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Franchise et trahison :
Pièce de théâtre en trois actes et en prose. Daté de 1807 et donc écrite à
Charenton.
Cahier de 81 pages manuscrites avec une cinquantaine d’annotations, corrections et rajouts de
SADE et une dernière partie vraisemblablement de la main du Marquis.
Plats tachés, petites déchirures marginales et petit manque sur la page de titre. En exergue Sade
à écrit cette phrase qui sonne comme une sentence pour sa propre vie qui se termine, « celui qui
n’écoute et ne fait que le bien en trouve la récompense dans son propre cœur, celle la lui suffit ».
Le thème est classique comme toutes les pièces de Sade. Il sacrifie au goût de l’époque pour
le pathétique et les vertus de sensibilité. Texte chaste et serein, comme aux différentes époques
de sa vie où il se tournera vers le théâtre (sa jeunesse et les dernières années de son existence),
Sade écrit un texte reposé et plus classique, développant des thèmes plus fédérateurs. Espère-t-il
ainsi trouver les bonnes grâces de ses geôliers ? Croit-il qu’enfin les théâtres le joueront (lui qui fut
refusé systématiquement, à l’exception d’une fois par la Comédie Française) ? Ou bien reconnaît-il
au travers de ses textes l’inutilité des écrits précédents et des actes de sa vie libertine ? Difficile de
penser que la dernière hypothèse soit la bonne, lui qui la même année de 1807 se voit confisquer
dans sa cellule, son dernier texte licencieux, Les journées de Florbelle.
L’histoire même si elle se termine bien et si les valeurs positives triomphent n’en demeure pas moins
que dans le fond, certains personnages sont totalement amoraux et cyniques. Un gentilhomme aime
en secret une jeune fille qui est déjà attachée à un chevalier en voyage. L’ami du gentilhomme
pour aider à conquérir la belle, mais aussi pour écarter le père qui le gêne en affaires, monte un
stratagème pour faire croire que le fils est mort et le père prisonnier, cela afin d’éloigner la belle
des bras de son prétendant. Doté d’une morale douteuse (« souviens toi que le cœur doit toujours
être aux ordres de l’esprit…et qu’on ne doit tromper ces dames toutes les fois que l’occasion se
présente ») les deux compères seront au final démasqués et le fils et le père rentreront à la maison.
Et Adeline, la belle, en regardant le gentilhomme qui l’a trompé et qu’elle aime quand même par
certains côtés, de conclure, « pourquoi donc le vice emprunte-t-il ainsi tous les attraits de la vertu ? »
Cette pièce ne fut ni jouée ni publiée.
40 000 / 50 000 euros
Play in three acts and in prose. Dated 1807 and therefore written
in Charenton.
Notebook, 81 handwritten pages with about fifty annotations, corrections and
additions by Sade and a last part likely in the Marquis’s hand.
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