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II.
La Chartreuse de Parme
Édition originale, très rare et tout aussi recherchée.
Elle n’a pas connu de tirage en grand papier.
La Chartreuse de Parme
, écrivait Balzac dans
la
Revue parisienne
,
est dans notre époque et jusqu’à présent, à nos yeux,
le chef-d’œuvre de la littérature d’idées... M. Beyle a fait un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre. Il a produit
[...]
une œuvre qui ne peut être appréciée que par les âmes et par les gens vraiment supérieurs.
Très bel exemplaire à toutes marges, avec témoins, lavé, encollé et parfaitement établi avec les couvertures au complet.
Georges Mercier l’a revêtu en
1913
d’une fine reliure dont le décor, inspiré des créations romantiques, a été réalisé avec les
fers de son père, à l’identique du
Rouge et le Noir
relié pour E.-C.-A. Legrand.
De la bibliothèque du marquis Emmanuel du Bourg de Bozas (
1990
, I, n°
262
).
L’ouvrage est également accompagné de l’exemplaire de Stendhal du contrat d’édition de
L
a
C
hartreuse de
P
arme
,
passé le
24
janvier
1839
entre Ambroise Dupont et Romain Colomb, mandaté par Stendhal pour défendre ses intérêts
éditoriaux dans cette tractation où il ne souhaitait pas voir son nom cité, se trouvant dans l’impossibilité « sous peine de
perdre sa place, de livrer son nom à la notoriété publique » (Vittorio Del Litto).
Ayant commencé à écrire
La Chartreuse de Parme
le 4 novembre 1838, à Paris, « at Caumartin street », Stendhal en adressa
cinquante-deux jours
plus tard, le
26
décembre de la même année, les « six enormous cahiers » du manuscrit, aujourd’hui
perdu, à Romain Colomb pour « les faire voir to the bookseller ». Devant le refus d’Alphonse Levavasseur de publier
l’ouvrage, Stendhal chargea son cousin et homme de confiance de le proposer à Ambroise Dupont, comme il venait de le
faire pour les
Mémoires d’un touriste
, et de négocier avec lui le contrat d’édition. Romain Colomb s’acquitta donc de sa
mission : le libraire acheta les droits d’édition pour
2
500
francs.
Le document, rédigé de la main de l’éditeur sur le recto d’un feuillet in-
4
, est soussigné des deux parties et frappé de
deux timbres royaux. Il enregistre la vente de « la propriété entière et exclusive, pendant cinq années consécutives,
d’un manuscrit intitulé :
La Chartreuse de Parme
, par l’auteur de
Rouge et le Noir
». L’ouvrage parut la première semaine
d’avril
1839
; l’édition en sera presque épuisée à la fin de l’année suivante.
Au verso de ce contrat, les deux parties, de nouveau soussignées, ont ajouté en date du
24
juin
1839
deux paragraphes
notariés par lesquels se trouvent épuisés les droits de l’éditeur sur l’ouvrage, dont la pleine propriété est rendue à son
auteur, toujours représenté par Romain Colomb, Stendhal ayant quitté Paris le jour même pour rejoindre son consulat de
Civita-Vecchia. La raison de cette rupture de contrat est bien connue : Stendhal, qui avait dû écourter la fin de son roman
devant « l’horreur qu’avait M. Dupont pour la grosseur de ce second volume ou pour un troisième », ne pense plus, dès
l’ouvrage paru, qu’à en remanier la structure et le style. Et le vibrant éloge de
La Chartreuse de Parme
publié par Balzac
dans la
Revue parisienne
du
25
septembre
1840
(cité ci-dessus) viendra encore conforter Stendhal, étourdi de bonheur, dans
cette résolution, qui n’aboutira pas cependant à une modification du texte.
Provenant également du fonds Stendhal entré en la possession d’Auguste Cordier par l’intermédiaire de
Romain Colomb, ce contrat d’édition avait ensuite figuré dans la vente Marcel Lévy-Danon (
1935
, n°
678
), riche de plus de
170
autographes stendhaliens.
Le texte, qui n’avait pas été imprimé par Auguste Cordier, est resté inédit jusqu’en 2006, date à laquelle il fut publié
par les soins de Jacques Houbert dans
L’Année stendhalienne
. Quant à l’avenant au contrat qui figure au verso, il est
demeuré parfaitement inédit.
Le Rouge et le Noir :
Carteret, Trésor, II, 354 (exemplaire cité) ; H. Cordier, Bibliographie stendhalienne, n°87-2 (exemplaire
cité) ; A. Cordier, Comment a vécu Stendhal, Paris, Villerelle, 1900, 188-189 ; V. Del Litto, E. Williamson et J. Houbert (éd.),
Correspondance générale de Stendhal, Paris, Champion, 1997-1999, III,
764-765. —
La Chartreuse de Parme :
J. Houbert,
« Le Contrat d’édition de La Chartreuse de Parme », in L’Année stendhalienne, N°5, Paris, Champion, 2006, 325-329 ;
Stendhal, Journal, in : Œuvres intimes, Paris, La Pléiade, 1982, II, passim.
Reproduction sur la couverture et en frontispice
Les manuscrits du lot numéro
135
sont présentés par
Monsieur Thierry Bodin
Les Autographes
45
, rue de l’Abbé Grégoire
75006
Paris - Tél.
01 45 48 25 31
Facs.
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