N° 50 – Catalogue de vente du 15 juin 2026 16 17 la mort de son père, survenue le 21 mai 1911 au meeting aérien d’Issy-les-Moulineaux. L’aviateur Emile Train, perdant le contrôle de son appareil, s’écrase sur les personnalités présentes. Maurice Berteaux, alors ministre de la Guerre, est tué sur le coup. Angèle évoque, dans un style sobre et vibrant, la stupeur de l’annonce, la scène au poste de secours, la dignité silencieuse devant le cercueil expose au ministère, puis les funérailles nationales, enveloppées d’une émotion publique intense. Ce deuil marque une rupture décisive dans sa vie. Elle y voit la fin d’une époque – celle de la confiance républicaine avant la tempête de 1914. Après une césure de ses écrits entre 1913 et 1920, Angèle reprend son carnet en septembre 1920 avec une écriture plus affirmée et un regard plus mature sur ses dernières années passées. Elle a 40 ans. Il s’agit alors d’un récit rétrospectif rédigé après la guerre. 1914 – La guerre et l’exode Lorsque la guerre éclate, le 2 août 1914, Angèle se trouve à Paris. La mobilisation transforme la ville en un tumulte d’angoisse et de ferveur. Face à l’avance ennemie, elle rejoint sa famille dans le Sud-Ouest : Saint-Jean-de-Luz, Pau, le Béarn. L’exode, les gares bondées, les convois de soldats, la peur des nouvelles du front — tout cela emplit ses pages d’une tension poignante. Son mari, mobilisé, reste distant ; les permissions sont rares, les lettres plus froides qu’autrefois. L’isolement affectif d’Angèle s’accroît à mesure que la guerre s’enlise. Elle décrit la vie à l’arrière : les alertes, les bombardements de Paris, la disette, le travail des femmes pour suppléer les hommes absents, et surtout cette attente, ce suspend interminable du temps des mères et des épouses. À travers ses lignes perce la transformation intérieure d’une génération de femmes : du rôle d’épouse soumise, elles passent à celui de gardienne du foyer et, bientôt, de la mémoire. 1918-1920 – Fin de guerre, solitude et résilience. Quand la guerre prend fin, Angèle n’évoque ni triomphe ni euphorie. Elle parle de silence, de fatigue morale, de familles brisées et de promesses envolées. Veuve d’un père, séparée d’un mari, elle s’efforce de reconstruire une vie faite de dignité, d’éducation des enfants, et de méditation sur les valeurs. Ses dernières pages forment une réflexion morale : sur la maternité comme devoir suprême, sur le sacrifice, le pardon, la foi simple et la rigueur morale héritée de son milieu républicain. Elle s’interroge sur la place des femmes dans le monde nouveau né de la guerre, sur leur rôle dans la société, sur la difficulté de reprendre le cours ordinaire de la vie après tant de bouleversements. Épilogue. Ainsi se clôt, autour de 1920, le fil des souvenirs d’Angèle Tissier-Berteaux. Son manuscrit, écrit d’une main sûre, enrichi de ratures et de corrections, témoigne d’un travail réfléchi, presque d’une volonté de publication jamais aboutie. Au-delà des souvenirs personnels, c’est une chronique féminine de la France bourgeoise entre 1900 et 1920, un miroir où se lisent les bouleversements sociaux, politiques et intérieurs d’une génération. Ce document présente un intérêt historique majeur dans plusieurs domaines : Dans le domaine politique d’une part, témoignage direct sur la mort accidentelle d’un ministre en exercice, les milieux dirigeants de la Illème république, les réseaux politiques et militaires. Un intérêt historique de la Grande Guerre d’un point de vue féminin, témoignage de “arrière” sur la mobilisation, les bombardements, l’exode, les permissions et les privations. Un intérêt de l’Histoire sociale et du genre avec une analyse fine du divorce à cette époque, la garde des enfants, la solitude sociale des femmes séparées, des normes morales bourgeoises. Un intérêt culturel, écriture féminine introspective, représentative des mémoires privées du début du XXe siècle. Ce manuscrit semble donc inédit, certainement resté dans le cercle familial. Il constitue un document privé d’une rare densité émotionnelle et historique. 