|
|
|
|
|
|
|
|
L'INFORMATION DU BIBLIOPHILE.
|
|
|
Le grand musée londonien s'est penché sur une quarantaine de ses uvres qui ont révélé de mauvaises surprises. Oui, elle s'est trompée. Comme toutes les grandes collections du monde. Ni plus ni moins. Cependant, la National Gallery a le courage de le reconnaître. Son exposition actuelle, «A Closer Look», présente quelques faux avérés de son fonds mais aussi des exemples d'attributions erronées, finalement décevantes (Une Allégorie longtemps prise pour un Botticelli) ou miraculeuses (la version originale de La Madone aux illets de Raphaël), des énigmes pures et des tableaux tellement repeints au fil du temps et des goûts, ou composés à tant de mains que le meilleur des experts y perd son latin. L'histoire de l'art est ainsi faite. C'est une science très relative où les pièges et les surprises, bonnes comme mauvaises, abondent. La quarantaine d'uvres sélectionnée par la National Gallery forme ainsi autant de cas de figures. Tableaux d'escrocs patentés, supercheries de plaisantins très doués, innocentes copies d'atelier prises ultérieurement pour des travaux autographes Parfois le faussaire est si talentueux qu'il touche au génie. On ne se privera donc pas d'admirer telle Vierge à l'Enfant avec ange, un brin trop sexy pour être honnête, merveilleux quattrocento dupliqué par un anonyme de la seconde moitié du XIXe siècle! Autre motif de confusion:parfois l'élève suiveur se révèle aussi passionnant que son professeur inspirateur. Angelo Caroselli par exemple. Il devrait être accroché en permanence en regard de Nicolas Poussin. Ainsi l'institution anglaise, non sans un humour très british ni quelque humilité, reconnaît qu'elle avance sur des sables très mouvants. Où l'authentique n'est pas forcément garant de la beauté, où la copie n'est pas forcément une tromperie, où l'uvre n'est pas forcément pièce unique. Elle a péché par excès de confiance en achetant un Holbein qui n'en est pas un. Elle a accepté trop rapidement les Delacroix qu'elle montre aujourd'hui comme un aveu:l'un est un autoportrait qui n'est que la copie d'un vrai conservé à Paris. L'autre est un faux mais dû à un vrai peintre doublé d'un farceur. N'en déplaise à Pierre Soulages, rien n'est donc noir ou blanc en peinture. Seule une collaboration serrée entre scientifiques, restaurateurs et historiens permet de se prononcer sérieusement entre le faux, le vrai ou le probable. La science en renfort La question de l'attribution en particulier demeure toujours hautement sensible. Car il s'agit notamment, pour certaines uvres, de séparer ce qui relève de la main du maître de celles de son ou de ses assistants. Dans La Vierge et l'Enfant entourée de deux anges de Verrochio (1476) les dernières analyses permettent d'affirmer que c'est à Lorenzo di Credi qu'on doit l'ange de droite et l'Enfant Jésus. Quant aux contrefaçons certaines sont si intelligentes, composées non seulement avec le style mais aussi avec les matériaux de l'époque, qu'on présume aisément de l'existence de nombreuses autres, si parfaites qu'elles demeureront éternellement accrochées aux plus prestigieuses cimaises. Certes, récemment venus en renfort de l'il et de la culture du connaisseur, l'infrarouge, la radiographie, la microscopie électronique, la spectrométrie de masse et même, à Paris, un accélérateur de particules unique au monde ; toutes ces techniques ont réduit le risque. Considérablement mais pas absolument. «À la loupe:faux, erreurs et découvertes» jusqu'au 12 septembre à Londres, National Gallery. Entrée gratuite. Petit catalogue en anglais 96 p., 6,99 £. Tél. : + 44 (0) 20 7747 2885. www.nationalgallery.org.uk REf : Figaro 30 juillet 2010. Eric Bietry-Rivierre |
|
Bibliothèques sans frontières (BSF) a annoncé mardi qu'elle allait apporter des centaines de milliers de livres aux sinistrés du séisme qui a ravagé Haïti le 12 janvier, faisant plus de 250.000 morts et détruisant de nombreuses écoles et bibliothèques. "Nous allons monter des mini-bibliothèques et des coins de lecture dans les camps de réfugiés et dans les quartiers ainsi que dans les écoles et les universités", a précisé à l'AFP Patrick Weil président de BSF. L'organisation, qui oeuvre en faveur de la diffusion des livres, avait commencé à travailler en Haïti avant le séisme, mais les bibliothèques ont été détruites et de nombreux ouvrages perdus dans la catastrophe. "Nous avions emmené plus de 30.000 livres en Haïti avant le 12 janvier et nous travaillions avec les responsables de la bibliothèque nationale d'Haïti. Maintenant il faut recommencer", a indiqué Patrick Weil. Avant le séisme, des livres avaient déjà été distribués par l'organisation dans une prison pour adolescents avec l'aide de la mission de paix des Nations Unies en Haïti, mais la prison a été détruite, tout comme la bibliothèque nationale et celles d'institutions comme le ministère des Affaires étrangères dont les livres ont toutefois pu être récupérés grâce à BSF. Bibliothèques sans Frontières compte lancer la première grande bibliothèque numérique d'Haïti et remettre des lots composés de 500 livres à chacune des facultés de l'Université publique d'Haïti en attendant de reconstruire la bibliothèque centrale de l'université haïtienne, a-t-on également appris. L'organisation, qui a obtenu une bourse de 750.000 euros de l'Académie française, va consacrer ce prix à l'achat d'équipements pour les bibliothèques d'Haïti et continue de collecter des livres en Europe et ailleurs dans le monde pour le pays, a encore indiqué le président de l'organisation. Ref : AFP - 21 juillet 2010 |
|
Un manuscrit, traduit au XII e siècle, un temps disparu, et aujourd'hui possession de l'Université de Montpellier est prêté au Musée de la Ville pour quelques jours. Jeudi, la Commission archéologique a fait toute la lumière sur cet objet inestimable. Abulcassis fut l'un des plus grands chirurgiens arabes. A la fin du Xe siècle, début du XIe siècle, il a oeuvré à Cordoue, la capitale de l'Espagne musulmane, et s'est imposé comme le grand maître de la chirurgie hispano arabe. Homme dévoué, il recevait des patients et des étudiants venus de toute l'Europe et du reste du monde islamique. C'est en plongeant au coeur de la rivalité grandissante entre Bagdad l'Abbasside et Cordoue l'Omeyade que Jacques Michaud, le président de la Commission archéologique a replacé le manuscrit dans son contexte. Lors d'une séance éblouissante, le professeur a tracé l'itinéraire des savoirs, et l'importance des traductions, depuis l'Inde, Bagdad, le monde Grec, Cordoue et le monde occidental. "A l'époque, on se passionnait pour la philosophie, qui était étudiée au même titre que la médecine, car elle était une part de l'homme et de la nature. Mais onconversait aussi bien sur l'astrologie, l'alchimie, la magie. La pensée Aristotélicienne a été traduite en hébreu, puis en latin, et il faut s'imaginer ces manuscrits voyageant à travers l'Egypte, l'Afrique du Nord et gagner Tolède et Cordoue. Dans l'Espagne andalouse, le mouvement des traducteurs eut une importance considérable, notamment grâce à des juifs passionnés par l'art de la traduction" a expliqué Jacques Michaud. Cordoue comptait au Xe siècle 1 million d'habitants et 80 écoles, 50 hospices et sa bibliothèque contenait plus de 600 000 ouvrages ! Les écoles de Cordoue, Tolède, Saragosse et Séville connurent de très grands médecins, dont Abulcassis, mais aussi Avenzoar et Averroès. L'oeuvre médicale d'Abulcassis est immense : son encyclopédie comporte 30 livres, dont le dernier entièrement consacré à la chirurgie, eut des répercussions considérables au Moyen Age. Jusqu'à ce soir, un de ces manuscrits est prêté à la Ville de Narbonne par l'université de Montpellier. Et, cadeau suprême de la Commission archéologique, un professeur de médecine, Thierry Lavabre-Bertrand, membre de la société d'Histoire de la Médecine est venu combler les blancs entre les siècles, en dévoilant une partie de l'histoire de ce manuscrit. Cent cinquante ans après la disparition d'Abulcassis, le manuscrit a été traduit en latin par Gérard de Crémone, puis en français, hébreu, anglais et en langue d'oc au XIV e siècle. L'ouvrage, parvenu jusqu'à nous et exposé par la Ville, est un de ceux-là, portant les armes du Comte de Foix, Gaston Phoebus."Sa trajectoire est mal connue, explique le professeur Lavabre-Bertrand. La faculté de médecine de Montpellier, fondée en 1220, est la plus ancienne du monde occidental. Or, ce manuscrit est un des rares qui nous restent. La Révolution a supprimé l'Université de l'Ancien Régime, mais face à la nécessité, trois écoles ont été ouvertes, dont Montpellier. Nous devons au Consul Chaptal, un protégé de Monseigneur Dillon, la protection de l'école. Il prit soin de demander au bibliothécaire de récupérer des manuscrits entassés dans un hangar dans des conditions épouvantables. On ignore tout du parcours de la quasi totalité de ces manuscrits. Celui-ci a été exhumé, car le bibliothécaire en a aussitôt saisi la valeur". L'importance de cet ouvrage miraculeusement préservé est telle que la salle était comble, jeudi soir. Les Narbonnais conscients du caractère exceptionnel de cette séance de la Commission Archéologique se sont pressés, à l'issue de la conférence au musée, situé deuxième étage du Palais, pour admirer ce qui venait de leur être conté. Le manuscrit d'Abulcassis est exposé au musée de la Ville de Narbonne jusqu'à aujourd'hui. Entrée 4 euros Narbonne juillet 2010. V. D. |
|
Mille cinq cents livres anciens de la Société d'émulation du Bourbonnais (SEB), à Moulins, avaient disparu de son fonds (voir notre édition du 27 mai). Entre le 1er mars 2004 et le 6 novembre 2007, le couple de gardiens des 21.000 références de la SEB, qui compte cinq cents adhérents, avait commercialisé, sur eBay, un site de vente aux enchères sur Internet, des livres rares et précieux. À l'audience du tribunal correctionnel du 26 mai, le couple, dont l'homme était employé par la Ville de Moulins pour veiller sur le trésor tout en surveillant le bâtiment, avait reconnu avoir emporté des livres à leur domicile, avant de gratter l'encre du sigle SEB. Puis ils les commercialisaient sur eBay : une centaine de livres de la SEB vendus pour 14.000 euros avait reconnu le gardien. Lors de la perquisition à leur domicile, une centaine d'ouvrages avait été retrouvés. Et quelques-uns de ceux vendus sur Internet avaient pu être récupérés. Le tribunal a ordonné, hier, leur restitution à la SEB. Mais il en manque encore plus de 1.300. Dont un, Les quatre premiers libres des navigations et pérégrinations orientales de Nicolas de Nicolay, publié en 1568. Un ouvrage dans un état de conservation exceptionnel, qui n'existe plus qu'à quelques exemplaires dans le monde. Une perte inestimable pour la société savante, qui ouvre sa bibliothèque aux chercheurs français et étrangers avec un accès à des ouvrages remontant jusqu'au Moyen-Âge. Le couple a été reconnu coupable de travail dissimulé. Ils ont été condamnés à un an de prison avec sursis, ainsi qu'à verser, notamment à la SEB, 32.580 euros de préjudice matériel et 1.117 euros de préjudice moral. Ref : Edition du 27 mai 2010. lamontagne.fr |
|
Les bibliothèques nationales de Rome et de Florence (Italie) viennent de confier à Google le soin de numériser une partie de leur très riche patrimoine. Un million de livres anciens, libres de droits, seront scannés par Google Livres, dont des ouvrages de Dante, Pétrarque, Galilée, Vico, Kepler, Leopardi ou encore Manzoni. Pour Sandro Bondi, ministre italien du Patrimoine et des Activités culturelles (MiBAC), cet accord de numérisation entre Google Livres et son ministère "contribue au travail des institutions chargées de la diffusion de la culture italienne dans le monde et permet de rendre plus proches de leurs racines les jeunes générations d'Italiens à l'étranger". [Cet accord] "est le premier à un niveau gouvernemental permettant à un acteur Internet d'accéder au patrimoine d'une bibliothèque nationale". [...] "Il a une signification politique forte et positionne l'Italie à l'avant-garde dans ce secteur", a-t-il ajouté. La firme de Mountain View installera un centre en Italie afin d'y réaliser sur place les travaux de numérisation. Les ouvrages seront ensuite mis gratuitement à la disposition des lecteurs du monde entier sur internet, et les fichiers numériques, dont une copie sera fournie aux bibliothèques, pourront même être diffusées sur d'autres plateformes que Google Books, comme par exemple la bibliothèque numérique Europeana, précise Google. Le projet Google Livres, lancé fin 2004, a déjà permis de numériser 12 millions d'ouvrages, l'objectif étant fixé à 15 millions avant fin 2010. Outre la Bibliothèque Cantonale et Universitaire de Lausanne, la Bibliothèque de l'Université Complutense de Madrid, la Bibliothèque Nationale de Catalogne à Barcelone, la Bibliothèque municipale de Lyon, la Bayerische Staatsbibliothek de Munich, La Bibliothèque Universitaire de Gand et la Bodleian Library d'Oxford pour les européennes, Google Livres a également rallié les grandes bibliothèques universitaires de Californie (plus grande bibliothèque universitaire du monde), du Michigan, du Texas, de Virginie, du Wisconsin, de Harvard, de Stanford, de Princeton ainsi que la Bibliothèque Publique de New York et la Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis. Seule la Bibliothèque Nationale de France (BNF), incapable de numériser son patrimoine faute d'argent mais soumise à l'intense lobbying des anti-Google français -- essentiellement les grands groupes d'édition dont les motivations réelles semblent plus d'ordre économique que culturel --, semble pour l'instant résister aux assauts de la firme américaine. Noël Blandin / La République des Lettres, mercredi 10 mars 2010 |
|
Washington Une lettre du père de la philosophie moderne, René Descartes, volée à Paris au XIXe siècle, va être restituée en juin à l'Institut de France par l'université américaine de Haverford, en Pennsylvanie (est des États-Unis), a annoncé le président de l'établissement hier à l'Agence France-Presse. Le geste de Haverford qualifié par son président, Stephen Emerson, de «seule chose sensée à faire» mettra un terme aux rocambolesques aventures et mésaventures de la missive, adressée par Descartes (1596-1650) à son ami le religieux Marin Mersenne, depuis le château d'Endegeest aux Pays-Bas le 27 mai 1641. Dans cette lettre, l'auteur du célèbre «je pense, donc je suis» aborde la prochaine publication des Méditations métaphysiques, ouvrage majeur paru à Paris en août 1641. Après la mort du philosophe, le manuscrit est conservé à l'Institut de France, selon un communiqué de Haverford publié sur son site Internet. Ce n'est qu'au milieu du XIXe siècle qu'il refait parler de lui, par l'entremise du comte italien Gugliemo Libri, qui travaille alors à la Commission du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. Lors de ses pérégrinations à travers la France, le comte Libri aime «emprunter» des ouvrages originaux... sans jamais les restituer à ses propriétaires. C'est ainsi qu'il dérobe 72 lettres de René Descartes, parmi lesquelles se trouve la fameuse missive écrite en mai 1641. Se sachant recherché pour ses larcins, Libri s'enfuit à Londres où, pour régler ses factures, il vend les livres et manuscrits volés en France. Charles Roberts, grand amateur d'autographes et d'ouvrages originaux, acquiert la lettre, sans toutefois savoir qu'elle avait été volée, précise l'Université de Haverford. À sa mort, sa veuve fait don de la lettre à l'établissement où M. Roberts avait étudié. Passe plus d'un siècle jusqu'à ce qu'au mois de janvier dernier, un universitaire néerlandais apprenne l'existence de la lettre lors de recherches sur Internet. Intrigué, Erik-Jan Bos contacte Stephen Emerson, qui dirige la petite université de Haverford. Lors d'un entretien accordé à l'AFP, M. Emerson a fait part de sa surprise à l'annonce de la nouvelle, d'autant plus qu'il se décrit comme un «grand admirateur de Descartes». Agence France-Presse 26 février 2010 |
|
C'est un cas d'édition qui ne peut que faire rêver ou saliver les grands collectionneurs, les bibliophiles et les amateurs de manuscrits rares. Jeudi 11 février, Frédéric Mitterrand, ministre de la culture, a signé l'acte d'acquisition des manuscrits de Casanova pour la Bibliothèque nationale de France (BNF). L'Histoire de ma vie, écrite en français par l'aventurier vénitien Giacomo Casanova (1725-1798), est l'un des textes majeurs de la littérature du XVIIIe siècle. Les Mémoires de celui qui se faisait aussi appeler le chevalier de Seingalt sont considérés comme un texte mythique, encensé par bon nombre d'écrivains : "Une oeuvre qui est au siècle de Louis XV ce que les Mémoires de Saint-Simon sont au siècle de Louis XIV", résumait le critique Francis Lacassin. Or l'histoire des éditions des Mémoires de Casanova est presque aussi riche en rebondissements que celle de la vie de ce séducteur impénitent. Ce n'est qu'en 1960, avec l'édition Brockhaus-Plon, que les lecteurs ont enfin eu accès à une première version des Mémoires originaux, aujourd'hui acquis par la BNF. "Le manuscrit original n'est pas inconnu, précise Bruno Racine, président de la BNF, mais il n'a été consulté jusqu'à présent que par une poignée de chercheurs. Il s'agit de pièces rarissimes." Tout a commencé à l'automne 2007, quand l'ambassadeur de France à Berlin a été contacté par les descendants directs de la famille Brockhaus, les premiers éditeurs des Mémoires, qu'ils avaient achetés au petit-neveu de Casanova, en 1821, et conservés depuis. L'ensemble des documents, qui comprend treize boîtes en carton numérotées en chiffres romains et lettres dorées, a échappé par miracle à la destruction lors du bombardement de Dresde, le 13 février 1945. Ils étaient enfermés à la cave, dans un coffre-fort de la maison Brockhaus, qui a été rayée de la carte comme le reste de la ville. Ils ont ensuite été transportés en Suisse. "Il a fallu deux ans et demi de patience et de persévérance", précise M. Racine, mais la Commission des trésors nationaux a donné son aval pour l'acquisition de cet ensemble exceptionnel. Un généreux et anonyme mécène s'est manifesté, qui a fourni un peu plus de 7 millions d'euros, le montant fixé de la transaction. Outre les 3 700 pages manuscrites non reliées de ses Mémoires, l'ensemble comprend d'autres raretés, comme un texte sur la loterie, un mémoire dédié à l'empereur d'Autriche pour mettre fin à l'usure, ainsi que divers opuscules et correspondances. "Les "casanovistes" vont s'en donner à coeur joie, car la grande édition critique des Mémoires reste à établir", souligne Bruno Racine. Très riches, les Mémoires fourmillent de détails inédits. Le mémorialiste use d'une écriture ample et déliée, son style et sa pensée sont fluides. En revanche, le document comprend beaucoup de ratures et ressemble alors à un brouillon de travail. Sous les mots rayés, il y a des noms propres qui affleurent... La BNF espère, fin 2011, pouvoir monter une exposition pour présenter l'oeuvre dans son contexte. Elle envisage aussi de numériser rapidement les manuscrits. Alain Beuve-Méry. Le Monde le 19 février 2010. |
|
Julien Bogousslavsky, un neurologue à la renommée mondiale qui avait détourné des fonds tant privés que publics destinés à la recherche pour étancher sa soif de bibliophile et agrandir ses collections de livres anciens, passe devant ses juges, à Lausanne. L'accusation a d'ores et déjà mentionné qu'elle demanderait une peine avec sursis. Le célèbre médecin ressortira donc libre du tribunal. Il a promis de concentrer sa manie de collectionneur vers des ouvrages moins chers. Bibliopathe. Le syndrôme n'est pas encore reconnu par le DSM IV, sinon c'est sûr, la défense de Julien Bogousslavsky s'en serait déjà emparée. L'homme est un maniaque du livre ancien et rare. Le montant de ses détournements est monté jusqu'à 5,5 millions de francs suisses. Avec cet argent, il est entré en possession de nombreux ouvrages de collection. Ses manipulations de comptes ont été dévoilées au grand jour par sa hiérarchie. Tous les moyens étaient bons pour faire fructifier son enveloppe destinée à l'achat des ouvrages qu'il chérissait ...et qu'il continue de couver en grande partie : détournement d'argent public, conception de faux programmes de recherche. Double remboursement occasionnés par les voyages lors des colloques, etc. Une fois démasqué, Bogousslavsky est rapidement passé aux aveux, faisant montre de repentance et de contrition. Lors de son procès, de nombreux témoins sont venus à la barre pour le soutenir et relever les compétences du chercheur et du médecin dans son domaine, la neurologie. Etrangement, ni la partie civile, ni le procureur, ni la défense n'a demandé d'expertise psychiatrique. Pourtant on peut s'étonner de l'état dans lequel se trouve le prévenu. Quand il lui est demandé par le président de la cour comment il compte surmonter ses problèmes, l'influent neurologue explique qu'il est parvenu à canaliser sa soif de bibliomane vers un autre type de collection : "Je me focalise sur les livres de neurologie et sur les thèses écrites sur ce sujet au XIXe siècle". Moins cher que les premières éditions et les manuscrits de Ramuz certes, mais le mal est-il pour autant soigné à la racine ? L'accumulation d'objet et leur organisation en collection pourrait pourquoi pas faire l'objet d'une pathologie psychiatrique. D'ailleurs l'expression "bibliomane" qui désigne selon le Littré celui qui a la passion des livres rares et des belles éditions relève presque de la pathologie: manie vient du grec µa??a / manía qui renvoie aux notions de folie et d'état de fureur. Un collectionneur est également venu témoigner de ses pratiques au cours du procès : «moi-même, je mintéresse aux contes et notamment à celui du Petit Chaperon rouge. On développe une forme daddiction. Lorsquune pièce convoitée se retrouve sur le marché, il nest pas toujours facile de se raisonner», avoue-t-il au président. Pour le psychologue Philippe Jaffé qui s'exprime dans les colonnes du 24heures, le cas du docteur Bogousslavsky se situe entre "le collectionnisme socialement acceptable et même favorable sur ce plan social, car relevant dun esprit de partage, et la pathologie découlant du syndrome de Diogène. Le procureur l'a jugé dans son prêtoire "mesquin", "roublard" et "indigne" mais s'est montré convaincu de la prise de conscience et du repentir de l'accusé. Rien n'a été évoqué au sujet de sa passion dévorante pour les livres. Julien Bogousslavsky a obtenu une peine avec un sursis. Il sortira donc libre du Tibunal. Libre mais toujours pas guéri. Camille & Guillaume - médias Journalisme Suisse 6 février 2010 |
|
Une donnée désormais inévitable dans la conservation du patrimoine. Depuis sa création fin 2004, Google Books a numérisé 10 millions de livres. Mais la polémique fait rage ; en France, laffaire des droits dauteur a été portée en justice. La pérennisation de notre patrimoine écrit passe obligatoirement par sa numérisation, affirme Dominique Le Brun, secrétaire général de la Société des gens de lettres (SGDL). Et cest là tout le coeur de léconomie numérique. La numérisation est indispensable à la conservation de notre patrimoine, cest loutil de la culture de demain. Cest ce qua compris Google en ayant pour projet de numériser le patrimoine culturel mondial et de permettre à chacun daccéder en un clic au livre de son choix. La numérisation abolit la distance géographique. Cest la conséquence directe de la mondialisation de la culture et de la naissance dune culture décran. Guillaume Boudy, secrétaire général du ministère de la Culture et de la Communication, a évoqué, lors de la table ronde du 25 novembre 2009 présidée par Michèle Tabarot, présidente de la commission des affaires culturelles de lAssemblée, une étude sur les pratiques culturelles des Français au cours des dix dernières années. Elle montre quen 1997, 1 % des Français avaient accès à Internet. Ce chiffre atteint aujourdhui 70%. Mais il ne faut pas sy tromper : numérisation ne signifie pas accessibilité pour tous, ainsi que le rappelle Guillaume Boudy : « Le numérique ne permet pas aux catégories socio-professionnelles les moins avantagées davoir accès à la culture. » La numérisation est la donnée nouvelle, fondamentale, de la culture au XXIe siècle, mais certains de ses aspects restent encore dans lombre. Ce sont ces aspects que met en lumière laffaire Google. Le 14 décembre 2004, les fondateurs de la société Google, Sergey Brin et Larry Page, annoncent quils veulent numériser près de 15 millions douvrages en six ans. Google Books est né. Des accords sont tout de suite signés avec les bibliothèques des universités du Michigan, Harvard, Stanford ainsi quavec la bibliothèque publique de New York et la bibliothèque Bodléienne de luniversité dOxford. Aujourdhui, Google a conclu des partenariats avec trente grandes universités mondiales, au Japon, aux États-Unis, en Grande-Bretagne mais aussi en Europe continentale. En France, des accords ont été signés avec les universités de Lyon, Strasbourg, Lille, Toulouse et la Sorbonne. Par ailleurs, Google a établi des liens avec 25 000 éditeurs. Au total, ce sont 10 millions de livres qui sont numérisés, accessibles dans 124 pays : 1,5 million sont tombés dans le domaine public, 1,8 million sont fournis par des accords volontaires avec les éditeurs et 7 millions sont des ouvrages épuisés, toujours protégés par des droits dauteur, dont Google Books ne publie quun index et des extraits.Mais mis bout à bout, ces extraits peuvent permettre de reconstituer loeuvre complète Aucune rémunération nest versée aux éditeurs et aux auteurs de ces ouvrages. Le débat ne peut quexploser. Très rapidement, cinq grands éditeurs américains The McGraw-Hill Companies, Pearson Education, Penguin Group (USA), John Wiley & Sons et Simon & Schuster ainsi que lAuthors Guild, qui représente les auteurs, se rendent compte du danger et portent plainte contre Google pour violation des droits dauteur. Pour mettre fin à ces plaintes, le géant américain trouve une solution. Selon un accord signé avec lAuthors Guild et lAssociation of American Publishers, qui regroupe plusieurs centaines déditeurs, il sengage à verser 125 millions de dollars de compensation aux éditeurs contre la fin des poursuites engagées. Par ailleurs, les ayants droit, auteurs ou éditeurs, ont la possibilité daccepter les modalités de laccord. Sils le font, ils se partageront 63 % des recettes fournies par la mise en ligne des oeuvres et pourront retirer du fonds numérisé ce que bon leur semblera. Quant à ceux qui décideraient de sexclure de laccord, leurs livres seront toujours numérisées et ils pourront continuer à poursuivre Google en justice. Les oeuvres orphelines, qui sont protégées par le droit dauteur mais dont on ne connaît pas les ayants droit, restent toujours dans une zone dombre. La justice américaine avait jusquau 7 octobre dernier pour approuver ou non cet accord, mais la date a été repoussée au 15 novembre selon le souhait des éditeurs américains et de Google. Les réactions sont alors nombreuses pour influencer Denny Chin, le juge fédéral de New York en charge du dossier.Microsoft, Yahoo! et Amazon rejoignent une coalition dopposants au projet de Google initialement formée par lONG Internet Archive. Le ministère de la Justice a aussi fait part au juge de son inquiétude face au monopole croissant de Google. Cette peur du monopole se retrouvera tout au long du débat : les potentialités de Google défient toute concurrence. Un accord entre des partenaires publics et privés nest pas demblée exclu en raison du coût très élevé de la conservation et de la numérisation. Selon Denis Bruckmann, directeur général adjoint et directeur des collections de la Bibliothèque nationale de France (BNF), il faut compter entre 0,12 et 0,74 euro par page. Il faudrait ainsi « entre 50 et 80 millions deuros pour numériser les oeuvres de la IIIe République ». Bruno Racine, actuel président de la BNF, précise que « les coûts induits par la conservation sont comparables à ceux de la numérisation ». En France, les éditeurs peinent à se mettre daccord Cest pour cette raison que quelques éditeurs français,même sils sont rares, ont conclu un accord avec le géant américain. Cest le cas des Éditions de léclat dont le directeur, Michel Valensi, affirme que leurs meilleures ventes ont une version gratuite. Par ailleurs, contrairement à son prédécesseur, Jean-Noël Jeanneney, Bruno Racine a commencé des négociations avec Google dès le mois daoût 2009. Viviane Reding, commissaire européen chargé de la Société de linformation et des Médias, a aussi appelé très rapidement à un partenariat avec le privé. Quant à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, il nexclut pas ce partenariat, mais il a précisé devant le Sénat quun accord ne peut se faire que « dans une garantie dindépendance nationale absolue et de protection des droits dauteur absolue ». Or, ce nest pas le cas pour laccord proposé par les éditeurs américains et Google. Le 23 septembre 2009, Hervé de La Martinière, président des éditions éponymes (dont dépendent entre autres les éditions du Seuil), suivi par le Syndicat national de lédition, présidé par Serge Eyrolles, et par la SGDL, porte plainte contre Google pour contrefaçon des droits dauteur. Ce procès est directement lié à un autre problème juridique fondamental posé par le numérique : aux États-Unis, le fair use, expression que lon peut traduire par usage loyal, permet à un tiers dutiliser une oeuvre à des fins non commerciales et raisonnables. Cette loi nexiste pas en Europe. Or, la moitié des oeuvres que contiennent les bibliothèques américaines ne sont pas écrites en anglais. Quelle loi appliquer alors ? Cest bien cette absence de législation au niveau mondial qui pose problème, étant donné que le numérique ignore les frontières. Sensibles aux reproches de la justice américaine et des Européens, Google et les éditeurs américains proposent in extremis un nouvel accord le 14 novembre 2009. Désormais, seuls sont concernés les ouvrages anglo-saxons.Par ailleurs, un fonds indépendant de gestion des droits et des intérêts des oeuvres orphelines est créé pour tenter didentifier les ayants droit. Si, au bout de dix ans, les recherches nont pas abouti, la propriété des oeuvres sera transférée à des associations de lutte contre lillettrisme. Quant à la répartition des bénéfices, elle reste la même : 37 % pour Google, 63 % pour les éditeurs et les auteurs. La justice américaine doit ratifier ou refuser cet accord en février. En France, la justice donne quant à elle raison aux éditeurs.Le 18 décembre dernier, le tribunal de grande instance de Paris a ainsi condamné Google à verser 300 000 euros de dommages-intérêts aux éditions de La Martinière pour contrefaçon des droits dauteur et a interdit à Google de poursuivre la numérisation douvrages sans lautorisation des ayants droit, sous peine dastreinte. À travers les différents procès intentés à Google, ce sont des problèmes de fond de léconomie numérique qui émergent. Pour lÉtat, la priorité est la numérisation du patrimoine. Tout dabord, la question des rapports public-privé. Les firmes privées apporteraient les fonds nécessaires à la numérisation et à la conservation des oeuvres. Des projets de numérisation comme Europeana ou Gallica (qui nobtenait de lÉtat que 5 millions par an via le Centre national du livre) avanceraient alors plus rapidement. Les problèmes de laccessibilité des livres numérisés pour le public et du rôle des pouvoirs publics sont également fondamentaux, comme la souligné Marc Tessier, président de la commission sur la numérisation des fonds. Lattribution à léconomie numérique de 4,5 milliards deuros issus du produit du grand emprunt montre que Nicolas Sarkozy et Frédéric Mitterrand ont été sensibles à ces problèmes. Désormais, lÉtat donne la priorité à la démocratisation des accès à Internet à haut débit et à la numérisation du patrimoine. Avec cette somme, les pouvoirs publics pourront peser davantage dans déventuelles négociations avec des partenaires privés, que le président nexclut plus : «Nous allons monter un grand partenariat publicprivé, tout en gardant la maîtrise de notre patrimoine. » Le partenariat avec le privé est acquis mais pas encore concrétisé. Le respect du droit dauteur et lentière indépendance des pouvoirs publics à propos du choix des oeuvres à numériser en sont les conditions sine qua non. Mais les questions dordre financier restent sans réponse : comment rémunérer lauteur ? comment établir le prix dun livre numérique ? Arnaud Nourry, président- directeur général de Hachette Livre, déplore dailleurs qu«Amazon ait décidé de vendre des livres [numériques] au prix de 0,90 dollar au lieu de 25 dollars chez léditeur ». Il est cependant optimiste : «Aujourdhui, le livre numérique na pas de marché en France, mais rien ne permet de penser que cette situation va durer. » Des solutions sont déjà proposées, mais rien nest encore officiellement décidé. Alain Kouck, président-directeur général dEditis, propose dappliquer la loi Lang au livre numérique : un ouvrage, quel quen soit le support, ne peut être vendu à un prix différent de celui fixé par léditeur. Les procès intentés à Google ont fait prendre conscience au monde de la culture de lurgence de la situation. Il faut fixer des règles en matière juridique et financière. La révolution numérique est lancée. Et même sil ne remplacera jamais un livre papier, que lon prend plaisir à tenir entre ses mains, le livre numérique sera partie intégrante de la culture de demain. Valeurs Actuelles 28 janvier 2010. Par Léa Szczerba |
|
Selon les informations de La Tribune, la Bibliothèque nationale de France (BNF) discute avec Google : elle pourrait lui confier une partie de la numérisation de son fonds. En 2005 la BNF avait été le fer de lance de la résistance européenne au projet de bibliothèque numérique universelle de Google, Vingt-neuf grandes bibliothèques dans le monde, à l'instar de la Bodleian Library d'Oxford, se sont déjà laissé convaincre par le service rapide et gratuit de Google. Le géant Internet est également en passe de mettre fin à sa bataille avec les éditeurs américains, sous réserve que la justice américaine valide leur accord à l'automne et qu'il soit accepté par les autorités de la concurrence. Le géant américain annonce qu'il va désormais devenir un libraire en ligne, et vendre les ouvrages numérisés, empiétant sur le terrain d'un autre américain, Amazon. Face à cette offensive, si les éditeurs tricolores s'unissaient dans la vente numérique, ils auraient « la plus belle offre qui puisse exister », estime Alain Kouck, le patron d'Editis, numéro deux de l'édition française. Mais, pour l'heure, ils avancent en ordre dispersé. La Trinune.fr |
|
Une des plus grandes bibliothèques du monde est en travaux
