous allez venir tout de suite. Point besoin de chevaux. Les locomotives
ne sont pas encore assez civilisées pour se rebiffer devant la neige. […]Déjà, la gazelle est morte de vous
attendre. Aujourd’hui même, la chèvre est partie. Demain, ce sera la Kathèdre qui trépassera. Et ensuite moi.
Je vous attends avec impatience, indignation et douceur »…
Samedi matin [5 décembre 1903]
. «Kolette, je suis fâchée. Je vous ai attendue hier, abandonnée des dieux, des
hommes et des femmes. […]Maintenant, je ne suis plus libre avant Lundi 5 heures. Si vous ne venez pas à ce
jour et à cet instant, je ne serai plus fâchée, mais triste. Et si vous venez, je vous ferai payer en une fois tous vos
crimes, à ma façon. Quant à Kottinet, dites-lui combien sa lettre m’a émue. Désormais, la Kestion Kathèdre
ne me kreusera plus le kœur »… – C
olette
refuse d’obtempérer. « Il n’y a qu’une victoire avec vous, qui est la
fuite […]. Parce qu’une ombre à figure de femme reste entre Willy et moi, il y a, de lui à moi, de moi à lui, une
espèce de pacte peureux, une promesse que personne n’a faite, dont on ne parle pas… Il sait bien je sais bien,
que ma vertu est toute jeune, que mes envies marchent devant moi et qu’il n’y a pas de danger à les suivre,
si elles me mènent seulement aux Fontaines-Américaines. Mais je ne saurais, Faveur charmante, présager
de vous une telle impunité, – de moi non plus. Il me semble que vous portez une âme conquérante dans un
corps pliant d’esclave ; cela est d’une dissonance séduisante ; pareille anomalie fait depuis trop longtemps ma
propre misère pour que je vous ne voue pas, tôt ou tard, une inique rancune. […]Je me plais à ce que vous
teniez toute désormais dans de beaux vers dans une fleur mouillée dans le pas de velours de ma chatte bleue,
dans l’odeur un peu suffocante d’une chambre surchauffée. Il a fallu que je pense beaucoup à vous pour me
décider à vous montrer une Colette qui se cache d’habitude si soigneusement »…
Samedi
. Le mot de Colette
est de ceux qu’on relit bien des fois « avant d’en pénétrer tout le roman. Et voici qu’à cause de ce mouvement