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Littérature
jours, la raison est communément bafouée
et que tend à paraître plus intelligent que
l’être raisonnable celui qui, au nom de la
vie, nie la raison ». Et Gide conclut : « Non,
Thomas Mann ; non ; notre monde n’est pas
encore perdu ; il ne peut l’être tant qu’une
voix comme la vôtre s’élève encore pour
l’avertir. Tant que des consciences comme
la vôtre resteront en éveil et fidèles, nous ne
désespérerons pas. »
Thomas MANN,
Le Jeune Joseph (Der Junge
Joseph)
. Traduit de l’allemand par L. Servicen
(Paris, Gallimard, 1936) ; in-8 de 266 pp.
É
dition originale
,
un des
50
exemplaires
sur
alfa
des
papeteries
L
afuma
N
avarre
(H.C. n° 49).
E
nvoi
autographe à André GIDE sur le premier
feuillet blanc : « Au cher et grand André
Gide, / petit signe d’une grande admiration /
Küsnacht 15. Mai 36 / Thomas Mann / “Je
me penche par-delà le présent. Je passe
outre...” (L. N. N.) » La citation est extraite
des
Nouvelles Nourritures Terrestres
de
Gide (1935), et elle vaut d’être citée plus
longuement, car elle résonne avec les temps
troublés qui effraient à la fois André Gide et
Thomas Mann : « Je me penche par-delà
le présent. Je passe outre. Je pressens un
temps où l’on ne comprendra plus qu’à peine
ce qui nous paraît vital aujourd’hui. »
Le Jeune Joseph
est le deuxième volet de la
tétralogie biblique de Thomas Mann,
Joseph
et ses frères
, publiée entre 1933 et 1943.
Pour cet ensemble, Jean de GONET a créé
deux reliures complémentaires dont les
motifs se répondent. Celle du manuscrit,
en cahier souple en pavage de bois sablé,
est un pur chef-d’œuvre, et un tour de force
artistique : « Le motif “plumes de paon” a
nécessité, sur le scotch de sablage, de
découper chaque surface, aussi minuscule
soit-elle, qui devait être creusée, puis passée
au jaune ».
Exposition
Jean de Gonet relieur
(BnF, 2013,
n° 124).