Le Codex Vaticanus, le plus ancien manuscrit complet de la Bible, écrit en grec du IVe siècle, a disparu. Et avec lui les manuscrits les plus précieux de la Bibliothèque apostolique vaticane. Très peu de personnes savent où il se trouve, et encore moins sont disposées à le dire. Il a quitté, en 2007, en compagnie d'autres précieux ouvrages tels que La Divine Comédie de Dante, illustrée par Botticelli, le bunker de béton armé, enterré à plus de six mètres sous terre, où il était jusqu'alors protégé. "Il est dans un lieu sûr et réservé", explique Mgr Cesare Pasini, le préfet de la bibliothèque. "Pardon ?", relance-t-on en haussant un peu la voix pour couvrir le bruit d'un marteau-piqueur tout proche. Il reprend imperturbable et souriant : "Un lieu sûr et réservé." Une des plus grandes bibliothèques du monde est en travaux. De grands travaux. Une palissade de bois masque sa façade. Sur l'une des cours de la cité du Vatican, la statue d'Hippolyte qui en marquait l'entrée a été déplacée. A sa place, une montagne de gravats. 1 600 000 livres, 8 300 incunables, 150 000 manuscrits et documents d'archives, 300 000 monnaies et médailles et 20 000 objets d'art ont dû être dispersés à Rome et dans les environs. Les érudits, les chercheurs et les thésards qui venaient consulter les ouvrages ont cédé la place à des maçons et des ingegneri, casque jaune sur la tête. Benoît XVI suit le chantier de près : "Il s'intéresse, il veut tout savoir des travaux", assure Mgr Pasini. Tout est à reprendre. Il faut repenser les 14 000 m2 de salles et de couloirs sans trop abîmer le plan d'origine ; rationaliser et climatiser le cabinet de numismatique et créer un espace pour la manutention des médailles ; installer un monte-charge reliant le laboratoire de restauration des documents à la salle de consultation et créer une nouvelle entrée ; sécuriser le "bunker" souterrain ; mettre aux normes électriques des salles de périodiques, etc. Les travaux s'achèveront à la fin de l'année. Six mois seront encore nécessaires pour réinstaller les ouvrages sur leurs rayonnages. La réouverture au public est prévue pour juillet 2010, après trois ans de fermeture. La seconde guerre mondiale elle-même n'avait pas provoqué autant de désordre : la bibliothèque ne fut alors fermée que pendant une année. Une bibliothèque sans livres est-elle encore une bibliothèque ? "Oui, répond Mgr Pasini. Tout le monde a pu continuer d'y travailler grâce à la mise en ligne des archives. Une lettre d'information a été publiée de façon à tenir les chercheurs au courant de l'avancée des travaux. C'était une manière de leur dire : "ne vous inquiétez pas, on s'occupe de vous"." Paradoxe : la bibliothèque vide et éventrée est devenue un lieu d'échanges et de communication. "Nous sommes plus proches aujourd'hui des utilisateurs", explique Mgr Pasini. L'origine de la Bibliothèque apostolique vaticane remonte au IVe siècle, mais c'est seulement en 1378, avec Grégoire XI, que commence véritablement son histoire. Sous l'autorité de Nicolas V (1447-1455), elle s'enrichit de manuscrits latins, grecs et hébreux, consultables par les érudits de l'époque. Sixte IV (1471-1484) fixe son emplacement actuel et nomme le premier bibliothécaire. 3 498 ouvrages sont consultables en 1481. Mais c'est au XVIIe siècle qu'elle grandit de façon considérable et devient véritablement "la bibliothèque du pape" en ajoutant à son catalogue les fonds de celles d'Heidelberg, des ducs d'Urbino et de la reine Christine de Suède. Des dons. Des emprunts forcés parfois. Dans leur livre Le Roman du Vatican secret (éd. du Rocher, 2009), Baudouin Bollaert et Bruno Bartoloni racontent la prise de la bibliothèque d'Heidelberg comme une scène de film. "Aux premières lueurs d'une journée glaciale de février 1623, les imposantes portes de l'université d'Heidelberg s'ouvrent (...) pour en laisser sortir une lourde calèche remplie de caisses, escortée par deux cavaliers. Elle franchit la porte suivie d'une autre voiture, puis d'une autre, puis d'une autre. Au total, c'est un convoi de 50 calèches, suivi à distance de 60 mousquetaires, qui quitte l'université. Le plus gros hold-up culturel de l'humanité." Explication : alors que la guerre de Trente Ans (1618-1648) fait rage dans le Palatinat, Grégoire XV a chargé son légat, Leon Allaci, de mettre à l'abri des ligues protestantes les trésors de la bibliothèque d'Heidelberg. Ceux-ci arriveront à Rome après six mois de voyage, où ils se trouvent toujours, malgré des tentatives infructueuses de l'Allemagne pour les rapatrier. Pour prix de ses services, Leon Allaci sera nommé conservateur de la Bibliothèque apostolique. "La transmission des oeuvres au Vatican est aussi une garantie de leur conservation", affirme Mgr Pasini. Depuis, les bibliothécaires sont devenus moins aventureux. Si le cardinal Eugène Tisserand (1884-1972) parcourait encore, à cheval ou à dos de chameau, l'Orient des années 1910 pour en rapporter des manuscrits rares, les bonnes affaires aujourd'hui s'achètent dans les salles des ventes ou directement aux collectionneurs. Pas moins de cent personnes à temps plein travaillent, restaurent, entretiennent les précieux volumes accumulés. Le budget (secret) suffit, selon les responsables, à faire fonctionner l'établissement. En cas de besoin, de discrets sponsors - qui en général taisent leur nom - sont prêts à venir en aide. En 1927, Eugène Tisserand fut ainsi invité par de riches Américains, rebutés par le mauvais fonctionnement de la Vaticane, à étudier les modernes bibliothèques américaines. En 1981, le Vatican a renoncé à son "exclusivité" sur l'exploitation de ses codex les plus rares. Un contrat signé avec plusieurs maisons d'édition permet de vendre au prix fort des reproductions de certains ouvrages, quasi identiques aux originaux. Une centaine de manuscrits convoités par les bibliothécaires du monde entier, des collectionneurs, des bibliophiles ont été mis sur le marché à peu d'exemplaires. Depuis, l'idée a fait école, puisque les archives secrètes du Vatican ont aussi emboîté le pas de ce "business" de la reproduction. Le commerce est-il compatible avec la foi, les enluminures avec la reproduction ? La bibliothèque obéit à deux missions. La première - "pour la dignité de l'Eglise militante et la diffusion de la foi" - a été définie par Sixte IV ; la seconde - "pour l'utilité et l'intérêt commun des hommes de science" - fut édictée par Nicolas V. "Fides" et "Ratio" cohabitent désormais sans heurts depuis des siècles. "C'est le fondement même de l'esprit humaniste", rappelle Mgr Pasini, pour qui "la recherche patiente de la vérité, en remontant aux sources des textes, ressortit aussi bien de la foi que de la raison". Outil de savoir, cette bibliothèque peut être également un instrument diplomatique, dans le cadre notamment du dialogue interreligieux. La présentation, à Rome et à Jérusalem, du catalogue des manuscrits hébreux de la bibliothèque a permis au cardinal Raffaele Farina, bibliothécaire de l'Eglise, et à l'ambassadeur d'Israël près le Saint-Siège de faire assaut de bonnes manières, alors que les tensions subsistent entre Israël et le Vatican à propos de la canonisation de Pie XII, qui fut pape pendant la seconde guerre mondiale. Le 25 juin 2007, près de deux ans après son élection, Benoît XVI a confié, ironique et nostalgique : "J'aurais tant voulu que le bien-aimé Jean Paul II me permette de pouvoir me consacrer à l'étude et à la recherche d'intéressants documents et pièces que vous conservez là avec soin. Dans ses desseins providentiels, le Seigneur a prévu d'autres programmes pour ma personne." Intellectuel, théologien, le souverain pontife a longuement fréquenté ces salles aujourd'hui en travaux, comme avant lui Pie XI, qui en fut le préfet. Mais c'est le paradoxe de la bibliothèque du pape : celui-ci n'a pas de temps d'y travailler... Philippe Ridet - Le monde le 23 juillet 2009. |
|
Il n'y a plus assez de place pour les Archives nationales. En 2011, un nouveau site ouvrira en Seine-Saint-Denis. Le changement de site, très sensible, se prépare déjà. Le déménagement des Archives nationales vers le nouveau site de Pierrefitte-sur-Seine se prépare dans le silence et le sérieux qui sied à cette vieille institution. Fin 2011, l'affaire devra être bouclée, sans que l'on ait perdu un précieux parchemin ni que les chercheurs aient été incommodés par le chamboulement de leurs habitudes. Vu de l'extérieur, cela semble à portée de main. Mais dans le saint des saints, un vrai plan de guerre a été mis en place. À l'aide d'un curieux schéma, la Direction des archives explique ce qu'elle appelle «le chantier des fonds». D'abord, le décompte de millions d'archives, puis leur bilan sanitaire. Ensuite, leur conditionnement, la désinfection éventuelle, la restauration, le microfilmage ou la numérisation. Le tout s'étalant sur des années. Des mois et des mois passés en sous-sol à aspirer la poussière, à recoller des tranches, à mettre des documents dans de nouvelles chemises en carton, à photographier des millions de pages, puis à apposer des codes-barres. Dès que l'on retire un dossier d'une étagère pour le reconditionner, il faut organiser une traçabilité, puisque rien ne ressemble plus à une boîte qu'une autre. Certains documents seront traités à Paris, au palais Soubise dans le Marais, mais la numérisation ne peut se faire qu'à l'extérieur. Et dès que l'on déplace une boîte entre deux sites, il faut un transporteur spécialisé, obligatoirement accompagné d'un fonctionnaire des Archives pour des raisons de sécurité. D'ici au déménagement, dont la préparation aura nécessité près de 5 ans, 7 millions d'images auront été numérisées, 4 millions microfilmées. Pendant le déménagement, qui s'étalera, lui, sur 14 mois, 180 kilomètres de rayonnages seront déplacés. Une mission titanesque qui coûtera la bagatelle de 245 millions d'euros, dont 190 pour la construction du nouveau bâtiment. «Nous préparons la mémoire de demain : rien ne doit se perdre», résume Martine de Boisdeffre, directrice des Archives de France (*). Le testament de Louis XIV Pour l'instant, les archives publiques nationales - 300 km de dossiers, en plus ou moins bon état - sont stockées sur deux lieux : dans le quartier du Marais, à Paris, et à Fontainebleau, où sont entreposées les archives postérieures à 1958. À Paris, une splendide salle Napoléon III, en bois avec escaliers en métal, abrite les archives de la monarchie, celles du Parlement, le trésor des chartes, ainsi que la fameuse armoire de fer. Bardée de trois portes, elle renferme des documents exceptionnels, comme le journal de Louis XVI ou le testament de Louis XIV, dans lequel il indique qu'il «a trop fait la guerre». Consultables au compte-gouttes, ces pièces uniques ne sont manipulables que par un conservateur ganté. Elles resteront à Paris, pour des raisons de sécurité et de prestige, avec les archives datant d'avant 1790 et le minutier central des notaires. Après un parcours dans les dédales du bâtiment parisien, on débouche sur des rayonnages en métal gris façon Castorama. Ils hébergent sur des milliers de mètres des milliers de boîtes en carton aux codes mystérieux. «Toute cette partie du bâtiment n'est plus aux normes : les hausses ou les baisses brutales de température mettent ces archives en péril, explique Isabelle Neuschwander, directrice des Archives nationales, et, curieusement, ce sont les documents les plus récents qui s'abîment le plus. Les archives de Vichy, par exemple, se dégradent et ne survivront pas au temps qui passe.» Rédigées en encre violette, les minutes de la police de Vichy pâlissent de jour en jour. Elles ne sont, qui plus est, pas photocopiables, et doivent impérativement être microfilmées. Depuis 1790, le service des Archives récolte tout ce qui a trait à la vie de l'État et de la nation. S'y sont ajoutés des fonds privés, comme les archives de la maison de France, celles de d'Antoine de Saint-Exupéry ou encore, celles de Maurice Thorez. Bercy et le Quai d'Orsay ont leur propre système de conservation. Pour le reste, à chaque élection ou chaque remaniement, président et ministres doivent remettre leur prose. Par goût du secret ou par négligence, les archives ministérielles ne sont pas toujours impeccablement tenues. Et depuis l'avènement du courriel et des SMS, une partie disparaît purement et simplement, en dépit des copies faites sur CD-ROM. Mais l'administration française a les défauts de ses qualités : son pointillisme légendaire s'avère in fine précieux pour l'archivage. Les archives de Valéry Giscard d'Estaing représentent 4 500 cartons, les deux septennats de François Mitterrand près de 14 500 cartons ! Tous ces documents sont gardés pour la postérité, mais aussi et surtout pour les citoyens. C'est un principe fondateur des Archives : chaque Français a le droit à un accès libre et gratuit à l'histoire et à sa propre histoire. Si tant est que les délais légaux sont passés (75 ans pour les dossiers judiciaires et d'état civil, 50 ans pour ceux couverts par le secret-défense), les fonds sont en général consultables à la demande. par ailleurs, 100 millions de pages, notamment les actes d'état civil, sont déjà mis en ligne. Quant aux demandes de dérogation, elles aboutissent positivement «dans 95 % des cas», surtout depuis la loi de 2008 qui a réduit considérablement les délais et les procédures. Système de brumisation Chaque année, 10 000 lecteurs viennent ainsi plancher dans la salle de lecture. Des chercheurs, des thésards, des écrivains, des particuliers. Les fonds les plus prisés sont ceux des ministères de la Justice ou de l'Intérieur. Depuis les lois mémorielles des années 1990, les Français s'intéressent aux fonds sur les dommages de guerre, qui restaient jusque-là intouchés, à la Seconde Guerre mondiale, à leurs propres origines. Depuis peu, les questions d'environnement, des gens du voyage et les Tsiganes captent l'attention. Ces lecteurs, quels qu'ils soient, seront prioritaires même pendant le déménagement. «On ne peut pas avoir deux salles de lecture, c'est trop compliqué et cela ne respecterait pas les règles de sécurité : nous garderons celle de Paris tant que le déménagement ne sera pas fini. Et les boîtes feront des allers et retours entre les deux sites», explique Isabelle Neuschwander. Limiter les sorties permet d'ailleurs de limiter les éventuels vols. À l'entrée, le lecteur est prié de laisser ses effets personnels et de se munir d'un sac en plastique transparent. Il doit remettre sa carte d'identité, s'inscrire dans un registre. En dépit de ces précautions, parfois, une page disparaît. D'autres sont dégradées : par souci de «véracité», il arrive qu'un indélicat corrige au crayon un détail ou une date. Le futur site de Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) fera justement la part belle à la sécurité. Conçu par l'architecte italien Massimiliano Fuksas, il sera un mélange de boîte noire et d'ouvertures. Situé dans une banlieue sensible - c'était un des paris de cette délocalisation décidée en 2004 par Jacques Chirac -, il sera soumis, bien sûr, au plan Vigipirate et sera fermé la nuit. Une caserne de pompiers sera construite à proximité, et un système de brumisation, moins dévastateur que l'eau en cas d'incendie, sera mis en place. Les Archives ont organisé une série de communications à l'adresse des habitants de Pierrefitte, et tenté de les sensibiliser en recevant des scolaires de La Plaine-Saint-Denis dans les salles historiques de Paris. La RATP s'est par ailleurs engagée à réaménager la sortie de la station de métro, qui dessert pour l'instant le quartier et l'université Paris-VIII. Elle pourrait ouvrir un centre commercial à côté du nouveau bâtiment d'archives, afin de faire de ce quartier un véritable lieu de vie. «Avec ce déménagement, le sanctuaire de la monarchie va se télescoper avec la France sensible, la France mélangée avec la France de la Basilique», s'est ainsi réjoui l'historien Pierre Nora. Du rôle du vieux papier comme pacificateur du 9-3 ! (*) Les Archives de France regroupent les Archives nationales, le réseau des archives départementales, les archives du monde du travail et celles d'outre-mer. Le FIGARO : Claire Bommelaer 17/04/2009 |
|
à New York, chez Christie's. Le manuscrit d'un discours d'Abraham Lincoln prononcé en 1864 a été vendu 3,44 millions de dollars (2,66 millions d'euros) pour le bicentenaire de sa naissance, jeudi chez Christie's. C'est un record pour un document historique américain. Le produit de la vente permettra de construire une nouvelle aile à la bibliothèque de Finger Lake, dans l'Etat de New York. Un précédent manuscrit du même auteur et de la même année avait presque atteint le même prix, 3,40 millions de dollars, l'an dernier dans la salle de vente concurrente de Sotheby's. AP nouvelobs.com 12/02/09 |
|
Pour célébrer le 500e anniversaire de sa naissance, la Royal Academy of Arts de Londres retrace la vie de ce grand architecte italien et montre l'héritage qu'il a laissé. Au-delà d'un nom célèbre, Andrea Palladio est devenu la référence suprême ! En donnant naissance au palladianisme, ce style élégant inspiré de l'Antiquité dont le Britannique William Kent fut un des partisans les plus convaincus, Palladio dépasse la simple histoire de l'architecture. Le succès de sa pensée avant-gardiste est aussi attaché aux grandes controverses, comme la querelle des Anciens et des Modernes. En quarante ans de carrière, cet architecte de la Renaissance italienne (1508-1580) qui fut avant tout un humaniste imprégné des écrits de Pline et de Vitruve, a laissé l'un des plus grands héritages que l'architecture ait jamais connus. Son influence en Angleterre, en Amérique (avec Thomas Jefferson), en Europe et jusque sur les terres de la Grande Catherine de Russie fut plus grande que celle de tous les architectes de la Renaissance réunis. Son fameux traité,I Quattro Libri dell'Architettura - importante publication qui voulait, à l'égal de Cornaro, servir de guide pratique pour la construction d'édifices utilitaires -, a irrévocablement modifié les conceptions architecturales de l'Occident. Des milliers de maisons, d'édifices publics, d'églises, de décors comme celui de Pier Luigi Pizzi pour la 16e Biennale des antiquaires, en 1992, au Grand Palais, dérivent de ses schémas architecturaux. L'hommage que lui rend la Royal Academy of Arts de Londres, pour fêter le 500e anniversaire de sa naissance, s'impose comme une évidence. D'autant que la pensée architecturale de Palladio eut un grand succès en Grande-Bretagne avec Inigo Jones, avant d'être réinterprétée en France par Claude Nicolas Ledoux, au siècle des Lumières. La proportion et la symétrie Organisée en collaboration avec le Centro Internazionale di Studi di Architettura Andrea Palladio et le Royal Institute of British Architects, cette exposition retrace la vie et «l'après-Palladio». Non seulement à travers des dessins montrant son souci permanent de la proportion et de la symétrie telles qu'elles se trouvent dans la nature. Palladio s'attacha à appliquer les règles de proportion préconisées par les Anciens à la composition architecturale et, notamment, les règles des proportions musicales énoncées par Pythagore. Mais aussi à travers d'extraordinaires maquettes conservées à Vicence de ses réalisations, comme la basilique de Vicence. Une innovation, avec son plafond en forme de carène renversée. Difficile de rendre vivante une exposition d'architecture. Didactique juste comme il faut, Eric Parry a réussi à mettre en scène le parcours prolifique de ce fils de meunier - né à Padoue en 1508 et installé à Vicence en 1524 - en trois salles : de la bleue évoquant le ciel de Rome qui inspira à Palladio ses nombreux relevés de ruines et monuments, à la rouge de Venise avec ses projets d'églises San Giorgio Maggiore ou le Redentore. Sous des allures classiques, l'architecture de Palladio est incroyablement moderne. Aussi bien dans les palais et les villas construites pendant la première décennie de sa carrière pour la noblesse de Vicence - villas Trissino, Foscari, Poiana, Cornari, Barbaro que dans les constructions postérieures pour de riches commanditaires à Vérone ou Venise. La juxtaposition symétrique d'éléments distincts autour d'un axe central, comme le tronc d'un corps humain, est une composition très novatrice de l'espace. Jusqu'au 13 avril, réservation au 0844 209 1919, www.royalacademy.org.uk Le Figaro le 9 fevrier 2009. Béatrice de Rochebouet |
|
Asphyxiée par une concurrence impitoyable, la vénérable institution n'a plus les moyens de payer son loyer au coin de la Ve Avenue. Installée au cur du Rockefeller Center, à New York, la Librairie de France avait un peu la réputation d'être le centre du monde. Elle fermera en septembre prochain, incapable de faire face à l'augmentation de son loyer. Quelque 360 000 dollars actuellement et un million selon le nouveau bail. La célèbre librairie a été fondée il y a soixante-treize ans par un juif séfarade de Salonique, Isaac Molho, sur invitation de David Rockefeller. Le milliardaire souhaitait accueillir l'élite intellectuelle française fuyant la montée du nazisme. Pendant la guerre, la librairie s'improvisa donc maison d'édition et publia des auteurs comme Raymond Aron, André Maurois, Jules Romains, Antoine de Saint-Exupéry et bien d'autres. Ce fut le début de l'âge d'or de l'établissement, qui recevait alors 2 tonnes de livres par semaine. L'époque glorieuse continua jusqu'à la fin des années 1960, la langue française étant alors à la mode. « C'était un salon autant qu'une boutique, les clients étaient des Américains francophiles, des Sud-Américains de passage, ils restaient pour bavarder. À l'époque, on commandait 3 000 exemplaires au moins du dernier prix Goncourt, aujourd'hui quelques dizaines tout au plus », confiait récemment à l'Agence France-Presse le gérant de la librairie et fils d'Isaac, Emmanuel Molho. Le caractère désuet de la librairie en faisait le charme, mais c'est aussi ce qui aura raison d'elle. Les livres s'y empilent dans un sous-sol poussiéreux, où l'on trouve côte à côte vieux guides Michelin, classiques de la Bibliothèque rose et trésors introuvables à Paris. Mais les prix y sont exorbitants. Emmanuel Molho reconnaît qu'il ne fait plus le poids depuis longtemps face à la concurrence. Un livre à 20 dollars coûte cinq fois moins cher sur le site amazon.com. Le septuagénaire va partir à la retraite le cur gros, laissant à sa fille le soin de perpétuer la tradition familiale et de moderniser l'institution en se mettant sérieusement à Internet. Peut-être dans le créneau de la vente des livres rares ou la collaboration avec les universités. Le Figaro - Vendredi 2 janvier 2009. New York, Adèle Smith. |
|
Six millions d'euros et quatre ans de travaux ont été nécessaires pour rénover l'étonnante bibliothèque de l'abbaye d'Admont, en Styrie (Alpes autrichiennes). Au terme de quatre années de rénovation, la plus grande bibliothèque abbatiale du monde, celle de l'abbaye d'Admont, s'offre au public dans toute sa splendeur baroque. En Styrie, au coeur des Alpes autrichiennes, ce joyau de l'architecture rococo abrite une importante collection de manuscrits et d'incunables. Prière, travail, lecture. Dès la fin du XIe siècle, les moines d'Admont, qui obéissent à la règle de saint Benoît, entreprennent de collectionner les manuscrits religieux. Le monastère dispose d'un atelier de copistes. Le Monde 20 Août 2008 |
|
Fleurons de la bibliothèque poétique Jean Paul Barbier-Mueller", à la bibliothèque du château de Chantilly. Au château de Chantilly, le trésor en vers de Barbier-Mueller Un collectionneur peut toujours en cacher un autre. On connaît Jean Paul Barbier-Mueller grâce aux objets d'art primitif qu'il expose un peu partout dans le monde (actuellement, à Paris au Musée Jacquemart-André). Plus ignorée est l'autre passion de l'homme d'affaires suisse : la poésie française du XVIe siècle. Un domaine secret qu'il dévoile pour la première fois au public, au château de Chantilly, à deux pas de la célèbre bibliothèque du duc d'Aumale, léguée à l'Institut de France. Riche de plus de 400 volumes, la collection poétique Barbier-Mueller est considérée comme le fonds le plus important rassemblé sur ce sujet. Son premier volume fut acquis, presque par hasard, il y a plus d'un demi-siècle. "C'était en 1945, se souvient Jean Paul Barbier-Mueller, j'ai pu m'offrir pour une somme très modique un exemplaire des oeuvres de Du Bellay dans leur première édition collective de 1569." Curieux achat pour un gamin de 15 ans. L'adolescent connaissait les poètes de la Pléiade grâce à son père, un dentiste genevois. "J'étais fils unique, dit-il. C'était la guerre et je lisais beaucoup, notamment de la poésie - ce qui peut sembler extravagant aujourd'hui." Et plus étrange encore qu'il consacre son argent de poche à l'achat de livres du XVIe siècle. "La matière première n'était pas la chose la plus difficile à trouver dans la Genève de cette époque", explique Jean Paul Barbier-Mueller. Le jeune élève du collège Calvin hante les bouquinistes de la vieille ville qui stockent, dans l'indifférence quasi générale, tout un bric-à-brac de papier, dont des fonds de bibliothèques venues des vieilles maisons patriciennes de la cité calviniste. Il suffit de bien choisir. En 1973, Jean Paul Barbier-Mueller, qui a déjà découvert le chemin des arts primitifs grâce à son beau-père Josef Mueller, épure une première fois sa bibliothèque "secrète". Il recentre sa collection sur Ronsard, ses contemporains et ses successeurs, se séparant de ses trésors "préronsardiens", de Villon à Marot. A cette occasion, il publie un catalogue bibliographique illustré qui va faire autorité. Et qui sera le prologue d'une série d'énormes volumes décrivant minutieusement les exemplaires de sa collection. Le septième volume vient de sortir. En 1997, Jean Paul Barbier-Mueller resserre à nouveau son fonds en faisant don de sa bibliothèque italienne de la Renaissance à l'université de Genève. Il ne garde que les poètes français, "son jardin secret". Ce sont eux dont les multiples (et rares) éditions sont exposées à Chantilly. Avec, pour rappeler l'héritage italien, un incunable (exemplaire imprimé avant 1500) de Pétrarque de 1472. Le volume, acheté lors d'une des ventes Berès, en 2005, est enluminé dans les marges. Suivent ensuite tous les Ronsard de la terre, puis ses compagnons de la Pléiade, le mouvement poétique qui se met en place vers 1550 - à commencer par Joachim du Bellay. Les quelque 150 pièces présentées n'oublient ni l'intrusion de la Réforme ni des guerres de religion (dont Les Tragiques, d'Agrippa d'Aubigné, publiés en 1616). Cette exposition pour érudits et fervents de la poésie s'achève avec la mort d'Henri IV (1610) et les débuts du baroque. Après, le Grand Siècle, qui n'est pas celui de Jean Paul Barbier-Mueller, commence. "Mignonne, allons voir... Fleurons de la bibliothèque poétique Jean Paul Barbier-Mueller", bibliothèque du château de Chantilly. Tél. : 03-44-27-31-80. Du mercredi au lundi, de 10 heures à 18 heures. Jusqu'au 4 août. 10. Catalogue sous la direction de Nicolas Ducimetière, Hazan-Fondation du domaine de Chantilly-Musée Barbier-Mueller/Fondation Martin-Bodmer, 540 p., 59 e LE MONDE | 23.04.08 | par Emmanuel de Roux |
|
vendue aux enchères à New York. Une lettre écrite par le président américain Abraham Lincoln en réponse à une pétition d'enfants demandant la fin de l'esclavage pourrait atteindre cinq millions de dollars lors d'une vente aux enchères de documents historiques le mois prochain à New York. La lettre date de 1864, un an avant l'assassinat du président américain au début de son second mandat, et demande à Lincoln "de mettre en liberté tous les petits enfants esclaves dans ce pays". "S'il vous plaît, dites à ces petits que je suis très heureux que leurs jeunes coeurs soient tellement remplis d'une juste et généreuse sympathie", écrit le président Lincoln, associé à la guerre de Sécession et à l'abolition de l'esclavage. "Bien que je n'aie pas le pouvoir d'accorder tout ce qu'ils demandent, je leur fait confiance pour qu'ils se souviennent que Dieu l'a et que c'est sa volonté de le faire", ajoute la lettre. Les autres documents mis en vente par la maison Sotheby's le 3 avril prochain incluent l'autographe de Lincoln datée du jour où il a prononcé son discours le plus célèbre, le discours de Gettysburg, considéré comme un des plus éloquents de l'histoire américaine. L'autographe, signé en novembre 1863 lors de la cérémonie célébrant la mémoire des milliers de soldats de l'Union tués à Gettysburg, Pennsylvanie (est) devrait atteindre un million de dollars. Une lettre écrite par le troisième président américain Thomas Jefferson sera également mise aux enchères. AFP WASHINGTON (AFP) - 07 mars 2008 |
|
"Une impressionnante collection d'ouvrages du XXe siècle en vente le 11 mars à Paris"
C'est l'histoire d'un homme qui eut, toute sa vie, pour intérêt principal les livres et rien que les livres. Son métier : courtier et représentant en livres. Sa collection : les livres de 1880 à 1980. Il vivait seul, n'eut manifestement pas d'enfants et aimait les lectures d'écrivains importants ou singuliers dans des éditions originales qu'il accumulait en piles dans son appartement au point d'en devenir envahissantes. Il était obsédé par la discrétion et, à Paris, peu nombreuses sont les personnes qui l'avaient remarqué. Tout juste, le collectionneur chevronné des surréalistes Paul Destribats, qui en parle comme de quelqu'un aux " lectures raffinées ". Le libraire de la rue de Seine aujourd'hui retiré Bernard Lollier, dont il fut l'ami pendant trente ans, raconte une personne très secrète. " Il ne parlait pas de sa bibliothèque, mais on peut penser que parmi les livres qu'il vendait, il en gardait quelquefois, de littérature moderne. " Il s'appelle Jean Bélias, est aujourd'hui très âgé, vit dans une maison de retraite et a, semble-t-il, perdu une partie de ses facultés. Le 11 mars prochain aura lieu à Drouot la première étape de la cession de sa bibliothèque. Un ensemble de bonne qualité Comme cet amateur ne bénéficiait pas de moyens importants, ces enchères ne contiennent pas de pièces " stars " de la bibliophilie estimées pour des sommes hors du commun, mais un ensemble à la fois pléthorique et de bonne qualité, qui devrait répondre aux attentes de férus de littérature moderne. L'expert Christan Galantaris explique que l'ensemble sera dispersé en cinq ventes. " Tous les livres ont été bien choisis. Ils sont tous intéressants et dans des éditions qui ne sont jamais des livres de poche. On ne peut pas vraiment dire qu'il était collectionneur car il ne possédait pas un seul rayonnage. Les ouvrages qui existent pour certains en double, voire triple exemplaire, étaient accumulés à même le sol. En outre, alors qu'il connaissait de nombreux artistes, il ne leur avait jamais demandé d'imaginer pour lui un ex-libris, cette marque distinctive des bibliophiles. " S'il n'était collectionneur, alors il était pour le moins accumulateur. Dans le catalogue, l'expert évoque " un bibliophile qui tient à garder l'anonymat ". Mais, dès la première page comportant une illustration, il dévoile son identité en reproduisant un envoi du poète René Char à " mon ami Jean Bélias ", daté de 1949. C'est Char lui-même qui a écrit sur une page le poème " Le Carreau ", accompagné d'un dessin abstrait destiné à l'amateur. La feuille est estimée 1.200 euros. En fait Jean Bélias, le discret, a fréquenté les cercles intellectuels de l'avant-garde parisienne même si, dans cette première vente, aucun autre document ne marque ses liens personnels avec les gens de lettres du XXe siècle. Parmi les lots portant les estimations les plus élevées, figure une pièce importante de Marcel Duchamp, appelée " La Boîte-en-valise " et qui consiste en un résumé de l'oeuvre de l'artiste comprenant 83 objets et documents. Editée à 100 exemplaires dans les années 1965-1968, elle est estimée 20.000 euros. Parmi les livres les plus sulfureux de la deuxième partie du XXe siècle, il y a " Histoire d'O ", récit sado-masochiste de Pauline Réage alias Dominique Aury, secrétaire de la " Nouvelle Revue française ". Il est publié en 1954 et 20 exemplaires sont imprimés sur un papier luxueux, du vélin d'Arches. L'exemplaire proposé en fait partie, avec une estimation de 3.000 euros. Le manuscrit original de ce roman à scandale avait été vendu aux enchères, chez Christie's, en avril 2006, pour 102.000 euros. Quant à l'ouvrage lui-même, il paraîtra avec une préface de Paulhan, qui écrit " Enfin une femme qui avoue "... En 1947, le même Paulhan faisait paraître " Métromanie ou les Dessous de la capitale ", un texte plus sage, car sur le sujet du métro parisien, illustré de 60 gravures de Dubuffet. Le volume, tiré à 160 exemplaires, est marqué en l'occurrence par un envoi de Paulhan au célèbre éditeur Gaston Gallimard. Estimation : 3.000 euros. Jean Bélias " fréquentait " aussi les poètes plus anciens comme Stéphane Mallarmé. En 1891, ce dernier avait fait publier " Pages ", une anthologie de son oeuvre ornée d'une gravure d'Auguste Renoir représentant une gracieuse femme nue, édité dans ce papier (vergé de Hollande) à 275 exemplaires. Deux grands noms de la fin du XIXe siècle pour un livre estimé 1.500 euros. Estimations basses Le collectionneur qui voulait rester anonyme connaissait personnellement l'initiateur du mouvement Dada en Suisse, Tristan Tzara. Sept ouvrages du poète, abondamment illustrés, sont proposés ce 11 mars dont " Parler seul ", un recueil de 1948-1950 avec 72 lithographies de Joan Miró (5.000 euros). Quelques années plus tôt, en 1938, les surréalistes et leurs amis s'étaient amusés à détourner de leur vocation des mannequins de magasin. De Dali à Duchamp, ils avaient transformé ces personnages immobiles en déployant des trésors d'imagination et Man Ray avait photographié leurs exploits. Les 15 clichés témoins de ces petites aventures fantaisistes n'ont été publiés qu'en 1966 et Jean Bélias possède l'ouvrage relié, dans un tirage à 37 exemplaires sur papier vergé d'Arches, signé de Man Ray. Il est estimé 8.000 euros. En tout, 250 lots sont proposés avec des estimations moyennes de 2.000 euros, qui sont plutôt basses par rapport aux cotes habituelles. Une stratégie classique pour attirer les enchérisseurs car, comme l'explique l'expert : " Plus on fixe des estimations basses, plus les prix sont hauts. " JUDITH BENHAMOU-HUET Le Echos.fr jeudi 28 février 2008 |
|
L'ex-Premier ministre français Dominique de Villepin, grand admirateur de Napoléon, vendra en mars aux enchères à Paris sa collection de livres et de manuscrits sur l'empereur et l'Empire, a annoncé la maison d'enchères. La collection, réunie depuis plus de trente ans par Dominique de Villepin, comprend des éditions originales, et des pièces autographes, dont des lettres de Napoléon 1er. La vente, le 19 mars à Drouot-Richelieu, propose quelque 350 lots, estimés autour des 400.000 euros. Parmi les prix les plus importants, un almanach italien qui appartenait à Napoléon est estimé 5.000-8.000 euros et une lettre signée de l'Empereur à Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie, 2.000-3.000 euros. Selon l'expert de la vente Benoît Forgeot, M. de Villepin a choisi de vendre sa collection après avoir décidé de "tourner la page" Napoléon. L'ancien Premier ministre a écrit une saga impériale, avec "Les Cent-Jours ou l'Esprit de sacrifice" en 2001, suivi de "Le Soleil noir de la puissance" en 2007. Un troisième tome, "La Chute ou l'Empire impossible", doit sortir en septembre. PARIS (AFP) - 9 fèvrier 2008 |
|
En l'espace de plusieurs années, près de soixante-dix livres anciens dont certains de grande valeur ont été dérobés à la bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer. Un ancien agent technique a été mis en examen dans ce scandale et sera prochainement jugé devant le tribunal. Il devra répondre du vol de cinq atlas d'une valeur de 67000 euros. Mais une question demeure : qui a volé les autres ouvrages. LA VOIX DU NORD 14 janvier 2008 |
|
Un peu moins d'un an après le rachat du manuscrit de Gruuthuse par les Pays-Bas, la Flandre risque de perdre un autre manuscrit important, l'Antifonarium Tsgrooten. En effet, aucune institution culturelle belge ne souhaiterait acheter l'oeuvre, révèle jeudi le site web de l'hebdomadaire "Knack". La famille princière belge de Mérode a récemment mis en vente le célèbre manuscrit Antifonarium Tsgrooten. L'Antifonarium est un manuscrit exceptionnel, réalisé aux environs de 1500 par Franciscus van Weert, sur demande d'Antonius Tsgrooten (1460-1530), l'abbé de l'abbaye de Tongerloo. "Les experts considèrent l'Antifonarium comme un magnifique exemple de l'art brabançon du seizième siècle", selon l'hebdomadaire flamand. La famille de Mérode propose l'Antifonarium aux institutions belges, dont la Bibliothèque royale à Bruxelles, pour 400.000 euros. Selon "Knack", le dossier d'achat serait depuis quelque temps entre les mains du ministre flamand de la Culture, Bert Anciaux (Spirit). En l'absence de réponse, le manuscrit sera envoyé au début de l'année prochaine à Londres où il sera probablement mis aux enchères par Christie's. ARTS & LITTéRATURE jeudi 27 décembre 2007 |
|
À Paris, le site historique de Richelieu sera en travaux pendant cinq ans. Une modernisation qui s'effectuera sans fermeture. « IL FAUT refaire de ce lieu négligé un pôle de rayonnement scientifique et culturel au coeur de Paris. » En une phrase, Bruno Racine, le président de la Bibliothèque nationale de France (BNF) définit l'ambition des grands travaux qui attendent l'institution sur son site historique de Richelieu, à Paris. En 2009, le quadrilatère cerné par les rues de Richelieu, Colbert, Vivienne et des Petits-Champs (dans le IIe arrondissement) entrera en chantier et pendant cinq ans, cette opération menée sous la direction de l'architecte Bruno Gaudin visera à rénover et à moderniser quelque 59 000 m². « On peut se demander pourquoi cela n'a pas été fait plus tôt, poursuit Bruno Racine, car l'état des lieux est préoccupant depuis des années. » La sécurité, en particulier, est loin d'être parfaite. Ainsi Jacqueline Sanson, la directrice générale adjointe de la BNF ne manque pas de remarquer que l'on est encore « en 110 volts dans une grande partie des espaces ». Sans doute faut-il également remettre de la cohérence dans ce vaste ensemble disparate. La bibliothèque a pris pied sur cette parcelle au coeur de la capitale à partir de 1720 et l'a grignotée au fil des ans jusqu'à occuper entièrement le quadrilatère à la fin du XIXe siècle. « Il s'agit d'un ensemble de constructions XVIIe, XVIIIe, XIXe et XXe », explique Jacqueline Sanson. Sans compter que le contenu des lieux a été modifié ces dernières années. Il y eut ainsi, à partir de 1997, le départ des collections aujourd'hui conservées dans les tours du site François-Mitterrand, dans le quartier de Tolbiac (XIIIe arr.). Restaient alors sur place notamment cinq départements spécialisés comme celui des Cartes et plans ou celui des Manuscrits tandis qu'un certain nombre d'espaces devenaient vacants. Un chantier en deux phases Il faut encore tenir compte de l'installation à venir des collections de la future bibliothèque de l'Institut national d'histoire de l'art (INHA) et de celle de l'école des Chartes. Pour un budget aujourd'hui évalué à 150 Meur, financé à 80 % par le ministère de la Culture et à 20 % par celui de l'Enseignement supérieur, il faudra donc rénover et réorganiser l'intérieur, remettre les dispositifs de sécurité aux normes, améliorer les conditions de conservation des collections autant que l'accueil du public. Le tout sans toucher au caractère des lieux. « Notre intervention sera complexe autant que discrète », remarque Virginie Brégal, chef de projet à l'agence Bruno Gaudin. Qui plus est, l'opération devra s'effectuer sans que la bibliothèque ferme. Pour cela, le chantier sera organisé en deux phases, la première concernera les bâtiments côté Richelieu et, pour la deuxième, à partir de 2012, se concentrera côté Vivienne. L'ensemble devrait être achevé fin 2014. À ce stade, budget et délais évoqués doivent être pris avec prudence. Ces derniers mois, l'organisme chargé de mener la plupart des grands chantiers du ministère de la Culture, l'Établissement public de maîtrise d'ouvrage des travaux culturels (Émoc) s'était vu reprocher de nombreux retards et dépassements de budget. Au point que la commission des finances du Sénat avait demandé une enquête à la Cour des comptes. Toutefois mercredi dernier, lors d'une audition publique organisée au palais du Luxembourg à l'issue de cette étude, il a été constaté que si le fonctionnement de l'Émoc est perfectible, les difficultés sont aussi en partie imputables à la nature même du système de la culture. Ont par exemple été pointés du doigt des budgets régulièrement sous-estimés lors du lancement des opérations ou les changements de responsables politiques qui se traduisent parfois par des modifications de programme. Le chantier de la BNF sera en tout cas l'un des gros chantiers à venir dont l'Émoc aura la charge. Le Figaro - Vendredi 13 juillet 2007. Marie-Douce Albert |
|
