EXCEPTIONNEL MANUSCRIT AUTOGRAPHE
du botaniste Théodore Leschenault
sur les corvettes de l’expédition Baudin
à la découverte des Terres australes (1800-1802)
239. LESCHENAULT (Théodore).
Journal Particulier.
A bord
de la corvette le géographe jusqu’au 15 vendémiaire an 10
eme
ensuite a
bord de la Corvette le Naturaliste. Relation de l’expédition de décou-
verte commandée par Le C
n
Baudin capitaine de Vaisseau. Journal
Particulier du C
n
Théodore Leschenault Botaniste chef attaché à
l’expédition. Année 9. 10. de la république française.
(1800-1802).
In-folio (41 x 26 cm) recouvert d’une toile gris-brun, portant l’inscrip-
tion à l’encre
« Journal Particulier»
sur le plat. Toile déchirée en plusieurs
endroits, coins usés, plats presque détachés. Manuscrit à l’encre brune, sur
papier bleuté avec les lignes tracées au crayon, composé d’un titre et 132
pages et de 3 ff. manuscrits contrecollés en marge. Des ratures et
plusieurs additions en marge apparaissent tout au long du manuscrit.
Chap. 1er - Séjour au havre arrivée à Tenériffe, Séjour dans cette ile.
Quelques lignes sur l’arrivée au Havre précèdent la transcription d’une
1ère Lettre
[datée]
havre 10 Vendémiaire an 9eme
[2 octobre 1800] conte-
nant une longue description des
Marpas peuplade de l’afrique inconnue
jusqu’à présent
(3 pages). Le texte d’une deuxième lettre datée
20 Vendé-
miaire (le havre)
décrit
la maison de campagne du C[itoye]n Germain, riche
particulier du havre
, et deux autres lettres
(24 et 27 vendémiaire)
retracent
les derniers préparatifs et aléas du départ.
Le Journal proprement dit commence le 26 vendémiaire [18 octobre],
relate le départ des deux vaisseaux
le Géographe
et
le Naturaliste
et les vais-
seaux anglais croisés jusqu’à Ténériffe (p. 9) dont la description s’attarde
sur les habitants, la végétation, la faune, le climat, le commerce …
Chap. 2.
(p. 20).
Traversée de Teneriffe à l’ile de France. Séjour dans cette ile;
Observations météorologiques; Description d’animaux.
Le voyage fut long :
Le 24 Brumaire nous coupames le tropique du cancer…Depuis plus de 4 mois
nous tenions la mer
(p. 24); il évoque la vie à bord, décrit les albatros, la tra-
versée du cap de Bonne espérance, et l’arrivée mouvementée à l’Ile de
France dont les côtes se profilent le 23 ventôse [14 mars] à l’horizon.
Le
Séjour à l’Ile de France
(p. 27) commence par des réflexions sur Ber-
nardin de St Pierre, sur l’esclavage, retrace rapidement l’histoire de l’île
et raconte l’installation du narrateur, ses rencontres avec
Du petit hoire,
botaniste distingué
[Du Petit-Thouars] ou le directeur du jardin bota-
nique Séré [Nicolas Céré], qu’il entrecoupe d’observations botaniques et
d’une
Notice sur les plantes que nous avons transporté d’Europe.
Placés dans
l’entrepont du vaisseau, les arbres sont totalement étiolés à l’arrivée. Sui-
vent d’autres paragraphes intitulés :
Observation sur une albinosse, Notice
sur l’accouchement d’une négresse, Note sur quelques animaux de l’ile de france.
Il mentionne (p. 36) l’abandon de Michaux et Delisse, botanistes à bord
du
Naturaliste
, débarqués pour raison de santé (avril 1801), et évoque le
décès du Citoyen Riedlé (qui surviendra à Timor en octobre 1801). Puis
reprend des Observations météorologiques, qu’il complète par des
paragraphe intitulés :
Sur l’humidité de l’atmosphère, Sur la température
des eaux de mer, Phosphorescence des eaux de la mer, Descriptions de quelques
animaux que j’ai observé pendant la traversée du havre à l’ile de france
(petrel, albatros, requin, remora, marsouin, diodon, des coquillages et
mollusques dont il ignore les noms mais donne une description précise).
Chap. 3.
(p. 51).
Arrivée sur les côtes de la N
lle
Hollande; Découverte du golphe
le géographe; entrevue avec les naturels; Naufrage de notre chaloupe; coup de
vent; Séjour dans la Baie des chiens Marins; Traversée jusqu’à Timor.
L’ex-
pédition continue :
Nous partimes de l’ile de france le 5 floreal
[25 avril
1801];
Notre traversée jusqu’à la Nlle Hollande fut très heureuse.
Le récit de
la rencontre avec les « naturels » est haletant et fait preuve d’un souci
d’observation toute scientifique :
leur sagaie qu’ils brandissaient de la main
gauche est une hampe de 6 à 7 pieds de longueur, nous ne pumes point distin-
guer de quelle matiere était la pointe…
Suivent des
Réflections générales sur
le golphe du géographe
qui se termine ainsi :
Le matin du jour ou nous quit-
tames la terre, on tua sur le rivage un animal quadrupede amphibie qui avoit
la tête d’un chat; il ressembloit beaucoup à la loutre de mer qui est gravée
planche 43. dans le 3.eme Voyage de Cook…
La description de l’ile Stérile
dont le nom
donne tout de suite une idée
regorge de
kangouroos
qu’ils
tuèrent en grand nombre.
