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Isabelle RIMBAUD
(1860-1917).
L.A.S., Roches 8 juillet 1891, à
son frère Arthur Rimbaud
; 3
pages in-8.
Précieuse et rare lettre d’Isabelle Rimbaud à son frère
Arthur, dans les tout derniers mois de sa vie. On ne connaît
que cinq lettres d’Isabelle à Arthur
.
Ces lettres datent toutes de la période d’hospitalisation de Rimbaud
à Marseille. Au terme d’un long et douloureux périple du Harar à
Marseille, via Aden, Rimbaud était rentré en France le 20 mai
1891, alors que des douleurs au genou droit s’étaient déclarées en
février. À son arrivée en France, l’amputation est devenue inévitable,
et Rimbaud est opéré à Marseille le 27 mai. En outre, Rimbaud
s’inquiète alors d’une enquête de l’administration militaire sur sa
situation. Le 23 juillet, il peut rejoindre sa famille à Roches, mais la
maladie continue de progresser. Revenu à Marseille le 23 août, il ne
quittera plus l’hôpital où il mourra le 10 novembre.
« Cher Arthur,
Nous sommes enfin parvenus à arranger ton affaire militaire ; je
t’envoie la copie de la lettre que nous recevons aujourd’hui même de
l’intendance de Mézières.
— Le nommé Rimbaud J.N. Arthur est en Arabie depuis le 16 janvier
1882, en conséquence sa situation militaire est légale ; il n’a pas à se
préoccuper de sa période d’instruction, il est en sursis renouvelable
jusqu’à sa rentrée en France.
Mézières le 7 juillet 1891.
signé du commandant de Recrut[eme]nt.
Quant à ton congé définitif comme réformé, tu ne peux l’obtenir
qu’en te présentant toi-même à l’intendance, soit à Marseille si tu
es pour y séjourner encore un certain temps, soit à Mézières si tu
reviens, ou même par l’entremise de la gendarmerie d’Attigny ; pour
la copie de la lettre ci-dessus, tu as compris que pour nous informer
et sortir d’incertitude nous n’avons pas révélé ta présence en France
ni ton amputation qui te rend inapte à tout service militaire ; si tu
étais rentré valide tu aurais dû accomplir tes 28 jours en rentrant en
France ; tu devras donc te présenter aux autorités militaires, lesquelles
feront constater ta malheureuse position et te délivreront un congé
de réforme.
Ainsi, cher Arthur, tu es libre ; avant de revenir, dis-nous un peu
d’avance si tu désires avoir ta chambre au rez de chaussée ou au 1
er
étage pour ta plus grande commodité ; s’il faut te préparer quelque
meuble ou ustensile nécessités par ta jambe, enfin il faut que tu
trouves en arrivant ici tout ce dont tu peux avoir besoin ; en retour,
je te prie de nous amener un peu de chaleur et de beau temps, choses
dont nous avons le plus grand besoin. Feras-tu bien le voyage seul ?
– C’est à la gare de Voncq et non pas à Attigny qu’il faut descendre,
je te le recommande expressément, autant pour nous que pour toi,
et surtout nous prévenir, quand tu seras à Paris, par lettre ou plutôt
même par dépêche de l’heure où tu arriveras à Voncq afin que j’aille
te chercher à la gare.
Je suis toute réjouie à la pensée de te revoir, mais hélas ! il y a une bien
grande ombre à ma joie, je voudrais te voir heureux et bien portant, et
tu n’es ni l’un ni l’autre. Enfin nous n’y pouvons remédier et le mieux
c’est de se résigner et de prendre courage. J’attends de tes nouvelles
avec impatience, à quand ton retour ?
Au revoir
, cher Arthur, nous t’embrassons de cœur.
Isabelle Rimbaud
– As-tu ton livret militaire ? Si non, dis, si on te le demandait, que
tu t’es trouvé si malade en Arabie que tu as oublié de le prendre et
qu’il est perdu maintenant. En somme, il vaut mieux si tu es pour
revenir, comme je l’espère, régulariser ta situation militaire plutôt ici
qu’à Marseille.
I.R. »
Rimbaud,
Correspondance
(éd. Jean-Jacques Lefrère, p. 9051).
Ancienne collection
du Bourg de Bozas
, Bibliothèque du château de
Prye, 27-28 juin [20-21 décembre] 1990, n° 231.
15 000 / 20 000
€