Marin dans l'âme, Jean de Gonet a relié les oeuvres complètes de Joseph Conrad. À QUOI ressemble un grand relieur, cet « enchanteur des bibliothèques » que se disputent bibliophiles et enchères, la Réserve de la BNF et les grands banquiers type Rothschild ou Lazard ? Le sourcil en bataille et l'oeil bleu myosotis, Jean de Gonet reçoit tous ses visiteurs en son atelier d'artiste comme le marquis généreux reçoit ses convives en son château champêtre. Bien qu'il se trouve sous la cour d'un bloc de petits immeubles parisiens, il y souffle l'air du large. Parfois même le bruit de la tempête lorsque la pluie s'accumule sur la bâche bleu océan qui couvre la verrière (1). Tempétueux, ce diable d'homme l'est d'ailleurs, qui aime ou qui déteste, qui goûte peu « les appliqués », les terre-à-terre et les tièdes. En cela, cet accro de deltaplane et de planeur appartient bien au monde des livres où les passions se défendent à mots parfois assassins. À 10 ans, ce « fils inespéré d'une belle lignée de filles » avait déjà sur sa table de chevet Mort à crédit, de Céline. Oublier le mot «ennui» « J'attends toujours que quelqu'un m'explique pourquoi, durant les trente-cinq années qui viennent de s'écouler, personne, jamais, n'est me taper sur l'épaule pour interrompre ma longue et joyeuse danse autour de la reliure et me proposer enfin un volume du formidable Joseph Conrad », s'étonne-t-il en gentilhomme du pays d'Oc habillé de lin blanc, au gène plus échanson que cavalier. Deux grands favoris à sa panoplie, en blanc : le Meursault, Tessons Clos de Monplaisir et, en rouge, le Bandol Templier la Migoua. Faute d'amateurs de cette prose aventureuse (La Folie-Almayer, 1895), de ces romans, contes (Lord Jim, 1900) et nouvelles du grand large (Le Miroir de la mer, 1906) et donc de commandes sur mesure, Jean de Gonet s'est donné comme quête de réunir Conrad sous ses meilleurs exemplaires. Comme ces « exemplaires réimposés » tirés à 100 numéros, imprimés au nom du commanditaire, comble du chic bibliophile. Certains, par les lois aléatoires de la survie et donc de la rareté, sont désormais introuvables, comme le recueil de formidables nouvelles Histoires inquiètes (1898) ou le conte Fortune (1913). Ses « 34 reliures en biais » donnent à tous leurs lettres de noblesse, « un air de famille » sous le « faux tressé », cuir qui fait trembler la main du lecteur par sa douceur. « L'objectif est de s'approcher le plus possible de ces distrayantes familles nombreuses où les enfants sont autant de propositions surprenantes, pourtant issus d'un même moule, qui nous font oublier ce que le mot ennui signifie », commente cet orateur au vocabulaire précis de marin, au lyrisme pudique de militaire. Son grand-père, lui aussi un Jean de Gonet, abandonna très vite le barreau pour créer avec Gustave Fayet la chambre musicale de Béziers. Odilon Redon fit un ravissant pastel de sa tante Geneviève, un autre de sa grand-mère Henriette dont « la chambre aux papiers peints imprimés à la main, les splendides bouquets, les lectures et les rires ont nourri [sa] palette intime ». Le beau en héritage. Après avoir créé près de 1 500 reliures « simples, faussement simples », de Proust à Char et Michaux, ce lecteur patenté qui chante Trenet comme personne s'est offert un « pur exercice de relieur ». Une figure imposée sur l'oeuvre complète de son cher Joseph Conrad, écrivain découvert en mer par cet autodidacte qui gagna le concours du Service historique de la Marine. Ode donc à l'aristocrate polonais dont l'anglais reprend le rythme des vagues et des traversées, et dont l'oeil lucide cerne toutes les failles de la condition humaine (2). (1) À voir jusqu'au 13 juillet chez Artefacts 8, rue Édouard-Lockroy, 75011 Paris (de 4 000 eur à 9 800 eur). Tél. : 01 43 38 06 57. (2) À lire, « Joseph Conrad, Nouvelles complètes », éditions établies par Jacques Darras, « Quarto », Gallimard, 2003. Le Figaro - Valéeie Duponchelle le 06 juillet 2007 |
Fleurs du Mal offert par Baudelaire à Delacroix a atteint
mercredi soir chez Sotheby's à Paris la somme record de 510 000
|
Un exemplaire des Fleurs du Mal offert par Baudelaire à Delacroix a atteint mercredi 4 juillet chez Sotheby's Paris, la somme record de 510 000 euros, lors d'une vente de manuscrits et livres rares. L'ouvrage, l'un des clous de la vente de la Collection Pierre Leroy, grand bibliophile, a enregistré un record mondial pour une édition originale de littérature française, selon Sotheby's. Le précédent record était détenu par un exemplaire d'une Saison en Enfer de Rimbaud vendu chez Pierre Bergé le 20 juin 2006, à 440 000 euros (sans les frais), selon la même source. L'ouvrage daté de 1857 avait été offert par le poète au peintre Eugène Delacroix, en «témoignage d'une éternelle admiration», comme le souligne la dédicace manuscrite et signée. L'exemplaire, qui comporte trois corrections autographes, était estimé 300 000-400 000 euros. Amoenitates Belgicae, un manuscrit autographe de 23 pièces en vers, derniers poèmes de Baudelaire dans lesquels il fulmine contre la Belgique, estimé 250 000-350 000 euros, a atteint 200 000 euros (hors frais). Le manuscrit a appartenu à l'éditeur des Fleurs du Mal, Auguste Poulet-Malassis. Le manuscrit du poème poème Le Vin des Chiffonniers, signé Baudelaire, estimé 100 000-150 000 euros, a atteint 140 000 et un exemplaire des Paradis artificiels ayant appartenu à Maxime du Camp, estimé 100 000-150 000 euros, a atteint 165 000 euros. Un manuscrit signé Lamartine portant abolition de la peine de mort en matière politique, qui devait être mis aux enchères, a été retiré de la vente par le collectionneur qui a annoncé mardi soir à la ministre de la Culture et de la Communication Christine Albanel qu'il faisait don à l'État de ce document historique. Le document, premier décret pris par le Gouvernement provisoire de 1848, écrit de la main de Lamartine et signé de lui et de tous les autres membres du gouvernement, était estimé entre 60 000 et 80 000 euros. Paris mercredi 3 juillet 2007. |
|
Le Palais des beaux-arts de Lille présente soixante-quinze tableaux du peintre, la plus grande exposition sur l'oeuvre de l'artiste favori de Marie de Médicis et Richelieu, l'un des plus grands de l'âge classique. LE BEAU NOM de Philippe de Champaigne (1602-1674) peut faire peur : tout le monde sait peu ou prou qu'il s'agit d'un grand peintre français (même s'il est né à Bruxelles). Mais il y a dans l'imaginaire français quelques rigides a priori scolaires - dont a souffert Racine, lui aussi baigné de jansénisme et de génie déchaîné - qui peuvent faire qu'on hésite à se déplacer pour voir au Musée des beaux-arts de Lille la plus grande exposition qu'on lui ait jamais consacrée. Comme le sentiment religieux, le respect du pouvoir, lequel, au XVIIe siècle, avec Richelieu notamment portraituré onze fois par l'artiste, conduit à la création de la notion d'identité française, le sens de la hiérarchie, la rigueur, voire cette intransigeance en art qui allie réalisme, simplicité, harmonie, nature, composition, humilité. Et beaucoup d'autres choses, l'invitation, par exemple, à une contemplation des oeuvres, longue et silencieuse, quoi qu'on en dise dans l'esprit des messieurs et des soeurs de Port-Royal. Tout cela, et le sous-titre même de l'exposition - « Entre politique et dévotion » -, peut dissuader ceux qui attendent d'abord d'un tel événement qu'il soit plus chatoyant qu'austère, plus propice à la rêverie que pédagogique, plus spectaculaire que méditatif. Il se trouve que la visite de cette exposition supervisée par le subtil Alain Tapié peut satisfaire aussi bien le béotien simplement assoiffé d'une sidérante, continue et immédiate beauté des 75 toiles ici accrochées, que l'exégète, le théologien aux aguets. Qu'importe en ces lieux ces savoirs ou ces disputes interminables sur la grâce ou la prédestination, disputes illustrées par Bunuel dans une scène de duel d'anthologie d'un film qui l'est tout autant : La Voie lactée. L'exposition, on l'aura compris, qui réunit des toiles venues du monde entier, avec cependant l'absence étrange de la plus célèbre d'entre elles - un « tube » si l'on nous permet cette trivialité, surtout s'agissant d'une toile mystique et d'action de grâces -, le fameux Ex-voto que connaissent tous les visiteurs du Louvre ; l'exposition est impressionnante d'emblée. Une face du Christ saisissante et, plus loin, des portraits majestueux de Richelieu. Oxymore merveilleux : l'exaltation des Majestés et des figures de l'humilité, sans doute plus nobles encore dans cette Adoration des bergers (vers 1648), dans cette Présentation au temple, dans cette Résurrection de Lazare, dans le sentiment pictural de la présence des corps, des visages, dans ces mains, merveilleux outils du pouvoir et de l'oraison. Les plus belles jamais peintes, avec celles de Dürer. Et les plis et les drapés, les vertiges se succèdent. En ordre. Splendeur des paysages La fête s'enrichit, autre oxymore puisque Champaigne arrive à une perfection dans la simplicité : les visages, psychologiques, impénétrables ou séraphiques, parfois en même temps. La splendeur des paysages qui vient d'une souterraine influence flamande. On sait que le jeune Philippe, ami de Poussin, s'émerveilla et utilisa les sortilèges de l'art des peintres du Nord sur la question. Étrange sensation qui se dégage de l'exposition : tout est savant, comme chez Bach, et tout semble gracieux et naturel, même dans les oeuvres majestueuses, tandis que surgissent par instants des effrois (les têtes de décollés de Pierre et Paul). Sans parler de l'influence manifeste du grand Rubens dont le jeune homme refusa de rejoindre l'atelier. Non parce que, selon une légende tenace, ses parents n'en avaient pas les moyens (le génial Flamand était tout sauf cupide), mais parce qu'il avait peut-être pressenti que le baroque brillant, tournoyant, de la Contre-Réforme ne ferait pas partie de son univers. Et puis il y a ce bleu, la couleur du ciel, dont les nuances atteignent ici des sommets presque surnaturels. À elle seule, elle mérite qu'on s'attardât des heures devant certaines toiles. L'artiste s'inspirait plus volontiers de saint Augustin que d'Ignace de Loyola. DEPUIS la grande rétrospective organisée en 1952 à l'Orangerie des Tuileries, les spécialistes continuent de se disputer pour savoir si Philippe de Champaigne était ou non janséniste. La question ne peut pas être posée en termes aussi abrupts, même si certains éléments biographiques autorisent une réponse positive. Peintre du parti dévot dans le Paris des années 1630, Philippe de Champaigne mit ses deux filles Françoise et Catherine en pension à Port-Royal de Paris en 1648. En 1662, la guérison de sa fille célébrée par son Ex-voto fut interprétée par les amis de Port-Royal de la même façon que celle de la nièce de Pascal six ans auparavant : un miracle manifestant l'élection divine en pleine bataille contre les jésuites. Impressionnant d'humanité En 1664, le peintre soutint le monastère contre les persécutions mises en scène par Montherlant dans sa célèbre pièce. Il semble qu'il ait caché dans sa maison Lemaître de Sacy, le traducteur de la Bible traqué par la police. On peut aussi rappeler que Philippe de Champaigne peignit plus volontiers saint Augustin qu'Ignace de Loyola, qu'il donna des frontispices pour les « écrits de combat » des Messieurs, de nombreux tableaux de piété aux maisons de Port-Royal et plusieurs portraits des religieuses et des Solitaires. Aux Champs, étaient ainsi accrochés la Grande Cène, une Vierge, un Saint-Jean Baptiste, des Pèlerins d'Emmaüs, un Bon Pasteur, un Saint-Bernard, un Saint-Benoît, l'Ex-voto de 1662 et des portraits des mères supérieures. Parmi les vestiges de ce bel ensemble dispersé en 1709, les pèlerins de Port-Royal des Champs peuvent habituellement admirer un Christ aux outrages impressionnant d'humanité dans son drapé rouge. Il est accroché au Musée des beaux-arts de Lille jusqu'au mois août. Ce Christ, où la représentation veut être signe en s'identifiant à la vérité vivante, permet de répondre à la question posée. Champaigne, peintre de Port-Royal ? Une réponse offerte à chacun des visiteurs de l'exposition lilloise. Palais des beaux-arts de Lille, jusqu'au 15 août, tél. : 0 800 03 20 07. www.musenor.com Catalogue édité par la Rmn, 352 p., Prix : 45 euros. Le Figaro - Hervé DE SAINT HILAIRE. le 27 avril 2007 Le temps paraît suspendu à Port-Royal des Champs À l'orée de la vallée de Chevreuse, un musée national conserve la mémoire des controverses jansénistes qui touchèrent jusqu'à la peinture. LE GRAND SIÈCLE est un paysage choisi où cohabitent les contraires : le côté de Versailles et le côté de Port-Royal. À celui-là les ors, les foules. À celui-ci la paix et la faveur d'esprits élus. À trois siècles et demi de distance, deux conceptions du monde et de la vie continuent de s'opposer au coeur des Yvelines. On vient à Versailles en visite, mais on va à Port-Royal en pèlerinage, traquant les ombres des Solitaires sous les grands arbres. C'est une des plus belles promenades d'Île-de-France depuis la réunification, en 2004, des ruines de l'abbaye rasée en 1710, au fond du vallon, et des Granges, sur le plateau, en un domaine unique administré par le ministère de la Culture. À l'orée de la vallée de Chevreuse, où le temps paraît suspendu, il est émouvant de marcher de l'un à l'autre par les Cent Marches que le jeune Racine descendait chaque matin pour assister à l'office et remontait pour entendre les leçons de grammaire, de grec et d'hébreux des Messieurs. Émouvant de songer aux visites que Philippe de Champaigne fit aux Champs, venu chercher le silence, la grâce et la paix parmi les Solitaires. Le maître, qui a participé aux chantiers du Luxembourg, de la Sorbonne, du Val-de-Grâce et des Tuileries, n'a pas pris part à la décoration de Versailles. Mais il a donné de nombreuses oeuvres aux deux monastères cisterciens de Port-Royal des Champs et de Paris. Philippe de Champaigne, janséniste ? Autant que le Pascal de la dix-septième Provinciale expliquant qu'il ne l'était pas. « Vous supposez premièrement que celui qui écrit les Lettres est de Port-Royal... Je n'ai qu'à vous dire que je n'en suis pas, et à vous renvoyer à mes Lettres, où j'ai dit que je suis seul, et en propres termes, que je ne suis point de Port-Royal... » C'est ainsi que depuis l'origine, le jansénisme est un fantôme. C'est un songe, un mirage, un mythe littéraire qui plane autour des noms de Saint-Cyran, Pascal, Lemaître de Sacy, Arnauld, Nicole, Racine, Mme de Sévigné, Mme de La Fayette, La Rochefoucauld, Lancelot, La Fontaine, Charles Perrault, Boileau, Mme Longueville. Et Champaigne, naturellement. Musée national de Port-Royal des Champs, route des Granges 78114 Magny-les-Hameaux. Visite guidée sur rendez-vous. Tél. : 01 39 30 72 72. Le Figaro - SÉBASTIEN LAPAQUE |
|
l'un sur la fameuse collection Chennevières, l'autre sur un artiste un peu oublié, Joseph Parrocel (1646-1704). Cette fête du dessin, discipline que le grand Ingres définissait comme « la probité de l'art », est l'occasion de nombreuses expositions. Au Louvre, notamment, avec un événement : « La Collection Chennevières, quatre siècles de dessins français ». Un régal, un festin généreux et léger dont on sort délicieusement nourri. Louis-Antoine Prat, commissaire de l'exposition (avec la précieuse collaboration de Laurence Lhinares), a l'habitude de soigner ses convives. Voici donc présentées - et de belle manière - 43 des 89 dessins du Louvre (et une vingtaine appartenant à des collections privées) provenant de la collection d'un amoureux exceptionnel du bel art : Philippe de Chennevières (1820-1899), qui fut conservateur au Louvre, directeur des Beaux-Arts, et qui constitua un fastueux trésor de 3 500 dessins français allant de 1500 à 1860. Un vertige graphique dont l'exposition (et le catalogue qui l'accompagne, édité par le Musée du Louvre, 49 eur) donne une idée. Voici de fascinantes confrontations : David, Charles Le Brun, Delacroix, « Les Saisons » d'Antoine Dieu, Nicolas Poussin (entre autres, la puissante vérité de Mars et Vénus), Simon Vouet, Watteau le poète ou Fragonard le dramaturge avec cet extraordinaire lavis brun, Ma chemise brûle ! d'une impressionnante virtuosité technique et narrative. On peut admirer beaucoup d'oeuvres d'autres artistes que l'impitoyable et mystérieuse postérité n'a pas forcément glorifiées comme Augustin Pajou. La visite de l'exposition, panorama des sensibilités artistiques de quatre siècles, donne le sentiment presque nostalgique de talents qui semblent naturellement élégants, aisés, même dans la plus extrême sophistication, un peu comme ceux des grands et petits maîtres de la littérature de ces époques. Le dessin, comme un écrit pensé ou spontané, un art tout proche des subtilités la parole, dans le murmure, la confidence ou la déclamation. il est à noter que les visiteurs pourront également découvrir un tableau de Géricault, Le Déluge, propriété de Chennevières, qui l'échangea contre le carnet de David. Une expressivité parfois sidérante Le Musée du Louvre offre une autre occasion de délectation et de méditation sur l'art graphique avec une très belle exposition consacrée à Joseph Parrocel (1646-1704). Un artiste lui aussi un peu oublié, connu surtout comme peintre de bataille mais dont le département des arts graphiques du Louvre propose, à l'occasion de la publication d'une monographie de Jérôme Delaplanche (Joseph Parrocel. La Nostalgie de l'héroïsme, aux Éditions Arthena, 121 eur), de dévoiler d'autres facettes de cet artiste à la main ferme, libre et d'une expressivité parfois sidérante : dans les scènes de genre, les atmosphères champêtres à la manière du Watteau chanté par Verlaine et surtout dans les sujets religieux. Les soixante feuilles et gravures ici proposées en témoignent. Puisque l'on parle de dessins et du Louvre, dont les trésors en la matière sont inépuisables, rappelons qu'en raison de leur grande fragilité, de leur sensibilité à la lumière notamment, les oeuvres sur papier ne peuvent que rarement faire l'objet d'une exposition. En revanche, le département des arts graphiques du Louvre met à la disposition du public une salle de consultation que l'on peut visiter à la condition d'une inscription préalable (tél. : 01 40 20 53 51). La fragilité de ces dessins anciens, tels ceux que l'on peut voir dans ces deux expositions, apporte peut-être un surcroît de poésie rêveuse à leur contemplation. Au Louvre jusqu'au 7 juin. « La Collection Chennevières, quatre siècles de dessins français » et, jusqu'au 7 mai, « Joseph Parrocel (1646-1704) ». Rens. : 33 (0) 1 40 20 53 17. le FIGARO - Hervé de Saint Hilaire le 23 mars 2007 |
|
À Tours, au Musée des beaux-arts, ses séries enluminées sur les loges du Vatican et la galerie du palais Farnèse sont réunies pour la première fois au grand complet. Une exquise plongée à l'eau-forte dans l'arabesque italienne. Faites comme la Grande Catherine, délectez-vous des arabesques merveilleuses de Giovanni Volpato. L'impératrice de toutes les Russies se « montait le sang à la tête » au point de vouloir faire de Saint-Pétersbourg une seconde Rome en tournant les pages de gigantesques reliures où le graveur, né à Bassano mais formé à Venise, un des plus grands maîtres de l'eau-forte de tous les temps (1735-1803), avait publié quelques chefs-d'oeuvre absolus. À savoir les décors pour les treize travées des loges du Vatican (1519) dus au grand inspirateur de l'âge classique Raphaël. Et ceux de la galerie du palais Farnèse terminés en 1598 par Annibal Carrache, le père du baroque. Bien sûr, Volpato n'était pas le premier à copier ces prestigieux motifs, mais il est sans conteste le plus minutieux. La moindre expression de grotesque, le moindre branchage, toute la somptuosité d'une nature luxuriante et la connaissance parfaite de la Bible et de la mythologie sont extraits, collectés quasi scientifiquement, des plafonds, voûtes et pilastres, joyaux des bords du Tibre. Dans son atelier de chalcographie ce n'est pas lui qui dessine - Francesco Pannini effectue les relevés sur papier, probablement à main levée - mais à lui le cuivre et la direction de la lourde et onéreuse entreprise d'édition qui bénéficie de l'exceptionnel privilège du pape Clément XIII. Nombre d'estampes sont rehaussées à la gouache et à l'aquarelle, voire enluminées à la feuille d'or et seuls les princes peuvent se les offrir. De tels clients afflueront toutefois. Un style fait « uniquement pour le plaisir des yeux » Ainsi, si Raphaël et Carrache sont les inspirateurs, c'est ce fils de brodeuse qui excelle aussi bien à l'eau-forte qu'à la pointe sèche qui est le principal propagateur d'un style fait, selon Quatremère de Quincy « uniquement pour le plaisir des yeux ». Louis XIV avait déjà fait orner une galerie des Tuileries à l'image de l'intérieur de la galerie du palais Farnèse, mais avec Volpato, c'est toute l'Europe qui s'y met. Du palais d'Hiver de la tsarine Catherine à Saint-Pétersbourg, à Paris (ministère du Travail, Hôtel de la Marine entre autres), de la Suède à l'Allemagne. Jusqu'à la Maison-Blanche. À Tours, au Musée des beaux-arts, la réunion pour la première fois complète des 43 planches des loges et de la galerie Farnèse, grâce à École nationale supérieure des beaux-arts qui a accepté de démonter une des trois reliures de son fonds, rappelle donc que l'oeuvre du géant de Bassano servit de média pour tout un répertoire décoratif : papiers peints, tentures, porcelaines, biscuits... Philippe Le Leyzour, conservateur en chef du musée et Annie Gilet, commissaire de l'exposition ne se privent pas pour dire à quel point le graveur fut un creuset jusqu'à l'Art déco des années 1920. Dans la salle des expositions temporaires qui était celle de l'orangerie de l'ancien palais de l'Archevêché, et qu'on dirait construite pour les estampes tant celles-ci respirent dans un parfait alignement, sur un fond bleu très proche de celui de leurs cieux bibliques, lorsqu'on les examine de près, leurs compositions rivalisent de mondes fantastiques et miniatures. Voici un pilastre d'entrelacs sur le thème des instruments de musique, un autre sur les poissons. Soit de véritables encyclopédies. Mais aussitôt affluent bien d'autres catalogues. Des univers étranges qui balaient tout réalisme et au sein desquels Volpato se révèle plus libre, car il enrichit les modèles raphaëliens et carrachiens déjà saturés de cohortes de sirènes, satyres, griffons, putti, bouquets, paons et autres grappes de difformités monstrueuses inhérentes au genre antique. Tous en séries et pourtant - tel est le charme de l'arabesque - jamais les mêmes. En 43 planches, que de jeux d'effets de fini et d'infini, que d'équilibres subtils entre l'ordre et l'invention, quel subversif mélange de volupté et d'élévation ! Quel étourdissement en somme, purement italien, loin des Grecs, que ce XVIIIe rêvant la Renaissance, laquelle rêvait l'Antiquité. Puissants rêves donc. Précieux et fragiles, à l'image de ces deux cuivres de Volpato, prêts exceptionnels de l'Istituto nazionale per la grafica de Rome, matrices montrant l'envers d'un travail extrêmement difficile et extrêmement léger, sa réalité. « Giovanni Volpato : les Loges de Raphaël et la Galerie du palais Farnèse», jusqu'au 30 avril au Musée des beaux-arts/Palais des archevêques, 18, place François-Sicard, 37000 Tours. Tél. : 02 47 05 68 73. Catalogue couleur en français édité par Silvana Editoriale (Milan) 264 p., 30 euros Le Figaro - ÉRIC BIÉTRY-RIVIERRE. - 15 février 2007 |
|
grâce aux "généannoteurs". Passionnés de généalogie, une cinquantaine de "généannoteurs" de toute la France répertorient sur internet des actes de naissance du XIXe siècle de la ville de Rennes, une initiative destinée à faciliter la tâche aux millions de Français à la recherche de leurs ancêtres. L'expérience a été lancée en 2005 par les Archives municipales de Rennes, pionnières dans le développement des archives numérisées. Elle permet d'accéder d'un simple clic à des informations habituellement difficile d'accès et de faire gagner un temps précieux aux généalogistes amateurs. "Il est désormais possible de taper directement le nom désiré au lieu de chercher page après page sur les états civils, ce qui peut prendre des heures", explique Chantal L'Huillier. Cette habitante de Meurthe-et-Moselle est l'un des cinquante "généannoteurs" travaillant bénévolement avec les Archives de Rennes. La généalogie est pour elle "une passion" qu'il "ne faudrait pas commencer" à vivre tellement elle est dévorante. Chantal L'Huillier a découvert l'initiative rennaise en remontant l'arbre généalogique de sa mère, originaire d'Ille-et-Vilaine. Depuis, elle reçoit tous les deux mois par courriers électroniques les pages numérisées des registres des naissances, dont elle doit déchiffrer un à un les noms de famille, avant de renvoyer les fichiers décryptés sur le site des archives municipales. "J'y travaille un petit peu tous les jours", raconte-t-elle. La généalogie est l'un des passe-temps préféré des Français, dont 42% disposent déjà de l'arbre généalogique de leur famille, selon une étude réalisée en juin 2006 par Ipsos à la demande du site internet notrefamille.com. Ils sont 23% à s'être intéressés à cette science au cours des deux dernières années, dont 15% en faisant des recherches pour établir une arbre généalogique et 13% en visitant un ou plusieurs sites internet. Les Archives de Rennes espèrent avoir totalement indexé le registre des naissances des années 1793 à 1880 d'ici la fin du premier trimestre, indique Jocelyne Denis-Gouyette, responsable du programme. "Nous passerons ensuite au registre des décès". Le développement d'un nouveau logiciel devrait parallèlement offrir un gain de temps avec l'automatisation des procédures de contrôle, explique Mme Denis-Gouyette. D'autres villes s'intéressent à l'expérience de Rennes, dont la notoriété a profité de l'obtention du Prix Territoria 2006, attribué aux réalisations les plus innovantes des collectivités territoriales. AFP- Rennes samedi 10 février 2007. |
|
Un professeur tchèque a été arrêté pour le vol denviron 1000 cartes anciennes, de toutes les epoques et de toutes origines (couvrant les domaines de la Geographie mais aussi de lAstronomie, Astrologie, Botanique ), estimees a 10 millions de couronnes tcheques (300 000 Euros). Depuis plusieurs annees, il profitait de son statut reconnu pour emprunter des ouvrages rares et y prelevait les cartes et documents qui allaient enrichir sa collection personnelle. http://fr.wordpress.com/tag/rep-tcheque/ - le 31 janvier 2007 |
|
La bibliothèque de l'université de Princeton (est) va être mise en ligne par Google dans le cadre du projet de grande bibliothèque virtuelle du moteur de recherche californien, ont annoncé lundi les deux partenaires. Cet accord renforce ce projet controversé qui a pour but de numériser tous les ouvrages écrits de la planète et de les mettre sur l'internet. Il concernera tous les écrits de la bibliothèque de Princeton non protégés par des droits d'auteur. La bibliothèque de Princeton, l'une des universités les plus renommées aux Etats-Unis, comprend plus de six millions de travaux écrits et cinq millions de manuscrits. Elle a été créée il y a 250 ans. "Plusieurs générations de bibliothécaires de Princeton ont contribué à bâtir une collection remarquable de livres sur des milliers de sujets dans des langues qui se comptent par dizaines", a souligné l'universitaire Karin Trainer. "Participer au projet de Google va nous permettre de partager notre collection avec des chercheurs dans le monde entier, une étape qui répond à la devise non officielle de Princeton d'être au service de la nation et de toutes les nations". Princeton est la 12e bibliothèque d'université à rejoindre le projet de Google, qui a suscité une levée de boucliers d'éditeurs. Ces derniers estiment que Google n'a pas le droit de créer en propriétaire la version électronique de leurs livres ou des bibliothèques mondiales. AFP- 6 février 2007 |
|
La Foire du livre du Caire, la plus importante du monde arabe, semble submergée par l'édition islamique, réduisant aux marges la littérature et les ouvrages scientifiques. Sitôt passées les portes d'accès du parc d'exposition, 1400 stands proposent jusqu'à dimanche, sur 80.000 m2, livres, cassettes et CD à dominante religieuse, dans une atmosphère de kermesse populaire. Près de 2 millions de personnes, selon les organisateurs, auront visité la 39e édition d'une foire qui surclasse, par sa taille celles deBeyrouth, Casablanca et Abou Dhabi. A l'instar de la foire de Francfort, la grande référence internationale, le principe d'un pays "invité d'honneur" a été institué, avec l'Italie cette année, après l'Allemagne l'an dernier. Des rencontres entre écrivains égyptiens -Gamal Ghitani, Alaa al-Aswany, Ahmad al-Aïdi- et italiens -Claudio Magris ou Antonio Tabucchi- ont été organisées, au centre culturel italien. Pour l'ambassadeur d'Italie au Caire, Antonio Badini, il y a "encore du chemin à faire, mais ce sont des signes encourageants du dialogue des cultures, et cela passe par plus de traductions réciproques". "C'est vrai que les éditeurs hors du monde arabe sont peu nombreux, et nous essayons de les faire venir", affirme le patron de la Foire, Nasser al-Ansari, ancien directeur de l'Institut du Monde arabe (IMA) à Paris. Directeur de l'Organisation générale du Livre égyptien (OGLE), la plus grande maison d'édition publique, il se félicite de la présence de l'auteur turc Orhan Pamuk, bête noire des nationalistes turcs. La place d'honneur a été réservée à l'oeuvre du prix Nobel de Littérature, Naguib Mahfouz, décédé en août. "Je crois que ses livres seront les grands succès de la Foire, à part les livres religieux", estime al-Ansari. Parmi 700 éditeurs présents, égyptiens ou d'autres pays arabes, la grande majorité offre des livres religieux. "Nous leur réservons un quart de notre catalogue", dit M. Ansari. Outre d'innombrables éditions subventionnées du Coran, certaines richement reliées avec dorures, ou recueils de fatwas figurent à profusion livres, cassettes ou CD de prédicateurs conservateurs ou islamistes. Les défunts prédicateurs tels les cheikhs égyptien Charaoui et saoudien ibn Baz tiennent toujours la vedette, mais ils subissent une offensive marketing du jeune "télécoraniste" Amr Khaled, à la morale piétiste "new-look". "C'est devenu un vrai business, mais ce fondamentalisme venu d'Arabie Saoudite, a été et reste encouragé cyniquement par le pouvoir", estime Alaa al-Aswani, auteur du best-seller "L'immeuble Yacoubian". Des ouvrages anti-chrétiens sont en rayons comme la "Vérité sur Jésus" de l'éditeur jordanien dar al-Fallah qui taille en pièces les croyances chrétiennes, et ne voit qu'une solution: la conversion à l'Islam. Plusieurs éditions du Mein Kampf d'Hitler sont aussi en vente. "Il fait partie de nos succès, surtout dans la tranche des 18-25 ans", affirme Mahmoud Abdallah, de la maison d'édition syro-égyptienne dar al-Kitab al-Arabi. Parmi d'autres ouvrages du même genre, figure "Les gens du Shabat et les singes", de l'éditeur égyptien dar al-Iman qui explique que les singes descendent des juifs, et non le contraire, comme tous les autres hommes, selon Darwin. "Laisser vendre Mein Kampf est un scandale absolu", estime Mohammed Arkoun, professeur émérite d'histoire de la pensée islamique à la Sorbonne, pour qui la production culturelle arabe, vue à travers la Foire du Caire, "reflète surtout un vide" Plusieurs livres, dont Zorba le Grec de Nikos Kazantzakis et des oeuvres du Français d'origine tchèque Milan Kundera traduits en arabe ont été saisis en douane, empêchant leur présentation à la Foire, a affirmé leur éditeur libanais Dar al-Adab. AFP - Le Caire - 2 février 2007. |
|
Directrice des collections, Jacqueline Sanson a accompagné les transformations radicales de la conservation et s'en souvient en dessinant l'avenir. UNE INSTITUTION, ce peut être une grande idée, une volonté politique, une longue histoire. Mais une institution ce sont surtout les hommes et les femmes qui la font vivre. Jacqueline Sanson est la grande dame de la Bibliothèque nationale de France et elle symbolise par son parcours même l'extraordinaire révolution du savoir qui est au coeur de la métamorphose de la conservation des livres. Elle est intarissable lorsqu'il s'agit de raconter la bibliothèque et le travail des équipes. Archiviste paléographe, elle a été formée à l'École des chartes et a consacré sa vie à la Bibliothèque de France, aujourd'hui Bibliothèque nationale de France. Après le service photographique, elle avait été nommée directrice des livres imprimés en 1988. À l'époque, il n'était pas question de déménagement... Aujourd'hui, quartier Tolbiac, dans son bureau d'où la vue plonge sur le morceau de forêt intérieure, la directrice des collections (imprimé, audiovisuel, collections spécialisées), qui est également directeur général adjoint, revoit sans nostalgie le parcours extraordinaire auquel se sont soumises toutes les équipes de l'institution mais surtout se projette dans l'avenir et évoque avec ferveur les prochaines étapes du développement de la BNF. À Tolbiac, il y a dix ans que les portes se sont ouvertes aux premiers lecteurs. Mais que sont dix années au regard des siècles. De Charles V, installant les 973 manuscrits de la Bibliothèque royale dans une tour du Louvre en 1368, à l'annonce, par le président de la République, le 14 juillet 1988, de la création d'une « très grande bibliothèque d'un type entièrement nouveau », en passant par l'installation de la Bibliothèque royale rue de Richelieu, en 1720, et, en 1981, le passage sous la tutelle du ministère de la Culture... Les travaux de Richelieu La force qu'incarne Jacqueline Sanson, comme l'incarne aujourd'hui le président Jean-Noël Jeanneney, c'est d'avoir accepté la transformation radicale de l'accès au savoir. « Il y a dix ans, nous ne savions pas que la technique nous emporterait si loin, dit-elle. Je ne sais pas si tous les métiers sont ainsi, mais si on n'accepte pas d'être bousculé, on régresse. Le monde change et l'on doit changer avec lui. Ici, dix ans après l'ouverture, on ne peut pas dire que l'on a trouvé une vitesse de croisière. Non. Il faut continuer, aller plus loin. Jean-Noël Jeanneney le sait bien et toutes les décisions vont dans ce sens, c'est indispensable. » Elle revient d'une visite en Tunisie, pour le premier anniversaire de la Bibliothèque nationale. « Il y avait des représentants de l'Algérie, du Maroc, de Mauritanie. À Tunis s'est posé un problème comparable à celui que nous avons connu. Un bâtiment ancien, au coeur de la médina, qu'il a fallu quitter - eux vont en faire un centre culturel - et un bâtiment neuf où le livre va prendre sa dimension du XXIe siècle. » À Paris, le « vieux » bâtiment, c'est Richelieu. Bonne nouvelle : « Une convention de mandat va permettre de faire des études et de choisir un cabinet d'architecture. Agnès Saal, directrice générale et moi-même, nous siégerons au jury. » Jacqueline Sanson sait bien que, pour élaborer Tolbiac, il a fallu une volonté politique forte et les budgets qui vont avec. Et puis des personnalités : Philippe Belaval, directeur général de 1993 à 1998, Jacques Toubon, ministre de la Culture (d'avril 1993 à mai 1995) et maire de l'arrondissement (de 1983 à 2001). Elle sait que cette volonté, on ne la retrouvera pas. Pourtant la rénovation du quadrilatère Richelieu, « cet enchevêtrement de bâtiments qui doivent être mis aux normes », est « indispensable ». Toutefois, artisan du déménagement des collections, elle sera aussi celle qui accompagnera la renaissance de Richelieu (début des travaux en 2009) et le développement de la bibliothèque numérique européenne lancée par Jean-Noël Jeanneney. Le Figaro - Armelle Héliot. le 11 décembre 2006 |
|
Lire Calvin dans le texte ou tout le prix de la Réforme. Clou de cette cinquième vente Berès qui atteint déjà près de 30 M. eur : le livre fondamental de Calvin, publié à Bâle en 1536. LA VEDETTE de la cinquième vente Berès, mercredi après-midi à Drouot, est austère comme un penseur picard, humaniste au long nez et à la barbiche effilée, érudit vêtu de sombre au cou étroitement ceint de sa collerette de fourrure. Pour ce cinquième chapitre de la vente de la bibliothèque Pierre Berès (1), honneur est rendu à son livre phare, Institution de la religion chrétienne, dans lequel le réformateur expose sa doctrine et ses principes théologiques qui devaient changer le monde de la chrétienté. Dans cette somme publiée à Bâle en latin (1536), avant d'être traduite en français (1541), Calvin impose la reconnaissance de la Bible comme source unique de la foi, la doctrine de la prédestination et de la grâce proche des thèses de saint Augustin, le retour à la simplicité primitive du culte où seuls sont admis comme sacrements le baptême et la communion dans une valeur symbolique de commémoration. Plus qu'un livre, une pierre angulaire ou une bombe à retardement. L'édition princeps de cet ouvrage fondamental de la Réforme était la vedette annoncée de cette cinquième vente Berès (3,05 Meur de produit total au marteau), jugée moins riche par les bibliophiles que les précédents chapitres. Comme de juste ? Dans la salle 7 de Drouot, bondée comme pour les précédentes ventes Berès, cette confession de foi vibrante, plus politique et plus polémique du fait de l'affaire des Placards (1534), est partie vers des sommets. Au plus grand scepticisme des habitués du sage marché des livres. Estimé 150 000 à 250 000 eur, cet exemplaire rarissime, le seul proposé aux enchères depuis 1977, a été emporté au téléphone à 545 538 eur avec frais, bien qu'il ne soit pas en reliure d'époque. Olympe genevois des livres Un duel anglo-saxon, semble-t-il. Le marchand londonien Bernard Quarritch l'aurait emporté contre un courtier anglais. Le marché suppose qu'il enchérissait pour le grand collectionneur Henri Schiller, industriel allemand installé en France, bibliophile de l'ancien, connu pour arrêter ses coups de coeur avant 1700. Le marché avait pressenti cette même alliance lors du record du Copernic, De Revolutionibus Orbium coelestium, Libri VI (Nuremberg, 1543), relation de l'univers en parfaite condition avec son beau vélin d'époque et ses marges immenses, adjugé 818 454 eur lors de la deuxième vente Berès en octobre 2005. Les protestants de France ne semblent pas avoir été de la bataille. Feu Martin Bodmer, le grand collectionneur suisse dont la fondation, sur les hauteurs de Coligny avec vue sur Genève, est l'Olympe des livres, le chercha toute sa vie et organisa une fête pour célébrer sa trouvaille, la fin de sa quête et ce jour bénit pour les Réformés (2). Paradoxalement, mercredi, le peintre, graveur, décorateur et paysagiste français Hubert Robert est resté plus modeste malgré ses fameux Carnets, rarissime ensemble à avoir échappé au démantèlement habituel qui a nourri tant de collections (30 dessins originaux et 30 pages de manuscrits autographes, Paris, 1797-1806). De l'avis unanime, la qualité desdits dessins n'emballait pas follement les amateurs, ce qui a laissé le champ libre aux bibliophiles. D'autant que le Louvre n'a pas préempté, comme espéré, ces tableaux croqués par le grand peintre des ruines. Cette autre vedette de la vente a toutefois doublé son estimation (181 395 eur). Loin de ces prix qui témoignent de l'euphorie du marché, (215 765 eur le Xénophon dans sa reliure à la fanfare), les amoureux de littérature ont réussi à piocher quelques perles. Comme le « placard » de Proust sur la Sonate de Vinteuil (61 960 eur). Paris est toujours À l'ombre des jeunes filles en fleur. (1) Déjà près de 30 Meur de produit en attendant l es deux ventes en 2007, Pierre Bergé & Associés. (2) www.fondationbodmer.org Le Figaro - Valèrie Duponchelle. le 15 décembre 2006 |