1 500 / 2 000 € Manuscrit signé Lavinet traitant de la construction de digues sur l’Adour à Bayonne contenant un « Mémoire sur les ouvrages de la Barre de Bayonne » par Pinsun suivi des « Observations sur le mémoire de M. de Pinsun » par D’Auvard concernant cette même entreprise. On trouve ensuite divers devis et conditions réglementant la construction de la barre en 1728, ceux pour la suite des travaux en 1741 et ceux pour la construction de l’épi de Blancpignon en 1745. Une planche dépliante in-fine, signée par l’auteur, présente deux coupes des constructions tracées à la plume et aquarellées. Ouvrage intéressant rendant compte de la gestion et des étapes des projets d’urbanisme au XVIIIe siècle. 600 / 800 € 49. [MANUSCRIT] – [BERTEAUX, Angèle (épouse Guiard)]. « Souvenirs de femme de 1900 à 1920 ». Chatou – Paris – Pays basque, 1900-1920. En Français, manuscrit à l’encre sur papier. Petit in-4 (175 × 225 mm), reliure de l’époque, demi-percaline verte à coins (reliure de Marrim Pouey à Pau). Plats recouverts de papier moucheté, dos lisse, tranches teintées. Carnet de 92 feuillets manuscrits. (Reliure usée mais solide, petit manque à la coiffe inférieure. Bon état intérieur) Manuscrit rédigé d’une seule main à l’encre noire ou bleu d’une écriture régulière et soignée. Nombreuses corrections et ratures autographes, ajouts interlinéaires attestant d’un travail de rédaction suivi. Manuscrit autobiographique rédigé à la première personne par [Angèle] Berteaux (1878-1937), fille de Maurice Berteaux (18521911), homme politique de la IIIe république, plusieurs fois député des Yvelines et ministre de la Guerre. Il s’agit vraisemblablement d’un manuscrit préparatoire à des mémoires personnels, sans trace de publication connue. Le développement est structuré chronologiquement en plusieurs grandes séquences autobiographiques. Les premières années du siècle – Voyages et jeunesse bourgeoise. Au tournant de 1900, Angèle Berteaux, jeune femme de 22 ans issue d’une grande famille républicaine, découvre le monde dans l’élégance et la liberté encore permise à la haute bourgeoisie de la Belle Époque. Tout juste mariée à Maxime Guiard (1874-1950), agent de change, elle voyage en Italie et en Suisse. À Bellagio, elle décrit les rives du lac de Côme comme un paradis de lumière : terrasses fleuries, palmiers, reflets d’argent sur l’eau, promenades parmi les jardins et les hôtels. La traversée du col du Gothard l’émerveille. À Interlaken, elle découvre la majesté des Alpes, la douceur des vallées et la sérénité des séjours en villégiature. Ces pages, écrites d’une plume vibrante, mêlent émerveillement et introspection : la beauté des paysages réveille déjà chez Angèle un sens profond de la fragilité du bonheur et du passage du temps. La vie domestique et les premières fissures. De retour à Chatou, puis à Paris, elle entre de plain-pied dans la vie de la haute bourgeoisie républicaine. Son père, Maurice Berteaux, député des Yvelines, occupe une place importante dans la vie politique et militaire de la IIIe République. Autour d’elle gravitent des cercles cultivés, républicains et patriotes. Mais la vie conjugale, derrière les apparences aisées, se dégrade lentement. Le mariage qu’elle croyait fondé sur la confiance et l’estime s’alourdit de silences, de désaccords, d’éloignements. Vers 1913, la rupture s’impose. Angèle engage une procédure de séparation, bientôt suivie d’un divorce – un acte encore mal perçu dans la société mondaine de l’époque. Elle décrit les démarches devant le tribunal, le rôle du président d’audience, les négociations autour de la garde des enfants, les humiliations mêlées de soulagement. Ces pages, empreintes de lucidité douloureuse, tracent un portrait rare du destin féminin bourgeois sous la IIIe République. 1911 – La mort tragique de Maurice Berteaux L’un des moments les plus marquants de ses souvenirs demeure le sud, jusqu’au 12 novembre 1659, compilant des lettres adressées aux ministres Le Tellier et De Lionne ainsi qu’à la reine. Un bel ouvrage issu de la collection Phillipps (ms. 8243) dans une reliure d’époque. 500 / 700 € 47. [MANUSCRIT XVIIIe – BAYONNE] – COMPAIGNE (Bertrand). Chronique de la ville et diocèse de Bayonne. Délicate copie manuscrite de l’étude historique de Bertrand Compaigne (1607-1676) s’ouvrant sur une page de titre décorée à l’aquarelle. In-8, basane brune, dos à nerfs orné aux fers dorés avec pièce de titre rouge, plats ornés d’un filet d’encadrement à froid, chants à la roulette dorée, toutes tranches rouges. 