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8 Regum francorum imagines, quàm proximè fieri potuit, ad vivum expressæ, unà cum eorum vita, unicuique imagini

per compendium subiecta.

Lyon, Balthazar Arnoullet, 1554.

Grand in-4 (288 x 204 mm), maroquin citron, triple filet

doré, riche décor d’entrelacs de rubans et de rinceaux foliacés dessinés au simple filet doré et accompagnés de fleurons

azurés ou au trait, médaillon ovale au centre empli de fleurons azurés ou évidés, dos lisse entièrement orné de rubans

entrelacés, coupes ornées de filets et petits fers, tranches dorées, traces d’attaches, étui en maroquin olive du XIX

e

siècle

(

Reliure parisienne de l’époque

)

.

Seconde édition, rarissime, de cette magnifique suite gravée sur cuivre, composée d’un titre orné et de

cinquante-

neuf

portraits en médaillon des rois de France, de Pharamond à Henri II, gravés en taille-douce et accompagnés de

notices biographiques en latin joliment typographiées en italiques.

Le texte est en édition originale, tandis que les portraits – à l’exception de ceux de Clotaire, Chérébert et Henri II – avaient

déjà été publiés par Balthazar Arnoullet dans l’

Epitome gestorum

lviii

regum Franciæ

de

1546

(que l’on tient pour le

premier livre français illustré de cuivres imprimés dans le texte, ceux du Breydenbach de

1488

étant tirés hors texte).

Trois portraits sont ici en premier tirage : celui d’Henri II, couronné en

1547

, a été dessiné pour l’édition ; ceux de Clotaire

et de Chérébert (ou Claribert) ont été regravés d’après deux portraits de l’

Epitome

qui n’ont pas été repris dans l’édition.

On attribue traditionnellement ces portraits à

Corneille de Lyon

, le rival de François Clouet, du fait du monogramme

CC

dont sont signées quasiment toutes les gravures de la suite. Toutefois, le

Maître au double C

a depuis lors été reconnu

comme un artiste à part entière, distinct de Corneille de Lyon.

Le titre du volume est orné d’une belle vignette gravée en taille-douce, composée de la marque à l’hippocampe d’Arnoullet

– laquelle serait, selon Mortimer, la première marque typographique française exécutée sur cuivre – et d’un encadrement

architectural peuplé de putti. Les feuillets ont été imprimés d’un seul côté et disposés de manière à se faire face deux à deux.

Cette édition est de toute rareté. Baudrier en cite seulement deux exemplaires, celui de la BnF et le sien, auxquels

Gültlingen ajoute ceux d’Harvard, d’Heidelberg et de la British Library. Elle manquait notamment aux collections Charles

Fairfax Murray et James de Rothschild.

Exceptionnelle reliure en maroquin citron à décor d’entrelacs exécutée par l’un des meilleurs ateliers de reliure

parisiens de l’époque, une reliure « d’une beauté remarquable », écrit Brunet, qui cite l’exemplaire, et dont le

décor exceptionnel a fait dire à Charles Nodier qu’il s’agissait d’un exemplaire « unique ».

« Cette reliure présente une décoration très élaborée qui envahit toute la surface des plats et du dos. Les filets dessinent

des bandes, lesquelles multiplient les entrelacs, se terminant parfois par des rouleaux, ainsi que des motifs floraux très

stylisés. Quelques fers, des fleurons et des paires de feuilles courbes, certains azurés, sont posés ça et là et dans l’ovale

central. La qualité du cuir de nuance rare, du maroquin citron, le dessin inventif du réseau d’entrelacs bien adapté au format

du volume, certains détails comme les rinceaux posés sur les coupes prouvent le soin apporté à recouvrir l’ouvrage. Celui-

ci mérite certes des égards à cause de son intérêt ; de plus, il est très rare. » (Hobson et Culot).

L’identification de l’excellent atelier parisien qui a réalisé cette reliure reste à établir, les fers utilisés, de même que la

composition générale du décor, pouvant être attribués à plusieurs maîtres de l’époque ; ainsi le fleuron évidé à six feuilles

frappé tête-bêche au centre des plats fut-il d’abord attribué à Claude de Picques, puis rendu à Jean Picard et Gomar

Estienne, mais il fut également copié par d’autres ateliers concurrents, celui du

Cupid’s Bow Binder

par exemple.

Superbe exemplaire, parfaitement conservé, provenant des bibliothèques Joseph Techener, Charles Nodier, Jean-

Jacques de Bure (vente à Paris,

1

er

décembre

1853

, lot

1430

), et Edmée Maus (ex-libris).

Charles Nodier y a joint une longue notice autographe détaillant les mérites des gravures, qu’il attribue à Woeiriot, et de

la reliure, qu’il tient pour l’ « une des plus belles qui nous soit parvenue du relieur inimitable de Grollier » (sic) ; on y

apprend de plus que le précédent propriétaire du volume était le libraire Joseph Techener. À cette notice, le libraire Jean-

Jacques de Bure, qui s’était rendu propriétaire du volume, a ajouté une mention de collation et quelques lignes, signées et

datées du

21

avril

1837

, dans lesquelles il confirme la rareté de l’exemplaire, mais avoue déceler dans les analyses de Nodier

« une petite dose de l’imagination qu’il sait emploïer si à propos dans ses ouvrages ».

Avant Techener, Nodier et de Bure, l’exemplaire a appartenu à Louis-Paul Bellanger, trésorier général du Sceau de France

(vente à Paris,

1740

, lot

177

« maroquin vert antiqué à compartiments »). Plus récemment, il rejoignit la collection d’Edmée

Maus (pour une notice biographique sur Edmée Maus voir le lot

4

).

Baudrier, X, 145-147 – Gültlingen : Lyon, IX, 126, n°140 – Mortimer : Harvard French Books, n°456 – Brunet, II, 1029 (ex. cité) – Brun,

p. 282 – N. Rondot, L’Art et les artistes à Lyon, Lyon, 1902, pp. 246-265 – A. Rau : « Contemporary Collectors XVI. Edmée Maus » in The

Book Collector VII, 1958, pp. 38-50.

Hobson & Culot, n°47.

Exposition : Cinq siècles d’ornements, n°29.