|
Le 20 juin, à Drouot, Pierre Berès cédera sa mythique collection personnelle : Stendhal, Apollinaire, Rimbaud, Proust... Portrait du plus grand libraire du monde. Ce siècle a 6 ans, et l'on parle déjà de la «vente du siècle». Avec peu de risques d'être démenti dans les... quatre-vingt-quatorze années à venir. Le 20 juin, à Drouot, va être dispersée la collection de Pierre Berès, nonagénaire alerte et discret qu'admirateurs et détracteurs s'accordent à présenter comme «le plus grand libraire du monde». Au soir de sa vie, après avoir fermé une dernière fois, à Paris, la porte de sa librairie de l'avenue de Friedland, près de l'Etoile, cet homme exquis mais intraitable, ce «gentilhomme marchand», ainsi que le décrit l'expert Jean-Baptiste de Proyart, a décidé de livrer aux enchères la bagatelle de 12 000 volumes, en une série de ventes titanesque orchestrée par Pierre Bergé. Mais la dispersion du 20 juin aura un parfum très particulier: ce jour-là, c'est la collection personnelle du libraire qui partira sous le marteau de Me Chambre. Collectionneurs, bibliothèques et universités du monde entier vont donc se disputer un classeur regorgeant de manuscrits d'Apollinaire, cinq grands volumes autographes du Journal de Stendhal (estimation: 750 000 euros), des exemplaires dédicacés de Madame Bovary («A Mr. Alexandre Dumas, Hommage d'un inconnu, Gve Flaubert») ou des Fleurs du mal, la plus belle édition originale encore en mains privées des Fables de La Fontaine (200 000 euros), un Jazz de Matisse et même ce volume d'Une saison en enfer où l'on peut lire, écrite à la plume au revers de la couverture, cette merveille de laconisme: «A P. Verlaine, A. Rimbaud»... Comment tous ces joyaux ont-ils atterri dans la fameuse «douche» de Pierre Berès - facétieux, le libraire avait en effet rassemblé sa collection personnelle dans une ancienne douche de son hôtel particulier de la rue Barbet-de-Jouy, à Paris, surnommée le shower cabinet? Une indication en marge du catalogue de la vente du 20 juin offre une piste: on y découvre qu'une série d'ouvrages reliés par le célèbre Paul Bonet était déjà passée une première fois à Drouot, le 23 novembre 1933, et que l'expert de l'époque était un certain... Pierre Berès. On se frotte d'abord les yeux. Et puis l'on comprend combien la précocité a toujours été le signe distinctif de «Pibi», initiales de son câble transatlantique, sous lesquelles il est connu des amateurs du monde entier. Il a 13 ans quand un camarade de Louis-le-Grand lui montre par hasard un petit livre néerlandais du XVIIe siècle relié en vélin. Fasciné, il entre en librairie comme d'autres en religion. Quatre ans après, encore mineur, il dirige sa première vente à titre d'expert à Drouot. Et fonde bientôt sa librairie, où l'on croisera, au fil des ans, aussi bien l'Aga Khan que la princesse d'Orléans ou François Mitterrand. Dès lors, alternant charme - «Il est capable d'apporter des chocolats à une héritière pendant des années pour arracher une édition rare», dit, amusé, un confrère - et sens des affaires - il a laissé dormir les 876 feuillets du Voyage au bout de la nuit quelques décennies avant d'en faire le manuscrit le plus cher du monde - il amasse. «Songez qu'il a racheté en 1936 une brassée de poèmes autographes de Rimbaud directement à Gustave Kahn, l'homme qui les avait publiés en 1886, alors que le poète montait sa caravane pour le roi Ménélik!» s'extasie Jean-Jacques Lefrère, auteur d'une biographie du poète de Charleville. On retrouvera à la vente ces pages légèrement effrangées de «Juillet» et de «La rivière de Cassis», où court la petite écriture régulière de Rimbaud. Des pages qui furent jadis propriété de Verlaine et que plus personne n'avait vues depuis cent vingt ans. Un mystérieux détour par Israël D'autres acquisitions sont plus romanesques encore. En 1913, Apollinaire fait don à deux Roumains, qu'il croisait régulièrement au Rendez-Vous des cochers, boulevard Saint-Germain, de manuscrits du célèbre recueil Alcools. Ils sont entreposés en Roumanie, dans une maison perdue qui sera le théâtre de terribles combats durant la Seconde Guerre mondiale. Les précieux manuscrits sont considérés comme définitivement détruits. Et voici que «Zone», «La chanson du mal-aimé» et tout le dossier resurgissent miraculeusement à l'occasion de la vente du 20 juin (estimation: 65 000 euros). Tout juste saura-t-on qu'ils ont fait un mystérieux détour par Israël, avant de rejoindre la «douche» de Pierre Berès. «Sa grande force a été d'entretenir des relations directes avec les écrivains», confie un confrère. Ami de Picasso et de Colette - marraine de l'un de ses fils - éditeur de Barthes et d'Aragon à travers la maison Hermann, rachetée en 1956, on croise sa silhouette familière aussi bien dans les Journaux parisiens d'Ernst Jünger que dans le Journal inutile de Paul Morand. «Visite de Berès, note avec un brin d'impatience ce dernier à la date du 26 janvier 1971. Je sens l'inflation galopante, à le voir vouloir tout acheter chez moi: vous ne voulez pas me vendre des lettres de Proust? Me céderiez-vous ce Léger? Et si je vous donnais beaucoup d'argent pour ce Marie Laurencin?» Chez lui, le sens des affaires l'emporte parfois sur l'amour des lettres. Paul Léautaud a raconté en une page savoureuse comment le libraire lui avait demandé, en 1941, d'écrire une dédicace antidatée à Henri de Régnier sur un exemplaire de luxe du Petit Ami, sorti en... 1903. Un faux, alors que Régnier est mort depuis plusieurs années? L'ermite de Fontenay-aux-Roses s'en étrangle, avant de congédier vertement son visiteur... Mais Pibi ne renonce jamais. Chaque matin, il épluche la rubrique nécrologique du Figaro. Il sait chez quel héritier, dans quel château du Berry ou de Normandie se trouvent telle édition originale de Villon, tel manuscrit de Valéry, telle correspondance de Chateaubriand. La nuit, à Paris ou dans sa villa ultra-moderne de Saint-Tropez, dessinée par Pierre Soulages - sa voisine immédiate s'appelle Brigitte Bardot - il enregistre sur cassettes les fameuses fiches que ses secrétaires taperont au matin. C'est ainsi qu'il acquiert en 1968 auprès de Céleste Albaret, la fidèle femme de chambre de Proust, une poignée de manuscrits et l'exemplaire de La Chartreuse de Parme mélancoliquement annoté par l'auteur de la Recherche. «C'est le dernier grand» Les stendhaliens pourront le comparer avec une autre version exceptionnelle du même roman proposée le 20 juin à Drouot: les épreuves corrigées de la main même de Stendhal «sur les avis de monsieur de Balzac». Document inouï où l'auteur supprime rageusement, ni plus ni moins, les 25 premières pages de son uvre! Estimation: 500 000 euros... On avait perdu sa trace. Il était - on l'aura deviné - rue Barbet-de-Jouy. Par quel mystère? Qu'on ne compte pas sur le très secret Pierre Berès pour répondre à cette question indiscrète. Lorsqu'on lui demandait comment lui était arrivé le manuscrit du Voyage au bout de la nuit, il feignait la surprise, puis lâchait: «Mais... par la porte!» «C'est le dernier grand personnage de la librairie parisienne, confie, admiratif, son ami Pierre Bergé. Quand je regarde ses mains, je pense à toutes les merveilles qu'elles ont effleurées, caressées, évaluées.» Le 20 juin, au soir de la vente de son cher shower cabinet, alors qu'il aura fêté son 93e anniversaire deux jours plus tôt, Pierre Berès ne pourra sans doute réprimer un petit pincement au cur. Seule consolation : son hôtel particulier aura gagné une douche. L'Express - 15 juin 2006. par Jérôme Dupuis |
|
Deux manuscrits de Stendhal seront certainement les clous de la quatrième vente Berès qui aura lieu le 20 juin à l'Hôtel Drouot, par l'intermédiaire de la société de vente Pierre Berger et associés. Le célèbre libraire de l'avenue de Friedland (93 ans) a fermé boutique en 2005, après plus de soixante ans d'activité. Il en a profité pour liquider l'intégralité de son fonds. Mais il s'agit, pour cette vacation, de sa collection personnelle. "Après cette vente, je suis à poil", confie Pierre Bérès au Monde. Il s'agit d'une image, bien sûr : les trois premières ventes ont rapporté près de 12 millions d'euros - frais compris. Une ultime vacation aura lieu avant la fin de l'année. On avait pu voir certaines de ces pièces lors d'une exposition, "Livres du cabinet de Pierre Berès", organisée au château de Chantilly en 2003. Et les amateurs avaient alors découvert avec stupeur des manuscrits dont on avait perdu la trace depuis plusieurs décennies. Parmi eux, deux ensembles essentiels : 570 pages autographes du Journal de Stendhal et une version corrigée et largement remaniée de La Chartreuse de Parme. De quoi mettre en ébullition le monde des stendhaliens, qui craint que ces manuscrits, estimés de 700 000 à 900 000 euros chacun, ne soient dispersés ou ne redeviennent inaccessibles. Ces chercheurs ont d'ailleurs signé une pétition dans les colonnes du "Monde des livres" du 2 juin pour demander au ministère de la culture de classer ces papiers comme "trésor national", ce qui les empêcherait de quitter le territoire français, et bien sûr d'exercer son droit de préemption. L'expert de la vente, Jean-Baptiste de Proyart, qui a rédigé les notices du remarquable catalogue, le redoute : "Que l'Etat préempte, c'est son rôle, mais s'il bloque la vente en empêchant les manuscrits de sortir du territoire, il se livre alors à ce que les Anglo-Saxons appellent du "fixing". Cette pratique porte un coup à Paris en tant que place du marché de l'art et surtout incite les propriétaires à vendre sous le manteau." La Rue de Valois reste discrète sur ses intentions : "Toutes les hypothèses sont à l'étude, dit-on à la direction du livre. Mais nous sommes conscients que toute annonce médiatique contribue à faire monter les enchères." Le ministre, Renaud Donnedieu de Vabres, suit personnellement le dossier. Les collectivités locales sont aussi impliquées, puisque la bibliothèque de Grenoble, ville natale d'Henri Beyle, qui signa Stendhal, conserve une partie importante des papiers de l'écrivain, à commencer par l'essentiel de son Journal. Différentes options sont passées en revue : classement ("l'arme nucléaire"), mobilisation de fonds publics, appel au mécénat, sensibilisation du vendeur et du commissaire-priseur... "Une chose est certaine, il y a des pièces que l'on ne pourra acheter", confie-t-on au ministère. Stendhal sera-t-il une priorité ? Pourquoi tant d'émotion, puisque La Chartreuse de Parme comme le Journal ont été édités plusieurs fois, et de manière savante, par des spécialistes reconnus, comme Henri Martineau ou Victor Del Litto ? L'affaire est complexe, car il s'agit de savoir ce qui a été édité et comment. Prenons le cas de La Chartreuse de Parme. Stendhal publie, en 1839, son troisième roman, après Armance et Le Rouge et le Noir. L'accueil de la critique est réservé. Un an plus tard, la première édition est pourtant en voie d'épuisement quand Balzac - de seize ans son cadet - lui envoie une lettre chaleureuse puis publie, dans La Revue de Paris, un article enthousiaste de 72 pages : "M. Beyle a fait un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre (...). M. Beyle est un des hommes supérieurs de notre temps." Stendhal est aux anges. Mais comme l'auteur de ce dithyrambe émet quelques réserves : "style négligé et incorrect" et défaut d'architecture dans la composition du roman, Stendhal, retourné en Italie - il est consul en poste à Civitavecchia -, se lance aussitôt dans un travail destiné à "améliorer son texte". "Trois exemplaires conservent, de la main de l'auteur, des remarques, des développement, des corrections", explique Jean-Baptiste de Proyart. Le premier, où Stendhal a fait intercaler des feuillets blancs entre les pages imprimées, appartient à la Pierpont Morgan Library (Etats-Unis). Le deuxième est conservé à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Le troisième, également interfolié, est celui mis en vente aujourd'hui. Les deux premiers exemplaires proposent des "corrections de détails", indique Henri Martineau dans son édition de "La Pléiade". Mais le spécialiste de Stendhal avoue n'avoir jamais pu consulter l'exemplaire de Pierre Berès. Or ici il ne s'agit pas seulement de "corrections de détails" : l'auteur a modifié profondément l'architecture de son roman. Il a d'ailleurs noté sur la première page : "Voici la copie qui doit servir à la 2e édition de la Chart. arrangé par déférence pour les avis de M. de Balzac." Stendhal a suivi les conseils de son confrère, qui lui recommandait notamment de commencer son texte par la bataille de Waterloo plutôt que par l'arrivée de Bonaparte à Milan en 1796. "JOURNAL RECONSTITUÉ" De juin 1840 à février 1841, le consul va noircir 117 pages. Puis il interrompt net son travail de révision et note sur une page de tête du nouveau manuscrit : "Je laisse les premières pages dans l'ordre actuel." Et sous le nouveau titre, au crayon : "Changé et revenu à l'ordre primitif, 9 février 1841." Stendhal s'était sans doute aperçu que, de modification en modification, c'était l'esprit même de son oeuvre qui était modifié. Et qu'il ne pouvait impunément se couler dans les habits de Balzac. La tentative n'en était pas moins passionnante. Le manuscrit de cette Chartreuse radicalement revue avait appartenu à un chartiste, Paul Royer, qui l'avait soigneusement transcrit avant de le céder à Pierre Berès en 1955. Cette transcription, déposée à la Bibliothèque de Grenoble, avait été publiée en 1966 par Del Litto, qui n'avait pu contrôler l'original. Mais Jacques Houbert, vice-président de l'Association des amis de Stendhal, qui participe à une nouvelle édition des oeuvres romanesque dans "La Pléiade" (le premier volume a été publié) a pu consulter le manuscrit au moment de l'exposition de Chantilly : "J'ai eu le manuscrit entre les mains pendant quatre jours, indique-t-il, et j'ai constaté qu'à part quelques broutilles le texte avait été bien collationné." Ce n'est pas le cas du Journal de Stendhal, qui passe en vente le même jour. Il s'agit de cinq cahiers dont la rédaction s'étale sporadiquement de 1805 à 1814. La période couvre donc les années heureuses du jeune Beyle, auditeur au Conseil d'Etat et administrateur auprès de la Grande Armée, qu'il va suivre dans toute l'Europe. C'est ce que Victor Del Litto appelle le "journal élaboré". Il est tenu de manière suivie, depuis 1801, sur des carnets. Après la chute de l'Empire, cette continuité va disparaître, pour laisser la place à des notes abondantes, mais rédigées sur des papiers de hasard, voire sur la couverture ou dans la marge des livres lus. Beyle, consul neurasthénique, est en train de devenir Stendhal et construit son oeuvre. Victor Del Litto va travailler plusieurs années à rassembler les éléments de ce "journal reconstitué". L'établissement du "journal élaboré" est plus simple, puisque les cahiers qui le constituent vont être versés à la Bibliothèque de Grenoble à la fin du XIXe siècle - où ils seront curieusement démembrés pour être reliés en fonction du format du papier. Mais il manquait plusieurs cahiers qui correspondent aux cahiers Berès. Ils avaient appartenu à l'éditeur Edouard Champion. Ce dernier, avant de les vendre au libraire de l'avenue de Friedland, en avait fait une édition. De l'avis général, celle-ci était médiocre. "Ce texte ne donne pas l'impression d'être toujours sûr", indiquait Del Litto en regrettant de ne pouvoir consulter le manuscrit. "La publication des cahiers par Edouard Champion est partielle et fautive", confirme Jacques Houdart, qui ajoute : "Nous avons aujourd'hui l'opportunité de l'éditer correctement. C'est pour le Journal qu'il faut se battre." Le Monde - Emmanuel de Roux - Samedi 10 juin 2006. |
|
Un lot de 26 lettres de Voltaire à l'impératrice Catherine II de Russie a été adjugé, mardi à Paris, 583.200 euros, « record mondial pour une correspondance autographe du XVIIIe siècle », se félicite la maison de vente aux enchères Sotheby's dans un communiqué. C'est un collectionneur privé européen qui a acquis ces lettres, écrites par le philosophe à la despote éclairée de 1768 à 1777. Cette correspondance signée avait été estimée entre 250.000 et 300.000 euros. Lors de cette vente aux enchères organisée mardi à la galerie Charpentier, une édition originale d'Ulysses de James Joyce a été adjugée 114 000 euros, un manuscrit de La Belle et la Bête de Jean Cocteau 84.000 euros et dix lettres du marquis de Sade à sa femme 69.600 euros. Associated Press - vendredi 9 juin 2006. |
|
Au XVIe siècle, on ne rangeait pas les livres comme de nos jours, en dirigeant leur tranche contre le mur pour exposer le dos des reliures. On posait les volumes en sens inverse, le dos occulté et la tranche offerte. Le nom de l'auteur (pas le titre) s'inscrivait sur cette gouttière. Chez les Pillone, riche famille vénitienne de la Renaissance, on poussait le raffinement jusqu'à faire peindre ces tranches de décors à l'aquarelle. On pouvait ainsi l'orner d'un portrait fictif de l'auteur, philosophe antique représenté en érudit Renaissance, tandis que les tranches de tête et de queue portaient des paysages avec animaux. Lancée par Antonio Pillone (1464-1533), cette pratique fut poursuivie par Odorico (1503-1594), puis Giorgio Pillone (1539-1611), qui confièrent l'ornementation de leurs livres à Vecellio, le neveu du Titien. Leur cabinet contenait quelque 160 volumes et perdura pendant trois siècles. Le dernier humain à le contempler fut sans doute l'antiquaire Paolo Marezio Bazole, qui l'acquit en 1874 pour le collectionneur Thomas Brook, dans la bibliothèque duquel ces livres merveilleux restèrent jusqu'à leur achat par le libraire parisien Pierre Berès, vers 1957. Spécialiste des livres anciens, Berès a revendu certains «Pillone», et en a, pour lui-même conservé trois, magnifiques : un Hérodote, un Aristote et un Euclide. Ils font partie des trésors qui seront dispersés le 20 juin à Drouot Richelieu. A 94 ans, le libraire se sépare des biens de toute une vie. C'est la quatrième «vente Berès». Les trois précédentes ont déjà fait sensation, mais celle-là va dissiper le saint des saints, la collection personnelle du libraire. Ces livres et manuscrits, il les conservait chez lui, dans un placard spécialement aménagé sur l'emplacement d'un ex-cabinet de douche. Il est parfois arrivé à quelque amateur de l'interroger sur la localisation de tel ou tel document réputé. Pierre Berès, qui le détenait dans son réduit, était alors capable d'affecter la plus profonde ignorance avec la plus parfaite froideur. Parfois, aussi, il consentait à dévoiler un échantillon de ses richesses. Parcimonieusement, en l'extrayant dans un couloir qu'il obstruait presque entièrement de son corps et où il veillait à maintenir une obscurité d'encre... A les découvrir, au grand jour des salles d'exposition de Drouot, ce sont de pures pépites : éditions originales et chefs-d'oeuvre de reliure, illustrations peintes, dessins, eaux-fortes (de Callot ou de Goya), épreuves annotées, exemplaires dédicacés, manuscrits autographes. Un foisonnement prodigieux, où s'accumulent les pierres milliaires de six siècles d'histoire érudite, et où les grandes signatures littéraires (Balzac, Nerval, Proust...) se croisent avec celles de l'art (Pissaro, Cézanne, Toulouse-Lautrec, Bonnard...). Si l'estimation la plus «modeste» démarre à 300 euros, on monte, au plus haut, jusqu'à 900 000 euros et la plupart des lots jouent sur des dizaines de milliers d'euros. De quoi amener l'Etat à mesurer les sous qu'il pourra dédier à quelques préemptions prévisibles, si les enchères les laissent à sa portée. Il suffit, pour s'en convaincre, de se plonger dans le contenu passionnant des notices du catalogue (350 pages), et d'écouter l'expert, Jean-Baptiste de Proyart, s'enthousiasmer sur les manuscrits de Stendhal offerts à la vente. Chez Stendhal, «le romanesque et l'intime ne sont pas dissociables et le processus littéraire est toujours à l'oeuvre», explique-t-il, en pointant l'intitulé à la troisième personne que l'écrivain donnait à ses carnets intimes : Journal de sa vie, du 9 thermidor an 13 jusqu'au... Il les surchargeait ensuite de notes de relecture pour en alimenter son oeuvre romanesque. La logique interne de ces papiers personnels, pour la plupart réunis par la bibliothèque de Grenoble, a malheureusement été altérée, au XIXe, quand on les a reliés selon leur format au détriment de leur chronologie. Les six carnets de lacollection Berès, allant de 1805 à 1814 et respectueusement reliés, eux, font fantasmer tous les stendhaliens. Autre manuscrit original somptueux, celui de la Chartreuse de Parme présente la caractéristique paradoxale d'être à moitié imprimé, tout en consignant la trace d'une détonante rencontre littéraire. Stendhal, peu apprécié de son temps, a en effet reçu, pour la Chartreuse de Parme (dont le manuscrit initial est perdu) l'hommage fervent de Balzac. «Au passage, explique Proyart, l'auteur de la Comédie humaine a également fait quelques remarques stylistiques et jugé que la construction du roman se tiendrait mieux... s'il débutait par la scène de Waterloo !» Et Stendhal de s'exécuter, en faisant désosser deux volumes imprimés de la Chartreuse pour en intercaler les feuillets avec des feuillets vierges, où il griffonne fiévreusement à la plume, alternant avec des espaces dictés à un copiste, etc. Soit huit mois de tours et de détours d'écriture qui s'inscrivent dans les cinq volumes reliés de la collection Berès, avant de se conclure, en févier 1841, sur une minuscule note au crayon, lapidaire : «retour à l'édition principale». «L'histoire d'un avortement littéraire», s'amuse Proyart. Elle fait pendant à la relique d'une liaison impossible, cristallisée dans un rarissime petit volume de 1873: un exemplaire d'Une saison en enfer. Rimbaud en avait commandé l'édition à un imprimeur bruxellois, mais, faute de pouvoir régler la facture, il n'en obtint qu'une dizaine d'exemplaires. Les seuls à véhiculer son oeuvre, jusqu'en 1901. Ce volume-là est dédicacé à Verlaine, qui l'a gardé jusqu'à sa mort. Rimbaud l'avait-il lui même déposé à la prison de Mons, où Verlaine était incarcéré pour avoir tenté de l'assassiner ? Ou bien, comme le pense son dernier biographe, Verlaine en a-t-il falsifié la dédicace pour «se» l'auto-envoyer au nom de Rimbaud ? «Nous n'avons pas voulu trancher, dit Proyart, qui s'est borné à une estimation de 200 000 à 300 000 euros. La première hypothèse, si elle était avérée, vaudrait un million d'euros.» Mais qui jugera de l'hypothèse la plus émouvante ? Libération - Ange-Dominique Bouzet - jeudi 08 juin 2006 |
|
"Des poèmes de Rimbaud, comme s'il en pleuvait" Des poèmes de Rimbaud, comme s'il en pleuvait, aux livres peints sur tranches de la bibliothèque Pillone, le grand libraire parisien a caché les trésors d'une vie en son Cabinet des Livres. Vente historique le 20 juin, à Drouot. Silence. Dans le petit monde souvent assassin des grands amateurs de livres, le silence soudain règne, émotion oblige. Oubliées les querelles sur la personne de Pierre Berès, le «libraire des libraires» né le 18 juin 1913 à Stockholm, petit Parisien tombé à 13 ans, sur les bancs de Louis-le-Grand, dans l'illumination des rares exemplaires (nos éditions du 15 juillet 2005). Admiration benoîte devant ce Cabinet des Livres réuni en «80 ans de passion» par un oeil hors pair, devant ce trésor de guerre d'un grand amateur qui, de l'idéal de la Renaissance aux brasiers de Rimbaud, a récolté le meilleur en secret moissonneur. De l'envoi de Flaubert à Dumas sur Madame Bovary (100 000/150 000 €) aux furieuses corrections de Balzac relisant Le Lys dans la vallée (200 000/400 000 €), Drouot lui ouvrira grand ses portes, le 20 juin, pour une soirée de folle littérature et d'enchères sans limites (177 lots, produit estimé au bas mot 7 M€). Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ! «80 à 90% de bijoux ! Un feu d'artifices, le bouquet final d'une vie de libraire, et quel bouquet !», constate avec un fair-play royal Jean-Claude Vrain, le libraire parisien qui défend ses collectionneurs contre vents et marées (4,3 M€ avec frais pour la collection Julien Bogousslavski, le 23 mai chez Christie's). «A la fin de sa vie, Pierre Berès se retrouve donc entre Rimbaud, l'innocence absolue, et Stendhal le stratège de l'image, dont le principe d'écriture pourrait être : «Vivons heureux ! Vivons masqués !» Cette collection privée d'un libraire unique en son genre, limier solitaire au flair autant salué que redouté, dresse son portrait ultime, vrai profil sur la médaille», résume un jeune expert ébouriffé, littéralement sous le choc du catalogue, le 4e d'une vente fleuve (déjà 11,86 M€ pour les trois premières ventes), à suivre en décembre 2006, toujours chez Pierre Bergé & Associés. «Avec ses 12 poèmes autographes et l'exemplaire de Verlaine d'une Saison en enfer, que l'envoi soit de sa main ou un voeu pieux de Verlaine, Rimbaud le poète forme avec Stendhal le noyau de la collection Berès. S'y ajoutent les trophées comme Balzac, écrivain d'épreuves qui enrichit sans cesse le scénario de ses manuscrits, désormais rarissimes. Ses passions de toujours, comme la Renaissance française vue au plus près du roi, ou le japonisme. Ses rencontres enfin, de petits livres merveilleux comme cette première édition vénitienne d'un ouvrage d'exorcisme vers 1495, chemin buissonnier dans une bibliothèque magistrale», renchérit Jean-Baptiste de Proyart, expert comblé de cette «vente d'une vie», bouclée après «des jours et des nuits de catalogage». Antiquaire russe «Il est l'affection et le présent puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été...» Rimbaud, à l'encre noire qui danse sur la colonne de papier vergé bleu, a la modestie princière des jeunes héros perdus (Génie, 1873-74, son plus beau poème qui clôt Les Illuminations, estimé 150 000/200 000 €). Dans le Cabinet des Livres de Pierre Berès, les poèmes de Rimbaud, chéris comme des perles, dormaient sous le même étui transparent. «Cette exceptionnelle réunion mérite d'être préservée dans son intégralité. Je trouve abrutis des commentaires du genre «Génie va faire plus cher que Comédie de la soif, parce que le poème est plus important». On aime Rimbaud absolument ou on ne comprend rien à sa poésie et à son exigence de «dégagement rêvé», plaide avec l'intransigeance de la jeunesse Thomas Bompard, trublion revendiqué du département Livres & Manuscrits de Sotheby's. Cette rivale anglo-saxonne a vendu, mardi, 26 lettres de Voltaire à Catherine II de Russie pour quelque 583 200 €, achat d'un antiquaire russe qui entend refaire le coup d'éclat des oeufs impériaux Fabergé, selon une source moscovite. Des deux poèmes à l'encre rouge de Nerval (100 000/150 000 €) aux dessins aquarellés d'oiseaux attribués à Gourdelle à Paris vers 1550 (600 000/900 000 € !), les amateurs en perdraient presque leur latin. Même fièvre devant les trois fabuleuses reliures Pillone, les cerfs peints sur la tranche d'un Aristote bâlois de 1538, Archimède et Euclide dessinés en fantômes sur le vélin reliant ses Oeuvres à Venise en 1586 (70 000/100 000 € chacune). D'un Bossuet relié avec l'emblème de la Toison d'or pour le baron de Longepierre, exemplaire à la triple provenance de pres tige (12 000/15 000 €), aux envois civils de Proust à Colette sur Du côté de chez Swann (40 000/60 000 €) et réciproquement sur Mitsou (5 000/8000 €)... En une soirée, occasion unique et défi à tout budget, ils devront choisir vite et bien dans cette abondance de biens qui rappelle les plus riches heures de la France. La mission impossible revient à l'Etat qui, par ses conservateurs au supplice, devra préempter l'irremplaçable... Et oublier le reste. Le Figarro - Lundi 5 juin 2006. Valérie Duponchelle |
|
qui montrent comment ce géant a toujours dessiné en sculpteur. L'ÉMOTION qui saisit en contemplant les dessins de Michel-Ange réunis par le British Museum tient évidemment à la force rayonnante qui se dégage de chaque feuille, à la beauté puissante que l'on reçoit comme ondes enveloppantes et profondément rassurantes. Mais il y a autre chose. Il y a le sentiment sourd et insistant qui lève sans qu'on le formule clairement immédiatement. Quelque chose comme le troublant «jamais plus» d'un monde qui ne resurgirait que pour quelques fugaces moments. On sait que Michel-Ange aurait voulu que tous ses dessins fussent détruits après sa mort... On sait aussi que les fonds réunis pour ce merveilleux parcours «Michelangelo drawings, closer to the master», ceux du British Museum ? sur les quatre-vingt-quinze dessins réunis, soixante viennent de l'institution londonienne ?, ceux de l'Ashmolean Museum d'Oxford, ceux du Teyler Museum de Haarlem aux Pays-Bas composent un ensemble unique que l'on ne reverra pas de sitôt et qui, si l'on y songe, organise les retrouvailles de feuillets épars depuis la dispersion de l'atelier du maître, en 1564. Ce simple fait touche mystérieusement le visiteur, comme émeut le large parcours qui permet d'embrasser toute une vie, une longue, très longue vie (1474-1564). On croit tout connaître. On dispose de ses oeuvres, de sa correspondance, de contrats nombreux. On peut se reporter aux trois biographies qui lui furent consacrées de son vivant, ce qui est un étrange record. Celle de l'évêque de Nocera, Paolo Giovio, qui dès 1520 évoque Michel-Ange dans ses Vies de grands contemporains, celle de Giorgio Vasari, bien sûr, et ses Vies publiées en 1550. Mais cette célébration irrita le maître déjà âgé de 75 ans, et parut alors ce que l'on peut désigner comme sa biographie officielle, celle d'Ascanio Condivi, qui fut un proche de l'artiste, son secrétaire dans les années 1540. On croit savoir. Mais ce qui retourne pour peu qu'on se laisse pénétrer par les dessins, «closer to the master», c'est une mélancolie diffuse et insistante, quelque chose qui déchire. Des premiers dessins, du temps de l'atelier de Ghirlandaïo, où son père Lodovico di Buonarroti l'avait fait entrer dès 1488, aux derniers, ultimes gestes d'un artiste unique, on est transpercé par la tristesse immense de ce pur génie ..... Le Figaro - samedi 29 avril 2006 |
|
La bibliothèque de Montaigne endommagée dans l'incendie du château en 1885, une villa gallo-romaine du IIème siècle enfouie par le temps, une madone de la Renaissance disparue sous les repeints : autant de témoins perdus de l'Histoire, que la réalité virtuelle a ressuscités. Ces "restitutions", comme préfèrent dire les spécialistes, ont été réalisées par une unité originale de l'Université de Bordeaux baptisée Archéotransfert, explique l'un de ses chercheurs, Pascal Mora, lors du salon international de réalité virtuelle qui se tient de mercredi à dimanche à Laval (Mayenne). En recréant ces objets disparus, sous la forme d'images en trois dimensions stockées dans des ordinateurs, Archéotransfert participe aux travaux des historiens et archéologues. "La technologie en 3D est une réflexion assistée par ordinateur", souligne Pascal Mora. "Elle sert à tester les hypothèses", confirme Nadine Warzée, chercheur et professeur d'informatique à l'Université libre de Bruxelles, où est menée une démarche semblable. Que l'on reconstitue un château à partir de ruines, que l'on assemble le puzzle en trois dimensions d'une poterie ou d'un bâtiment, ou bien que l'on retrace les aléas d'une oeuvre d'art, c'est en effet au terme d'un long processus dont chaque évolution est soumise aux spécialistes. Ainsi de la villa gallo-romaine de Plassac (Gironde), dont les murs ne dépassent plus que de 50 cm du sol. L'équipe d'Archéotransfert a travaillé sur des plans très précis, résultats de 30 années de fouilles, des images au scanner des points significatifs de l'architecture mais aussi la littérature historique, "pour les éléments qui manquaient", raconte le chercheur bordelais. Des ruines a émergé l'image d'une villa de marbre gris aux fines colonnes, rafraîchie par un bassin flanqué de ponts droits. A l'intérieur, une ambiance sonore tout aussi étudiée que l'aspect visuel accompagne le promeneur virtuel, sur une borne interactive au musée de Plassac. Lors des séances de validation qui ont ponctué cette renaissance, les archéologues et historiens de l'antiquité ont pu se confronter à leurs "réflexions concrétisées" par l'image, ouvrant souvent de nouvelles pistes de recherche, remarque Pascal Mora. Un processus identique a permis de rappeler à une vie virtuelle la bibliothèque de Montaigne, au deuxième étage d'une tour de son château de Dordogne détruit par les flammes. On peut même lire sur les solives les sentences qui y étaient inscrites. A l'Université de Bruxelles, le défi, posé il y a six ans, était tout autre. Il s'agissait d'aider les archéologues à résoudre un impossible puzzle en 3D de 11.000 pièces, indique Nadine Warzée : celles d'une architecture inconnue, concassée pour servir de remblai lors de la construction de la cathédrale Ste Gudule. Une tâche d'une énorme complexité, toujours pas achevée mais qui a permis de développer des outils informatiques aujourd'hui requis pour restituer d'autres histoires envolées ou enfouies. L'équipe du professeur Warzée est appelée à la rescousse en Crète, en Espagne, en Egypte, jusqu'en Syrie... Ces reconstitutions par ordinateur permettent également d'éviter de manipuler des objets trop fragiles, d'examiner des structures architecturales par "tranches", de retracer les différentes utilisations d'un site, voire de faire émerger des objets du passé grâce à des robots qui les façonnent à l'identique. Et elles conservent la mémoire de décennies de recherches. A Bordeaux est même envisagée la création d'une banque de données nationale d'archéologie en 3D. A F P - jeudi 27 avril 2006. |
|
On s'en doutait un peu mais maintenant, c'est sûr : le Primatice, peintre italien de la Renaissance, est bien venu à la chapelle royale de Chaalis, dans l'Oise, pour y peindre une fresque inspirée de la chapelle Sixtine qu'il venait de découvrir à Rome. Dieu en témoigne. Un Dieu puissant et barbu, au geste ample, autour de qui tourbillonne un drapé et volètent des angelots. Un Dieu dans la veine de celui qui met en oeuvre la Création de l'Homme dans la chapelle Sixtine, et qui domine la "fresque de l'Annonciation" sur la contre-façade du petit bâtiment gothique. "C'est un clin d'oeil à Michel-Ange", affirme Jean-Pierre Babelon, membre de l'Institut, qui préside le comité scientifique assurant le suivi de ce chantier de restauration à l'abbaye de Chaalis, sur la commune de Fontaine-Chaalis. Le travail, d'un coût global de 900.000 euros, est financé un tiers par l'Etat, deux tiers par des mécènes (assurances Generali et World Monuments Fund ). Francesco Primaticcio, dit Le Primatice (1504-1570), qui travaillait depuis 1532 pour François 1er à Fontainebleau, "est allé à Rome en 1540 pour y copier des antiques des collections du Vatican. Il y a vu la chapelle Sixtine" peinte entre 1508 et 1512, ajoute Nicolas Sainte Fare Garnot, conservateur du musée Jacquemart-André, qui appartient comme l'abbaye royale à l'Institut de France. Et l'équipe de quelque 30 conservateurs, scientifiques, restaurateurs et architectes qui travaillent depuis l'an dernier sur ce chantier, en sont dorénavant sûrs : le Primatice a réalisé le décor de cette chapelle du XIIIe siècle, donnant là une de ses rares peintures religieuses, la seule conservée et par delà, un exceptionnel ensemble de fresques du XVIe siècle sur les murs et la voûte. Le "Maître a donné les dessins d'ensemble, mais il est aussi venu sur place" entre 1540 et 1545, renchérit M. Sainte Fare Garnot, "il n'a pas tenu le pinceau, mais il est venu pour corriger les gestes, améliorer les dessins de son équipe, des peintres de très haute qualité. Des quantités de grands chantiers se sont faits ainsi, comme ceux de Raphaël à Rome", dit-il. L'attribution de ce décor au Primatice, traditionnelle jusqu'en 1870, lui en avait ensuite été retirée. Une campagne de restauration de la toiture et des maçonneries de l'édifice a reposé la question de la restauration des fresques intérieures et de leur attribution. Chacun s'est alors, dans sa spécialité, livré à une véritable enquête policière : quelque 90 prélèvements de peintures ont été analysés au microscope optique et à balayage, des recherches ont été menées par des conservateurs au cabinet des dessins du Louvre, les archives de Ferrare en Italie ont été sollicitées. Jusqu'à l'inauguration officielle le 16 septembre, le travail continue aussi sur les parties basses de la fresque et des murs, restaurés et repeints au XIXe, avec les traditionnelles interrogations : "Jusqu'à quel point restaurer les fresques du Primatice, faut-il retirer les repeints du XIXe, y a-t-il un décor XVIe dessous ?", demande Colette Di Matteo, inspectrice générale de l'Architecture et du patrimoine qui ajoute : "l'enquête continue". Samedi 8 avril 2006 AFP |
