Previous Page  23 / 162 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 23 / 162 Next Page
Page Background

22

Fernand

LÉGER

– Manuscrit autographe signé.

S.l.n.d. [1946]. 2 pp. ½ in-folio quadrillées, quelques

corrections d’une autre main au crayon.

« On vit dans l’intensité non pas jour par jour

mais heure par heure »

Exceptionnel manuscrit en forme de manifeste

sur la modernité

De retour de son exil aux Etats-Unis, Fernand

Léger redéfinit le rôle de l’artiste dans un monde

en mutation.

« On vit dans l’intensité non pas jour par jour mais

heure par heure. Il faut saisir l’événement nouveau

juste au moment où le projecteur est dessus.

L’œil

doit être rapide et de bonne qualité

. Pas le temps

de sourciller, de battre de la paupière ou alors trop

tard. L’événement a passé, un autre lui succède.

Il

faut pourtant arriver à “faire son choix” dans tous

ces nombres qui défilent à la radio, au cinéma,

dans les revues, livres, vitrines

… “Le temps du choix”

ça c’est calé et difficile à placer, à réserver. – Un

temps de ralenti tout de même nécessaire dans cette

vitesse moderne.

L’œil et l’oreille sont des appareils

qui vont se mécaniser

, s’entretenir. Les spécialistes

ont compris que c’était sérieux. Avez-vous jamais

regardé avec attention ces deux organes majeurs.

C’est très compliqué et il paraît qu’il n’y a pas deux

oreilles semblables ! Si vous êtes un bonhomme

solidement établi…fonctionnel, votre choix peut se

faire instantanément. Ça c’est riche. C’est ceux-là les

gagnants à cette sacrée loterie – foire d’empoigne.

Empoigne vite ce que tu as besoin. Ne flotte pas,

avale et digère solidement le morceau choisi,

et file en vitesse créer quelque chose bien à toi,

nouveau, qui peut-être épatera le monde

. Cette

histoire-là, c’est celle de la richesse incroyable de

matière première qui nous entoure.

On doit puiser là-dedans, ramasser, prendre, saisir

ce que notre vie moderne dégorge, lâche, gaspille

tous les jours

. Des éléments de beauté, d’émotion,

de joie, sortes épars apparaissant et disparaissant.

Avant notre temps actuel, un voyage, un livre, une

lecture, une belle catastrophe, un coucher de soleil

prenait un temps, une longueur, une largeur, une

hauteur, ça avait un commencement et une fin, on

s’en satisfaisait. Mais attention on n’en est plus là.

On en est loin. Les objets ont soudainement apparu

dans ces grands sujets sentimentaux et descriptifs.

Les fragments d’objets…

L’œil d’une mouche au fond du microscope

apparaît monumentale, d’un fragment d’aile de

papillon se dégage des formes géométriques

insoupçonnées. Nouveau Réalisme.

La peinture année 1946…une grande année de

départ. La poésie 46. Le cinéma, le théâtre 46. Point

de départ…

Année très dangereuse mais magnifique.

1789-1946 Pourquoi pas ? Ça bouge du Nord au

Sud, de l’Est à l’Ouest, dans le très chaud et dans

le très froid.

Nouveau monde, un petit magasin-bazar dans une

petite ville de province américaine, vous entrez, 3

vendeuses gentilles vous accueillent, une chinoise,

une négresse, une blanche.

Vous pigez maintenant l’année 1946 ?...

»

Ce texte a été publié dans une version affadie,

comprenant de fortes variantes en trahissant

l’esprit, dans le n°3 de la revue

Variété

sous le titre

«

L’œil du peintre

» (copie jointe).

€ 4’000 - 5’000

28