28 ILLUSTRATION f. 13, Quatre évangélistes réunis dans une même miniature (composition typiquement rouennaise). Cette composition est reprise dans un autre manuscrit peint par le Maître de l’Echevinage de Rouen (Oxford, Bodleian Library, Douce, MS 253). f. 19, Annonciation, sous un dais sculpté, avec Adam et Eve de part et d’autre d’un pinacle, serpent à tête de femme enroulé sur le pinacle. f. 37v, Visitation. f. 49, Nativité. f. 54v, Annonce aux bergers, avec parmi les bergers, une bergère tenant un mouton sur ses genoux (voir dans un autre livre d’heures attribué au Maître de l’Echevinage de Rouen, cette même composition : J. Plummer, The Last Flowering…, New York, 1982, cat. 88). f. 58v, Adoration des rois mages. f. 60v, Présentation au Temple. f. 64, Fuite en Egypte ; en arrière-plan, Massacre des innocents et Miracle du champ de blé. f. 67, Couronnement de la Vierge. f. 72, Reproche de Nathan à David ; en arrière-plan, David vainqueur de Goliath. f. 90, Crucifixion entre les deux larrons. f. 93, Pentecôte. f. 96, Jugement dernier, les anges tiennent les instruments de la Passion. f. 128, Vierge à l’Enfant, couronnée par deux anges, avec donatrice en prière et un ange musicien. On trouve exactement cette même composition dans un livre d’heures vendu chez Christie’s, 12 juillet 2023, lot 53 (Heures d’Anne Dufay), jusque dans les détails, par exemple le coussin avec une sorte de pompon rouge sur lequel repose les pieds de la Vierge. f. 146, Pietà, avec Marie Madeleine et saint Jean l’Evangéliste. Ce manuscrit est un très bel exemple de l’art d’un artiste normand baptisé « Maître de l’Échevinage de Rouen » (anciennement nommé Maître du Brunet Latin de Genève), actif à Rouen de la fin des années 1450 à circa 1485. Il est nommé d’après les manuscrits qu’il peint entre 1457 et 1480 pour les échevins de Rouen (voir Rabel, 1989), de grands ouvrages en langue vernaculaire dotés d’un décor armorié dans les marges, soulignant l’appartenance de Rouen au royaume de France depuis le départ des Anglais (voir Rabel, 1989). Il semble aussi avoir été influencé par des maîtres parisiens dont Maître François et le peintre bedfordien nommé Maître de la Légende dorée de Munich (Avril, 1993, p. 171 ; Clark, Art in a Time of War…, 2016, p. 298). Si le Maître de l’Echevinage de Rouen a travaillé pour des commanditaires normands, on le retrouve peignant aussi pour des commanditaires établis dans d’autres régions, comme dans un livre d’heures à l’usage de Tours (Paris, BnF, latin 18030) ou encore, comme le présent livre d’heures, à l’usage de Bourges (Durham, Ushaw St-Cuthbert College, MS 20) (Avril, 1993, p. 169). Ce n’est donc pas un artiste purement régional. L’artiste et son atelier a produit un très grand nombre de livres d’heures et c’était de toute évidence une de leurs spécialités. On notera tout spécialement la finesse et beauté des bordures entourant les grandes miniatures dans ce manuscrit, avec le recours à des feuilles d’acanthe et rinceaux peintes en grisaille ou en blanc cassé, di¡érentes des bordures qui habillent les feuillets de texte. Dans les manuscrits peints par le Maître de l’Echevinage de Rouen, ces bordures particulièrement soignées se trouvent dans les plus beaux manuscrits issus de l’o¡icine du peintre, par exemple on les trouve dans Genève, Bibl. publ. et univ., fr. 160 (Trésor de Brunet Latin) ; Paris, BnF fr. 28 (Cité de Dieu) ou encore dans les Heures conservées au Cleveland Museum of Art (1952.227.39.a), où la ressemblance avec nos bordures est flagrante. Cet emploi de feuilles d’acanthes en grisaille annonce certaines bordures plus tardives (attribuées au décorateur Jean Serpin) associées à Rouen dans les manuscrits peints pour le Cardinal d’Amboise (Delaunay, 1995).
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