|
la francophonie à l'heure du numérique. Bibliothèque Numétique - Les bibliothèques nationales de six pays et régions francophones ont adopté le principe de la création d'une bibliothèque numérique en langue française. Il s'agit des bibliothèques nationales de Belgique, du Canada, de France, du Luxembourg, du Québec et de Suisse. Les bibliothèques se sont réunies à Paris le 28 février 2006 pour ébaucher le projet d'une bibliothèque numérique francophone. Elles ont décidé de constituer un Réseau Francophone des Bibliothèques Nationales Numériques qui se réunira deux fois par an. Unanimement, elles reconnaissent l'importance cruciale que revêtent les programmes de numérisation présents ou futurs pour le rayonnement des cultures francophones et de la langue française et le rôle central qu'y jouent les bibliothèques nationales, dépositaires de ce patrimoine unique. Elles sont déterminées à poursuivre et à approfondir leurs échanges en vue de mettre en commun leurs interrogations et expériences à cet égard. Cette démarche commune va de pair avec le projet de Bibliothèque Numérique Européenne, dont elle est en partie complémentaire. Les bibliothèques participantes adoptent cinq principes pour guider leur action en vue de mettre en oeuvre une bibliothèque numérique : absence d'exclusivité donnée à un moteur de recherche dans les modes d'accès aux collections numériques ; garantie de l'accès gratuit au public (pour les documents libres de droits) ; maintien dans le domaine public des fichiers numériques et garantie de leur conservation à long terme ; accès multilingue aux collections ; certification par les bibliothèques nationales de l'intégralité et de l'authenticité des documents mis en ligne. Les six bibliothèques décident d'approfondir leur réflexion commune en vue de réaliser une ébauche de bibliothèque numérique francophone comprenant notamment des grands textes juridiques fondateurs, des collections de presse, des oeuvres littéraires couvrant une période déterminée, des ressources utiles aux recherches en généalogie. Elles conviennent de poursuivre leurs échanges en vue notamment de définir des normes communes en matière d'OCR (Reconnaissance Optique de Caractère), d'approfondir les relations avec les éditeurs, de définir leurs programmes de préservation à long terme des données numériques et de concevoir un site Internet pour leurs échanges techniques. Elles décident de constituer un Réseau Francophone des Bibliothèques Nationales Numériques et de se réunir deux fois par an: une fois spécifiquement au siège de l'une d'entre elles, une autre fois à l'occasion des réunions annuelles de l'IFLA ou de la CDNL. Les principales missions de la BnF sont de constituer ses collections, veiller à leur conservation et les communiquer au public, produire un catalogue de référence, coopérer avec d'autres établissements au niveau national et international, participer à des programmes de recherche. 26 mars 2006. http://www.referencement-internet-web.com/20060326-bibliotheque-numerique-francophone.php |
|
pourrait atteindre 5,4 M EUR Un exemplaire de la première édition reliée de 36 pièces de Shakespeare va être mis aux enchères le 13 juillet à Londres, où il pourrait atteindre de 2,5 à 3,5 millions de livres (3,6 à 5,4 M EUR), a annoncé jeudi la maison d'enchères Sotheby's. L'ouvrage a été composé en 1623 par des amis du dramaturge anglais et imprimé à environ 750 exemplaires, dont le tiers a survécu. La moitié des pièces de William Shakespeare (1564-1616) contenues dans cet in-folio étaient alors imprimées pour la première fois - notamment Macbeth, La Tempête et Comme il vous plaira. Selon un porte-parole de Sotheby's, "des exemplaires relativement complets de ce livre n'apparaissent que très rarement sur le marché. Cette vente sera véritablement un événement exceptionnel". Le livre est mis sur le marché par les gérants de la librairie du Dr Williams à Londres, une librairie théologique établie au début du XVIIIème siècle. L'exemplaire, relié en veau brun et contenant les annotations de ses premiers lecteurs, est la propriété de cette librairie depuis 1716. LONDRES (AFP) - 30 mars 2006 |
|
L'Institut néerlandais célèbre à Paris les 400 ans de sa naissance en gravures divinement veloutées et en dessins célèbres, comme Dresde. Comme à chaque édition du Salon du dessin (jusqu'à lundi soir au Palais de la Bourse, lire ci-contre), la capitale multiplie les événements qui célèbrent les belles feuilles et leurs maîtres. Au quartier Drouot, les marchands exposent, tandis que les ventes aux enchères proposent une offre qui se raréfie cruellement. Les grands collectionneurs comme Frits Lugt, qui dota la Fondation Custodia (Institut néerlandais) ou le Genevois Jean Bonna qui expose à l'ENSBA, font eux-mêmes aujourd'hui figures de raretés. Bienvenue en Hollande septentrionale. Sa lumière du Nord. Ses murs couverts de tableaux aux formats raisonnables et à la palette en demi-teinte. Ses bureaux encombrés de livres lus, empilés avec un soin économe et une affection quasi conjugale. Ses esprits travailleurs et discrets comme Peter Schatborn, «LE» spécialiste de Rembrandt, gentleman blond et cravaté, penché sur les fiches du futur Catalogue raisonné [de ses] eaux-fortes dans la collection Frits Lugt (1). Par le miracle de feu ce collectionneur néerlandais et sa passion continue pour l'art hollandais au Siècle d'or, il suffit de passer le porche de l'Hôtel Turgot, 121, rue de Lille, pour respirer l'air de l'Amstel, de sa digue, de ses maisons ordonnées comme des armoires, de ses plats paysages et de ses grands artistes. En cette année commémorative, Rembrandt le graveur, le dessinateur, le professeur et le collectionneur, peut se rendre maître de Paris. Le 15 juillet 1606 à Leyde (Hollande méridionale) vient au monde Rembrandt van Rijn, 9e enfant du meunier Harmen Gerritszoon van Rijn et de son épouse Neeltgen Willemsdochter Zuybrouck. Comment prendre à bras-le-corps pareil géant de l'histoire de l'art en cette année hollandaise qui célèbre les 400 ans d'une naissance humble et prophétique comme le clair-obscur ? En divisant le génie en chapitres et en brossant un sujet en moins de 50 oeuvres, répond Mària van Berge-Gerbaud, directeur de la Fondation Custodia à l'oeil pervenche. Avec sa joyeuse pédagogie, elle a programmé 7 chapitres en un an, feuilleton magistral à poursuivre à l'automne avec Rembrandt et son Entourage (à lire 2 de ses 7 lettres manuscrites connues) et clore en janvier 2007 avec un Bouquet final (2). Le triomphe de Mardochée Depuis le 16 février et jusqu'à dimanche soir, 50 gravures racontent Rembrandt et la Bible avec légendes explicatives des Saintes Ecritures pour les mécréants qui s'ignorent (test : qui est Mardochée ?). Dès jeudi prochain, les «Dessins de l'ancienne collection royale de Dresde» (150 dessins comptés au XIXe siècle, ramenés à 97 en 1906, puis à 48 par l'historien viennois Otto Benesch, puis à 23 en 1973) dépeindront «Rembrandt et son école», cortège de maîtres et de disciples que l'on retrouve au goutte-à-goutte à la Foire de Maastricht. Le 5 avril, 35 gravures de paysage, plus cotées encore que les sujets religieux ou les portraits, vous emporteront dans Rembrandt et le Paysage, mariage de l'observation et de l'imaginaire puisé chez Le Titien que Frits Lugt déchiffra comme un rébus dans son ouvrage Promenade avec Rembrandt à Amsterdam (1915). Ce natif d'Amsterdam, élevé dans un «milieu mennonite, des hommes sombres, ennemis de toute vanité et de toute ostentation (...) mais qui entendent partager ce qu'ils ont et ce qu'ils savent» avait acheté à 15 ans pour 2,50 florins sa première gravure de Rembrandt, portrait de son ami calligraphe. Plus que trois jours, donc, pour voir en deux épreuves juxtaposées de son fameux Ecce Homo (le Ve et surtout le VIIe état, dont seulement 3 épreuves sont connues aujourd'hui), tout l'art virtuose de Rembrandt graveur qui fait monter l'émotion de la foi avec l'avancée des ténèbres. S'inspirant d'une gravure de Lucas de Leyde de sa collection pour camper sur une tribune ce Christ présenté au peuple (1655), Rembrandt grave en toute liberté, comme un dessinateur au trait jaillissant, reprend directement à la pointe sèche sur le métal, multiplie les états (8 !), effaçant au VIe état une grande partie des détails précédents, personnages, fenêtres, lumières, faisant monter au VIIe les ténèbres du tout premier plan. Satisfait de l'effet mais peu soigneux (il y laisse la marque émouvante de sa paume noire d'encre), il le signe, comme le VIIIe et ultime état, dans la pierre d'un balcon. Chaque reprise à la pointe sèche permettait de tirer une vingtaine de nouvelles épreuves, soit environ 80 en moyenne par sujet dont la quasi-totalité vit au musée ou dans d'immuables collections, souligne Mària van Berge-Gerbaud. A l'époque de Rembrandt, une grande feuille comme l'état VII d'Ecce Homo (359 x 451 mm) coûtait déjà 30 florins, somme conséquente puisque la maison hypothéquée du maître (44 élèves défilèrent en son atelier) qui allait précipiter sa faillite en 1656 lui avait coûté 13 500 florins. Autre pointe sèche célébrissime de Rembrandt, Les Trois Croix (1653), où le velouté du noir du IVe des V états dévore peu à peu les larrons et l'assistance pour ne laisser resplendir que la lumière sur le Christ sacrifié (Frits Lugt ne put jamais acquérir un état antérieur). A Maastricht il y a une semaine, le New-Yorkais David Tunick proposait un IVe état des Trois Croix (382 x 445 mm !), daté de 1660 et jugé moins beau que celui de la Fondation Custodia, à quelque 1,4 M$... Un trésor sous le scalpel. (1) Deux volumes d'eaux-fortes reproduites par scanner à paraître fin 2006 (environ 800 exemplaires à 59,50 €), soit avant les 50 ans de l'Institut néerlandais célébrés le 17 janvier 2007. Créée en 1947, la Fondation Custodia est légataire des 90 000 oeuvres d'art réunies par Frits Lugt (1884-1970). (2) www.institutneerlandais.com 121, rue de Lille 75007 Paris (Tél.: 01.53.59.12.40.) Le Figaro - vendredi 24 mars 2006 - Valérie Duponchelle |
|
Regard aiguisé, curiosité en alerte, les collectionneurs de belles feuilles sont de plus en plus nombreux. Rencontres, à l'occasion de la 15e édition du Salon du dessin De la chambre au salon et à la salle de bains, l'appartement de Michel Forestier est envahi par les dessins, et, s'il pouvait pousser les murs, il y en aurait encore davantage, car, faute de place, nombreux sont ceux qu'il a rangés dans des cartons. Alors, pour renouveler son plaisir, ce peintre de 43 ans, qui vit dans le «9-3», change régulièrement ses accrochages. Depuis une quinzaine d'années, la passion de la collection le poursuit. Bien qu'il ne dispose pas d'un budget important (de 100 à 400 €, les bons mois), il ne cesse de fouiner aux Puces, à Drouot, ou chez les marchands, dont certains sont devenus des amis. Plume, pierre noire ou sanguine: peu lui importe la technique. Il ne recherche pas non plus de sujet particulier et encore moins les grands noms, rarissimes et inabordables. Les dessins accrochés sur ses murs témoignent en tout cas de son regard aiguisé. Ici, des portraits caricatures de Steinlen; là, une étude de bateau qui ressemble fort à un Canaletto; plus loin, un christ à la sanguine qui s'est révélé, après recherches, être de la main de Cantarini Fini le temps où les belles feuilles étaient considérées comme le parent pauvre de la peinture. Même s'ils ne sont pas tous aussi mordus, de plus en plus nombreux sont les amateurs de belles feuilles. Ces dix ou quinze dernières années, de nouveaux collectionneurs sont en effet apparus. «On rencontre moins de professions libérales, mais plus de nouvelles fortunes venant du monde de l'entreprise ou de la finance», constatent Marie-Christine Carlioz et Hélène Bucaille, de chez Scala. Sans doute à cause de la localisation de sa galerie, entre le Louvre et Beaubourg, Chantal Kiener, elle, voit défiler de jeunes amateurs, entre 30 et 40 ans, très motivés mais dépourvus de moyens, qui déposent même parfois chez elle une liste de mariage. L'intérêt pour les uvres graphiques s'explique d'abord par leur prix, généralement moins élevé que celui de la peinture. Mais aussi par l'émotion qu'engendre le support lui-même. C'est ce qu'explique Louis-Antoine Prat, chargé de mission au département des arts graphiques du Louvre et grand collectionneur de dessins français. «Malgré sa fragilité, le papier parvient à traverser les siècles tout en conservant une authenticité que les tableaux, souvent vernis, repeints, restaurés, ont perdue.» Dans les dessins, Louis-Antoine Prat voit une dimension supplémentaire: l'immense plaisir de la recherche. En effet, le problème de leur attribution - ils ne sont généralement pas signés - se pose fréquemment. Identifier leurs auteurs s'apparente, pour les plus avertis, à un délicieux jeu de piste... Les belles feuilles furent longtemps considérées comme le parent pauvre de la peinture. Les curiosités ont commencé à s'éveiller au début des années 1980, quand un jeune conservateur du musée Getty décida l'institution à constituer un cabinet de dessins. Ce qui fut réalisé à coup de millions de dollars et provoqua une rapide augmentation des cotes. La France a suivi l'engouement naissant, d'abord modestement, lorsqu'une poignée de marchands parisiens lança le Salon du dessin. La manifestation, qui ouvre sa 15e édition, a, depuis, imposé sa crédibilité. Chaque année, au mois de mars, Paris devient ainsi la capitale internationale de l'art graphique. Surfant sur son succès, des maisons de vente aux enchères en profitent désormais pour taper le marteau et des marchands du quartier Drouot (une quinzaine cette année), pour présenter leurs propres sélections Durant ces quelques jours, chacun peut donc faire ses choix ou simplement promener son regard d'esthète. Habitué de l'événement, Jean Baronnet, réalisateur de documentaires, venu au dessin par la bibliophilie, se focalise sur le XIXe siècle. Jean Masurel, 40 ans, qui travaille dans l'édition, affiche pour sa part une prédilection pour les esquisses et les études, dans lesquelles se dévoile le geste créateur. Et, bien qu'il vive depuis peu à Londres, il n'hésitera pas à traverser le Channel dans l'espoir de faire des trouvailles. Annie Cardin et Claude Bogratchew, tous deux artistes, partiront eux aussi en chasse. En une quarantaine d'années de vie commune, ces fins connaisseurs, qui avouent avoir parfois «sacrifié le nécessaire» à leur passion, ont rassemblé quelque 300 feuilles - de Véronèse à Théodore Rousseau et de Degas à Twombly. Annie, peintre, y trouve motif à contemplation. Claude pose souvent sur les dessins un «regard de l'intérieur» et reconnaît qu'ils l'ont parfois aidé dans son travail de sculpteur... Jean Bonna, l'un des présidents de la banque suisse Lombard Odier, ne manquera pas lui non plus l'événement. En une dizaine d'années, cet esthète richissime, mécène à ses heures, a rassemblé un exceptionnel ensemble de 350 dessins, à faire pâlir d'envie les plus grands musées. Une bonne centaine sont en ce moment présenté à l'Ecole des beaux-arts de Paris, s'échelonnant du XVIe siècle (Raphaël ou Andrea del Sarto) aux années 1920-1940 (Picasso ou Balthus), en passant par Lorrain, Watteau ou Tiepolo. Pas une faute de goût. Entre Jean Bonna, le banquier suisse, et Michel Forestier, le collectionneur du «9-3», un point commun: l'il infaillible et la passion du dessin. L'Expresse - Le 16 mars 2006 - par Annick Colonna-Césari Salon du dessin : du 22 au 27 mars, palais de la Bourse, Paris (IIe). Rens.: 01-45-22-61-05. Dans le cadre du Salon est organisé un colloque intitulé «L'artiste collectionneur de dessins», auquel participent Claude Bogratchew et Annie Cardin. Dessins au Quartier Drouot, Paris (IXe). Du 20 mars (à partir de 16 heures) au 3 avril. Rens.: 01-47-70-04-38 et 01-48-24-02-34. |
|
Il y a ce que les visiteurs verront, et tout ce qui leur sera inaccessible : un immense espace en sous-sol, qui accueille les réserves du musée de Bretagne et les magasins de la bibliothèque. Dans les coulisses des Champs libres dorment de véritables trésors... Visite. « Avant d'exposer, le but d'un musée est de conserver », explique Laurence Prod'homme, conservatrice au musée de Bretagne, en ouvrant les portes des réserves, au sous-sol des Champs Libres. Ça sent le neuf dans les 800 m2 de réserves, divisées en cinq espaces. Elles regorgent de trésors. 400 000 négatifs photos, 3 000 affiches, 7 000 à 8 000 estampes, 4 000 dessins, 80 000 cartes postales, 3 500 pièces textiles... « En déménageant, on a même réalisé que nous avions 700 coiffes bretonnes, et non 300 comme nous le pensions », sourit la conservatrice. Dans chaque espace, les conditions de température et d'hygrométrie varient. « Dans l'idéal, les photos devraient être stockées en chambre froide, les fourrures au congélateur... » Une pièce est consacrée aux arts graphiques, une autre aux négatifs photos, une pour les tableaux, une quatrième pour les collections numismatiques et une dernière pour les textiles. « Nous conservons les céramiques, le mobilier et les pièces archéologiques plaine de Baud. » La base de données, qui fonctionne depuis 1991, permet d'extraire des réserves les pièces nécessaires à une exposition. « C'est le discours scientifique qui justifie l'exposition d'objets, et non l'inverse », insiste Laurence Prod'homme. En attendant, les oeuvres dorment dans le sous-sol du paquebot. « Moins on y touche, mieux elles se portent. » Les magasins de la bibliothèque sont tout aussi impressionnants. Treize agents du patrimoine travaillent à tour de rôle dans les 1 200 m2 de sous-sols, divisés en deux espaces distincts : périodiques et monographies. Ils acheminent les ouvrages jusqu'aux étages où ils sont consultés. Au total, 195 000 ouvrages s'entassent sur les 12 km de rayonnage. « La capacité totale de stockage est de 500 000 écrits, en comptant la Borderie », précise la conservatrice générale de la bibliothèque, Marie-Thérèse Pauillias. Le taux d'usage des oeuvres a servi de critère de répartition des collections. Dans cet espace, la lumière est calibrée, la température maintenue entre 18 et 20 °C. « Il faut surtout éviter les chocs de température. » Ouest-France du mercredi 15 mars 2006 |
|
BERNE. admin.ch/slb/hda.- La Commission européenne a présenté jeudi, 2 mars 2006, son plan de soutien de la Bibliothèque numérique européenne. La Conférence des bibliothécaires nationaux européens, dont fait partie la Bibliothèque nationale suisse, se réjuisse de ce projet. La Bibliothèque nationale suisse sera associée au développement de la Bibliothèque numérique européenne. La Commission européenne indique que, d'ici à 2010, la Bibliothèque numérique européenne aura mis en ligne sur Internet pas moins de 6 millions de documents, livres et autres oeuvres culturelles. Pour atteindre cet objectif, elle entend soutenir financièrement la création d'un réseau de centres numériques et instaurer un cadre contraignant pour les questions de droits d'auteur. La numérisation des collections sera financée par les États eux-mêmes. Sur le plan technique, la Bibliothèque numérique européenne est basée sur The European Library. Ce portail permet de faire des recherches simultanées dans les catalogues de nombreuses bibliothèques nationales européennes. Il donne également accès aux collections numériques de ces bibliothèques : on pourra par exemple consulter la collection suisse d'affiches, gérée par une communauté de bibliothèques et de musées suisses. The European Library a vu le jour à l'initiative de la Conférence des bibliothécaires nationaux européens. La Bibliothèque nationale suisse, qui en est un des membres fondateurs, sera naturellement associée au développement de la bibliothèque numérique européenne. Les contenus seront définis en concertation avec les partenaires européens et suisses, avant tout les cantons et les bibliothèques universitaires. Le financement devrait provenir de fonds publics et privés. Nachricht vom 03 mars 2006 -Webjournal.ch site : http://www.webjournal.ch/news.php?news_id=1144 |
|
créent l'événement chez Sotheby's à New York. Du fond des océans, les trésors que l'on croyait à jamais enfouis refont un jour surface. C'est une histoire comme le marché l'adore. Avec son piquant d'intrigues et de batailles. Un miracle arrivé il y a cinq ans, à Glasgow, lorsque deux libraires du Yorkshire, Paul Williams et Jeffrey Bates, tombèrent par hasard chez Caledonia Books, une petite librairie spécialisée en classiques et en livres d'enfant, sur un portfolio en cuir rouge gravé de l'inscription : «Dessins pour le tombeau de Blair». Les deux chineurs avaient flairé l'incroyable découverte. Leurs intuitions furent vite confirmées après avoir porté l'écrin dans une maison de vente de livres anciens du Gloucestershire qui demanda avis à Robin Hamlyn, conservateur à la Tate Britain, et surtout à Martin Butlin, historien du peintre, graveur et poète britannique William Blake (1757-1827), ce fils de bonnetier adulé après sa mort en Angleterre, consacré à la Tate en 2001, mais encore peu connu en France. Formidable jeu de piste Celui que l'on surnommait le «Pauvre Blake», «Blake le fou», tant son univers halluciné peuplé de figures allégoriques inspirées de la Bible, des pièces de Shakespeare, des poèmes de Milton ou de la Divine Comédie de Dante, a choqué ses contemporains comme l'académique portraitiste Reynolds ou le romantique paysagiste Turner mais enchanté les non-conformistes Barry, Mortimer, Füssli ou Flaxman. Tant ses «livres prophétiques» (Les Noces du ciel et de l'enfer, 1790-1793) prônant la nécessité du don de soi, la renaissance à travers la mort, la négation de la réalité de la matière, du châtiment éternel et de l'autorité ont bouleversé les esprits. «L'homme est tout imagination», proclamait ce pourfendeur de la raison tyrannique des philosophes, ce combattant de l'Église anglicane «aux vues étroites et hypocrites», cet admirateur de la Révolution française, ce défenseur avant l'heure de la science du Kundalini dont l'énergie vitale des profondeurs de l'être conduit à l'illumination. Le verdict fut unanime. Perdus depuis 1836, les 19 dessins à l'encre et au crayon rehaussés d'aquarelles étaient bien de la main de William Blake pour illustrer en 1805 The Grave (Le tombeau), un poème écrit par l'Ecossais Robert Blair en 1743. Ces inédits «étonnants par leur fraîcheur et leur état de conservation», précise Nancy Bialler, à la tête du département «Old Master Drawings» de Sotheby's New York, vont créer l'événement le 2 mai, à New York, pour une estimation attendue de 12 à 17,5 millions de dollars. Ils sont la fierté de la maison américaine, «la plus grande découverte de cet artiste depuis un siècle», qui n'a pas hésité, malgré les foudres des historiens, à les vendre séparément : de 180 000 à 260 000 $ pour les pages de titre jusqu'à 1 à 1,5 M$, voire 2 M$, pour les plus accomplies, comme La Porte de la mort avec son vieil homme poussant la porte des ténèbres. A ce démantèlement, qui fait toujours frémir les puristes, et notamment la Tate qui n'a jamais réussi à réunir les fonds nécessaires à l'acquisition de cette oeuvre majeure de Blake, Sotheby's rétorque qu'une feuille manquait déjà à l'ensemble originairement de 20 dessins. On ignore par quel biais celle-ci a atterri au Yale Center of British Art à l'université de Yale dans le Connecticut. En octobre 1805, l'éditeur Robert H. Cromek commanda 40 dessins à William Blake, connu pour avoir appris la gravure, de 1772 à 1779, auprès de James Basire. Vingt d'entre eux furent retenus et livrés. Malgré ses qualités de graveur mettant en relief le trait par morsure sur ses plaques de cuivre, Blake fut évincé par l'Italien Luigi Schiavonetti, plus célèbre et plus commercial graveur à l'époque. Celui-ci réalisa seulement douze gravures d'après les dessins de l'artiste. L'édition du poème fut un grand succès. Commença alors un formidable jeu de piste. La veuve de l'éditeur Cromek hérita en 1812 des 20 dessins de Blake. Ceux-ci réapparurent en 1836 pour être vendus au prix dérisoire de 1,25 livre dans une vente à Edinbourg. Puis il se retrouvèrent, on ne sait comment, entre les mains d'une famille d'artistes du Bedfordshire dont les descendants se débarrassèrent en les portant à Glasgow, chez la libraire de Caledonia Books. Tout allait pour le mieux jusqu'à ce que cette dernière, se sentant lésée, se retourne contre les deux marchands libraires du Yorkshire qui avaient mis en vente les dessins, tout en essayant de décrocher une offre de la Tate. La justice a tranché en novembre 2002, accordant 50% de la vente des dessins à Caledonia Books et 25% pour chacun des deux libraires. Elle a médiatisé ces dessins de Blake acquis au final par le marchand londonien Libby Howie qui a tenté, en vain, d'intéresser institutions et musées (à nouveau la Tate !) avant de décrocher une autorisation d'exportation pour une valeur de 8,8 M£. La bataille a parfois du bon. Exposition des dessins chez Sotheby's Paris, 76, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris, du 18 au 24 mars, pendant le Salon du dessin. Le Figaro 24 février 2006 - Béatrice de Rochebouët |
|
Les grandes lignes de la contribution française à la future Bibliothèque numérique européenne (BNE) doivent être présentées mercredi lors d'une réunion du "comité de pilotage", avec pour objectif de lancer le projet dès cette année en coopération avec plusieurs Etats européens. Le comité présidé par le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, soumettra ensuite ses conclusions au président de la République. Lancé il y a moins d'un an à l'initiative de la France, le projet de BNE devrait entraîner à terme la numérisation de millions d'ouvrages pour défendre, selon ses initiateurs, un patrimoine "d'une richesse et d'une diversité sans égales". "L'objectif 2006 est de démarrer tout de suite en coopération avec quelques Etats. Si nous avions avec nous un noyau de plusieurs Etats pour commencer, le projet de BNE prendrait tout son sens", a déclaré à l'AFP Agnès Saal, directrice générale de la Bibliothèque nationale de France. Cinq pays - Allemagne, Espagne, Hongrie, Italie, Pologne - avaient rejoint la France en avril dernier pour demander à la Commission européenne une initiative pour lancer un projet de BNE. Selon Agnès Saal, 23 bibliothèques nationales sur 25 ont à ce jour adhéré au projet. Manquent à l'appel le Portugal, pour des raisons techniques, et l'Angleterre, pourtant "très proche en terme d'objectifs". La BNF doit lancer prochainement un "test de numérisation de masse" pour mieux évaluer les conditions techniques, la rapidité et le coût de l'opération. Un coût annuel pour la participation française estimé actuellement par le président de la BNF, Jean-Noël Jeanneney, "entre 8 et 15 millions d'euros" pour numériser 150.000 à 200.000 ouvrages par an. Pour l'ensemble de l'Europe, 600.000 à 1 million de livres pourraient être numérisés chaque année. Dans un premier temps, l'accent devrait être mis sur la numérisation de textes fondateurs de la culture européenne, pour disposer, selon Mme Saal, d'"un socle de textes européens un peu fondamentaux", sans céder à l'"obsession du nombre". Le champ serait ensuite élargi aux dictionnaires, ouvrages scientifiques, jusqu'aux grands journaux. "Nous mettons l'accent sur l'aspect qualitatif, avec un nombre de textes important, mais aussi une navigation intelligente à l'intérieur des textes (...) Nous devons mémoriser beaucoup, mais en même temps, bien et intelligemment", a-t-elle souligné. Le financement public du projet reste primordial, mais les initiateurs souhaitent y adjoindre des partenariats privés. Le projet de BNE a notamment pour but de contrer le gigantesque programme de numérisation des livres lancé fin 2004 par le moteur de recherche américain Google. Yahoo a depuis annoncé, en octobre, qu'il se lançait également dans un projet de bibliothèque numérique. http://www.linternaute.com/actualite/depeche/442/128686/la_bibliotheque_numerique_europeenne_bne_bientot_en_ligne.shtml Vendredi 13 Janvier 2006 - L'Internaute |
|
Marché de l'art Quels sont les critères de l'authenticité ? Une question épineuse qui fait l'objet d'un colloque organisé à Drouot-Montaigne par la Confédération européenne des experts d'art (Cedea). Oeuvres mal attribuées, reproductions et contrefaçons y seront examinées à la loupe. «L'OeIL ne voit que ce qu'il a envie de voir. La mode rend aveugle. Or le faussaire se trahit toujours dans son écriture par un petit détail que seule remarque la génération suivante avec un regard plus froid, plus distant, plus critique», note l'expert en tableaux anciens Éric Turquin. La Cène, le plus spectaculaire des faux Vermeer peint dans les années 30 par Hans van Meegeren, n'a-t-il pas formidablement trompé son monde ? La toile fut acquise avec fierté, 350 000 F, le 12 décembre 1995 chez Jacques Tajan, par le Musée d'art moderne de Rotterdam. Dans les années 40, le collectionneur Van Beuningen l'avait achetée 1,6 million de florins, environ 10 millions d'euros d'aujourd'hui, chez le grand marchand Hoogendijk ! Dans l'urgence, le marché n'y avait vu que du feu. On craignait que les chefs-d'oeuvre hollandais n'aillent, via Goering, enrichir les collections de l'occupant allemand. Dans le contexte de la guerre, les meilleurs experts avaient quitté l'Europe continentale. Et cette Cène ayant aujourd'hui mal vieillie, avec ses canons de beauté plus proche d'Otto Dix que de Vermeer, confortait la théorie de l'historien Bredius que Vermeer avait peint des tableaux religieux. La supercherie fut révélée à la fin de la Seconde Guerre mondiale avec l'interpellation de van Meegeren. Elle déclencha une incroyable bataille d'experts. Question d'argent, mais aussi question de savoir où l'ego l'emporte parfois sur la raison. Les critères d'authenticité sont aussi subjectifs que l'art. Ils diffèrent selon les domaines : de l'art africain où il n'y a ni auteur, ni date précise, aux bronzes dont aucun code juridique ne définit les critères, jusqu'à l'argenterie où les poinçons sont rois. Et pourtant sans experts, point de salut en France, le pays le mieux protégé juridiquement grâce à l'annulation de la vente pour vice de consentement. Mieux vaut être guidé pour se repérer dans les tirages, les éditions et les oeuvres originales comme tentera de le démontrer ce colloque sous la houlette du Cedea (présidé par Armelle Baron) qui regroupe les trois principales organisations d'experts et la chambre belge*. Un petit groupe de spécialistes présenteront plusieurs cas d'école. Des photographies de Willy Ronis illustrant la différence entre «vintage» et tirages modernes (Paul Benaroche) aux faux carnets d'Hitler (Frédéric Castaing). En passant par les sculptures de Ferdinand Cian, sculpteur d'origine italienne qui exposa au Salon de 1911 à 1918 (Roland de l'Espée). Ses terres cuites vendues comme «Époque Louis XV» ressemblent trait pour trait à celles exquises de Bouchardon et Lemoine du XVIIIe. Les 11 et 12 janvier, de 16 heures à 21 heures, à Drouot-Montaigne. Accès libre et gratuit. Rens. au 01.42.22.78.15. Le Figaro - vendredi 6 janvier 2006 - Béatrice de Rochebouët |
|
receleur malgré lui. Le manuscrit "Hébreu 52" qui a été vendu le 19 mai 2000 sous le numéro 224 par la société de ventes Christie's pour un montant de 300 000 euros est toujours en possession de son acquéreur, un collectionneur new-yorkais. Son identification, à l'automne 2004, par l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels a permis à la direction de la Bibliothèque nationale de France d'entrer en contact avec lui. "La BNF est animée par la volonté très forte de récupérer ce manuscrit afin qu'il réintègre le patrimoine national", a indiqué sa directrice générale, Agnès Saal. Engagées début 2005 par l'intermédiaire d'un cabinet d'avocats américain, les négociations se poursuivent et devraient trouver une issue favorable. En effet, l'acquéreur ne conteste pas que le manuscrit qu'il a acheté est bien celui qui a été dérobé à la BNF, en dépit des dégradations qu'il a subies et qui étaient destinées à dissimuler son origine. La reliure a été changée, et les feuillets du manuscrit ont été rognés pour entrer dans le format, légèrement plus petit, de la reliure de substitution. En outre, soixante feuillets sont manquants. Au cours de l'enquête, la directrice du département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, qui avait été chargée de procéder à l'examen du manuscrit volé, avait noté à ce propos dans son rapport que ces mutilations ne pouvaient être le fait que d'"un expert en restauration suivant les instructions d'un spécialiste de la littérature biblique". L'autre bonne nouvelle, pour la BNF, vient du fait que, selon le droit applicable dans l'Etat de New York, la "bonne foi" de l'acquéreur qui n'a jamais été mise en cause dans cette affaire ne saurait être un obstacle à la restitution du manuscrit à son véritable propriétaire. Mais reste l'épineux problème de l'indemnisation du collectionneur new-yorkais. Si la BNF se dit prête à faireun geste, elle n'entend pas payer 300 000 euros le bien qui lui a été volé. Son acquéreur n'a d'autre choix que de se retourner contre Christie's, dont il estime que la responsabilité est engagée. Une négociation financière à l'amiable est engagée avec la célèbre maison d'enchères, soucieuse d'éviter une procédure judiciaire. Pour les quatre manuscrits hébraïques ("Hébreu 23", "Hébreu 52", "Hébreu 1 201" et "Hébreu 1 308") qui ont disparu du fonds de la BNF, ainsi que pour la dégradation d'un cinquième ouvrage ("Hébreu 332") dont plusieurs dizaines de feuillets ont été retirés et dont la reliure a été changée, la BNF avait évalué son préjudice à près de 1 million d'euros. Cette affaire a en outre relancé le débat sur la sécurité des collections de la BNF (Le Monde du 29 juin 2005). Seul moyen de contrôle pour repérer les éventuelles disparitions d'ouvrages, les opérations de récolement sont longues et coûteuses. L'une d'entre elles, lancée en 1991 avant le déménagement du siège historique de la Bibliothèque de la rue de Richelieu au nouveau site de Tolbiac , a mobilisé quatre-vingts personnes pendant cinq ans. Selon le rapport remis en septembre 2004 au directeur de la BNF, Jean-Noël Jeanneney, les "absences" ou les "pertes" étaient évaluées à 0,3 % des collections. Le Monde - 01 janvier 2006 - Pascale Robert-Diard |
|
Une acquisition et un don pour la Bibliothèque nationale de France. Lors de la deuxième vente, par Pierre Bergé & associés, du fonds de la librairie Pierre Berès, le 28 octobre 2005, la Bibliothèque nationale de France a préempté deux importants livres annotés : (1) l'Examen des oeuvres du Sr. Desargues par Jacques Curabelle (Paris, 1644), couvert de remarques autographes par Girard Desargues lui-même, et (2) l'Institution de la religion chrétienne de Jean Calvin (Genève, 1562), largement annoté par Sully. Le premier est, par son intérêt scientifique intrinsèque, le plus important des trois seuls documents connus de la main d'un mathématicien considéré comme le plus fécond et le plus original du XVIIe siècle. Girard Desargues fut en effet le fondateur de la géométrie projective et le maître de mathématiques du jeune Pascal. Aux arguments opposés à ses thèses novatrices par l'architecte Jacques Curabelle, ses réponses marginales d'une vive énergie et d'un ton très personnel offrent un témoignage unique sur une des polémiques scientifiques les plus virulentes de ce temps. Dans les marges de l'exemplaire de l'Institution de la religion chrétienne de Jean Calvin, pas moins de 1 300 remarques écrites à l'encre brune de la main du ministre de Henri IV résument la pensée du théologien. Cet exemplaire exceptionnel a appartenu à Conrad de Witt, gendre de Guizot. L'acquisition d'un volume aussi remarquable a pu se faire grâce à la générosité de Pierre Berès, qui en offre la valeur - 115 000 euros à la Bibliothèque nationale de France. © NewsPress 2005 - 30/10/2005 http://www.newspress.fr/pro/aff_comm.asp?communique=FR166697&logo= |
|
Dans l'univers infini de Copernic. Marché de l'Art - Le livre mythique du visionnaire de la science a été la vedette de la vente du fonds du grand libraire Pierre Berès, vendredi 28 octobre 2005 à Drouot. Bouchons, vendredi dès 14 heures, devant la porte de la salle 7 de Drouot, tout le charme du chaos à la française, pour entrer en temps et en heure à la dispersion du fonds du grand libraire parisien Pierre Berès. En juillet, la maison Pierre Bergé & Associés a fort bien vendu la somme de catalogues et de bibliographie rassemblés en quatre-vingts ans de carrière par cette figure du marché parisien. Grâce à ce prologue, le bouche-à-oreille était prometteur pour ces 198 premiers lots qui dépassaient la polémique sur la personne et entraient dans le coeur du sujet, la passion d'un amateur hors pair. Même si certains regrettaient le mélange des siècles d'un catalogue serré comme un livre de messe, Des incunables à nos jours, qui ouvrait avec un fragment byzantin de l'Evangile de saint Jean (Xe) et finissait avec Les Mots de Sartre relié, presque sobrement, par Georges Leroux en 1989. Une semaine seulement après les trésors surréalistes de Daniel Filipacchi, tout le petit monde sévère des libraires et des experts était là aux premiers rangs pour ce premier acte attendu comme le drame de Macbeth. Avec 6,585 M€ de produit total et seulement 4 lots invendus, cette première vente Berès est un succès, même si d'aucuns soulignent qu'il était inévitable avec pareil pedigree, la belle lettre de Colomb et Copernic en son meilleur état. Par son De Revolutionibus Orbium coelestium, Libri VI (Nuremberg, 1543), Nicolas Copernic clarifia la relation de l'homme, prisonnier de son monde clos, à l'infini de l'univers. Trois enchérisseurs se sont battus jusqu'à 530 000 €, déjà plus du double de l'estimation haute, pour ce «bijou absolu de la bibliophilie» avis pour une fois unanime en parfaite condition avec son beau vélin d'époque et ses marges immenses. Un duel de téléphones a fait monter jusqu'à 818 454 € avec frais cet exemplaire que Pierre Berès vendit dans les années 1970 au collectionneur madrilène Bartolomeo March (le fabricant de cigarettes) et auquel il le racheta vingt ans plus tard. Le libraire londonien Bernard Quarritch l'aurait emporté pour un collectionneur (français, dit-on). La confirmation que les livres de sciences et d'astronomie, courant porteur venu d'Amérique, dominent le marché. Toujours l'Amérique avec la lettre de Colomb, relation imprimée de sa découverte du Nouveau Monde (1494), l'un des «Americana» les plus recherchés. Seulement trois apparitions aux enchères en trente ans, soit 70 000 $ en 1985, 300 000 $ à la fin des années 1990 et 523 000 € cette fois, près de quatre fois la modeste estimation de l'expert Jean-Baptiste de Proyart. Le libraire parisien Stéphane Clavreuil a emporté, contre un grand libraire espagnol et 2 téléphones, cette première représentation gravée de l'Amérique dans une reliure de l'époque aux armes de Benoît Le Court, grand bibliophile lyonnais du XVIe. Le galion sera-t-il chargé d'or tout au long de sa course ? Rendez-vous le 18 décembre pour la prochaine vente. Valérie Duponchelle - le Figaro, lundi 31 octobre 2005. |