Chap. 4.
(p. 67).
Arrivée à Timor; Notice sur l’état politique, et le commerce
de compang; Mœurs et habitudes des malais riches de Coupang; Mœurs et
habitudes des malais vulgaires; histoire naturelle; Notice sur la langue Malaise.
Les membres de l’expédition s’installent à Coupang dont les habitants
détestent [les anglais] autant qu’ils paraissent disposés à aimer les français.
Le
malais est
méfiant, courageux et fort attaché à ses usages
… A ses observa-
tions sur l’organisation de la société malaise succède un chapitre sur la
langue malaise (p. 89)
douce, agréable… facile à apprendre
et dont il essaie
de donner la prononciation véritable car il n’est
pas toujours d’accord pour
l’ortographe avec le vocabulaire que le Citoyen Labillardiere a donné dans le
Voyage « à la recherche de la Peyrouse » vocabulaire d’ailleurs beaucoup plus
complet que celui ci
… Leschenault demande alors à poursuivre l’expédi-
tion sur
le Naturaliste
(commandé par Hamelin) où
personne ne s’occupe
spécialement de botanique
et laisse le chef jardinier Riedlé sur la corvette
le Géographe
(la copie de sa lettre à Nicolas Baudin est jointe en marge).
Chap. 5.
(p. 98).
Traversée de Timor au détroit d’Entrecasteaux; Descrip-
tions de ce détroit, de ses habitans, de ses productions, de son sol; Ile Maria,
Détroit de Banks, Port Western.
L’expédition le mène sur l’ile aux Perdrix,
l’ile Bruny où il rencontre
un grand nombre de naturels qui ce jour étoient
accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, les uns et les autres étoient cou-
verts de peaux de kangouroo puantes et déchirées, mais ces peaux ne cachoient
point les parties que la pudeur européenne a le plus grand soin de couvrir…
l’Ile
Diemen [Tasmanie], l’Ile Maria, l’ile Swan… Le récit s’achève à Port
Western par des observations sur la flore et la faune.
Le même jour de notre
départ de Port Western, Nous rejoignimes le Naturaliste; aussitôt que nous
fumes rendus à bord, on fit mettre le cap en route pour le Port Jackson, ou
nous arrivames peu de jours après.
[Signé]
Théodore Leschenault Botaniste
chef né à Chalon sur Saône le 14 novembre 1773 Port Jackson 15 fructidor an
10
eme
[2 septembre 1802].
Jean Baptiste Louis Claude Leschenault de la Tour (1773-1826)
s’embarqua à l’âge de 27 ans sur
le Géographe
commandé par Nicolas
Baudin. On sait peu de choses sur sa formation en tant que botaniste
sinon qu’il fut soutenu par Jussieu pour faire partie de cette expédition.
Si la maladie l’obligea à suspendre son voyage en 1803, le blocus lié aux
guerres napoléoniennes l’empêcha de rentrer en France avant 1807. Ses
travaux lui valurent la reconnaissance de ses pairs, il fut indemnisé de la
valeur des collections qu’il avait rapportées en France et qui furent
déposées au Museum. Il partit à Pondichéry en 1816 avec le titre de
Naturaliste du Roi, en revint six ans plus tard et fut décoré de la légion
d’honneur par Louis XVIII. Nommé pour une mission en Amérique, la
maladie le ramena en France quelques mois plus tard.
Composé de cinq grands chapitres suivant un ordre chronologique, le fil
de la narration est coupé d’observations ponctuelles. L’écriture est lisible,
le style est vif, les descriptions sans emphase, et l’auteur n’hésite pas à se
référer aux récits de ses prédécesseurs (La Billardière dans l’expédition
d’Entrecasteaux, Voyages de Cook…). Leschenault paraît bien avoir
rédigé son Journal après les événements décrits, vraisemblablement lors
de la relâche à Port Jackson à l’été 1802.
Il convient de rappeler que l’expédition de Nicolas Baudin (St Martin de
Ré, 1754 - Ile Maurice, 1803) sur les côtes de l’Australie (appelée Nou-
velle Hollande) fait partie des grands voyages d’exploration scientifique,
ce qui confère à ce manuscrit une importance incontestable. Une copie
des chapitres 3, 4 et 5, comportant quelques variantes dans l’orthographe
et la présentation, est conservée aux Archives nationales de France, série
Marine, 5JJ56. En revanche, les chapitres 1 et 2 qui relatent la relâche à
Ténériffe, le séjour à l’Ile de France et le récit de la traversée semblent ne
pas avoir été retranscrits du moins tels qu’ils apparaissent ici (les lettres
retranscrites dans le chapitre 1 sont connues).
Remerciements les plus vifs pour l’authentification du manuscrit et pour
ses renseignements précieux à Michel Jangoux, professeur émérite des
Universités de Bruxelles et de Mons, zoologiste spécialisé en biologie
marine et dans l’étude des voyages dans les mers australes au XVIII
e
siècle, auteur d’une biographie de Leschenault in
Le Voyage aux Terres
australes du Commandant Nicolas Baudin.
Paris, PUPS, 2013.
4000 / 6000
€




