BIBLIOTHEQUE EMILE ROSSIGNOL

149 Ambassadeur de la République de Venise auprès d’Henri IV de 1594 à 1597, Duodo profita de son séjour à Paris pour rassembler un ensemble d’ouvrages, tous de petit format, qu’il fit recouvrir, à l’image de son prédécesseur Grimaldi, de reliures au décor uniforme se déclinant en trois couleurs : rouge pour la théologie, l’histoire, le droit et la philosophie, citron pour la médecine et la botanique, olive pour la littérature. Cette réunion d’environ 150 volumes (133 répertoriés par Esmerian en 1972), typique quant aux textes retenus - majoritairement grecs et latins - des goûts et préoccupations d’un humaniste, formait une bibliothèque de voyage, l’une des plus remarquables qui nous soit parvenues, tant par son contenu que par la beauté et l’élégance de ses reliures. Rappelé soudainement à Venise en 1597, Duodo n’eut sans doute jamais l’usage de ses livres, qui demeurèrent à Paris pendant deux cents ans avant de réapparaître progressivement après la Révolution sur le marché anglais1. On en attribua d’abord la provenance à Marguerite de Valois, la Reine Margot, sœur d’Henri III et première épouse d’Henri IV, avant que les recherches de Ludovic Bouland2 ne les restituent à leur légitime propriétaire. L’atelier parisien à l’origine de ces reliures n’a pas été identifié avec certitude. Si le nom un peu passe-partout de Clovis Eve a longtemps circulé, on évoque aujourd’hui l’atelier « de la seconde palmette », principal producteur de reliures à la fanfare au tournant des XVIe et XVIIe siècles3, suite à la découverte d’un petit motif de vase sur deux des reliures de la bibliothèque. PÁ» ¿’ž¹Ç»ÆÁÂĺ Àº ÃÇ ƺ½Æº, ¿º ¹»ÌÃºÂÆ º½º¾¹¿ÁÅ»º ºÃÆ ÃÁÂà ÀǸƺ ¿’¸Â ÀºÃ ¹¿¸Ã »º¾Á»Ï¸Á¼¿ºÃ Àº ¿Á ¼Å¼¿ÅÇÆÑÊϸº D¸ÇÀÇ. SÇÅ˺¸Ãº¾ºÂÆ »ÌË¿Ì, Èź»Ëº Àº ÆÇ¸Æº »ºÃÆÁ¸»ÁÆÅÇÂ, Å¿ ºÃÆ ÄÇÂú»ÈÌ ÀÁÂà ¿º ¹¿¸Ã ¹Á»ÎÁÅÆ ÌÆÁÆ Àº λÁíÄѺ¸». Détail passé jusqu’ici inaperçu, son décor présente une variante encore non répertoriée, avec la présence répétée sur les plats de sept fleurettes diérentes de même format au lieu des six habituelles4. Des bibliothèques George Gosling (vente du 17 juillet 1883 à Londres, adjugé 127 livres), Cortland Bishop (II, 1938, n° 1777) et Daniel Sicklès avec leurs ex-libris. L’exemplaire a figuré au Bulletin Morgand de novembre 1890 (n° 19100, au prix de 5 000 francs or) ainsi qu’au catalogue Rahir Livres dans de riches reliures, Paris, 1910 (n° 94). Il figure dans la liste des livres attribués par Quentin-Bauchart à Marguerite de Valois (n° 12). Infimes traces de frottement à un mors du tome III. 1- Ils figurent ainsi en nombre dans les collections anglaises du XIXe siècle : « Parmi les grands bibliophiles anglais de l’époque, Gosling ne possédait pas moins de 36 Duodo, Thorold 12, Beckford 10 et le Rév. Cracherode 9 » (Esmerian, I, 1972). 2- L. Bouland. Livres aux armes de Pierre Duodo, Vénitien et non pas Marguerite de Valois, in Bulletin du Bibliophile, Paris, 1920. 3- Voir Hobson et Culot. La reliure en Italie et en France au XVIe siècle, 1990, n° 66. 4- « Il existe quelques variantes à ce type de décor : cinq des six fleurs avec un ovale et une fleur plus petite (David, 1533, 4e vente Rahir, 1946, n° 1027) ; les six fleurs plus une septième pour les volumes dont le format un peu plus grand demande des rangées à quatre ovales (Ronsard, 1587, Quentin-Bauchart, n° 49). Deux autres variantes proposent des fleurs di¡érentes (Breviarum, 1598, Bibliothèque de Mme Louis Solvay, 1959, n° 90, et Pindare, 1586, vente Wilmerding, 1951, n° 730) » (Hobson et Culot).

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