|
En juillet 2005, il a fallu deux jours pour vendre aux enchères les outils de travail du libraire parisien Pierre Berès : les catalogues et les ouvrages de référence, au total 1 700 titres. Cette session organisée à Drouot, par Pierre Bergé et associés, avait rapporté 630 000 euros. Le Musée Getty (Californie) était un des gros enchérisseurs. Ce n'était qu'un prologue. S'annonce maintenant la vente du fonds de la librairie elle-même. Pas moins de 8 000 titres qui vont être dispersés en cinq ou six après-midi. Le premier événement aura lieu le 28 octobre, toujours à Drouot, qui verra accourir bibliophiles et bibliothécaires du monde entier. Le deuxième épisode aura lieu le 16 décembre et les dernières ventes seront pour 2006. Avec la dispersion de ce stock prestigieux, une époque s'achève. Pierre Berès (né en 1913) a incontestablement dominé le commerce du livre ancien à Paris pendant plusieurs décennies. Il a pratiqué ce métier dès l'âge de 16 ans, en chambre, alors qu'il habitait encore chez sa mère. Deux ans plus tard, il éditait son premier catalogue. Louis Barthou, plusieurs fois président du conseil et ministre quasi inamovible, compte parmi ses premiers clients. "Barthou était un mauvais bibliophile selon nos critères d'aujourd'hui, se souvient Pierre Berès. Il aimait, comme la plupart des amateurs de son temps, les livres farcis de documents divers, lavés et reliés de neuf. L'esprit a changé. Fernand Vanderem, un écrivain boulevardier des années 1920 et 1930, a édicté quelques principes qui ont toujours cours dans le monde de la bibliophilie, et dont la règle d'or est de préférer un livre fatigué mais authentique à un ouvrage retapé." La crise économique qui suit le krach de 1929 fait que les occasions sont nombreuses sur le marché parisien. Pierre Berès sait en profiter. "C'est à cette époque qu'il a réalisé l'accumulation de son capital", note Jean-Baptiste de Proyart, l'expert de la vente. "Il s'est alors imposé comme un grand libraire", ajoute Christian Galantaris, son collaborateur pendant quatorze ans. Le jeune homme a un instinct très sûr, c'est un bourreau de travail qui établit systématiquement des fiches sur les ouvrages qui lui passent entre les mains, rédige des catalogues régulièrement et utilise des collaborateurs de qualité. "Il a toujours eu un charme fou", indique le libraire Christian Galantaris. Un charme qui séduit des collectionneurs comme Anténor Patino ou André Rodocanachi, devenus des clients fidèles. A la veille de la seconde guerre mondiale, il ouvre une librairie, avenue de Friedland, près de l'Etoile. Ernst Jünger, capitaine dans l'armée allemande, en poussera souvent la porte pendant l'Occupation. Le libraire a-t-il profité de cette époque trouble pour s'enrichir ? Certains de ses confrères ont fait courir cette rumeur, que Pierre Berès dément avec une fureur froide. Les seules fréquentations notables qu'il avoue pendant cette période ont été Aragon et Eluard, ou Maurice Goudeket, le mari de Colette, avec qui il créa une éphémère maison d'édition, La Palme, et Henrique Freyman, attaché culturel du Mexique à Paris, à qui il achètera plus tard les éditions Hermann. Jean-Baptise de Proyart, ancien de chez Sotheby's à Londres, est formel : "Les spoliations sont aujourd'hui totalement judiciarisées, notamment celles des biens juifs pour lesquels il existe des répertoires. Le nom de Pierre Berès n'apparaît à aucun moment." En revanche, cet expert montre en riant une carte postale autographe du maréchal Pétain, datée de 1928, vendue par Berès en 1942. On peut lire au verso d'une vue ruinée de Louvain, de la main de celui qui deviendra l'homme de Vichy : "Il y a deux sortes de paix : celle que l'on subit et celle que l'on impose. La deuxième est la seule qui permette d'assurer la sauvegarde du pays." C'est d'ailleurs Jacques Chaban-Delmas, jeune maire de Bordeaux, et Julien Cain, administrateur de la Bibliothèque nationale (radié par Vichy), qui, en 1947, envoient Pierre Berès à New York à la vente Lucius Wilmerding pour ramener le Livre de raison annoté par Montaigne. L'émissaire français avait reçu un viatique de 1 500 dollars pour l'occasion. Une somme nettement insuffisante. Le précieux exemplaire, aujourd'hui à la bibliothèque de Bordeaux, fut adjugé à 21 000 dollars. Pierre Berès dut emprunter la différence. Autre coup fameux, pour son compte cette fois-ci : l'achat en 1957 de la collection Pillone, 168 livres imprimés au XVe et au XVIe siècle et réunis par un patricien vénitien, vers 1590, qui avait fait orner la tranche des volumes par Cesare Vecellio, un peintre de l'entourage de Titien. Les volumes, classiques de l'Antiquité, récits de voyages, traités de médecine, ouvrages des pères de l'Eglise, appartenaient à une famille anglaise depuis le XIXe siècle. Pierre Berès les achète en bloc pour 15 000 livres. "Trois d'entre eux avaient été imprimés à Paris : je les ai offerts à la Bibliothèque Nationale. Et j'ai vendu les autres, très lentement." Et très cher. Il y a un goût Berès, notent Jean-Baptiste de Proyart et Christian Galantaris. Le libraire affectionne les époques charnières, les moments de césure où s'expriment les individualités qui font basculer le monde des arts. La Renaissance française, qui s'exprime, par exemple, à travers les reliures de Groslier ; l'entourage du régent, qui affectionne les volumes mosaïqués, ou, à la fin du XIXe siècle, le mouvement lié au japonisme. Pierre Berès, friand de ces formes nouvelles, les paie parfois le prix fort. "Il a offert 750 000 francs pour l'exemplaire d'Eluard du Cirque de Fernand Léger, relié par Rose Adler, note Jean-Baptiste de Proyart. Je ne suis pas sûr que le livre atteigne les 120 000 euros, le 28 octobre." Emmanuel de Roux - Le Monde 28 octobre 2005 |
|
Le mot français bibliophile a une connotation péjorative, avoue Jean-Baptiste de Proyard, l'expert de la vente Berès, un côté notable de province à lunettes. Je préfère le mot anglais bookman, plus sobre, plus précis." Ce parti pris sémantique n'explique pas l'apparente bizarrerie de cette passion. Pourquoi s'attacher à une édition particulière alors que le texte est le même d'une édition à l'autre ? Doit-on se ruiner pour acheter un incunable de François Villon dont on peut lire les poèmes en livre de poche pour quelques euros ? D'abord, fait remarquer l'expert Jean-Baptiste de Proyart, la "collectionnite", le fétichisme de l'objet, est sans doute aussi ancien que l'homme et s'applique à toutes sortes de choses. Dont les livres. Mais, fait remarquer Pierre Berès, "on peut collectionner des livres de toutes sortes, en avoir peu ou beaucoup, la question n'est pas là. La bibliophilie est une cosa mentale". Ce que confirme Jean-Baptiste de Proyart : "Le monde des livres considéré sous l'angle du bibliophile est un monde abstrait. L'objet matériel, concret, devient une forme abstraite. Il faut faire un effort pour entrer dans ce monde, qui est en dehors de la sphère de l'image, et maîtriser les critères qui définissent l'exemplaire. Car cette définition de l'exemplaire permet de passer du multiple à l'un." UN MARCHÉ QUI SE PORTE BIEN Ces critères définis à partir du XVIIIe siècle sont divers : qualité d'impression, rareté de l'ouvrage, notoriété de l'auteur, valeur du texte, état du volume, éventuelle dédicace, annotations autographes... "Cette logique de la distinction obéit à une hiérarchie, constate Jean-Baptiste de Proyart. Il faut pouvoir maîtriser cette gamme abstraite pour entrer dans le concret de la bibliophilie." Une gamme d'autant plus abstraite qu'elle évolue selon les époques et la mode. "Aujourd'hui, ce sont les livres de sciences, notamment astronomie et mathématiques, qui ont la cote, dit l'expert de la vente Berès. Sans doute parce qu'il s'agit là d'une langue universelle qui parle à tout le monde, quelle que soit sa nationalité." Sur le marché international, les oeuvres de Descartes, Pascal, Copernic, Galilée, Newton, flambent, alors que les illustrés du XVIIIe siècle, naguère très prisés, sont plutôt stables. Les atlas et les livres de voyage ont également le vent en poupe. Globalement, la bibliophilie est un marché qui se porte bien, car il existe des collections pour toutes les bourses, et elle touche tous les secteurs de la société. "On peut rechercher des livres de poche ou les premières Série noire de chez Gallimard. Les originales de James Bond s'arrachent aux Etats-Unis, indique Jean-Baptiste de Proyart. En revanche, un exemplaire de l'Ulysse de James Joyce imprimé à Paris, avec ses innombrables coquilles, peut valoir 300 000 dollars - 247 974 euros. Le bibliophile n'est pas un insecte archaïque et velu. Il peut avoir le profil d'une star de cinéma comme Johnny Deep." Emmanuel de Roux - Le Monde, jeudi 27octobre 2005. |
|
La bibliothèque numérique de Google débarque en France : à l'occasion de la foire du livre de Francfort, Google vient en effet d'annoncer l'ouverture de son service Google Print en Europe via 8 sites localisés : Italie, Allemagne, Hollande, Autriche, Suisse, Belgique, Espagne et bien sûr en France. Cet accord permet aux éditeurs de faire numériser leurs livres par Google, pour les rendre accessibles sur print.google.fr (voir les détails plus bas). Des accords ont déjà été passés avec plusieurs maisons d'éditions françaises, même si la plupart des éditeurs souhaiteraient pouvoir signer un contrat soumis au droit d'auteur français. Actuellement, les livres sont scannés au siège de Google, à Mountain View. Toutefois, Google n'exclut pas d'ouvrir un atelier en Europe de manière à diminuer les frais de transport qu'il prend en charge. Lorsque cette bibliothèque numérique sera suffisamment étoffée, Google commencera à afficher des liens si des livres correspondent aux requêtes entrées par les visiteurs du moteur de recherche. Une interface spécifique est également envisagée dans un futur proche. Les éditeurs percevront une commission sur les liens sponsorisés que Google n'oubliera pas d'intégrer aux résultats. Par ailleurs, un lien sera présent directement vers leur boutique en ligne de l'éditeur s'il en possède une. Une fois inscrit, on peut librement parcourir les pages d'un ouvrage libre de droit ou simplement découvrir cinq pages d'un ouvrage protégé par le droit d'auteur. Même si le risque de piratage existe en cas d'ouverture de plusieurs comptes, des éditeurs comme Les Editions de l'Eclat semblent décidés à tenter l'aventure de la bibliothèque numérique. Malgré la lecture gratuite de ces pages, Google Print pointe en effet vers des marchands proposant le livre à la vente et permet également à l'éditeur de toucher des revenus publicitaires grâce aux liens sponsorisés s'affichant sur les pages numériques de ses livres. Avec 15 millions de livres numérisés aux Etats-Unis contre moins de 100.000 pour la BnF, Google semble bien parti pour devenir la bibliothèque de l'internet. Reste toutefois à convaincre les éditeurs de la pertinence du modèle. Source : Libération, EssentielPC, Neteco Comment fonctionne Google Print ? Il suffit d'effectuer une recherche sur la page d'accueil de Google Print. Chaque fois que les termes de votre recherche figurent dans un livre, un lien vers cet ouvrage s'affiche dans les résultats obtenus. Cliquez sur le titre d'un livre, pour qu'apparaisse la page dans laquelle se trouvent vos termes de recherche. Cette page est accompagnée d'autres informations concernant l'ouvrage, mais aussi de liens « Acheter ce livre » permettant d'accéder à des librairies en ligne. Si le livre est libre de droits, vous pourrez le consulter intégralement. En revanche, si des droits d'auteur sont encore applicables, vous ne verrez que quelques pages et parfois même seulement le titre, les données bibliographiques et de brefs extraits. Vous pouvez également poursuivre votre recherche sur ce livre et savoir dans quelles bibliothèques le trouver près de chez vous. D'où viennent ces livres ? Le contenu des livres affichés dans Google Print provient de deux sources : des éditeurs et des bibliothèques. Par Olivier Duffez, Mercredi 19 octobre 2005 - http://www.webrankinfo.com/actualites/200510-google-print.htm |
|
réunis pour la première fois depuis 500 ans. Quelque 90 dessins de Michel Ange, notamment des études pour le plafond de la chapelle Sixtine, sont réunis pour la première fois depuis 500 au Teylers de Haarlem, près d'Amsterdam. L'exposition, fruit d'une rare collaboration avec le British Museum de Londres et l'Ashmolean d'Oxford, sobrement intitulée "Michelangelo", sera présentée jusqu'au 8 janvier à Haarlem, puis au British Museum du 23 mars au 25 juin. Elle comporte un grand nombre d'études des musculeux nus masculins qui caractérisent le travail du "divin" Michelangelo Buenarroti (1475-1564), notamment pour le plafond de la Sixtine, dont une pour la célébrissime main de Dieu et une d'Adam, et pour la fresque du Jugement dernier créé pour cette chapelle. Le Teylers présente également des dessins préparatoires à la construction du dôme de Saint-Pierre de Rome, du tombeau du pape Jules II ou encore de la chapelle des Médicis à Florence. Le Teylers a pris l'initiative de cette exposition car ce petit musée installé dans l'hôtel particulier d'un riche marchand de soie du XVIIIe possède 25 dessins de Michel Ange. Ils appartenaient à la collection constituée au XVIIe par la reine Christine de Suède, achetée en 1790 par un mécène du musée. (Michelangelo, musée Teylers de Haarlem jusqu'au 8 janvier, 10 euros, catalogue richement illustré : 34,50 euros, réservation conseillée sur www.michelangelo.nl) AFP Jeudi 6, octobre 2005 |
|
réaction "positive" du président de la BnF Le président de la Bibliothèque nationale de France (BNF), Jean-Noël Jeanneney, a qualifié mardi de "positive" l'initiative du groupe internet américain Yahoo ! d'une bibliothèque numérique. "Il ne s'agit pas de donner des bons ou des mauvais points à un tel ou un tel mais le fait que vienne des Etats-Unis une réaction qui introduise plus de pluralisme est bonne en soi", a dit à l'AFP M. Jeanneney. Les principes avancés par l'Europe et la France sur cette question ont "fait évoluer l'état d'esprit général et ont probablement renforcé, y compris aux Etats-Unis, l'idée qu'il ne fallait pas avancer comme Google", a-t-il souligné. Yahoo! a annoncé lundi sa participation à l'élaboration d'une bibliothèque numérique de dizaines de milliers de livres, accessibles gratuitement aux internautes grâce à sa technologie de recherche. Un projet d'archivage a priori moins ambitieux que celui initié puis interrompu par le moteur de recherche Google, contre lequel M. Jeanneney s'était elevé. Yahoo! a évoqué "une collaboration sans précédent" entre une dizaine de partenaires réunis dans une organisation baptisée "Open Content Alliance" (OCA), insistant sur l'idée d'un contenu libre de droits. "Plusieurs éléments me paraissent aller dans le sens de ce que nous souhaitons", a ajouté M. Jeanneney, citant l'accès ouvert ou une numérisation explicitement autorisée par les auteurs et les éditeurs. "Nous espérons, grâce à l'OCA, pouvoir tisser entre l'Amérique et nous des liens transatlantiques, technologiques et stratégiques enrichissants", a-t-il conclu. A F P. Mardi 4 octobre 2005 |
|
exposés pour la première fois Des manuscrits anciens de l'Institut Ahmed Baba de Tombouctou sont pour la première fois présentés au public samedi, lors de l'inauguration de l'exposition à Johannesburg. "C'est la première fois que des manuscrits quittent l'institut. Normalement, ils n'en sortent jamais pour des raisons de préservation et de sécurité", a déclaré à l'AFP Mohamed Gallah Dicko, directeur de l'Institut Ahmed Baba. Seize des quelque 25.000 manuscrits conservés dans ce centre de recherche ont fait le voyage de Tombouctou, dans le nord du Mali, jusqu'à la pointe sud de l'Afrique. Certains de ces textes, parfois enluminés à l'or fin, datent du XIIIe siècle. "Il y a là une biographie du prophète Mahomet, mais aussi des traités de musique, d'astronomie, de physique, de pharmacopée traditionnelle. Nous avons voulu montrer que, contrairement à ce que les gens pensent souvent, les manuscrits ne traitent pas que de l'islamisme", a expliqué M. Dicko. Le président sud-africain Thabo Mbeki a lancé samedi un appel de fonds de 35 millions de rands (4,7 millions d'euros) pour sauver cet héritage précieux de la culture africaine. Cet appel de fonds intervient dans le cadre d'une initiative Afrique du Sud-Mali que le président Mbeki avait mise en place en 2003 pour sauvegarder les textes. Il s'agit du premier projet culturel parrainé par le Nouveau partenariat économique pour l'Afrique (Nepad). L'exposition, prévue jusqu'au 8 octobre à la Standard Bank Gallery au centre de Johannesburg, a été inaugurée par le président malien Amadou Toumani Touré. "Autrefois les gens venaient de partout à Tombouctou à la recherche du savoir. Mais les moyens du Mali aujourd'hui sont limités", a-t-il déclaré, en saluant ce projet qui participe à la "renaissance africaine". AFP - Lundi 3 Octobre 2005 |
|
Et si, dans la bibliothèque enfouie de la Villa des Papyrus, on retrouvait les chefs-d'oeuvres de l'Antiquité qu'on croit disparus : Aristote, Sophocle, Eschyle. Des archélogues sont sur la piste. Une bibliothèque enfouie sous les cendres, qui contient peut-être les trésors de la littérature antique quon croit perdus : les pièces de Sophocle, dEschyle, des inédits dAristote. Une équipe darchéologues sest mis en tête de retrouver la bibliothèque de Pison, sous les ruines de sa villa. Pison, un milliardaire de lépoque, descendant du beau-père de Jules César. Par culture et par frime, ce type se devait de posséder une bibliothèque complète. Sa villa est la plus grande villa romaine connue, dont les fondations aient été exhumées. En bord de mer avec piscine, avec terrasses dénivelées, c'est du Hollywood sous Néron. Ici Virgile et Horace sont passé, sous ces portiques, se sont trempés dans la piscine olympique. De la plus grande villa romaine, il ne reste rien. Mais le musée Getty à Los Angeles a été construit sur ses plans. Détail gore : on sait que des esclaves étaient en train de courir avec les caisses de livres pour les sauver quand l'éruption leur est tombé dessus. Les livres, depuis 2000 ans sous la cendre, sont carbonisés. Miracle : ça nempêche pas de les lire. Les livres romains étaient des rouleaux de papyrus, quon gardait dans des boîtes en cèdre. Ensevelis sous trente mètres de cendres le 24 août 79, ils ressemblent aujourdhui à des cylindres de charbon, tout brûlés et tout noirs. Mais les archéologues savent les dérouler sans les émietter, ils les épluchent et ensuite les déchiffrent avec la technique de "imagerie multi spectrale". Technique utilisée aussi pour lire la surface de Mars ou un tableau de Van Gogh, qui analyse la composition chimique dun sol ou dun support. La chimie de lencre brûlée n'étant pas celle du papyrus brûlé, on voit les lettres apparaître. Vers 1750, on a déjà trouvé une première bibliothèque sous la villa Pison. Les ouvriers de lépoque qui ont trouvé les livres en ont jeté un paquet à la main, ils croyaient que cétait du bois. On a sauvé 1800 rouleaux qu'on a depuis déroulés et lus. 30 000 images archivées sur CDROM. Et la villa est connue sous le nom "Villa des Papyrus". Mais rien d'Aristote, de Sophocle ou d'Eschyle. Depuis des années une équipe darchéologues anglo-saxons a conclu quil devait se trrouver une seconde bibliothèque chez Pison. Maintenant il faut creuser et ça coûte cher : un chantier énorme, 50 m de large, 40 de profondeur. Une carrière, une mine. Nos amis archéologues se sont réunis fin janvier 2005 à Oxford. Ils ont créé "The Herculanum Society" et partent à la recherche de 20 millions de dollars. Sophocle avait écrit 120 pièces, on en a que 7. Euripide 90, on en a 19. Eschyle 80, on en a 7. Sans oublier les fameux dialogues dAristote, complètement évaporés mais qu'un Pison se devait de posséder. Retrouver tout ça pour 20 millions de dollars à peine, ça pourrait intéresser Bill Gates. Léon M. - 04.02.05 - http://www.novaplanet.com/cyber-hardcore/article,36,1,la-bibliotheque-secrete-de-pompei.html |
|
L'engin ressemble à un instrument moderne de torture. Ses victimes : les livres. Maintenus solidement immobiles par plusieurs attaches qui s'adaptent à toutes les tailles. Une lumière éblouissante est projetée sur les pages qu'une "tête à vide" tourne une à une après les avoir décollées grâce à un jet d'air sous pression. Le supplice s'arrête là. L'ouvrage sort indemne de ce qui n'est qu'une séance de numérisation. Mieux, en quelques minutes, son contenu est enregistré, préservé pour l'éternité de l'usure du temps et bientôt à portée de clic des internautes de la planète tout entière. Transformées en pixels, ces pages vont être ensuite traduites en caractères. Si le procédé n'en est qu'à ses balbutiements, il permet déjà de numériser un ouvrage de 300 pages en moins de huit minutes contre trois heures lorsqu'on tourne les pages manuellement au rythme de 100 pages à l'heure. Cette machine à tourner et à numériser les pages, présentée comme la plus rapide du monde, a été conçue par une toute jeune entreprise, Kirtas, fondée en juin 2001 par Lotfi Belkhir, alors directeur au Xerox Venture Labs du célèbre Palo Alto Research Center (PARC) de Xerox. La firme, riche grâce à ses photocopieurs, est célèbre pour ses multiples inventions (la souris d'ordinateur, l'interface à fenêtres et icônes, le réseau Ethernet...). Elle l'est aussi malheureusement pour son incapacité à breveter et industrialiser nombre des innovations qu'elle a produites. La machine à numériser les livres en est une. De 1997 à 2001, Xerox a développé un "tourne-page" automatique en exploitant sa connaissance pointue du papier et de la manipulation mécanisée. Lotfi Belkhir dirigeait ce projet. Mais, confrontée à des difficultés financières, Xerox interrompt, en mai 2001, ses recherches dans ce domaine pour se recentrer sur son "coeur de métier". Lotfi Belkhir ne renonce pas et décide d'exploiter la licence exclusive cédée par Xerox.
"DES LIVRES AUX OCTETS"
"La tâche est immense. Il faut numériser 560 années de savoir...", rappelle le fondateur de Kirtas. Et de s'y atteler avec un slogan fort : "Déplacer le savoir des livres aux octets" (Moving knowledge from books to bytes, en anglais) car, pour la génération actuelle, "ce qui n'est pas numérisé n'existe pas". A 40 ans, cet Algérien émigré aux Etats-Unis en 1987 pour y obtenir un doctorat de physique se lance dans l'aventure au pire moment. "La bulle Internet venait d'exploser. Les capitaux étaient rares." Avec l'appui de Thomas Taylor, ingénieur en chef de Kirtas après trente et un ans passés dans le traitement du papier chez Xerox, l'entreprise industrialise sa première machine, l'APT BookScan 1200. Un prix d'innovation la récompense en 2003 et les premiers prototypes sont vendus en 2004. Ils fonctionnent à 1 200 pages par heure. Aujourd'hui, une vingtaine d'exemplaires ont été livrés à des clients comme la Northwestern University de Chicago, Logos Research Systems, spécialisé dans la Bible, Newsbank, qui numérise les documents gouvernementaux, ou la bibliothèque publique de Rochester (Etat de New York), ville où est installée Kirtas. Au 1er janvier 2006, un nouveau modèle, l'ATP BookScan 2400, doublera la cadence de numérisation. Un gain banal pour Lotfi Belkhir, spécialiste de l'"innovation radicale". "C'est notre culture d'entreprise, précise-t-il. Nous cherchons à proposer des avancées majeures." De fait, l'ATP BookScan résout l'étonnante quantité de problèmes que pose la numérisation automatique d'un livre. Outre l'adaptation aux différentes tailles, au maintien en position face à l'appareil de prise de vue, deux opérations se révèlent délicates : décoller les pages et les tourner. Pour effectuer la première, Kirtas utilise un jet d'air sous pression sur les angles libres des pages. La seconde est plus critique. Il faut saisir la feuille et la tourner sans jamais qu'elle n'en entraîne une autre. "Il faut surtout s'adapter à tous les types de papier et à tous les grammages", souligne Lotfi Belkhir. Grâce à l'expérience de Thomas Taylor, Kirtas a mis au point une tête sous vide au profil légèrement ondulé qui la rend efficace sur tous les types de papier. Décollée par le jet d'air, la feuille est aspirée par la tête sous vide et l'ondulation qui lui est appliquée achève de la libérer de sa suivante. Le tout en douceur pour éviter toute dégradation d'ouvrages allant du tout-venant à l'incunable. "Nous pouvons traiter tous les livres dont il est possible de tourner les pages à la main", assure Lotfi Belkhir. Sauf ceux dont les pages sont collées ou ceux dont la fragilité extrême requiert l'usage d'un support pour les manipuler. "Sur 3 millions de pages numérisées, seulement 3 ont été abîmées", indique le PDG de Kirtas, qui cite le travail réalisé avec succès par l'université de Toronto sur un livre très ancien : La Cité de Dieu de saint Augustin (1475). Une fois transformée en image grâce à l'appareil photo numérique de 16,6 millions de pixels, la numérisation est loin d'être terminée. Il faut en effet transformer l'image couleur en noir et blanc et aborder l'étape délicate de la reconnaissance de caractères (OCR). Pour cela, Kirtas a intégré à son logiciel BookScan Editor le système "le plus performant du marché" : celui de la compagnie russe Abbyy capable de traiter 177 langues différentes. La tâche, dont l'efficacité varie de 90 % à 100 % en fonction de la qualité graphique du texte, prend entre 1 et 4 secondes par page. Mais l'opération peut être répartie sur plusieurs ordinateurs et être réalisée de nuit. Kirtas la pratique puisqu'elle s'est lancée dans l'offre de service de numérisation aux clients qui ne souhaitent pas acquérir une machine de 120 000 euros. Une manière pour elle de "construire un pont entre le vieux monde du papier et le nouveau monde du numérique".
GOOGLE PRINT EN TOILE DE FOND. Google compte-t-il parmi les client de Kirtas ? Le PDG de l'entreprise de numérisation, Lotfi Belkhir, s'abstient de répondre. Difficile toutefois d'imaginer que la société qui a lancé, le 14 décembre 2004, l'ambitieux projet Google Print ne s'intéresse pas à cette machine. Avec elle, Google pourrait en effet accélérer la réalisation de ce qu'elle considère comme sa "mission" : rendre accessible "toute la culture du monde" . Une formule qui a agacé Caroline Wiegandt, directrice générale adjointe de la Bibliothèque nationale de France (BNF), lors de la conférence Ichim du 21 septembre. Le Monde 29/09/05 - Michel Alberganti |
|
Ça a commencé comme ça, dirait Bardamu. «Je lisais beaucoup. A 11-12 ans, Corneille, Racine, Bossuet, Vigny, puis Verlaine, Rimbaud, Lautréamont. A 14-15 ans, j'achetais les premières éditions des auteurs à la mode, Kessel, Duhamel, le Prix Goncourt Bedel. En 1931, au 3e étage de la rue Vaneau, chez ma mère qui parlait l'anglais comme le français, je disposais d'une chambre et d'une autre attenante. Là, à 17 ans, est né mon premier catalogue», raconte Pierre Berès, octogénaire très improbable. Le premier prêt maternel, «50 000 F, beaucoup d'argent pour qui n'avait pas de fortune, dépensé en huit jours ! Je savais ce que je voulais, une lettre autographe d'Oscar Wilde, un poème de Verlaine à Rimbaud». Voilà le début d'une longue carrière, lancée par des rencontres au culot (Gide, Paul Morand) et des coups dignes du poker (achat en 1957 de la collection formée au XVIe par les patriciens Pillone). Qui a rencontré Pierre Berès connaît l'esthète, ici un petit bronze de Matisse et là un homme pensif par Le Fresnaye, l'ami de grands collectionneurs comme Jaime Ortiz-Patiño, le solitaire dont le bureau privé plonge dans le jardin du Musée Rodin. «Trois épithètes pour un personnage ? Intelligence, goût et ambiguïté... Pierre est le prince de l'ambiguïté, il y a de l'ombre dans le tableau», s'amuse Pierre Bergé, fier que son «vieil ami ait commencé comme moi à 18 ans, jeune courtier en librairie avec l'assurance que donne le goût de connaître et d'avoir raison». Au panthéon des plus grands libraires du XXe siècle, notez A.S.W. Rosenbach qui acheta 1 950 $ en 1924 aux enchères à New York le manuscrit d'Ulysse de Joyce («cathédrale de prose» déposée au Rosenbach Museum & Library de Philadelphie), l'Italien Tammaro de Marinis qui connut toute l'aristocratie de l'Europe, les Kraus, Américains d'origine viennoise, et les Breslauer, dynastie entre Berlin et New York dont Christie's a vendu la collection bibliographique au printemps. Palmarès établi par le grand érudit qu'est Félix de Marez Oyens, conseil en bibliographie à Paris, toujours sur le «Board» de Christie's, et directeur de la fondation Breslauer à New York. «L'histoire retiendra-t-elle Pierre Berès, au-delà de sa vision, de son art psychologue et de ses victoires ?», s'interroge son ex-associé, Néerlandais qui a deux grands hommes, Johan Huizienga et Érasme, austères en diable.V. D. Le Figaro - Vendredi 15 juillet 2005. Valérie Duponchelle |
|
Le grand libraire parisien vendra à l'automne le fonds de sa fameuse librairie, soit «80 ans de passion» à l'aune de son personnage.
Ce jour-là, Pierre Berès, grand front et oeil de renard, avait bousculé le gris souris de son pull en cachemire par une cravate vert pâle, digne d'un jardin anglais. «La couleur qui plaît à l'homme moderne», celle de ses iMac posés comme autant de petits révolutionnaires au coeur des livres anciens de sa librairie, avenue de Friedland (aujourd'hui fermée). Pétillant et patient comme le flatteur de La Fontaine, ce conteur «incroyablement alerte» raconte les débuts d'un jeune homme audacieux, né le 18 juin 1913 à Stockholm, élevé à Paris, à l'ombre d'une mère dont il se garde de faire l'éloge, en l'absence d'un père dont il se garde de faire le procès et dont il francisa le nom d'Europe centrale. Une vie, ébauchée avec la précision d'un Maupassant, sans le cynisme avoué de l'ambitieux et du séducteur. A 92 ans, l'épilogue n'est pas écrit. «J'habitais au 136, rue d'Assas. J'allais tous les jours à pied à Louis-le-Grand en descendant le boulevard Saint-Michel. Je m'arrêtais chez un bouquiniste, rue Auguste-Comte, où je feuilletais les revues. J'étais âgé de 13 ans, je suppose, lorsque mon copain de banc à Louis-le-Grand sort de sa poche un petit livre du XVIIe dans sa reliure en vélin, ouvrage en latin de l'imprimeur hollandais Blaeu. «Je l'ai acheté 25 centimes chez le bouquiniste !», me dit-il. J'ai été ébloui, pas par le livre, un tout petit format, mais par l'idée que, pour 25 centimes, on pouvait avoir un témoin aussi intact et évocateur de 300 ans avant nous. Cette illumination ne m'a jamais quitté», confie le libraire des libraires, controversé comme un pape en Avignon, mordant comme un requin des affaires, charmant comme un Casanova avant le bal. «Je peux être plongé au milieu d'un livre de 3 MF, découvrir et décrire avec la même joie un livre de 140 F, toujours en partant du livre, pas en m'abritant derrière le paravent des outils bibliographiques», explique, en ce printemps 2000, cet autodidacte à la culture prométhéenne pour lequel «il n'existe pas de petits livres». Ce bourreau de travail, caché sous l'hédoniste, a rédigé ainsi «des milliers de fiches» goûtées des amateurs, comme les recettes élégantes et simples qui intriguent le palais, les faisant ronronner jusqu'à la facture «souvent astronomique, au-delà du réel». «Il est capable d'inventer un livre, d'imposer ses goûts d'un éclectisme extrême, de réunir à 17 ans 30 choses formidables dans un premier catalogue», salue le collectionneur Jean Bloch, bibliophile «admiratif du visionnaire», joueur dans l'âme et pas plus effarouché que ça, «si la fin a justifié les moyens». «Je l'attendais un soir dans sa librairie pour voir Le Poète assassiné d'Apollinaire illustré par Dufy dans une reliure de Paul Bonet, quand j'entendis la voix de cet homme si hautain s'attendrir pour dire : «Ma chérie, tu es tellement belle, je t'aime !» J'étais stupéfait. Je le fus plus encore quand je compris qu'il parlait à un chat angora», raconte Jean Bloch, qui retrouva l'exemplaire hors de prix dans le catalogue de la vente Filipacchi. «Je lui ai acheté une très jolie édition des Essais de Montaigne en deux volumes, il y a 40 ans», se souvient Daniel Filipacchi depuis sa croisière d'été au coeur des Bahamas. Baroudeur encore charmé par «l'homme et sa culture distillée dans un dîner charmant chez lui», même si le collectionneur est passé depuis à des cieux plus surréalistes. «Je l'ai rencontré à Londres en 1994. J'ai vu d'abord sa main, une très belle main, s'approcher pour saisir un livre de photographies in folio à l'anglaise», témoigne Jean-Baptiste de Proyart, l'expert de sa vente fleuve à l'automne (1). Tout ébaudi par le triomphe de la première vente bibliographique de la semaine dernière, «1 700 numéros, 7 000 livres, le dossier Gide et des livres à 50 €, une vraie vente du XIXe !» (nos éditions du 11 juillet). «Il était petit, brun, sec, nerveux, comme aujourd'hui... On s'est très vite tutoyés, il est venu à ma soutenance de thèse en 1995», confie ce docteur en philosophie, séduit par «son perfectionnisme, son oeil d'aigle forgé par une culture immense du livre et de son marché». Au jeu des portraits chinois, il le voit bien être «un chat, forcément, voire un pois de senteur, un proche de François 1er, Juliette Gréco pour le côté suave, une sculpture de Giacometti ou une dent de narval». Gourmet des conquêtes et des fleurets bien mouchetés, Pierre Berès cite volontiers Erasme en amuse-bouche : «Nul homme n'est si bon qu'il ne puisse être amélioré ; de même, aucun livre n'est si travaillé qu'il ne puisse être rendu plus parfait.» Ce charmeur sait rester évasif sur les détours d'un itinéraire personnel (sept enfants de deux lits). Encourager le mystère sur sa personne, sa collection privée, les nombreuses ventes anonymes qui portent sa marque un jour des éditions aldines, un autre la littérature libertine d'un Restif de la Bretonne et la source de ses coups de théâtre. Comme la réapparition, en 2001, du manuscrit du Voyage au bout de la nuit, mythe absolu des céliniens, porté disparu depuis 1943 (préempté 12,18 MF par la BnF). «Pierre Berès n'a pas l'oeil sur le passé. Cela le rend très bon libraire et très bon homme d'affaires», saluait en 2000 son ami et complice Félix de Marez Oyens. Et d'ajouter aujourd'hui : «Connaissance et expertise, patience en abondance, capacité de gagner de l'argent, il a tout cela. Sa faiblesse serait peut-être de toujours vouloir contrôler le jeu.» (1) «Pierre Berès, 80 ans de passion», 1re partie du «Fonds de la librairie Pierre Berès, Des incunables à nos jours», le vendredi 28 octobre, 2e partie en décembre, toujours chez Pierre Bergé & Associés, à Drouot. Le Figaro - Vendredi 15 juillet 2005. Valérie Duponchelle |
|
Mohamad Ali fit commander l'installation de l'imprimerie en 1821 dans le quartier de Boulaq. Il s'agit de la première imprimerie égyptienne, officielle et gouvernementale. L'introduction de cette première imprimerie au Caire entraîne une véritable révolution culturelle. Elle transforme profondément les relations sociales et entame un véritable mouvement déveil culturel. Bien que l'Egypte connût l'imprimerie avant l'époque de Mohamad Ali, celle-ci était non-officielle, et était la propriété d'individus. L'objectif principal de la construction de cette imprimerie était le désir du grand pacha à assurer l'éducation de l'armée. La fondation de l'imprimerie de Boulaq se situe dans un grand mouvement de renaissance de l'enseignement et c'est pourquoi ses impressions, qui sont presque les premières d'Egypte, avaient une grande importance. La première publication était un dictionnaire arabo-italien puisque l'Italie était le premier pays où Mohamad Ali avait envoyé une mission pour étudier les techniques de cette industrie. Avec lessor de limprimerie allait se développer la presse qui a permis aux élites de sexprimer, dorganiser des débats, de faire connaître lEurope et de publier les premiers textes littéraires de type européen. Le développement progressif de l'imprimerie et de la presse a permis l'essor d'une nouvelle catégorie sociale, équivalente aux intellectuels de nos jours. Déjà en 1848, plus de 200 ouvrages étaient traduits pour permettre aux écoles de former, sur des bases solides, les cadres de lEgypte. On sintéressait surtout au développement scientifique et technique. Lobjectif était donc clair : imiter lEurope et construire des usines en empruntant les techniques occidentales . http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2005/7/6/patri1.htm - Le 6 juillet 2005 |
|
La splendeur de la France racontée en 18 000 catalogues de ventes, dispersés en cinq sessions du 26 au 30 juillet, à Nogent-sur-Marne.
