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Missive adressée par le Marquis à son épouse, de la prison de la Bastille.

Billet manuscrit inédit (une page in-16 à l’italienne recto verso à l’écriture très serrée).

Non datée mais pouvant être située en juin 1787 (il précise dans la lettre que le dernier volume

du livre qu’il demande a été publié à la fin de l’année dernière, effectivement en 1786). Il implore

son épouse, avec grande insistance, de lui faire livrer l’ensemble des 33 volumes de l’histoire de

France de l’Abbé de VELLY poursuivi par Monsieur de VILLARET et l’abbé de GARNIER.

Pourquoi cette insistance, (« faire le plaisir de me faire prêter tout de suite (c’est à dire que je l’ai

sans faute du 15 au 20 juillet » )? Le marquis avait l’habitude de se faire livrer livres et objets dans

sa cellule, parfois l’administration acceptait, parfait elle refusait (il lui a été ainsi refusé comme il le

raconte dans l’une de ses lettres, les œuvres de Jean Jacques ROUSSEAU) mais aussi, le Marquis

en tant que vieux « pensionnaire » de la prison, avait ses habitudes tolérées par les gardiens et

l’administration. Ainsi l’on apprend qu’en juillet 1787 il a invité le Chevalier du Puget, lieutenant

général pour le Roi à la Bastille ainsi que l’Etat-major de la prison, pour une lecture publique de

son texte, Jeanne Laisné ou le siège de Beauvais (texte historique reprenant la pièce de théâtre

qu’il avait déjà écrite sur ce même sujet à la prison de Vincennes en 1783). Ainsi écrira-t-il par

ailleurs, « Par une complaisance beaucoup trop grande, on veut bien écouter demain à la visite

cette tragédie de Beauvais dont il fut question l’autre jour. Monsieur le chevalier du Puget y

refusera-t-il son avis ? Il serait bien précieux à l’auteur, mais la demande est importune, on le sent

». Ainsi pour cette lecture et la rédaction de ce texte, le Marquis se replonge dans l’histoire de

France avec la documentation qui convient.

Travail que la Marquis s’impose, « je remplis ainsi non un travail d’instruction, combien c’est d’ailleurs

peine perdue …mais au contraire la possibilité de remplir une espèce de tâche et de travail que

je viens de m’imposer ». Enfin, à la fin de la lettre, le Marquis annonce à sa femme qu’après en

avoir terminé avec ce travail historique, il va attaquer « un grand travail romanesque qui doit me

tenir tout l’automne et dont surement l’exécution m’amusera bien plus que la lecture de l’histoire de

France et me servira beaucoup mieux ». Est-ce son conte, Eugénie de Franval qu’il terminera en

Mars 1788 ou bien est-ce l’ébauche de Justine, nouvelle version de son roman Les infortunes de

la vertu terminée en 1787, qui sera publiée en 1791 ?

Sade s’est souvent plaint de son manque de papier en prison, ce billet en est un exemple flagrant

avec une fin de texte écrit dans un coin à l’envers.

5 000 / 6 000 euros

Letter addressed by the Marquis to his wife, from the Bastille prison.

Handwritten note, never published (one page, 16mo, in landscape format, tightly

written text on both sides).

122

=

T

ESSIER

-

S

ARROU