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Livres ET MANUSCRITS — 9 & 10 MAI 2011. Paris 114

260

Antoine de SAINT-EXUPERY

Dessins : profl de tête, 1942

1 p. recto-verso, in-4, papier pelure blanc, au filigrane « Onion Skin. Made in U.S.A. ». (New-York, 1942 ?). Dessins à la mine de plomb : pro-fil de tête, bec à flamme ( ?), tracés de lignes.

1 500 — 2 500

261

Antoine de SAINT-EXUPERY

Brouillon de lettre à Jacques Maritain, 1942

4 ff. in-4, papier pelure blanc, au filigrane « Onion Skin. Made in U.S.A. ». New-York, 14-19 déc. 1942.

Cette importante lettre est à replacer dans le contexte de la controverse avec le philosophe Jacques Maritain. Résumons en disant que Saint-Exupéry, sans vouloir choisir entre de Gaulle et Vichy, voulait que tous les Français oublient leurs discordances et, dans un idéal de fraternité humaine, s’unissent pour lutter contre l’ennemi commun. Le 29 novembre 1942, il diffuse sur les ondes son appel aux Français intitulé « D’abord la France », qui suscita une grande polémique. Quand il apprend que le philosophe Jacques Maritain, figure vénérée de l’intelligentsia expatriée, va réagir par un arti-cle virulent dans la presse : Saint-Exupéry est bouleversé. Il n’aime pas se laisser entrainer dans des polémiques, mais se sent obligé de ré-pliquer : il rédige alors une réponse, qui paraît à la suite de la réaction de Maritain, dans la même revue (19 déc. 1942) et, parallèlement, une lettre personnelle adressée directement à Maritain, également le 19 mai. Le statut de cette lettre est équivoque : elle réagit à un article qui n’est pas encore paru. Ces quatre feuillets sont un premier état de la lettre publiée (cf. Pléiade, II, p. 74-78), en annoncent des passages, en dessinent déjà le plan. La lettre fut vite écrite : ayant appris le 14 décembre que Maritain allait lui répondre, c’est le 19 qu’il envoie sa lettre. Cette version semble être l’un des premiers jets : écrite rapidement, d’un trait, elle est chargée de corrections de relecture ; elle a encore une structure un peu lourde (« Le second détail qui me frappe est le suivant… Le troisième détail est le sui-vant… »), elle comporte des idées qui ne seront pas retenues dans la version défnitive. Notam-ment, il ne supprimera cette allusion à un ami qui l’a trahit alors qu’il lui faisait confance : « Et le plus pénible d’ailleurs est que je continue à penser de lui tout le bien que j’en ai pensé. Or je n’ai pas pu ignorer qu’il répandait sur moi des insinuations absolument fausses et… stric-tement diffamatoires. Il m’attaquait ainsi non dans les démarches de ma raison : « Antoine

croit que… et il se trompe » mais dans mon honneur « les jours d’Antoine avec Vichy…». Que pouvais-je faire ? Pourquoi attaquer en diffamation…? Que je respecte aujourd’hui encore ? Je me suis tu. J’ai simplement cessé de le voir. Je souffrais par lui dans mes senti-ments les plus profonds. J’ai appris la mesure de l’infdélité . »