Rendez-vous de juillet sur les bords de la Marne. Au 17, rue du Port, qui plonge vers l'eau en longeant le parc de la Maison des artistes. En l'hôtel des ventes de Nogent-sur-Marne, bambous, lauriers et barques à la Renoir céderont la place à un chapiteau et une salle de ventes presque en plein air. Programme plus que roboratif, voire banquet romain avec des mets d'empereur : en cinq jours de ventes judiciaires, Me Christophe Lucien proposera la «très extraordinaire bibliothèque d'un marchand parisien», constituée dès les années 60 avec autant de méthode que de folie visionnaire. Un océan de 25 000 volumes, dont près de 18 000 catalogues de ventes aux enchères publiques depuis 1732 (1). Toute l'histoire de l'art par le menu. Côté cour et côté jardin, puisque ces annales du marché sont annotées de mille secrets. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ou se vend. Par les aléas des créances et les hasards de l'été, voici une mémoire intacte de notre doux pays quand la concurrence anglo-saxonne ne comptait guère, hormis après la Révolution française, lorsque les Emigrés vendirent leurs biens outre-Manche. La France au plus beau de son art et de son arrogance. Au plus riche de ses rêves royaux ou strictement bourgeois, de ses transmissions, heureuses comme la paix en famille, déchues comme les batailles de succession. Au plus légendaire de ses noms de princes, de mécènes, de parvenus ou d'artistes. Une énumération invraisemblable d'objets cités au fil des catalogues - petits livrets du XVIIIe, puis épais livres de la fin du XIXe où prend place la photographie originale - qui font l'inventaire d'une culture. «Photographies de grande duchesse en robe du soir, caricatures de Daumier, dessins de Léonard, tapis de Smyrne, diamants de la Couronne, bijoux de théâtre, ardoises de Saint-Pétersbourg, coquillages, minéraux, soieries, journaux autographes, crânes humains, flacons de poison, grilles de châteaux, instruments de torture, grimoires de sorcellerie, dents de narval, chefs-d'oeuvre et croûtes dans un même assaut», récapitule le catalogue de cette somme de catalogues, à collectionner comme le reste (2). En deux ans de cette rocambolesque aventure judiciaire, Me Christophe Lucien a revu défiler en accéléré ses études d'histoire de l'art dans le vif désordre des enchères. D'Alexandre Dumas à Victor Hugo parti en exil, de feu la Pompadour à Jacques Doucet en son salon, ce Parisien de Nogent y a puisé un enthousiasme digne de Rodrigue affrontant Chimène. Le XVIIIe nous est ainsi conté en pierres blanches. Ventes mythiques d'un Crozat, baron de Thiers, d'un Choiseul-Praslin, ou du duc de Gramont. Incursions détaillées dans les ateliers d'artistes avec les ventes des peintres Coypel, de Troy, Lesueur ou Vernet, des sculpteurs Bouchardon ou Caffieri, de l'ornemaniste Michel Audran. Retour au Panthéon avec la vente de Germain Soufflot, son architecte chagrin, ou visite chez les marchand-merciers avec les catalogues Gersaint annotés de sa main à l'encre. Le XIXe étourdit par sa profusion d'artistes (ventes Hubert Robert, Boilly, David, Delacroix, Ingres, Millet, Corot, Barye), d'écrivains (Balzac, Dumas, Maupassant, les Goncourt) et de figures (de Melle Rachel, comédienne, à Richard Wallace, du prince Napoléon aux frères Dutuit, collectionneurs qui firent la richesse du Petit Palais). Le XXe reste un âge d'or comme en témoignent les ventes du spirituel Feydeau ou du mégalomane Gabriele d'Annunzio, des grands collectionneurs Henri Rouart ou Ephrussi de Rothschild, des ateliers de Gustave Courbet ou d'Eugène Carrière. La vente après décès de l'atelier Edgar Degas a nourri un catalogue en 7 volumes, monument de l'art et de son marché, qui plaide à jamais pour les archives du savoir. Même si cette vente fleuve «sur requête du Trésor public et autres créanciers», tait le nom du vendeur, il n'est pas sorcier de constater que 98% des lots portent l'ex-libris, sans plus de grâce qu'un cachet de bibliothécaire, de François Heim, 85 ans, figure tutélaire du marché parisien (3). Personnage à la cousin Pons, que la passion dispense de toutes contingences matérielles jusqu'à l'heure des enquêtes diligentées et des recouvrements, il est baptisé «oeil de verre et jambe de bois» par ses pairs. Admiratifs de sa science qui lui fit acheter les fonds des frères Gaston et Henry Pannier, puis de Marcel Nicolle, désolés de sa chute, mais prêts à y piocher toutes les aubaines. VOIR LE CATALOGUE. (1) Soit 1 851 lots, estimés de 100 € à 2 000 €, à vendre les mardi 26 juillet (de 1900 à 1952), mercredi 27 (de 1732 à 1793), jeudi 28 (de 1794 à 1870), vendredi 29 (de 1871 à 1899) et samedi 30 (Expositions, musées et grandes collections ). Rens. au 33.01.48.72.07.33. (2) Sans compter une kyrielle de hors catalogue qui contraindra les amateurs à venir. Experts, Christian Galantaris et Pierre Poulain (catalogue, 30 €). Frais en sus des enchères, seulement à 9,495% pour les livres. (3) On lui attribue aussi la Collection de marbres, terres cuites et tableaux d'un grand marchand parisien, le 21 juillet à Nogent (frais 10,764%). Le Figaro - Vendredi 8 juillet 2005. Valérie Duponchelle. |
|
Des multiples failles dans la sécurité de la Bibliothèque nationale de France (BNF) ont été mises au jour depuis un an. Face au scandale, le président de la BNF, Jean-Noël Jeanneney, a rédigé un rapport consacré à «la sûreté des collections». Ce document, dont Le Figaro détaille le contenu, établit qu'à l'occasion du déménagement du site Richelieu vers Tolbiac, «30000 absences, soit 0,3% des collections» ont été signalées. Dans le «coeur précieux» de la BNF, plus de mille pièces sont manquantes ou absentes. Depuis, les visiteurs comme les agents sont en principe sévèrement contrôlés. Outre ces disparitions, une information judiciaire est en cours sur des vols d'ouvrages rares. Vols de pièces au département des médailles en 1946 ayant entraîné le suicide du conservateur de l'époque, disparition, au début des années 80, d'un précieux manuscrit érotique persan, «kidnapping» en 1997 d'un incunable du XVe siècle ? la Cosmographia de Claude Ptolémée sur aquarelle ? retrouvé l'année suivante chez Christie's Londres... Page après page, l'histoire de la Bibliothèque nationale de France épouse à s'en étourdir celle du pillage et du vandalisme. Devenue une Babel moderne, la Bibliothèque nationale de France (BNF) abrite aujourd'hui 35 millions d'objets de toute nature, dont quinze millions d'imprimés et vingt millions de documents dits «spécialisés» tels que des manuscrits, cartes et plans, photos ou encore costumes. Dans le lot, pas moins de deux millions de pièces peuvent être considérées comme rares et précieuses. «Vouloir faire de la BNF un coffre-fort serait confortable mais ce n'est pas notre vocation. A la différence des musées, nos documents sont là pour être consultés», explique Agnès Saal, directrice générale de l'établissement, qui a communiqué 1,2 million de documents à près de 400 000 chercheurs en 2003. En septembre dernier, au lendemain du scandale provoqué par le vol de manuscrits au fonds hébraïque (lire ci-dessous), Jean-Noël Jeanneney, président de la BNF depuis mars 2002, établit un rapport sans concession consacré à «La sûreté des collections». Ce document, dont Le Figaro peut détailler le contenu, révèle qu'un inventaire «mené sur 10 millions d'unités» à l'occasion du déménagement des bibliothèques de Richelieu et de Versailles vers le site François-Mitterrand «avait fait apparaître environ 30 000 absences, soit 0,3% des collections (...)». «Sur ce chiffre, poursuit le rapport, (...) la très grande majorité est constituée par des ouvrages des XIXe et XXe siècles, en littérature et en histoire.» Selon nos informations, les dernières vérifications effectuées en 2004, notamment dans le «coeur précieux» de la BNF, indiquent que 1 183 documents ont été signalés comme manquants ou absents. Quelque 200 d'entre eux sont antérieurs au XVIIIe siècle. «Ces disparitions, dont les dates sont difficiles à établir, nous indignent sans vraiment nous surprendre car certains fonds n'ont pas été inspectés depuis très longtemps, précise Agnès Saal. La politique de l'autruche n'est pas bonne. A un moment ou à un autre, il fallait faire émerger ces manques...» En 2002, la BNF a entrepris de renforcer sa coopération avec les groupes spécialisés de la brigade de répression du banditisme et de l'Office central de lutte contre les trafics de biens culturels (OCBC). Depuis 1998, plus d'une quinzaine de plaintes ont été déposées. Pourtant, si deux agents ont été soupçonnés d'indélicatesses, aucun n'aurait été révoqué. Soucieux de défendre le patrimoine, le président de l'établissement public s'est employé à renforcer singulièrement la «surveillance étroite dans lesquelles les lecteurs et les agents de la bibliothèque accèdent aux documents». Procédures d'accréditations, vérifications d'identité et modernisation de la vidéosurveillance : le public est soumis à un règlement draconien. En 2003, pour 3 500 lecteurs, seules 44 exclusions temporaires et trois définitives ont été prononcées. De leur côté, les agents, qui doivent produire un casier judiciaire vierge, portent des badges magnétiques. Ponctuellement, ils doivent ouvrir et présenter le contenu de leurs sacs, vider les poches de leurs manteaux, ouvrir leurs meubles de bureau ou leurs vestiaires. Enfin, il a été décidé qu'une quinzaine de conservateurs seront mutés chaque année. «L'exercice d'une responsabilité longue et directe sur un fonds recèle des dangers, soulignait Jean-Noël Jeanneney dans son rapport. L'administration doit donc chercher à se prémunir contre la défaillance ou la malveillance de ceux-là mêmes qui ont en charge le contrôle, et qui sont par nature faillibles...» Ce péril n'est pas neuf pour qui garde en mémoire les forfaitures du comte Libri, aristocrate d'origine italienne qui avait profité à la fin du XIXe siècle d'une mission d'inspection des bibliothèques de France pour y rafler des pièces majeures, telles que la Divina Commedia de Dante ou des esquisses de Léonard de Vinci. Devenue une Babel moderne, la Bibliothèque nationale de France (BNF) abrite aujourd'hui 35 millions d'objets de toute nature, dont quinze millions d'imprimés et vingt millions de documents dits «spécialisés» tels que des manuscrits, cartes et plans, photos ou encore costumes. Le Figaro - 27 juin 2005 - Christophe Cornevin |
|
Séduction à l'italienne. Même si son éclat s'est fait plus discret, Florence ne s'est pas éteinte après la Renaissance, sous le règne désormais tranquille des derniers Médicis. Son art non plus, toujours fait d'un goût marqué pour le naturalisme des paysages et des personnages, pour la beauté des corps, dans des mises en scène souvent théâtrales. Le Louvre, qui conserve l'un des ensembles les plus complets de cette période peu connue, grâce à la collection de Filippo Baldinucci, le «conservateur» des collections de Cosme III de Médicis, présente une sélection de soixante de ces dessins allant du délicat Allori jusqu'à Volterrano, le baroque. Intitulée «Le dessin florentin sous les derniers Médicis», l'exposition marque la publication de l'inventaire des Dessins Toscans XVIe-XVIIe tome 2 par le département des Arts graphiques du musée, sous la direction de Catherine Goguel qui a eu le bonheur, dans cette tâche, de faire de nombreuses découvertes ou réattributions. «La Toscane de Cosme III, dernier duc régnant, explique-t-elle, reste fidèle à sa grande tradition stylistique d'utilisation du dessin à des fins d'étude de la nature, dans la filiation d'Andrea del Sarto et de Pontorno, de structuration très forte des corps (tradition de Michel-Ange), de jeu subtil autour des effets atmosphériques (le sfumato de Leonard de Vinci et la morbidezza, l'onctuosité).» Tous ces artistes étaient des peintres «muralistes», «de grands décorateurs, des peintres de quadri da sala, dont les esquisses préparaient à de vastes compositions destinées à des palais ou à des lieux religieux, car il ne faut pas oublier que la plupart d'entre eux étaient membres de confréries de charité.» Chronologiquement, le premier est Matteo Rosselli (1578-1650). On admirera la force de son trait sur des profils de jeunes hommes et sur une Pieta très proche de celle de Michel-Ange. A l'opposé de ce style solide, simple, appuyé, le plus fameux des artistes de l'époque est sans doute Cristofano Allori (1575-1621), dont le tableau le plus célèbre est Judith présentant à Holopherne la tête de saint Jean-Baptiste. L'exposition a sélectionné plusieurs études pour ce tableau, dont une très belle tête d'homme aux yeux clos à la pierre noire et deux pastels utilisant le sfumato avec virtuosité, un portrait de jeune femme et une main tenant une poignée de cheveux côtoyant une coiffe féminine tout en dégradés de blancs. Il est aussi l'auteur de délicates petites esquisses de paysages toscans, dont le Louvre possède un carnet entier. Francesco Curradi, un peu dans la même veine, utilise, lui, la sanguine sur papier bleu pour dessiner une femme évanescente aux effets à la Correge. Pierre noire, sanguine, encre, pastel, tous, en effet, font feu de tout bois, employant toutes les techniques avec une infinité de variétés techniques, de supports et de styles. Puis viennent les grands «chorégraphes» du dessin, les Giovanni Bilivert qui compose de vastes scènes mythologiques pour les palais des familles nobles de Toscane ; les mystiques, comme Cecco Bravo, dont une mise au tombeau vue de l'intérieur de la caverne illumine les personnages d'une lumière caravagesque. Les Giovanni di San Giovanni, précurseurs du baroque avec sa Nymphe et Satyre aux traits animés et furieux. Les Furini, avec son portrait de Femme nue vue de face révélant son souci de représentation al naturale. «Les peintres florentins, poursuit Catherine Goguel, sont les premiers à ne pas trahir ce qu'ils voient, à représenter, par exemple, un enfant comme un enfant.» C'est le cas du bambin de Carlo Dolci, endormi un doigt dans la bouche, une sanguine d'une touchante candeur. Puis, vers 1640, vient l'influence du baroque, à travers Pierre de Cortone venu de Rome et Luca Giordano, de Naples. Il y a Franceschini, dit Il Volterrano et son Bouffon Tommasso Trafredi, présenté à mi-corps d'un trait fragmenté. Il y a également Giovanni Battista Foggini, dont le projet de bas-relief d'autel est un hymne au nouveau style, où s'entremêlent dans un élan fougueux des personnages emportés par un élan d'inspiration divine. Florence s'était mise à la mode. Jusqu'au 15 août 2005, au Louvre - aile Denon, 1er étage, salles 9 et 10. Le Figaro 24 juin 2004 - Anne-Marie Romero. |
|
"Mémoire vivante du XXe siècle" Une mémoire vivante de lécrit, de lédition et de la création Créé en 1988 à linitiative de chercheurs et de professionnels de lédition, lInstitut Mémoires de lédition contemporaine ( IMEC ) http://www.imec-archives.com/ rassemble, préserve et met en valeur des fonds darchives et détudes consacrés aux principales maisons dédition, aux revues et aux différents acteurs de la vie du livre et de la création : éditeurs, écrivains, artistes, chercheurs, critiques, graphistes, libraires, imprimeurs, revuistes, agents littéraires, journalistes, directeurs littéraires... Mémoire vive du livre, de lédition et de la création, ce patrimoine, jusquà présent inaccessible et largement inédit, contribue au développement des recherches scientifiques sur la vie littéraire, artistique et intellectuelle contemporaine, sur ses créateurs et ses médiateurs, sur ses réseaux et ses institutions, sur son économie et ses productions. Fondé sur le principe général du dépôt darchives par des particuliers, des entreprises ou des institutions, lIMEC assure la conservation et la mise en valeur de la toute première collection privée darchives contemporaines en France. LIMEC permet ainsi à un très important patrimoine privé dêtre ouvert à la recherche dans le cadre dune mission publique dintérêt scientifique et assume dès lors une mission de médiation entre la communauté des chercheurs et celle des déposants et ayants droit. Les missions et les activités de lIMEC bénéficient du soutien permanent du Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC de Basse-Normandie) et du Conseil régional de Basse-Normandie. Devenu Centre culturel de rencontre dans le cadre de son installation à l'abbaye d'Ardenne, l'IMEC est membre de l'Association des Centres culturels de rencontre. http://www.accr-europe.org/ |
|
Chaque année, Limoges est le théâtre de manifestations dans le cadre du cycle d'expositions «Filigranes de la reliure d'art» portant sur des périodes s'échelonnant du XIIIe au XXe siècle. Plus de deux cents artistes relieurs de France et de l'étranger (Australie, Japon, Canada...) ont été sollicités par la ville et l'association Les amis de la reliure d'art, que préside Annick Terrasson (sept cents membres de quinze pays). Un jury, composé de professionnels et de bibliophiles, a sélectionné 174 oeuvres uniques pour une exposition mise en scène par Jean-Michel Ponty. Conquête esthétique, la reliure transcende un ouvrage. «L'art du livre transparaît dans la reliure qui transmet la mémoire en protégeant le livre», fait remarquer Monique Boulestin, maire adjoint chargé de la lecture à Limoges. Cette exposition présente différents styles de reliure contemporaine : la qualité d'exécution, l'utilisation de nouveaux matériaux, la recherche d'un décor harmonieux en sont le dénominateur commun. Jacques Laucournet, un des deux derniers relieurs de Limoges (il y avait dans la cité une trentaine d'ateliers en 1865), de la troisième génération, a été l'instigateur de cette manifestation dorée sur tranche qui rend hommage à deux cents ans d'histoire et fait preuve d'un heureux éclectisme. Le sujet s'impose avec éclat : reliure de velours avec cabochons, reliure mosaïquée, reliure avec incrustation de plaques émaillées, couture au fil d'or sur rubans de cuir rouge, sur plats rapportées en maroquin noir... Une immense bibliothèque d'images et de visions, des palpitations de techniques qui expliquent fièrement une histoire débordant de richesses. Trois réalisations ont été récompensées : celle de Béatrice Algrin, qui s'est vu décerner le prix de la ville de Limoges pour une reliure classique avec incrustation d'agate, celle d'Adda Papadopoulos, pour une reliure traditionnelle plein air décorée de bandes de papier de verre teinté, et celle d'Alain Taral, auteur d'une reliure en bois à double charnière, décor de tissage en merisier. A la galerie des Hospices, à Limoges, jusqu'au 9 octobre. Entrée : 1 €. Tél. : 05.55.45.65.27. Le Figaro - Alain Londeix - 17 juin2005 |
|
Une collection de dessins italiens pour les musées de France. Cette exposition d'une collection de dessins italiens, acquise pour les musées de France grâce au mécénat du groupe Carrefour, offre au musée du Louvre l'occasion de proposer un voyage inédit dans l'art italien du XVe au XVIIe siècle. Les dessins italiens de la Renaissance au premier âge baroque présentés dans cette exposition font partie d'un ensemble de cent trente feuilles acquis en 2004 par l'État grâce au mécénat du groupe Carrefour, en application de la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France et de la loi du 1 er août 2003 relative au mécénat, aux associations et aux fondations qui favorisent notamment la sauvegarde des trésors nationaux. Toutes les feuilles, qui devaient être dispersées en 2004 et 2005 par Sotheby's à New York et à Londres, proviennent d'un éminent collectionneur parisien qui les a patiemment acquises depuis 1972 sur le marché français et international. Rassemblé suivant un goût très sûr et des avis éclairés, cet ensemble offre un panorama riche et diversifié de l'art du dessin en Italie du XVe au XVIIe siècle. Commissaire(s) : Dominique Cordellier, conservateur en chef au département des Arts graphiques du musée du Louvre. Exposition : Musée du Louvre du 10-06-2005 au 29-08-2005, Aile Sully, 1er étage, Salle de la Chapelle. Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 9h à 17h30, et jusqu'à 21h30 le mercredi et le vendredi. |
|
A l'ombre du Roi-Soleil - Sotheby's vend le 15 juin le «Cabinet du roi», ode gravée à la gloire de Louis XIV, ses fêtes, ses villes et son pouvoir absolu. C'est une pirouette de l'histoire que les esprits moqueurs n'ont pas manqué de soulever. «La gloire de Louis XIV réparera le toit de Foucquet», attaque avec humour Marc Fumaroli, de l'Académie française, plume savante recrutée par Sotheby's pour vanter la beauté de ce Cabinet du Roi et autres trésors «provenant du château de Vaux-le-Vicomte». Seulement 17 lots (estimés au moins 600 000 €), avant les 140 autres proposés le 15 juin à la galerie Charpentier et qui ne sont pas des moindres, grâce aux manuscrits de Proust en Vacances, Rousseau et sa Nouvelle Héloïse, Stendhal fustigeant Les Anglais à Rome. Mais un beau coup de théâtre que ce bouquet définitivement royal, à défaut d'avoir été les livres mêmes de Nicolas Foucquet, le Surintendant des finances et grand lettré qui se rêva mécène auprès du nouvel Auguste avant d'être banni à vie par lui en 1664, en son château de Pignerol. Dernier maître du château de Vaux-le-Vicomte, Patrice de Voguë vend donc ce Cabinet du roi, «immense entreprise de célébration du pouvoir, du faste et de la gloire de Louis XIV», et quelques autres grands livres de sa bibliothèque familiale pour sauvegarder ce fruit de l'art conjugué de l'architecte Charles Le Vau, du peintre Charles Le Brun et et du paysager André Le Nôtre (lire ci-contre). Et les amateurs de gravures spectaculaires, grandes comme des champs de bataille, de la splendeur du XVIIe et de la toute-puissance politique, de redécouvrir ces 21 volumes sortis de l'Imprimerie royale, entre 1723-1727, soit à l'heure où le jeune souverain Louis XV tenait à rappeler le prestige de sa dynastie. Un majestueux format grand aigle (625 x 450 mm) qui sied à l'aventure d'un siècle. Un ensemble homogène à défaut d'être complet (il manque 2 volumes), «comprenant 794 gravures sur 666 feuilles sur le même papier de haute qualité, uniformément relié en maroquin bleu aux armes royales», souligne l'expert Anne Heilbronn qui a gagné ce morceau de roi pour Sotheby's. L'Ancien Régime en vision panoramique. En cette troisième journée («dies tertius») des Festes de Versailles, voici le Roi-Soleil à distance protocolaire de la scène pour assister au «Malade imaginaire, comédie représentée dans le jardin de Versailles devant la grotte». En 1676, le graveur Le Pautre représente le monarque en astre solitaire, presque face au fauteuil du malade imaginaire, trône de théâtre, posé comme une épave sur une scène immense et presque vide, qui symbolisera à jamais la mort de Molière. En cette sixième journée, le graveur saisit les «illuminations autour du grand canal de Versailles représentant des palmes, des pyramides, des fontaines, des statues», faisant naviguer des barques dans le clair-obscur de l'encre et travaillant les personnages en premier plan comme des ombres chinoises dans la nuit. «La science du géomètre, du mathématicien, de l'ingénieur des fortifications et des ponts et chaussées» excelle dans ces superbes planches, «véritables Mémoires visuels d'un demi-siècle d'épiphanies de la monarchie française en son Age d'or», souligne Marc Fumaroli. Dans cette autre planche formidable Paris au Vert-Galant, Henry IV est bien à cheval, mais sa statue est cernée de grilles, la pointe de l'île de la Cité est sans dénivelé, La Seine au pied du Louvre a une rive encore mollement naturelle. Les gravures, souvent d'interprétation, traduisent la commande royale et la terrible reprise en main des artistes par Louis le Grand et son fidèle missionnaire Colbert. Réunies en recueils sous le règne du Grand roi, les estampes gravées par les artistes du roi constituaient un «somptueux outil de propagande destiné aux ambassadeurs et gouverneurs de l'Europe», rappelle le marchand parisien Paul Prouté, le spécialiste de la gravure de la rue de Seine qui «n'a jamais vu passer pareille rareté en 60 ans de métier». Le marché voit passer de temps à autre un ou plusieurs volumes du Cabinet du roi. Un volume d'après Beaulieu sur les Plans, profils et vûes de camps, places, sièges et batailles vient de faire autour de 70 000 € à Drouot. Les plus cotés restent les trois gravés d'après Van der Meulen sur les Vûes, entrées et autres sujets servant à l'histoire de Louis XIV (le volume estimé de 80 000 € à 100 000 €), d'où une estimation globale jusqu'à 500 000 € jugée «plausible». «Ce qui compte, c'est la réunion. Qui plus est en maroquin bleu, plus rare que le maroquin rouge et paradoxalement plus délicat à compléter», souligne un expert. La parole est aux «grands amateurs d'art, pas aux bibliophiles obsédés de la virgule», tranche un libraire, très confiant sur le sort du roi. Le Figaro - Valérie Duponchelle - 10 juin 2005 |
|
anglophone, est en ligne. A lheure où lEurope envisage son avenir constitutionnel et numérique, la version bêta de la 'bibliothèque' anglophone Google Print est mise en ligne. Il semble que la société Internet américaine Google ait activé la version bêta de Google Print dès vendredi 27 mai 2005 (http://print.google.com/). Cet espace offre la possibilité aux internautes daccéder gratuitement aux contenus numérisés de "millions douvrages". Ces ouvrages ont été scannés et rendus accessibles sur Google Print dans le cadre daccords signés entre le moteur et ses partenaires, éditeurs et bibliothèques universitaires anglophones (Google Library Project initié en décembre 2004). En fonction de la validité du "copyright" sur un ouvrage donné, celui-ci est accessible dans son intégralité ou en partie (extraits et éléments bibliographiques). Les liens publicitaires ne sont pas oubliés, mais restent discrets. Si linternaute frappe "Nobody Knows my Name" dans le cadre de recherche de Google Print, une liste douvrages apparaît dans les résultats de recherche. Si lon clique sur le premier de la liste, à droite des pages scannés se trouvent des liens vers les librairies en ligne Amazon.com, Barnes&Noble.com, etc. Le programme de numérisation et daccessibilité engagé par Google, fait peur en Europe comme aux Etats-Unis, de la Bibliothèque nationale de France (www.bnf.fr) à lAssociation de la presse universitaire américaine (http://aaupnet.org/). Google va-t-il devenir 'le' guichet unique daccès, de diffusion et de monétisation de la culture numérique ? Piquée au vif, la BNF est à linitiative dun mouvement "de numérisation large et organisée des oeuvres appartenant au patrimoine européen". Quant à lAAUP américaine, elle a demandé à Google de lui préciser comment les droits dauteur et les droits sur la propriété intellectuelle seront effectivement protégés dans le cadre du Google Library Project (http://print.google.com/googleprint/library.html). Ariane Beky - 31 mai 2005 - NetEconomie.com |
|
souffle ses dix bougies. La Bibliothèque nationale de France, connue pour sa ferme volonté de démocratiser le savoir, fête cette année ses dix ans. Lancée par le président François Mitterrand, létablissement public a pris la relève de la Bibliothèque nationale, fondée en 1913 et reconnue dutilité publique en 1927. Son président actuel, Jean-Noël Jeanneney, et tous ses personnels se félicitent des progrès importants que cette réalisation a permis, au service de lenrichissement et de la conservation du patrimoine dont ils ont la charge, comme de sa communication à un public de plus en plus large. Depuis 1994, les missions traditionnelles ont été élargies. Le public aussi a augmenté. Tout cela est rendu possible grâce évidemment à lintroduction des nouvelles technologies qui ont apporté certaines modifications dans la pratique. Aujourdhui, la maison offre toute une diversité dactions dans le monde de la culture. De nombreuses manifestations sont développées, environ 120 par an et comprenant des expositions, conférences, colloques et projections, entre autres. Actuellement la BnF consacre, jusquau 21 août dans la Grande Galerie, une grande exposition à Jean-Paul Sartre, à loccasion du centenaire de sa naissance. La BnF a certes un projet culturel à volonté douverture. Ce projet est destiné également à servir les jeunes chercheurs et professionnels extérieurs à létablissement. Ainsi, dans le cadre du programme « Profession culture », une initiative du ministère de la Culture, elle accueille en son sein de jeunes doctorants qui sont intéressés par ses collections qui ont un lien avec leur thèse en cours. Ces pensionnaires, des professionnels étrangers, sont sélectionnés avec laide dun réseau de postes français établis à létranger. Une fois arrivés sur Paris, ils sont logés dans un centre daccueil où ils vont effectuer des séjours dune durée de trois mois à un an. Ils bénéficient dune bourse de séjour de 1 000 euros par mois. Accès gratuit En vue denrichir ses collections patrimoniales, létablissement font régulièrement des acquisitions, souvent grâce à la générosité de donateurs qui sont pour la plupart des héritiers ou amis proches décrivains, dhommes de sciences ou artistes. La diversité des documents, des plus anciens - manuscrits, estampes, monnaies et médailles, partitions, cartes et plans, arts du spectacle - jusquà ceux qui sont le plus directement ancrés dans la modernité - audiovisuel, photographies et numériques - rend pleinement compte de la richesse et de lactualité de la production culturelle et intellectuelle de la nation, » explique le président dans son entretien accordé à Marie-Noële Darmois, la responsable éditoriale de la publication trimestrielle,Chroniques de la Bibliothèque nationale de France. La BnF possède sa bibliothèque numérique Gallica qui offre à la planète entière un accès gratuit en ligne à 85 000 volumes dimprimés, soit environ 30 millions de pages. Cet outil, est un miroir français de la culture universelle qui répond à un désir de protéger la culture française et francophone à travers le monde. La BnF est constituée de sept sites. Seulement cinq dentre eux accueillent le public : François-Mitterrand, Richelieu, la Bibliothèque de lArsenal, la Bibliothèque-musée de lOpéra et la Maison Jean Vilar. Les deux autres, les centres Bussy-Saint-Georges et Sablé-sur-Sarthe, sont réservés à la restauration des documents érodés par le passage du temps. Par ailleurs, pour protéger ses documents, la BnF est dotée dun système très efficace contre les vols et la destruction physique par leau, le feu ou la folie des hommes. En cas de sinistre, il existe un plan durgence. Depuis lincident concernant le vol dun manuscrit hébraïque dans lequel sest retrouvé impliqué un conservateur de la maison, les dispositifs de sécurité ont été doublement renforcés et tout manque fait lobjet dune plainte. Vèle PUTCHAY. Lundi 23 mai 2005. http://www.lexpress.mu/display_article_sup.php?news_id=42525 |
|
présentés au Salon de la bibliophilie. La maison de la Mutualité, à Paris, accueille du 19 au 22 mai la Foire internationale du livre ancien, où plus de cent libraires venus de toute la France, de plusieurs pays d'Europe, des Etats-Unis, mais aussi d'Argentine et même d'Australie seront présents. Certains ont retenu le thème de la littérature censurée pour exposer des trésors de la bibliophilie, livres interdits ou lettres amputées. Une pièce historique de première importance est la lettre autographe de Louis XVI demandant de censurer Le Mariage de Figaro : "Monsieur, j'ai lu et fait lire l'oeuvre de monsieur de Beaumarchais. Le censeur ne doit en autoriser ni la représentation ni l'impression" , signé simplement "Louis" (30 000 euros, librairie Castaing). Cette comédie brillante remet en question l'ordre moral, la justice, les privilèges de la noblesse. Présentée au roi en 1781, elle est finalement jouée à la Comédie-Française en 1784. Autre censuré célèbre du siècle des Lumières, le marquis de Sade est maintenu en détention par lettre de cachet de 1775 à 1790. Emprisonné au donjon de Vincennes, puis à la Bastille, il correspond régulièrement avec son épouse, se révélant en toute liberté, sans aucune arrière-pensée littéraire : auteur maudit, honni, il ne songe pas un instant que ses écrits intéresseront la postérité. Vingt-cinq lettres autographes signées, toujours soumises à la censure de ses surveillants, et parfois découpées, le montrent affectueux, drôle ou féroce, et même amoureux. Selon l'intérêt, la longueur, le sujet, elles valent entre 1 500 et 12 500 euros (librairie Benoît Forgeot). Il ne cesse d'écrire pendant ces années de captivité, mais ses écrits restent poursuivis et détruits. Les éditions originales rescapées se vendent entre 20 000 et 200 000 euros. Un exemplaire de La Philosophie dans le boudoir de 1795, dans sa reliure d'époque, est annoncé à 54 000 euros (Benoît Forgeot). En 1857, Les Fleurs du mal sont considérées par la Sûreté publique comme un "défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale" . Baudelaire est condamné à retirer six poèmes du recueil, l'édition originale doit être détruite, mais la moitié des exemplaires, près de 500, sont cachés et sauvés. Ils se négocient aujourd'hui autour de 15 000 euros (librairie Laurent Coulet). La deuxième édition voit le jour en 1861, complétée par trente-cinq poèmes nouveaux, alors que les six censurés n'y figurent pas (autour de 2 000 euros, selon l'état). Quelques éditions non censurées paraissent à l'étranger, notamment en Belgique (entre 500 et 1 000 euros). Plus près de nous, la censure sévit encore en 1946 quand Sexus, d'Henry Miller, est publié aux éditions La Terre de feu pour sa première parution en français. Jugé pornographique, Sexus est condamné et détruit, seuls les trois cents exemplaires du service de presse ont survécu (300 euros, librairie Henri Vignes). La littérature censurée sera aussi le thème d'une conférence animée par Emmanuel Pierrat, qui est l'auteur, avec Sylvain Goudemare, d'un livre intitulé L'Edition en procès, où ils racontent douze grandes affaires de censure qui ont marqué l'édition française (éditions Léo Sheer). Foire internationale du livre ancien, Maison de la Mutualité, 24, rue Saint-Victor, 75005 Paris. Du jeudi 19 mai au dimanche 22 mai, de 17 heures à 21 heures le jeudi, de 11 heures à 19 heures les autres jours. Le Monde - Jeudi 19 mai 2005. |
|
jeudi 28 avril de lancer une "bibliothèque numérique européenne". Le projet a a été demandée par six pays auprès de la commission et du conseil européen. Six pays européens ont demandé à l'Union européenne jeudi 28 avril de lancer une "bibliothèque numérique européenne", a annoncé l'Elysée. Ce projet aurait pour but de coordonner les actions des bibliothèques nationales. Ces six pays de l'union ont, par l'intermédiaire de leur chef d'Etat et de gouvernement, demandé dans une lettre conjointe une initiative en ce sens aux présidents du Conseil européen Jean-Claude Juncker et de la Commission Jose Manuel Durao Barroso. La France, la Pologne, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et la Hongrie ont signé cette lettre. Il s'agit, expliquent les six leaders européens, de défendre un patrimoine "d'une richesse et d'une diversité sans égale", exprimant "l'universalisme d'un continent qui, tout au long de son histoire, a dialogué avec le reste du monde". D'après eux, "s'il n'est pas numérisé et rendu accessible en ligne, ce patrimoine pourrait, demain, ne pas occuper toute sa place dans la future géographie des savoirs". Ces pays demandent donc à l'UE de prendre "appui sur les actions de numérisation déjà engagées par nombre de bibliothèques européennes, pour les mettre en réseau et constituer ce qu'on pourrait appeler une "bibliothèque numérique européenne", c'est-à-dire une action concertée de mise à disposition large et organisée de notre patrimoine culturel et scientifique sur les réseaux informatiques mondiaux". Une proposition de la France Les conseils des ministres de la Culture d'une part, et de la Recherche d'autre part, devraient se saisir de ce projet, a déclaré la commission. L'Union, selon les responsables, pourrait être "le cadre d'une concertation entre les institutions concernées". Elle pourrait aussi contribuer à résoudre les défis de ce chantier: sélection des fonds pour éviter les "redondances", techniques de numérisation, attentes des utilisateurs. Cette lettre conjointe intervient au lendemain d'une motion commune de 19 bibliothèques nationales européennes. Ces bibliothèques avaient appelé à des initiatives communautaires pour contrer le gigantesque programme de numérisation de livres lancée fin 2004 par Google. C'est la Bibliothèque nationale de France qui a été à l'initiative de cette motion. Son président, Jean-Noël Jeanneney, avait été reçu par Jacques Chirac le 16 mars sur ce thème, en compagnie du ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, rappelle-t-on à l'Elysée. Le Nouvel Observateur - 29 avril 2005 |
|
