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MANUSCRITS ET AUTOGRAPHES

TAJAN - 42

114

115

113 - Catherine Rémy

dite

SEVERINE.

1855-1929. Femme

de lettre, féministe anarchiste.

5 L.A.S. dont à Lucien Descaves.

1894-1906

. 7 pp. 1/2 in-12,

dont une accompagnée de son env.

200/250 €

À Lucien Descaves; 1894 :

(…) Vous m’avez fait un gros plaisir et je sais que,

de le savoir, votre amitié sera constante. Elle demande son livre Les Emmurés

qui est pour elle une belle, belle chose (…).

1906

 : Elle est déçu que Géniaux

n’ait pas eu le prix Goncourt:

(…) J’ai été bien attristé de son échec à une voix

près! Mais il y avait coalition pour faire le geste "élégant", donner le prix "à

une femme et à un poète" (…). Ce n’est pas qu’André Cortis manque de talent;

je lui en trouve beaucoup et l’ai proclamé hautement. Mais… mais… mais…

(…) On parle d’œuvres évidemment méritoires, mais laquelle égale ce rude

livre qui rend la terre et la révolte, pétri d’ironie et d’amour (…).

À Edouard

Montagne

: lui recommandant un auteur qui a tout d’un artiste et ce, à double

titre:

celui du talent et celui du malheur (…).

Invitation pour un confrère à venir

à sa table. Etc.

114 - Jules VERNE.

1828-1905. Écrivain.

P.A.S. Amiens,

18 février 1899.

1 page oblong in-8, trace d’ancien

collage au verso. joint un portrait photo. de Jules Verne (retirage).

1000/1200 €

Dédicace du fameux écrivain, tirée d’une page d’album.

Voici, Mademoiselle,

les quelques lignes que vous désirez, et qui vous porteront le témoignage de

ma respectueuse sympathie (…).

115 - George SAND.

1804-1876. Femme de lettres.

Manuscrit autographe.

S.l.n.d. (circa 1872).

6 ff. 1/4 in-8 broché

en cahier ; mention aut. sur le coins sup. "inédit" ; texte qui semble

inachevé, avec des ratures et corrections.

2000/2500 €

Réflexions de Sand sur la lecture et sur Victor Hugo

.

Je lis très peu d'ouvrages

nouveaux, m'étant toujours dit qu'il fallait commencer par lire les anciens. Or

il est arrivé que la liberté des circonstances et celle de l'esprit m'ayant toujours

manqué, je n'ai lu ni les uns, ni les autres. Sexagénaire, je m'étais dit qu'il était

grandement tems de commencer mon éducation si je voulais savoir quelque

chose avant de mourir. Je ne tarderai pas à être septuagénaire et je n'ai

encore rien appris par les livres (…). Mon esprit est une bête indisciplinée, il

m'emporte où il veut, et ma volonté, à moi, a beau courir après lui, il se moque

d'elle et s'envole à travers champs. La rêverie tue l'attention.

Ce vagabondage

de la pensée augmente avec l'âge. Mais dernièrement elle a lu, comme on

doit lire, un fragment de

Victor Hugo:

Toujours au premier rang, toujours le

poète immense et la forme souveraine. On le raille, on le blâme, on proclame

sa déchéance intellectuelle, c'est lui qui le dit, on se moque de son képi, on

y attache des grelots, qu'importe? Arrivé à une certaine hauteur l'oiseau de

haut vol n'entend plus le cri des passereaux. Il plane (…)

il ne dévie pas de

sa route. Il monte toujours. Il trouve là-haut dans la région des nuages des voix

qui le consolent et le vengent, la voix haute qui répond magnifiquement à la

voix sage. Il montera encore et, dans la région tout à fait pure et lumineuse, il

entendra la voix juste dont un faible écho arrive jusqu’à nous, mais qu’à lui seul

appartient de traduire dans la langue impérissable des poètes.