208 pages manuscrites à l’encre noire, rouge et verte sur 123 feuillets. Page de titre ornée d’une décoration florale à la plume et aquarelle. Texte réglé. (Reliure quelque peu frottée, discrètes griffures au premier plat, manque du cuir au chant. Quelques rousseurs communes, léger jaunissement et décharges d’encre sur certains feuillets pour un ensemble globalement clair) Parue à Pau chez Desbarats en 1663, cette étude se compose d’une chronique historique sur la ville de Bayonne, d’un catalogue de ses évêques, gouverneurs, maires et échevins, d’un mémoire dressant une description politique et économique de la ville, d’un tableau statistique sur la démographie des communes de la région et de quatre ordonnances royales. L’étude comporte de nombreuses forgeries visant à flatter les élites locales en donnant des preuves de leur ancienneté. Une copie d’une calligraphie soignée signée Jean Corrioles et datée du 1er novembre 1751, dont on remarque la page de titre agrémentée d’un délicat décor floral polychrome et la signature de la dédicace ornée d’un aigle. Provenance : Bibliothèque du docteur Louis Raillard. Voir la reproduction. 800 / 1 200 € 48. [MANUSCRIT XVIIIe – BAYONNE] – PINSUN, D’AUVARD, LAVINET. Mémoire sur les ouvrages de la Barre de Bayonne. Intéressant manuscrit sur la construction de la Barre et des digues sur l’Adour illustré d’une planche aquarellée. Bayonne, 1777. In-4, demi vélin crème à coins, vignette de titre manuscrite au premier plat. 99 pages manuscrites sur 58 feuillets dont 30 feuillets bleutés. Une planche dépliante aquarellée en couleurs montée sur onglet. (Vélin jauni, plats frottés. Quelques rousseurs et décharges. Une planche manquante) 45. [MANUSCRIT XVIIe – MAZARIN] – Lettres et mémoires […] contenant le secret de la négotiation de la Paix des Pirenées, dans les Conférences tenues à St Jean de Luz en l’année 1659. Importante copie manuscrite de la correspondance privée du cardinal Mazarin adressée à Louis XIV et Anne d’Autriche durant la signature du Traité des Pyrénées. In-folio, veau acajou, dos à nerfs orné aux fers dorés avec pièce de titre brune, plats aux armes de Michel-Etienne Turgot, chants ornés à la roulette dorée, toutes tranches rouges. 707 pages manuscrites à l’encre noire sur 362 feuillets. (Mors fendus, épidermures et restaurations aux plats. De petites rousseurs) Minutieux ouvrage d’une belle calligraphie donnant la copie de 123 lettres envoyées par Mazarin lors de son séjour au Pays Basque afin de négocier la paix entre la France et l’Espagne. L’ensemble s’étend du 10 juillet au 10 novembre 1659, couvrant son trajet vers Saint-Jeande-Luz jusqu’à trois jours après la signature du traité. Pour la plupart adressées à Anne d’Autriche, Louis XIV et aux ministres Le Tellier et De Lionne, l’ensemble relate les grandes difficultés engendrées par ce conflit et les étapes de cette longue négociation. Le Traité des Pyrénées, octroyant à la France de nombreux territoires et scellant le mariage de Louis XIV à l’infante d’Espagne, place le royaume en première puissance d’Europe. Précieux témoignage de cet événement historique majeur dans une belle reliure aux armes de Michel-Etienne Turgot, prévôt des marchands de Paris puis Conseiller d’Etat en 1737. Voir la reproduction. 1 500 / 2 000 € 46. [MANUSCRIT XVIIe – MAZARIN]. Despeches de monseigneur le cardinal à Monsieur le Tellier depuis le 2 juillet 1659 jour du départ de Son Eminence et de la Cour pour la négociation de la paix avec l’Espagne jusqu’au 16 septembre ensuivant. Important manuscrit donnant la copie de lettres du cardinal Mazarin lors de la négociation du Traité des Pyrénées. In-folio, vélin d’époque, dos lisse avec pièce de titre manuscrite, tranches mouchetées rouge. 1066 pages manuscrites sur 541 feuillets. (Vélin bruni, coins frottés et coiffe de queue envolée, petites rousseurs communes. Quelques annotations postérieures en marge. Vignettes de libraire au contreplat) D’une belle calligraphie anonyme du XVIIe siècle, ce manuscrit donne la copie des nombreuses dépêches envoyées par Mazarin lors de son séjour au Pays Basque afin de négocier le Traité des Pyrénées, aboutissant à la paix entre la France et l’Espagne et au mariage de Louis XIV à l’infante d’Espagne. L’ensemble s’étend du 2 juillet, jour du départ pour 45 47
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