BIBLIOTHEQUE EMILE ROSSIGNOL

54 Né à Dijon en 1487, Almanque Papillon, page de Marguerite de Navarre, fut également, comme son ami Clément Marot, valet de chambre de François Ier, qu’il accompagna dans sa captivité à Madrid. Soit qu’il produisit peu, soit qu’elle n’ait pas été clairement identifiée ou qu’elle ait disparu, l’œuvre qui lui a été jusqu’ici formellement attribuée est des plus restreintes : un seul poème signé de son nom, Le nouvel amour, publié en 1543 et plusieurs fois réimprimé, notamment en 1547 dans les Opuscules d’amour, recueil consacré à la fameuse Querelle des Amies opposant partisans et adversaires du néoplatonisme. Ce poème avait été précédé, en 1537, par La victoire et triomphe d’argent contre le dieu d’amours, publié anonymement par François Juste à Lyon, accompagné d’une réponse par Charles Fontaine. Cette seule édition n’est connue que par un unique exemplaire, conservé à la BnF. Également attribuée à Papillon, La réponse des oracles d’Apollon, n’est connue que par le présent manuscrit et le manuscrit 2155 de l’Arsenal provenant de La Vallière et du marquis de Paulmy. On ne recense que neuf manuscrits de l’époque contenant au moins une œuvre attribuée ou attribuable à Almanque Papillon. Quatre d’entre eux sont des recueils sur papier d’œuvres de différents auteurs, ne contenant de lui qu’un seul poème ; ils sont rédigés d’une écriture courante (à l’exception du Recueil Gueffier, Paris, BnF, Collection Rothschild MS 2964, plus soigné). Quatre autres témoins sont des manuscrits de luxe d’une des œuvres de l’auteur, les trois premiers sur vélin (Le triomphe d’argent, manuscrit « Warnecke » (vendu à Londres, Sotheby’s, Sammlung Rudolf von Gutmann, 2 avril 1993, lot 93 : voir Illustration ci-dessous) ; Le triomphe d’amour, Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, MS 3173 ; L’Oracle d’Apollon, Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, MS 2955) et le quatrième sur papier (Le nouvel amour, Chantilly, Musée Condé, MS 525). Enfin notre manuscrit, dit Manuscrit Hamilton, ou Manuscrit Bourbon-Vendôme, réunissant cinq pièces dont quatre inédites, parmi lesquelles deux connues par un seul autre manuscrit et deux totalement inconnues par ailleurs. Seul à présenter un ensemble de pièces et non un poème isolé, notre manuscrit constitue le seul connu des œuvres de ce poète et pour certaines pièces la source unique. TEXTE Toutes les pièces de vers sont en décasyllabes. ff. I-IIv, feuillets blancs, sauf inscriptions au recto du feuillet I (voir Provenance). ff. 1-1v, recto blanc (au f. 1v, miniature, voir Illustration ci-dessous). ff. 2-12v, Almanque Papillon, La victoire et triumphe d’Argent contre le dieu d’amours nagueres vaincu dedans Paris ; incipit, « Au mois de mai, Amour print ses sagectes / Pour venir voir ses subgectz et subgectes… ». Ce poème en 422 vers, ainsi que celui qui le suit dans notre recueil, constituent l’importante contribution d’Almanque Papillon à la Querelle des femmes de Paris et de Lyon (voir l’intéressante étude sur le sujet publiée par Elise Rajchenbach : Une querelle poétique : la Querelle des dames parisiennes et des dames lyonnaises, in La Poésie à la cour de François Ier. Jean-Eudes Girot, Paris, 2012 (texte en ligne). Un important développement y est consacré au texte paru sous le titre : La Victoire et triumphe d'Argent contre Cupido dieu d'Amours, n'aguières vaincu dedans Paris [suivi de ] Response faicte à l’encontre d’un petit livre, intitulé le Triumphe & la Victoire D’argent contre Cupido n’aguieres vaincu dedans Paris par Maistre Charles Fontaines, Lyon, François Juste, 1537 [Paris, BnF, RES-YE-1601]. Dans cet ouvrage, une première querelle oppose l’auteur de cette Victoire et triomphe d’argent (apologie de l’amour vénal) à Charles Fontaine. De cette œuvre imprimée par François Juste, on connaît un unique manuscrit présentant le texte séparé, offert à François Ier. Ce manuscrit sur vélin de 11 feuillets, portant en tête le blason du roi à pleine page entouré de F couronnés, de sa devise et de la salamandre, est orné d’initiales peintes et d’une grande miniature figurant une scène identique à celle de notre manuscrit. Il appartenait à la fin du XIXe siècle au collectionneur allemand Friedrich Warnecke. Spolié plus tard par les Nazis, il fut rendu après la guerre à son propriétaire d’alors, Rodolph von Gutmann. Sa collection fut dispersée chez Sotheby’s, Londres, 2 avril 1993, lot 97. La miniature est reproduite dans le catalogue de Sotheby’s (voir Illustration infra). Le poème figure également dans trois recueils manuscrits de l’époque, tous trois sur papier, conservés à la BnF : 1. Paris, BnF, fr. MS 1667, 294 feuillets d’une écriture courante, avec la mention Papillon en tête du poème. 2. Paris, BnF, NAF, MS 1158, 185 feuillets d’une calligraphie soignée, provenant d’Anne de Polignac et portant la signature d’un La Rochefoucauld. 3. Paris, BnF, Collection Rothschild 2964, 148 feuillets soigneusement calligraphiés. Ce manuscrit, provenant du fonds Philipps (835), fut composé à Ferrare en 1535 par un certain Jehan Gueffier, secrétaire de la duchesse Renée de France, comme l’indique une note autographe de la main de ce dernier au dernier feuillet. ff. 13-13v, feuillet blanc. ff. 14-14v, recto blanc (au f. 14v, miniature, voir Illustration ci-dessous). ff. 15-30, Almanque Papillon, La victoire et triumphe d’Honeur et d’Amour contre Argent vaincu et desconfict a la Court ; incipit, « Apres que Amour par la grant violence / Du nouveau Dieu plain d’oultraige et d’offence… ».

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