Concernant le reste du texte, le manuscrit diffère surtout dans l’agencement des idées, dans les expressions, mais l’idée est semblable. « Mon cher ami, Je suis désespéré de votre intervention. Je ne me sens pas le besoin de réagir contre un texte polémique… Vous êtes pour moi le juge intègre, j’ai lu tous vos livres avec une sorte d’amour… Lorsque je ne me sentais pas d’accord avec vous, c’était à propos de l’orgueil de certains actes, de l’effcacité de certaines posi-tions – jamais du point de vue d’où vous jugiez. Et voilà que je me sens menacé d’être diffamé par qui je respecte sans doute le plus au monde. Cela est infniment amer… Je vous regarde droit dans les yeux d’une façon nécessaire ( ?) et engage ma parole d’honneur sur ce que je vais dire, de tenir à voir disparaître des fausses perceptions que j’ai gardées pour moi…. J’évite tout ce qui se raconte sur moi (et si ce n’est pas un homme tel que vous qui parle, je m’en moque) mais je sais qui je suis : jamais, à aucun titre, sous aucun angle, je n’ai eu de lien avec Vichy… Jamais je n’ai pensé Vichy. J’ai pensé France. J’ai pu me tromper dans mes démar-ches. Je puis me tromper dans les constructions de ma raison… Le second détail qui me frappe est le suivant : vous répondez à ma lettre dans un journal qui a refusé de la publier. Je me trouve spirituellement lésé. Vous me défgurez presque nécessairement, sans même y tenir… Le troisième détail est le suivant. Je vous ai appelé bien sûr. Dans mon idée (j’eus ainsi agi) vous alliez me dire : « j’ai écrit un papier contre votre lettre. Voulez-vous le lire ? »… Comment voulez-vous m’empêcher de tenir, de toutes mes forces d’homme, à ne pas vous voir injuste. A ne pas vous voir me déformer. Je parais sans doute attaché à des ( ?) égoïstes mais comment puis-je vous prouver que si je ne supporte pas l’idée de me voir défguré par vous, c’est parce que je crois de toutes mes forces en l’homme que vous êtes. Comment puis-je vous montrer que je serai désespéré – non de l’attaque – mais de l’inalté-rable déception sur les relations humaines ? Qui n’ai-je respecté ?... Et j’en viens à ma lettre.. . »

Bibliographie :

Pléiade, II, 74-78. / Album Pléiade, p. 271, autre version du texte repr.

9 000 — 13 000

262

Antoine de SAINT-EXUPERY

Sur son immobilisme forcée au Canada, avril-mai 1942

3 ff. in-4, papier pelure blanc, au filigrane « Onion Skin. Made in U.S.A. ». S.d. (Montréal, avril-mail 1942). Intitulé « Action Chapede-laine ». Belle écriture très lisible. Ce document éclaire un épisode diffcile et mystérieux de la vie de Saint-Exupéry. Il vit à New York depuis fn 1940 quand, suite aux de-mandes, pressantes et réitérées, de son éditeur Canadien, Bernard Valiquette, il accepte d’aller donner quelques conférences à Montréal à l’oc-casion de la sortie de Pilote de guerre et relater son expérience de la guerre. Il part le 28 avril 1942 pour Montréal, avec l’idée d’en revenir deux jours plus tard. Selon Saint-Exupéry, son départ est décidé de façon précipitée, mais ses éditeurs américains, et son agent littéraire ont reçu des assurances formelles, du Département d’État de Washington et de la légation du Ca-nada aux États-Unis, que tout était absolument en règle. Les autorités canadiennes découvrent que le visa de l’écrivain n’est pas en règle : il ne peut rentrer aux Etats-Unis ! On l’informe que la régularisation de sa situation pourrait prendre six mois. Dans un premier temps, Valiquette tente de pouvoir le faire partir : deux semaines durant, Saint-Exupéry se voit comme un « double exilé » en train de faire un cauchemar. « Ce séjour en face du téléphone et le nez contre la frontière est un véritable supplice chinois », écrit-il à Sylvia Hamilton. Sa « détention » dure fnalement deux mois : un séjour dont la longueur le désespère, d’autant qu’il est alité à cause d’une cholécystite. Surtout, il se persuade qu’il a été abusé par un « complot gaulliste » : il pense que les partisans de De Gaulle à Washing-ton ont trouvé ce moyen pour lui nuire, salir sa réputation tout en l’empêchant de rentrer aux Etats-Unis. Sa prévention contre le Général, qu’il voyait comme un dictateur, ses refus de se rallier à la France libre, et sa (fausse) nomina-tion au Conseil national créé par le gouverne-ment de Vichy avaient pu lui faire des ennemis chez les gaullistes.

A-t-il vraiment été victime d’une cabale ? On ne sait, mais en tous cas cet épisode l’atteint pro-fondément : il écrit des lettres pleines de repro-ches et de désespoir, à ses éditeurs américains, se persuade qu’il n’a pas quitté les Etats-Unis avec légèreté. Le présent manuscrit est à repla-cer dans ce contexte auto-justifcatif. Le texte, intitulé « Action Chapedelaine », se présente comme une requête devant une autorité admi-nistrative, dans laquelle Saint-Exupéry détaille pourquoi il n’a pas rempli les formalités de visa pour sortir des Etats-Unis. Pour le convaincre à se rendre à Montréal, un certain Monsieur de Chapedelaine, « s’affublant frauduleusement »

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