Le souvenir d'Alfred hanta Flaubert pour le reste de ses jours comme le montre notamment cette touchante lettre qu'il
adressa le 8 décembre 1862 à Laure de Maupassant, la sœur d'Alfred :
Ta bonne lettre m'a bien touché, ma chère laure ;
elle a remué en moi de vieux sentiments toujours jeunes. Elle m'a apporté, comme sur un souffle d'air frais, toute la
senteur de ma jeunesse où notre pauvre Alfred a tenu une si grande place ! Ce souvenir-là ne me quitte pas. Il n'est point
de jour, et j'ose dire presque point d'heure où je songe à lui.
[…]
Je n'ai ressenti auprès d'aucun d'eux l'éblouissement
que ton frère me causait. Quels voyages il m'a fait faire dans le bleu, celui-là ! et comme je l'aimais ! Je crois même que
je n'ai aimé personne
(
homme ou femme
)
comme lui. J'ai eu lorsqu'il s'est marié, un chagrin de jalousie très profond ;
ç'a été une rupture, un arrachement ! Pour moi il est mort deux fois et je porte sa pensée constamment comme une
amulette, comme une chose particulière et intime. Combien de fois dans les lassitudes de mon travail, au théâtre, à Paris,
pendant un entracte, ou seul à Croisset au coin du feu, dans les longues soirées d'hiver, je me reporte vers lui, je le
revois et je l'entends ! je me rappelle, avec délices et mélancolie tout à la fois, nos interminables conversations mêlées
de bouffonneries et de métaphysique, nos lectures, nos rêves et nos aspirations si hautes ! Si je vaux quelque chose,
c'est sans doute à cause de cela. J'ai conservé pour ce passé un grand respect ; nous étions très beaux ; je n'ai pas
voulu déchoir.
E
XEMPLAIRE EXCEPTIONNEL PAR SON ENVOI SI PERSONNEL
. I
L EST À CLASSER PARMI LES PLUS IMPORTANTS DES EXEMPLAIRES
EN GRAND PAPIER
.
Il nous apprend en effet que
Madame Bovary
aurait pu être dédié à Alfred Le Poittevin si celui-ci n'avait pas été emporté
prématurément par la maladie. Finalement, le chef-d’œuvre flaubertien sera en partie dédié à Louis Bouilhet (1821-1869),
poète normand et ami de l'auteur.
L’exemplaire est cité sous le n°21 de la liste établie par Lambiotte, « Les exemplaires en grand papier de Madame
Bovary » in
Les Amis de Flaubert,
1958, bulletin n°13.
Le feuillet de dédicace à Sénard (ici mal écrit avec un
t
final, une des caractéristiques de premier tirage) est relié avant
le faux-titre. Le faux-titre est conservé à toutes marges avec le bord replié. Quelques rousseurs claires.
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