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11 L’Office de la Vierge Marie, à l’usage de l’Eglise catholique, apostolique & romaine, avec les vigiles, pseaumes
graduels, penitentiaux, & plusieurs prieres & oraisons.
Paris, Jamet Mettayer, 1586.
Grand in-4 (283 x 200 mm),
maroquin citron, triple filet doré, champ orné d’un semé doré répétant un chiffre (lettres
Φ
et
Δ
disposées en étoile)
cantonné de S fermés dans un treillis losangé de filets et mains-de-foi, écoinçons en quart de cercle, réservés sur le
champ et cernés d’une roulette feuillagée, comprenant le même monogramme cantonné de S fermés en grand module,
armoiries dans un grand ovale central, dos lisse orné de même, coupes décorées, tranches dorées (
Reliure parisienne
de l’époque
)
.
Magnifique édition de ce célèbre office de la vierge connu sous le nom d’Heures du roi Henri III.
Imprimée en rouge et noir « par le septième typographe honoré du titre d’imprimeur du roi, écrit Alès, en caractères
romains bien espacés et d’un gros œil », l’édition est ornée d’une remarquable illustration gravée en taille-douce,
comprenant une vignette sur le titre et dix-huit jolies figures dans le texte, dont quatorze à pleine page, non signées, hormis
le Couronnement de la Vierge (f.
63
), par
Rabel
, et la Crucifixion (f.
158
), qui porte le monogramme
AB
.
Exemplaire réglé.
Précieuse et riche « reliure d’amour » aux grandes armes de Piney-Luxembourg réalisée pour François de
Luxembourg et Diane de Lorraine, sa première épouse, dont le chiffre entrelacé et mêlé d’emblèmes de la fidélité est
semé sur les plats et le dos du volume.
Cette provenance est d’une insigne rareté.
François de Luxembourg (v.
1546
-
1613
) est un gentilhomme tenu en grande estime à la cour de France. Conseiller
d’Henri III, il est comblé d’honneurs par son souverain, qui en
1576
érige la baronnie de Piney dans l’Aube en duché en
1576
, puis en pairie en
1586
, et celle de Tingry en principauté, le fait chevalier du Saint-Esprit dès la création de l’ordre,
l’envoie comme ambassadeur auprès du pape à Rome en
1586
. Il est par ailleurs certain qu’il joua un rôle dans la conversion
d’Henri IV au catholicisme et dans la négociation avec le Saint-Siège de son remariage. (C’est à Marie de Médicis, d’ailleurs,
qu’il vendit en
1612
son hôtel parisien situé rue de Vaugirard, l’actuel Petit Luxembourg, avant de se retirer dans son
château de Pougy).
En
1576
, François de Luxembourg avait épousé en premières noces Diane de Lorraine-Aumale, la fille de Claude de
Lorraine. En faisant frapper leurs chiffres respectifs entrelacés, un
Φ
pour François et un double Δ pour Diane, sur cette
luxueuse reliure emblématique recouvrant un
Office de la Vierge
publié en
1586
, François de Luxembourg a sans doute
voulu commémorer son élévation à la pairie et, par la même occasion, ses dix années de vie conjugale. En témoignent ces
fers symboliques répétés dans le décor de la reliure : le
S fermé
qui signifie
fermesse d’amour
ou
fidélité
et les mains unies,
ou
mains-de-foi
, autre attribut de fidélité. Fidélité qu’évoque encore le chiffre des époux, lu
phi-delta
pour
fidelitas
ou
fedeltà
.
Une reliure quasiment identique fut réalisée pour le
Pseautier
de François de Luxembourg, publié la même année par Jamet
Mettayer, de la collection Michel Wittock (vente III à Paris,
7
octobre
2005
, lot
43
, ill.).
L’originalité du décor emblématique et la qualité de la dorure permettent de croire que ces deux reliures ont été exécutées
dans un des meilleurs ateliers parisiens du temps, peu après la sortie de presse des volumes.
De la bibliothèque des ducs Charles II et Robert I
er
de Parme (ex-libris, vente à Paris,
30
mai
1932
, lot
222
, ill.).
Conservée au château de Weistropp en Saxe, la bibliothèque du comte de Villafranca – titre de courtoisie de Charles-Louis
de Bourbon-Parme (
1799
-
1883
), duc de Parme de
1847
à son abdication en
1849
– renfermait quelque
5500
livres précieux,
dont les deux tiers étaient des ouvrages de liturgie ou d’histoire religieuse. À la mort de Charles-Louis de Bourbon, sa
bibliothèque fut transportée au château de Schwarzau am Steinfeld, en Autriche, où elle échut à son petit-fils, Robert de
Bourbon-Parme (
1848
-
1907
), dernier duc souverain de Parme déposé en
1859
.
Dans le catalogue de la bibliothèque du comte de Villafranca, Anatole Alès prête assez curieusement les armes de cette
reliure à Henri III (
Bibliothèque liturgique… Charles-Louis de Bourbon, comte de Villafranca,
Paris,
1878
-
1884
, n°
194
).
Cette attribution erronée se retrouve dans le catalogue de la bibliothèque des ducs de Parme rédigé par Hanns Bohatta
(
Katalog der liturgischen Drucke der XV. und XVI. Jahrhunderts in der herzogl. Parma’schen Bibliothek in Schwarzau am
Steinfeld,
Vienne,
1909
, n°
354
).
De la bibliothèque Étienne Beauvillain (ex-libris, vente anonyme à Paris,
13
octobre
1993
, lot
103
).
La reliure est conservée dans un étui de maroquin vert signé de Lortic, probablement réalisé pour Charles-Louis de
Bourbon, titré au dos :
Heures à l’usage de Rome
.
Quelques très discrètes restaurations, charnières fendillées, gardes et tranchefiles renouvelées. Exemplaire légèrement
bruni, mouillure marginale et menus défauts intérieurs.
Bohatta : Livres d’heures, n°223 – Lacombe, n°485 – Hobson : Fanfare, n°303.
Expositions : Cinq siècles d’ornements, n°47 – Une vie, une collection, n°8.




