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72

Livres et Manuscrits

RTCURIAL

19 juin 2019 15h30. Paris

129

[

Gabriel André,

dit Q

[

uintus

]

Nautius AUCLER

]

1751-1814

La Thréicie, ou la seule voie des sciences

divines et humaines, du culte vrai et de

la morale

Paris, Moutardier, an VII (1799)

In-8 (19,5 x 12 cm) de 8 et 440 [+ 1]

p. ([]4, A-Z8, Aa-Dd8, Ee4, []1), veau

raciné, roulette dorée en encadrement

sur les plats, dos lisse orné de motifs

dorés, pièce rouge, tranches marbrées

(

reliure de l’époque

).

Édition originale, d’une très grande

rareté, de ce curieux livre dont

l’auteur inspira à Gérard de Nerval un

des six portraits composant son recueil

Les Illuminés

, à l’instar de Spifame,

Bucquoy, Rétif de la Bretonne, Cazotte

et Cagliostro.

Bien moins célèbre que ces derniers,

l’avocat berrichon Gabriel André

Aucler (né à Châteauroux en 1751, mort

à Bourges en 1814) « nain soulevé par

un rêve immense » pour reprendre les

mots de Jacques-Remi Dahan dans son

édition critique des

Illuminés

(2015)

n’en avait pas moins publié, une

cinquantaine d’années avant que Nerval

ne le ressuscite en tant que « païen

de la République », ce que Stanislas

de Guaita considérait comme « un

traité de paganisme occulte, tout à

fait unique en son genre » (

La Clef de

la magie noire

, 1920, p. 145).

En effet, dans cette

Thréicie

(titre

forgé à partir du mot latin

Threicius

,

« de Thrace », pour désigner « le culte

pur des dieux, ainsi nommé des mystères

de Samothrace »), Aucler prônait

l’anéantissement du christianisme

et le rétablissement du paganisme,

autrement dit la restauration d’une

version antérieure à « l’apostasie de

Clovis » (Nerval), y compris par le

biais d’une réforme calendaire, pour

« refermer la boucle du temps afin de

remettre l’homme en conjonction avec

l’univers » (Dahan).

Celui que Nerval qualifia de « dernier

païen » prétendait d’ailleurs descendre

du vieillard Nautes de l’Énéide et de

sa « race hiérophantique », à telle

enseigne qu’il adopta le

nomen

Nautius

et le transmit à ses enfants.

Sans contester l’excentricité d’Aucler,

qui est par exemple mentionné par

Tcherpakov dans sa bibliographie des

Fous littéraires

(Moscou, 1883),

Stanislas de Guaita insiste sur

l’intérêt de la

Thréicie

pour les

amateurs de mysticisme : « Ils y

trouveront de piquants détails, et, qui

mieux est, quelques vues infiniment

précieuses et qu’ils seraient fort

empêchés de découvrir nulle autre

part. La doctrine ésotérique y est

présentée sous une forme polythéiste,

d’un archaïsme étrange et savoureux. »

(

La Clef de la magie noire

, 1920, p.

145-146).

Guaita, à la fin du XIX

e

siècle,

soulignait déjà la rareté de cet

ouvrage. Introuvable sur le marché, il

semble n’être conservé aujourd’hui que

dans trois bibliothèques publiques :

à la Bibliothèque nationale de France,

à la Houghton Library (la réserve des

livres rares de l’Université Harvard) et

à la bibliothèque de l’Université Yale.

Si l’exemplaire de la Bibliothèque

nationale de France et celui de Harvard

semblent identiques, celui de Yale

(annoncé avec un feuillet manquant

au premier cahier), est décrit comme

imprimé à Francfort, par Eslinger, en

1799. On ignore si cette édition de

Francfort est strictement contemporaine

de la nôtre, comme l’avance Jacques-

Remi Dahan, mais on notera que

l’édition de Moutardier comporte deux

caractéristiques non signalées dans le

catalogue de la Yale University Library

à propos de son exemplaire de l’édition

d’Eslinger : une page d’errata à la

suite de la page 440 et, au verso du

faux-titre, la signature de l’auteur

(« Q Nautius Aucler ») sous la mention

imprimée « Il n’y a d’exemplaires vrais

de ce livre, vus par moi, exacts et

sortis de ma main, que ceux qui sont

revêtus de ma signature. A la lecture

de ce livre, on sentira la nécessité de

cette précaution. ».

Les informations bibliographiques

manquent pour justifier la rareté de

cet ouvrage mais on pourrait avancer

l’explication suivante : ayant abjuré

sa doctrine à la fin de sa vie, au

point de publier en 1813 un opuscule

sur sa conversion (

L’Ascendant de la

religion, poème en 3 chants, ou Récit

des crimes et des fureurs, de la

conversion et de la mort chrétienne

d’un grand coupable, qui ont eu lieu

récemment dans la ville de Bourges

),

Aucler n’aurait-il pas lui-même détruit

une bonne partie des exemplaires de sa

Thréicie

dont, au demeurant, le tirage

et la diffusion avaient dû être assez

restreints ?

Notre exemplaire, bien complet du faux-

titre signé par l’auteur et conservé

dans sa reliure d’origine, contemporaine

de l’édition, est dans une condition

très désirable.

Quelques taches, rousseurs et

brunissures ; reliure légèrement

frottée, manque de peau à un coin,

habile restauration ancienne au premier

plat

40 000 - 60 000 €