des livres anciens et rares. LUniversité dOttawa participe à un important projet de numérisation de livres rares en partenariat avec la University of Toronto. Dici environ trois mois, toute personne ayant accès à Internet pourra, en passant par le site Web du Réseau de bibliothèques www.biblio.uottawa.ca ou par le site www.archive.org, avoir accès en tout temps à une panoplie de livres rares, certains vieux de plus de 500 ans. Cette initiative favorisera grandement laccès à ces sources documentaires, affirme M. Tony Horava, coordonnateur des collections aux bibliothèques. Selon M. Horava, « la création dun centre darchives virtuel, accessible à tous, permettra de réduire plusieurs contraintes physiques qui empêchent parfois les gens de venir consulter sur place les documents darchives. Les quelques 500 livres rares envoyés pour fin de numérisation seront non seulement disponibles 24 heures sur 24 sur Internet, mais ils pourront également être imprimés en totalité et gratuitement par tous les utilisateurs. » Les livres rares qui ont été choisis pour être numérisés sont les coups de cur de professeurs représentant différents départements. Il ne faut donc pas se surprendre dy trouver des sujets aussi variés que lhistoire, les lettres françaises, la musique, lhistoire de la médecine, la jurisprudence et les sciences infirmières. Parmi les ouvrages sélectionnés, on trouve De lesprit des lois de Montesquieu (1689-1755), Esquisse dun tableau historique des progrès de lesprit humain de Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, Marquis de Condorcet (1743-1794) et Discours sur lorigine et les fondements de linégalité parmi les hommes de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778). Un important périodique du 20e siècle en sciences infirmières sera également numérisé au grand complet. Lappareil quutilise la University of Toronto pour numériser les livres rares quelle reçoit est le seul du genre au Canada et on nen compte que quelques-uns dans le monde entier. M. Horava croit donc quemboîter le pas avec les autres universités internationales participantes dix en tout reflète bien un des mandats que se donne lUniversité dOttawa, cest-à-dire dexploiter le potentiel des nouvelles technologies, afin de mieux servir la communauté étudiante comme le grand public. « Tout cela nest que le début dun grand projet qui changera à jamais la façon dont on consulte les documents historiques. Cest un pas important à prendre pour favoriser non seulement laccès complet aux connaissances et au savoir, mais aussi pour mieux se préparer pour lavenir. » http://www.gazette.uottawa.ca/article_f_717.html - le 14 avril 2005 |
|
lÉgypte, la Grèce et la Rome antique. Le fonds documentaire de La Maison de lOrient méditéranéen (Lyon, France) est majoritairement composé de documents du 19ième siècle et du début du vingtième, portant sur les civilisations égytienne, grecque et romaine. Il sagit douvrages historiques, pour la plupart, dont nous aurions tout ignoré neut été Internet et lexcellente qualité de la numérisation qui a été effectuée. Toutes les collections libres de droits de La Maison sont maintenant disponibles sur Internet. Le travail est remarquable, reste à le rendre maintenant sémantiquement accessible. En effet, il serait apprécié et relativement aisé doffrir une possibilité de recherche dans les contenus et non seulement par notice indexée. Actuellement, seuls les spécialistes peuvent sy retrouver, et encore, avec de la persévérance. Ainsi, sur un site qui comporte plusieurs documents portant sur Thot, le mot «Thot» ne donne pas de retours, pas plus quAmon, Ammon ou Osiris... «carte archéologique, inscription hiéroglyphique égyptienne, architecture» est une description peu utile pour quelquun à la recherche dun document numérisé détaillé comme étant : «Temple ou Spéos d'Hator» ou «Grand temple ou Spéos d'Ammon et Phré» http://thot.cursus.edu/rubrique.asp?no=22019 - 21 avril 2005 |
|
datant du XVIème vendue aux enchères. Une carte extrêmement rare, datant du XVIème siècle et nommant pour la première fois l'Amérique, a été exposée mercredi par Christie's qui la mettra aux enchères le 8 juin. Cette carte est jugée "vraiment révolutionnaire" par plusieurs aspects, notamment parce qu'elle utilise le mot Amérique pour la première fois, mais aussi parce qu'elle présente les continents d'Amérique du Nord et du Sud comme distincts, selon Christie's. Cette carte a été dessinée en 1507 par le cartographe allemand Martin Waldseemueller en s'inspirant du compte-rendu fait par le navigateur italien Amerigo Vespucci de ses voyages. Waldseemueller lui a attribué le mérite d'avoir découvert le continent américain, qui, depuis, porte son prénom. Christophe Colomb qui a découvert ce continent en 1492 croyait se trouver aux Indes et c'est Vespucci qui a affirmé quelques années plus tard qu'il s'agissait d'un nouveau continent. Autre nouveauté, la carte décrit la terre comme un globe rompant avec la représentation plate du monde en vigueur depuis l'époque grecque. La carte était si révolutionnaire que la cartographie est revenue pendant une certaine période à des représentations de la terre plus traditionnelles, a expliqué Matthew Paton, un porte-parole de Christie's. Christie's a évalué cette carte, qui appartient à un collectionneur européen, à plus de 800.000 livres (1,2 million d'euros). Londres (AFP), le 14-avril-2005 |
|
LEurope et la Suisse mettent en place un réseau des bibliothèques nationales. Alors que Google lance un projet de librairie numérique, lEurope et la Suisse mettent en place un réseau des bibliothèques nationales. Mais, selon le nouveau responsable helvétique de la culture, Jean-Frédéric Jauslin, la Suisse doit encore se doter dune stratégie en matière de patrimoine digital. En décembre dernier, le moteur de recherche américain Google a fait sensation en annonçant son projet de numériser 15 millions de livres et de documents dici 2015. Pour lheure, ce projet devisé à près de 200 millions de dollars concerne essentiellement le monde anglo-saxon. Mais ce programme constitue néanmoins un défi pour lensemble des bibliothèques dans le monde et particulièrement celles dEurope. Cest en tout cas le point de vue de Jean-Noël Jeanneney, président de la Bibliothèque nationale de France et de son ami et ancien collègue, le Suisse Jean-Frédéric Jauslin. Avant de prendre la tête de lOffice fédéral de la Culture, Jean Frédéric Jauslin a en effet dirigé la Bibliothèque nationale suisse (BNS) et présidé la Conférence des directeurs des bibliothèques nationales dEurope (CENL) qui regroupe 43 pays. Swissinfo: Google a-t-il établi des contacts avec la Suisse ? Jean-Frédéric Jauslin: Pas à ma connaissance. En fait, Google a contacté 4 grandes bibliothèques américaines et une en Angleterre pour son projet de digitalisation de 15 millions de documents. Google nest donc pas en train de lancer une action sur le plan mondial. Cela dit, le président de la Bibliothèque nationale de France Jean-Noël Jeanneney a réagi à ce projet et lancé une réflexion au niveau européen. Et ce, avec le soutien du président Jacques Chirac. Swissinfo: Le projet de Google vous séduit-il ? J.-F. J: Lidée quune entreprise privée mette en valeur sous forme numérique les collections dune bibliothèque ne me pose pas de problème. Les bibliothèques nationales ont en effet pour mandat de conserver et de mettre à disposition le patrimoine du pays. Elles ont donc tout intérêt à une valorisation de ce patrimoine. Et si une entreprise comme Google décide de le faire, je ne crois pas quil faille sy opposer. Il faut aussi rappeler que ce projet concerne essentiellement les uvres libres de droits, une clause qui intervient 70 ans après la mort de lauteur. Ce projet concerne donc des uvres relativement anciennes. Il faut aussi prendre en compte lénormité du projet. Si Google est en mesure de numériser 50.000 pages par jour, il faudra de nombreuses décennies pour numériser 15 millions de documents. Je relève au passage lexistence à Neuchâtel dune start-up qui a mis au point un tourneur de page automatique. Or cette machine a été acquise par la bibliothèque de Harvard (impliquée dans le projet Google) et dautres institutions sy intéressent. Couplée avec un scanner, cette machine permet en effet de digitaliser massivement et automatiquement un grand nombre de livres. Mais cette opération nécessite tous de même de gros moyens financiers et humains. Seules de grandes institutions sont donc à même de réaliser un tel projet. Cela dit, le projet ne soulève pas que des questions techniques. Les Français soulignent que lEurope a une approche beaucoup plus multiculturelle que celle des Etats-Unis. Le Conseil de lEurope réunis en effet une quarantaine de pays, de langues et de cultures différentes. A coté du projet Google, lEurope peut donc développer un projet multiculturel et décentralisé, autrement dit en réseau. La Conférence des directeurs des bibliothèques nationales dEurope (CENL), que jai présidé jusquau 31 mars, travaille dailleurs à un projet - The Europeen Library - qui vise à mettre en réseau les bibliothèques nationales. Et lune des questions abordée par ce projet financé par lUnion européenne est la mise en commun de nos documents électroniques. Swissinfo: Est-il question de digitaliser les livres qui ne le sont pas ? J.-F. J: Pour lheure, il ny a pas de budget pour financer une telle opération. Et cest lun des mérites du projet de Google que dinciter lEurope à envisager une telle option. Mais il faut savoir que la conservation dun patrimoine digitalisé coûte dix fois plus cher que la préservation dun livre ou dun document analogique. Vu les rapides changements technologiques, il faut en effet régulièrement transférer les contenus numériques sur de nouveaux formats. Et ce pour que nos ordinateurs puissent les lire. Swissinfo: Quelle est limplication de la Suisse dans ce projet ? J.-F. J : La Suisse participe activement à ce programme. Elle en a même été lun des moteurs. Elle peut mettre en avant un réseau de bibliothèques très performant. Cela dit, la Suisse nest pas très avancée dans sa réflexion et son action face à son patrimoine et les possibilités offertes par les technologies de linformation. Il est en effet difficile de mobiliser le monde politique suisse pour définir et financer une véritable politique de la mémoire dans la société de linformation. Interview swissinfo, Frédéric Burnand à Genève, samedi 16 avril 2005 |
|
La Bibliothèque nationale de France va numériser des journaux des XIXe et XXe siècles. On en a presque rêvé : accompagner son café-croissant du matin par la lecture du journal... du siècle dernier. Un peu tiré par les cheveux ? N'empêche : la Bibliothèque nationale de France (BNF) projette de mettre sur le web vingt-deux quotidiens publiés entre le début du XIXe siècle et la Seconde Guerre mondiale. Le Figaro, La Croix, Le Temps, L'Humanité seront numérisés, puis viendront Le Matin, L'Aurore, Le Gaulois, Le Petit Parisien... Les journaux seront scannés sous forme d'images, et un moteur de recherche devrait permettre de naviguer par dates de publication ou numéros de page, et même d'entrer directement dans le texte grâce à un système de reconnaissance optique des caractères ! Chaque année, pendant cinq ans, 450 000 pages passeront ainsi du papier fragile et jauni au statut de fichiers informatiques et rejoindront, d'ici à 2006, les 76 000 textes et les 80 000 images du patrimoine culturel déjà accessibles gratuitement sur Gallica, le site de la BNF http://gallica.bnf.fr/. Un outil précieux pour les chercheurs et le grand public. Mais encore insuffisant pour rivaliser avec le moteur de recherche américain Google, qui se lance dans la numérisation de quinze millions d'ouvrages appartenant à cinq bibliothèques universitaires anglo-saxonnes. Thomas Bécard - Télérama |
|
8 423 euros, pour l'édition originale de «Knock» de Jules Romains dédiée à Louis Jouvet. Le précieux exemplaire comprend de nombreuses notes pour la mise en scène : chronométrage des dialogues, mouvement des rideaux, déplacement des acteurs, croquis de scène. C'est la Bibliothèque nationale de France qui l'a préempté lors de la vente vendredi à Paris d'une partie de la bibliothèque, des souvenirs et objets personnels de Louis Jouvet (1887-1951), provenant de la succession d'un de ses trois enfants, sa fille Lisa. La BNF a également préempté une dizaine d'autres lots, dont le manuscrit autographe de 1936 de «L'impromptu de Paris» de Giraudoux, auteur-fétiche de Jouvet (5.656 euros). Lot-phare de cette vente, la première édition collective complète (1682) de Molière comprenant six pièces en éditions originales - «Don Garcie de Navarre»,»L'Impromptu de Versailles», «Dom Juan», «Melicerte», «Les Amants magnifiques» et «La Comtesse d'Escarbagnas», estimée 15.000 euros, qui a été achetée 22.261 euros. Le produit total de la vente est de 401.128 euros. Journal Libération - Lundi 04 avril 2005 |
|
Collectionneur hors norme aux dépenses sans limites, le cheikh Saud du Qatar est accusé de malversations financières. Stupeur sur le marché international de l'art. Depuis la vente Jammes en 1999, l'ombre du cheikh Saud, anonyme derrière son panneau porte-bonheur 08, n'a cessé de planer sur les plus belles enchères du marché international, souvent dans une âpre compétition contre le richissime Saoudien, le cheikh Nasser el-Sabbagh. Qu'il s'agisse d'art islamique ou d'archéologie : on lui doit cinq des huit plus hautes dernières enchères chez Boisgirard & Associés, de la «princesse de Bactriane» (600 000 €) au Support aux bouquetins d'Asie occidentale (350 000 €). Malgré une situation financière jugée «complexe» à Londres, le cheikh Saud a ainsi payé 1,8 M€ la statue d'Egypte, Basse Epoque, estimée six fois moins, ex-collection David-Weill, qui a triomphé récemment chez Artcurial. Qu'il s'agisse de textiles anciens : sa razzia sur les textiles d'Egypte, y compris non islamiques, de la collection Kelekian, en juin et novembre 2001 à Drouot, n'a pas laissé un lot au Met de New York ou à la fondation suisse Abegg ; mais il s'est abstenu les 12 et 13 février à Drouot, malgré l'exceptionnelle collection Bouvier de textiles islamiques. Qu'il s'agisse enfin de manuscrits arabes, de parchemins ou de grands livres d'histoire naturelle (il a acheté 95 des 324 lots de la 10e vente Marcel Jeanson, soit 1,5 M€ sur un produit total de 3 M€, le 16 janvier 2003 chez Me Claude Aguttes à Neuilly)... Ce fou du règne animal avait déjà acheté la vedette de la 9e vente Jeanson, le Traité général des pesches par Duhamel du Monceau et Le Masson du Parc, ouvrage du milieu XVIIIe lancé comme une «Encyclopédie» de Diderot et d'Alambert pour glorifier la marine française. Il fut frappé d'interdiction de sortie de France à la demande de la BnF après son adjudication à 3,39 MF. Le bras de fer commença entre le cheikh Saud, contraint de garder son bel exemplaire si frais dans la limite de nos frontières, et l'État français qui délégua les services douaniers à Neuilly dès le lendemain de la vente. L'objet du litige serait resté ou revenu en France. Valérie Duponchelle - Le Figaro, 01 avril 2005 |
|
GIGANTESQUE DANS INTERNET Avant d'ouvrir ses portes physiquement à la fin avril, la Grande Bibliothèque du Québec l'a fait virtuellement. Le nouveau portail Internet de l'institution propose déjà plus de 55 000 livres, journaux, pièces musicales, cartes postales et affiches en format numérique. Du néant à la toile Alors que la Belle Province ne comptait aucune bibliothèque publique il y a 100 ans et que l'index tenait encore de nombreux ouvrages hors de la portée des lecteurs il y a moins d'un demi-siècle, la Bibliothèque nationale du Québec s'apprête à offrir accès à tous les Québécois au million de livres d'une toute nouvelle collection universelle de prêt et de référence. En plus d'abriter quelque 4 millions de documents, la Grande Bibliothèque, sise rue Berri à Montréal, loge le centre nerveux d'un ambitieux site Web, appelé à rayonner de Natashquan à Rouyn. Comme Google Les internautes pouvaient depuis quelques années écouter des airs de la Bolduc. Ils ont désormais le loisir de feuilleter le magazine La vie en rose (1980-1987) et pourront bientôt plonger dans les pages du défunt quotidien La Patrie. « Nous numérisons des documents libérés de droits d'auteur, explique Patrice Juneau, agent d'information à la Bibliothèque nationale du Québec. Nous nous inscrivons dans la même mouvance que Google, qui vise à créer une importante bibliothèque virtuelle. » Certains livres complets, surtout de musique, font partie de la collection numérique. « On aimerait ajouter des romans classiques québécois », indique-t-il. L'histoire du combat pour la lecture L'exposition retracera les moments forts de l'épopée du livre au Québec. En 1726, on brûlait un pamphlet contre l'influence des Jésuites. Les Sulpiciens, sous l'égide de Monseigneur Bourget, lançaient, en 1844, L'oeuvre des bons livres. La Bibliothèque centrale de Montréal, laïque, ouvrait en 1917. Le gouvernement provincial créait la Bibliothèque nationale et instaurait le dépôt légale en 1968. L'auteur des Manuscrits du déluge considère que les visiteurs pourront admirer « le plus bel étalage de notre collection patrimoniale ». Extrait d'un article de Lili Marin. - Radio-Canada, le1 avril 2005 |
|
Un soldat en uniforme, la tête ceinte d'un bandeau blanc. L'une des dernières images d'un homme blessé à la guerre qui ne verra jamais le jour de l'armistice, le 11 novembre 1918. Cette célèbre photo du soldat Apollinaire lie indéfectiblement le poète à la Grande Guerre : «Une étoile de sang me couronne à jamais», a-t-il lui-même écrit après son opération. Que fait un poète dans les tranchées ? Il lutte contre la mort et il écrit pour la vie. Ainsi vécut Apollinaire les toutes dernières années de son existence. L'Historial de la Grande Guerre, à Péronne, revient sur cette période dans une exposition émouvante qui lie l'horreur des tranchées et l'univers quotidien du soldat à la plume d'Apollinaire, expression de la création de l'artiste. C'est au front, dans les tranchées de Champagne, que Guillaume Kostrowitzky, dit Apollinaire «métier habi tuel : homme de lettres», comme il est écrit sur sa demande d'engagement mili taire , est envoyé après son incorporation en décembre 1914. C'est dans l'Aisne, au lieu-dit Le Bois-des-Buttes, qu'il sera blessé à la tête le 14 mars 1916. Entre-temps, il aura envoyé des dizaines de lettres à ses amis, notamment à Madeleine Pagès, rencontrée fugacement dans le train Nice-Marseille avant son départ pour la guerre, dont il tombera fou amoureux. Un poète au front reste un soldat. L'exposition prend le parti d'évoquer deux univers a priori opposés, mais qui dans les vers d'Apollinaire se nourrissent l'un l'autre : la passion et la guerre. Le quotidien du soldat Apollinaire dans les tranchées nourrit sa prose : la réalité brutale, la mort, la souffrance, le paysage dévasté sont transformés en éléments constitutifs d'un espace poétique unique. Apollinaire, même au front, reste le héraut d'une jeune génération d'artistes qui continue à lui témoigner messages de déférence et de sympathie. Picasso, admiratif, lui envoie un mot. Il paraphe sa signature d'une main couverte du drapeau français et écrit «pour te dire bonjour ma main devient drapeau». L'exposition proposée par Laurence Campa pose ainsi le climat qui prévalait au début de la guerre, mélange d'exaltation et de patriotisme à l'encontre de l'envahisseur allemand. Les documents adminis tratifs du futur artilleur montrent qu'il n'a pas attendu pour se porter candidat à l'incorporation. Le visiteur suit son chemin sur la ligne de front et sa montée en grade au fil du parcours, son engagement, qui jamais ne faiblit. Sous-officier promu officier, artilleur puis fantassin pour être au plus près des combats, l'homme s'est distingué par sa bravoure, cité par ses supérieurs, dès juin 1916, «pour son sang-froid et son courage en toutes circonstances». Ni belliciste, comme le lui ont reproché certains détracteurs après la guerre, ni léger, comme le diront certains de ses frères d'armes, l'homme attaque la guerre avec ses armes de poète. Le visiteur lit les calligrammes et missives, les fameux poèmes secrets envoyés à Madeleine, qui racontent la résistance d'un homme face à l'ignominie par la force du langage. Apollinaire laisse poindre entre les lignes les hauts et les bas du soldat, l'optimisme qui succède à l'abattement, une lucidité qui, chez lui, se teinte d'humour noir ou parfois révèle sa fragilité. L'écriture est vitale. Elle est son salut. On le constate dans ce petit mot presque illisible, écrit à Madeleine dans l'ambulance où il reçoit les premiers soins. Affaibli, les poumons abîmés par les gaz, il meurt le 9 novembre, deux jours avant la signature de l'armistice, des suites de la grippe espagnole. Historial de la Grande Guerre de Péronne (Somme), jusqu'au 12 juin, tél. : 03.22.83.14.18. Catalogue édité par la RMN (20 €). Gallimard a réédité, avec le soutien de l'Historial, l'intégralité des Lettres à Madeleine, édition revue et corrigée par Laurence Campa (22,50 €). Françoise Dargent - Le Figaro - 26 mars 2005 |
|
d'Alexandre Dumas père. PARIS - Un roman d'Alexandre Dumas père jamais publié en librairie, titré "Le Chevalier de Sainte-Hermine", a été découvert à la Bibliothèque nationale de France, selon "Le Figaro". C'est Claude Schopp, grand spécialiste de Dumas qui a mis la main sur ce texte. "Le Chevalier de Sainte-Hermine" est paru en feuilleton dans un quotidien de 1869, Le Moniteur Universel, précise le journal. Le roman, qui compte plus de 900 pages et auquel il ne manque que quelques lignes finales constitue la pièce manquante d'une trilogie entamée avec "Les Blancs et les Bleus" et poursuivie avec "Les Compagnons de Jehu". Il paraîtra en juin aux éditions Phébus. L'oeuvre n'a pu être tout à fait achevée par Dumas car celui-ci, déjà malade, est mort quelques mois plus tard, en 1870. En outre, le travail de correction et de mise en forme définitif pour publication en volumes n'a pu être effectué par l'écrivain, alors que le texte paru en feuilleton était farci d'erreurs du fait d'une relecture hâtive due aux impératifs d'une impression quotidienne. Claude Schopp s'y est attelé: il y a mis une dizaine d'années. Vendredi 25 mars 2005 - http://www.swissinfo.org/sfr/swissinfo.html?siteSect=143&sid=5619126 |
|
«Discours de la méthode» de Descartes EVREUX (AP) -- Une édition originale du «Discours de la méthode» de René Descartes datant de 1637, qui reposait incognito dans une bibliothèque privée de la Sarthe, a été vendue plus de 90.000 euros aux enchères dimanche après-midi à Evreux (Eure). Sa mise à prix était de 50.000 euros. Voir le catalogue : «Discours de la méthode» de René Descartes (1637) L'ouvrage a été adjugé à un libraire de nationalité française par Me François Thion à 78.000 euros, soit 90.343 euros frais compris. «C'est une très bonne vente», a estimé Pierre Poulain, l'expert en livres anciens qui avait découvert cet exemplaire unique avec reliure d'époque, dos lisse avec nom de l'auteur et titre écrits à la plume. Il ne resterait selon lui que cinq éditions originales du «Discours de la méthode» sur le territoire français, pour la plupart précieusement conservées au sein des bibliothèques publiques. L'exemplaire vendu dimanche se révèle être une édition originale unique, car le livre comporte quelques notes manuscrites écrites aux XVIIe et XVIIIe siècles qui attestent de l'intérêt éprouvé pour cet ouvrage. Acte fondateur de la philosophie moderne, connu pour sa célèbre formule «cogito ergo sum» (je pense donc je suis), le «Discours de la méthode» est avant tout le fruit d'une véritable aventure intellectuelle. Inquiété par la récente condamnation de Galilée, Descartes (1596-1650) avait longuement hésité à faire paraître au grand jour ses préceptes de pensée méthodique et métaphysique. AP Nouvelobs.com - Dimanche 27 février 2005 |
|
La NYC Library propose en téléchargement 250.000 images, dont une grande partie est unique, et doublera la collection dans les mois à venir . La NYPL Digital Gallery propose depuis quelques jours 250.000 images en téléchargement en provenance de ses collections. Réservoir de l'histoire des Etats-Unis, avec des images, photos et cartes qui sont venues enrichir la collection depuis la guerre civile américaine, la bibliothèque publique de New York (NYPL) l'est aussi de l'histoire de l'humanité, avec en particulier une collection unique d'enluminures du Moyen-âge. Cette collection inestimable, la NYPL a tenue à l'ouvrir au monde en la proposant au téléchargement, gratuit pour un usage personnel, dans une galerie numérique dotée dès sa mise en ligne d'un fonds de 250.000 images. Elle s'enrichira au fil des mois, et Paul LeClerc, le président de la NYPL, espère atteindre rapidement les 500.000 images. Bien que cette base soit plutôt concentrée sur l'histoire des Etats-Unis, la mise en ligne de cette collection devrait ravir les historiens et amateurs du monde entier, mais aussi les habitants de la 'grande pomme' à la recherche de sources biographiques, ainsi que les personnes à la recherche d'inspiration pour le retour de la mode 'vintage'. Sylicon.fr 7 mars 2005 |
|
Le Centre du conservation du livred'Arles, né en 1987, mène de front de multiples activités, allant de la restauration de livres aux missions d'expertise à l'étranger en passant par la formation. Le centre (25 salariés) a une importante activité de restauration de manuscrits venus de toute la France, alliant savoir-faire traditionnel et techniques de pointe, selon Stéphane Ipert, historien de l'art et restaurateur, son directeur. Le CCL assure également des actions de microfilmage et de numérisation, de prévention, d'intervention en cas de sinistre, de désinfection de collection biodégradées et de formation. "Nous sommes les seuls à assurer toutes ces activités et à le faire à la fois en France et à l'étranger", déclare Stéphane Ipert. Son budget annuel s'élève à 1,5 MEUR environ, dont 800.000 (financés par l'Union européenne, l'Unesco, la région PACA et la ville d'Arles) consacrés à ses missions de coopération régionale et internationale. Dans ce cadre, le CCL pilote le projet Manumed de conservation du patrimoine écrit de Méditerranée, qui comprend des missions occasionnelles à l'étranger (manuscrits d'Adrar en Algérie, opérations ponctuelles de restauration de textes rares tels le manuscrit du XIIIe siècle de la Légende de Barlaam et Joasaph, conservé dans un monastère du Liban et relatant l'histoire de Bouddha dans une version christianisée). Manumed prévoit également la création d'une Bibliothèque virtuelle de Méditerranée (BVM), une banque de données communes fonctionnant en plusieurs langues présentant toutes les collections du pourtour méditerranéen. Objectif, numériser 50.000 notices bibliographiques et 5 à 6.000 documents à fin 2005. Depuis peu, le centre fournit également son assistance technique à "Noé", un programme de prévention interrégional (PACA, Sicile, l'Attique en Grèce, Nord-Portugal, Molise, en Italie) destiné à sensibiliser les professionnels et le public au sauvetage du patrimoine en cas de catastrophe, doté de 8 millions d'euros. ARLES, 28 janvier 2005 (AFP) |
|
au chevet des manuscrits du désert Des milliers de manuscrits témoins de plusieurs siècles d'histoire sont menacés de disparition dans la wilaya d'Adrar, dans le Sud algérien : une institution unique en France, le centre de conservation du livre (CCL) d'Arles, s'est fixé pour mission de les sauver des sables. "L'idée n'est pas tant d'apporter notre savoir-faire à la population que de l'aider à avoir les compétences afin qu'elle se débrouille toute seule pour conserver ses trésors en déshérence", explique Bruno Marty, chargé de mission au CCL. Depuis 1998, le CCL offre son "assistance technique" en "formant les populations locales", dans le cadre d'un programme européen baptisé Manumed, où le centre arlésien joue le rôle de coordinateur, ajoute Stéphane Ipert, son directeur. La zone choisie se situe dans le couloir du Touat et du Gourara, dans la wilaya d'Adrar, à 1.600 km au sud-ouest d'Alger, sur la route de Tombouctou. La région, peuplée à l'origine de berbères zénètes avant d'accueillir populations noires, juives et tribus arabes par vagues successives jusqu'au XVème siècle, est au coeur de la route des caravanes, d'or, de sel, d'esclaves : autant d'échanges commerciaux Nord/Sud et Est/Ouest qui s'accompagnent d'échanges culturels, raconte Saïd Bouterfa, spécialiste algérien des manuscrits du Sud, dans un ouvrage sur la mission Manumed-Algérie. Quelque 15.000 manuscrits, datant pour certains du XIIème siècle, sont ainsi dispersés, pour la plupart aux mains de particuliers. Coran, astronomie, poésie... Les précieux textes, conservés dans une trentaine de "bibliothèques privées" principales, appelées "khizanas" - souvent de simples pièces prenant l'eau, dotées dans le meilleur des cas d'une armoire - se trouvent pour beaucoup dans un état de dégradation avancée, comme c'est le cas pour tout le patrimoine manuscrit sub-saharien (Tombouctou au Mali, Chinguetti en Mauritanie...), selon les spécialistes. Ces manuscrits - des documents religieux (Coran et commentaires), scientifiques (traités d'astronomie, de mathématiques), des ouvrages de droit, de poésie, des chroniques locales primordiales pour les historiens - sont menacés par le temps, la chaleur, l'abrasion du sable, les insectes... "Leurs propriétaires sont échaudés par la période coloniale (de nombreux livres furent détruits ou pillés) puis par les vols et les abus de confiance de chercheurs ou hauts responsables les ayant empruntés pour ne jamais les rendre", ajoute Bruno Marty. "Il est difficile d'obtenir l'autorisation de les consulter". L'objectif du CCL, en coordination avec l'Institut de bibliothéconomie de l'université d'Alger, a donc été de former les locaux. "Ils sont chargés de rassurer les propriétaires, de les conseiller sur la conservation, d'effectuer le catalogage des collections", explique Bruno Marty. Un laboratoire leur permettant d'effectuer des travaux de restauration, de microfilmer et de numériser les documents est en cours d'installation. Manumed Algérie, d'un coût de quelque 100.000 euros (financé par l'UE, l'UNESCO et la Région PACA) devait initialement s'achever en 2004, mais va être prolongé jusqu'en 2007. Le programme Manumed concerne au total une dizaine de partenaires dans divers pays (Algérie, Chypre, Egypte, Espagne, Grèce, Jordanie, Syrie, Liban, Maroc, France). ARLES, 28 janvier 2005 (AFP) |
|
à la Bibliothèque royale du Danemark La France a fait don vendredi à la Bibliothèque royale du Danemark de près de 12.000 ouvrages acquis entre 1947 et 1983 par l'Institut français à Copenhague, dont une collection complète, datant du 19ème siècle, des romans de Victor Hugo. L'ambassadeur de France, Régis de Belenet, a signé vendredi une convention avec le directeur de la Bibliothèque royale Erland Kolding sur cette donation qui enrichira ses propres collections en langue française. Ce don fait suite à l'inauguration de la nouvelle médiathèque de l'Institut français, qui a engagé un profond renouvellement de ses livres, CD et DVD, pour offrir au public danois une connaissance plus diverse de la France contemporaine. La langue française est la troisième langue étrangère apprise au Danemark après l'anglais et l'allemand. La francophonie est également promue par la chaîne TV5, captée par un million de foyers dans le royaume. COPENHAGUE, 28 janvier 2005 (AFP) |
|
Google va diffuser en ligne 15 millions de livres tirés des bibliothèques universitaires anglo-saxonnes. La Bibliothèque nationale du Québec inaugure ce week-end son nouveau portail Internet. Ça bouge beaucoup et pour vrai dans le monde virtuel. Le Québec d'antan, votre ordinateur trempe dedans. La collection numérique de la Bibliothèque nationale (BNQ) comprend déjà 8000 cartes postales anciennes classées par titre, par lieu, par nom de rue ou par sujet, 1500 livres et partitions musicales publiés au Québec jusqu'à la fin du XIXe siècle, 2000 enregistrements sonores, 6500 estampes, 7000 illustrations tirées de magazines populaires des années 1870 à 1907, etc. Comme si ce n'était pas suffisant, cette grande bibliothèque virtuelle, diffusée en ligne depuis quelques années, repart en neuf ce week-end alors que la BNQ implante son nouveau portail Internet. Les ajouts bientôt à portée de souris donnent encore le vertige : tous les livres québécois importants publiés de 1900 à 1920; dix revues culturelles parues avant 1950, par exemple les 22 000 pages de Film, paru entre 1921 et 1962, et les 40 000 pages publiées entre 1895 et 1950 par Passe temps, spécialisée en musique; deux revues pour la jeunesse des années 1920-1940, L'Abeille et L'Oiseau bleu; un millier de cartes géographiques de plus et 3500 autres cartes postales; 200 nouvelles partitions musicales... Surtout, comme le réclame le public depuis longtemps, l'institution va bientôt proposer des millions de pages de journaux. Par exemple, tous les exemplaires de La Patrie, un quotidien publié entre 1879 et 1957. Mieux, la BNQ négocie des protocoles de diffusion avec les grands quotidiens du Québec pour la diffusion en ligne et gratuite d'innombrables éditions d'avant 1950. Le Devoir planche sur un accord de mise en ligne de ses trente premières années de production. Le service à distance permet à la BNQ de déployer ses services sur tout le territoire québécois et au-delà. Sans lui, le rayonnement de la Grande Bibliothèque (GB) en construction ne dépasserait guère Montréal. D'ailleurs, la priorité accordée à l'inauguration de ce volet virtuel sur l'ouverture, le 22 avril prochain, du bâtiment en construction dans le Quartier latin, témoigne de l'importance accordée à cette mission nationale. «Les services à distance nous aident grandement à remplir notre mandat national», résume Alain Bouchard, directeur des projets spéciaux en bibliothéconomie. «Notre présidente ne cesse d'ailleurs de souligner l'importance de cette fonction.» La présidente-directrice générale de l'institution, Lise Bissonnette, poursuivait avant-hier, en Abitibi, sa tournée des régions pour annoncer la bonne nouvelle de la naissance du divin service. Outre la bibliothèque virtuelle, le portail Internet va aussi offrir l'accès à des dizaines de bases de données dans tous les domaines, une banque de romans proposés par thème pour accompagner les choix des lecteurs, un portail Jeunes, des profils personnalisés pour les abonnés. «Ce portail offrira aussi, par l'Extranet, un véritable Centre de ressources à l'usage des bibliothèques publiques du territoire et des services aux éditeurs et fournisseurs, annonce un communiqué de l'institution. À terme, ce portail, véritable architecture électronique dont le centre nerveux est logé à la Grande Bibliothèque, aura la capacité de soutenir un système de prêt entre bibliothèques qui augmentera de beaucoup la disponibilité des livres eux-mêmes partout au Québec, ainsi que la création d'un catalogue collectif des ressources documentaires québécoises.» La planète du Net Le monde virtuel bouge et les projets se bousculent. Google, l'inventeur du moteur de recherche sur Internet, annonçait le mois dernier son intention de numériser et de mettre en ligne pas moins de quinze à vingt millions d'ouvrages. D'ici quelques années, on pourra donc, depuis n'importe quel ordinateur connecté à Internet, partout dans le monde, accéder à ce réservoir de sens et de culture. Mieux, le moteur de recherche de Google pourra trouver n'importe quel mot niché parmi ces milliards de pages. Cinq institutions ont signé un accord avec la compagnie californienne : la New York Public Library se lance dans l'aventure avec un maigre lot de 100 000 ouvrages, histoire de tester la faisabilité de l'entreprise et le respect des originaux. L'Université du Michigan hausse la mise jusqu'à sept millions de livres, celle de Standford, à un million de plus. Les bibliothèques d'Oxford et de Harvard n'ont pas encore annoncé leurs intentions concrètes. Il s'agit, à ce jour, du projet le plus ambitieux et le plus sérieux de mégalibrairie virtuelle, un fantasme d'internautes. Plusieurs autres plans pour donner corps à cette utopie ont été lancés depuis une dizaine d'années. À la Bibliothèque nationale de France, Gallica, qui visait à numériser 300 000 volumes, a été revu à la baisse, faute de moyens. Le projet Bibliotheca Universalis, qui associe la Bibliothèque nationale de France, celle du Congrès américain et celles d'une douzaine d'autres pays, dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC), a quant à lui complètement flanché, ou presque. «Nous remettons en question l'existence de Bibliotheca Universalis», confirme Ingrid Parent, directrice générale des acquisitions et services de BAC, chargée de relayer ce projet au sein de l'institution canadienne. «Le projet est né il y a une douzaine d'années, comme volet culturel du G7 [le groupe des sept pays les plus industrialisés, maintenant devenu le G8]. Nous avons eu des échanges mais, à la longue, il est apparu que d'autres voies pourraient se développer pour favoriser la numérisation.» L'argent est le nerf de cette guerre pour la démocratisation de l'accès à la culture. Les institutions américaines partenaires de Google vont consacrer des dizaines de millions de dollars au nouveau projet de bibliothèques universelles. Le travail de numérisation comme tel coûte toujours bonbon mais chute constamment. La BNQ numérise ses documents en partenariat avec des entreprises privées. Le processus lui coûte maintenant environ 25 ¢ par page par rapport à un bon dollar au début de la décennie. Le budget annuel consacré par l'institution à la numérisation comme telle oscille autour de 200 000 $. Est-ce suffisant ? «On peut toujours regarder ce qui se fait aux États-Unis, commente alors M. Bouchard. Seulement, le rapport est d'au moins un à cinquante pour les budgets. Il ne faut pas non plus oublier que le Québec est une petite nation, comme le Danemark ou la Bulgarie. En gros, nos archives n'intéressent que nous, ou presque. Je veux dire que le Washington Post a plus de chances d'attirer des lecteurs, et surtout des clients payants, à l'autre bout de la planète que Le Devoir ou Le Droit. Par contre, si on se compare avec la France, nous n'avons pas à rougir de notre situation. Disons que le Québec tient son rang dans le monde francophone.» Stéphane Baillargeon. Le Devoir.com - Québec - Samedi 22 et Dimanche 23 janvier 2005. |
|
dans les collections du musée Alinari. Pour la première fois à Paris, une exposition retrace un siècle d'histoire de la photographie italienne à travers les chefs d'oeuvres du musée Fratelli Alinari de Florence. En invitant à un parcours à la fois historique et esthétique, l'exposition propose un large choix mêlant clichés c&ea |