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« Previous Page Table of Contents Next Page »Livres ET MANUSCRITS — 9 & 10 MAI 2011. Paris 62
Archives André Parinaud (1924-2006) Lots 126 à 175
Plus de quatre années après sa disparition j’ai pensé utile, comme devoir de mémoire, de partager une partie des volumineuses archives, qui sont autant de témoignages d’une période intellectuellement intense et riche de l’après guerre.
Régulièrement sollicité par quelques amis éditeurs, André Parinaud a toujours refusé d’écrire ses mémoires, et je me suis longtemps demandée pourquoi. Avec le recul et grâce au dépouillement minutieux de ses dossiers j’ai compris ce refus. Il était dans la vie, seul le futur l’intéressait. Tout ce qui, pour lui était son passé, avait été enregistré, publié et déjà diffusé, et son intérêt allait tout naturellement vers de nouvelles rencontres pour questionner et débattre, et d’autres aventures. Quant à son passé de résistant, c’était son jardin secret. Cette guerre à laquelle il avait «résisté» aussi fort que lui permettait sa jeunesse et sa vive intelligence, jamais nous ne pouvions y pénétrer. Puis j’ai écouté cent fois, lorsque nous passions en voiture boulevard des Italiens, l’histoire de cette voiture d’Allemands qui avaient balayé d’une rafale de mitraillette le trottoir sur lequel il se trouvait et où il avait eu l’intuition de se projeter au sol. Il comprit instantanément que tout ce qu’il allait vivre plus tard lui était «donné comme un surplus de vie» dont il se réjouissait encore soixante années après. Ainsi, ayant échappé à la mort, il aimait penser et calculer que cette vie épargnée, avec ses nuits de trois ou quatre heures de sommeil suffisantes, lui avait permis de vivre un tiers de vie supplémentaire, à agir et réfléchir.
Et à ce titre il fut comblé. Avant trente ans il avait déjà «fait une carrière» à la radio, à la télévision, avec les interviews mémorables de Paul Léautaud, Jean Cocteau , Colette, Jouhandeau, Salvador Dali, André Breton, Georges Simenon, Louise de Vilmorin, Marlène Dietrich, Pierre Cardin,… Parallèlement il était présent dans l’aventure de la presse ce fut d’abord L’Aube , Paris Presse ,
L’Auto Journal , La Parisienne , Opéra , puis
Arts «le journal de l’intelligence française». Cet hebdomadaire incarna pendant quinze ans, de l’après-guerre aux années 60, un état d’esprit d’insolence et de création artistique dans tous les domaines, de la littérature à la peinture, du cinéma au théâtre. Rédacteur en chef André Parinaud rassembla le plus éblouissant comité de rédaction. Les critiques musicaux étaient Georges Auric et Boris Vian ; pour le théâtre : Jacques Audiberti, Marcel Achard, Jean Anouilh, François Billetdoux et Jean Cocteau ; la philosophie était traitée par Alain et Paul Valery ; la littérature par Marcel Aymé, Jacques Chardonne, Julien Gracq, Marcel Jouhandeau, Paul Léautaud Pierre Mac Orlan, François Mauriac et Roger Nimier, pour le cinéma Jean-Louis Bory, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Henri Jeanson et Eric Rohmer, le chroniqueur sportif étant Antoine Blondin. Des reportages exceptionnels sont restés en mémoire comme l’affaire Dominici traitée par Jean Giono et illustrée par Bernard Buffet. Agrégé de philosophie, il ne fut pas un universitaire tant il avait ce goût de l’action. Il ne fut ni ambitieux ni carriériste mais il fut heureux
à chaque fois que ses utopies devenaient réalité car il se battit toujours pour que ses idées se concrétisent en trouvant les moyens financiers pour les réaliser.
Son dernier projet fut la création en 1995 du journal mensuel Aujourd’hui Poème , qui cessa de paraître un an après son décès. «Vouloir longtemps et dans la même direction jusqu’à ce qu’un besoin nouveau vous rende nécessaire» était sa phrase maîtresse ; et lorsqu’aujourd’hui je parcours tous les journaux dans lesquels il fut acteur, ou écoute ses interviews datant pour la plupart il y a plus de cinquante années, je retrouve les mêmes désirs et les mêmes centres d’intérêts. Son dernier message, avant son «départ» ferme la boucle d’une vie qui a été principalement celle du «passeur» d’idées : «Il existe une catégorie d’hommes exceptionnels que l’on nomme les Créateurs – artistes, écrivains, chercheurs – dont la marginalité est évidente, généralement par l’outrance de leur sensibilité et de leur comportement, et qui se sont spécialisés, par la force des choses, dans les voies qui, en finale, ont justifié leurs attitudes et nous permettent de considérer l’intérêt de leurs «inventions». Ils sont dominés par la curiosité et leurs découvertes, comme leurs œuvres, sont parvenues à nous convaincre de l’intérêt de leurs exigences. La conquête scientifique est devenue un véritable idéal et nous accordons, aujourd’hui, une attention à la valeur particulière de l’acte créateur.»
Blaise Parinaud
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