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pour ne pas me faire remarquer par un grou-pe d’avion trop compact . » A cause de la pluie, il perd de vue ses chasseurs et le capitaine Schneider. « La mission se passe sans autre incident que quelques trous dans les ailes dus au tir de sol et j’apprends au retour par le rescapé la chute de feu de mon ami Schneider. Cela me peine d’autant plus qu’il est mort à cause de moi. Mais quinze jours plus tard, au cœur d’un passage de quelques heures par Pa-ris, j’apprends qu’il est soigné à l’hôpital Amé-ricain de Neuilly. J’y cours et rencontre sa femme à la porte de sa chambre. Elle prend un air de surprise et me dit : « Entrez vite ! Mon mari est désespéré et nous répète cent fois par jour : je suis cause de la mort de Saint-Exu-péry que j’ai mal protégé…». Et ainsi nous nous saluons ( ?) alors que chacun de nous croyait que l’autre était mort à cause de lui. Nous étions bien heureux. J’apprends alors de Schneider qu’ayant sauté en parachute, il est tombé dans les lignes allemandes. […] Il marche trois jours et trois nuits, mais comme son visage est brûlé ( ?), peu à peu il devient progressivement aveugle . ». Mais il n’atteint pas la frontière « avant que ses paupières se soient entièrement collées. Et en effet quand il arrive aux lignes françaises il est aveugle . »

3 000 — 5 000

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Antoine de SAINT-EXUPERY

Anecdote de guerre, 1940

2 ff., in-4. A un journaliste qui lui demande : « Pouvez-vous nous raconter une anecdote de guerre ? Quel a été votre plus mauvais moment ? », le pilote explique une périlleuse chasse aérienne contre l’armée allemande, certainement hiver-printemps 1940. Il y est question du capitaine Jean Schneider, affecté au combat en décembre 1939 ; il sera abattu en mai 1940.

« C’est difficile à dire parce que l’aventure aérienne ne dure guère plus d’un dixième de seconde. Si l’on rencontre la chasse ennemie on est abattu et si l’on ne rencontre pas la chasse ennemie il n’y a point de souvenirs à rapporter. Je puis tout de même vous raconter l’histoire du seul vol que j’ai effectué avec pro-tection des chasseurs français. On me faisait ce jour-là cadeau de trois protecteurs. Afin de m’entendre avec eux, je vais déjeuner sur leur terrain et j’ai la surprise d’y retrouver un de mes vieux amis et camarades de l’aviation postale, le capitaine Schneider. Le capitaine Schneider et moi décidons que les chasseurs me suivront à quelques secondes d’intervalle

pense vaguement qu’il faut le même temps en avion qu’en voiture). Comme impossible dé-cidemment de partir ici, je décide de décoller dehors et pars en roulant. Besson est là, je lui demande de décoller. Il y a, je me souviens, un petit jardin genre Fournier ( ?) (je pense à Pachet) (qqn ressemble à Fournier). Besson en cuir se dirige vers la rue à travers un long couloir avec le chauffeur. J’appelle, mais il a déjà franchi le seuil. […] à ce moment-là un nouvel escadron de sécurité gris […] et tire dans la rue. Je me recule et tente de grimper un petit escalier […], mais vais recevoir une balle dans la colonne vertébrale. Pendant toute la fin, j’ai tenu mon avion dans la main ( ?) et j’ai bien regretté de ne pouvoir décoller. […] j’aurais pu décoller dans le couloir face aux escaliers. – Et j’ai eu une peur terrible – Besson probablement tué . » Et de conclure son récit par un rappel de Freud :

« Selon Freud (ass[ociations] libres), la pen-sée est simplement expérience ( ?) par celle qui suit : encore plus libre, et le rêve par le rêve qui suit encore plus libre . »

1 500 — 2 500

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