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55 DIDEROT. —GERBIER (Pierre-Jean-Baptiste). Plaidoyer de M. Gerbier. Question de savoir si les libraires de Paris

ont rempli avec fidélité leurs engagemens envers les souscripteurs de l’Enciclopédie [sic]. In Jure. &&&. Manuscrit

in-4, 35 pages, en feuilles sous un fragment de placard de l’époque plié en deux, le tout sous emboîtage demi-maroquin

rouge, le dos décoré à la grotesque en long, pièce de titre de maroquin rouge sur le premier plat (

Reliure moderne

).

15 000/20 000 €

T

RÈS

PRÉCIEUX MANUSCRIT AUTOGRAPHE

,

AVEC

NOMBREUSES

RATURES

ET

CORRECTIONS

,

DU

PLAIDOYER

DE

P

IERRE

-J

EAN

-

B

APTISTE

G

ERBIER

,

L

AVOCAT DÉFENSEUR DE

D

IDEROT ET DES LIBRAIRES DE L

’E

NCYCLOPÉDIE

,

DANS LE

PROCÈS

INTENTÉ

PAR

L

UNEAU DE

B

OISJERMAIN

,

L

UN DES

SOUSCRIPTEURS DE

L

OUVRAGE

.

C’

EST LA SEULE TRACE EXISTANTE DE LA PRÉPARATION DE CETTE DÉFENSE

,

DÉCISIVE DANS LA VICTOIRE FINALE DU PHILOSOPHE

ET DE

SES

ÉDITEURS

.

Diderot a joué un rôle central dans l’élaboration de cette plaidoirie, rôle resté jusqu’à aujourd’hui ignoré. La défense de

l’avocat Gerbier fut organisée en étroite collaboration avec le philosophe et son argumentation tirée directement de

l’ouvrage

Au Public et aux Magistrats

, écrit par Diderot contre Luneau de Boisjermain mais que ses amis, et notamment

Gerbier, le dissuadèrent de publier. Ce texte n’est connu que par deux exemplaires imprimés à titre privé : celui qui

figurait parmi les livres et papiers de Diderot, achetés en bloc par Catherine II la Grande, aujourd’hui à la bibliothèque

de Saint-Pétersbourg, et un autre exemplaire découvert en 2008.

Dans l’édition de la correspondance de Diderot, publiée par G. Roth et J. Varloot en 1965, figurent quelques lettres

adressées par Gerbier à Diderot qui éclairent la genèse de ce manuscrit et le rôle joué par Diderot. Voici quelques

passages particulièrement significatifs :

J’ai peur de vous compromettre en voulant tirer pour ma cause, parti de votre adresse Au Public et aux Magistrats...

Votre petit mémoire, Monsieur, est un chef d’Œuvre... si vous vous déterminez à le supprimer, moi je suis déterminé à

ne pas plaider autre chose. Il seroit très intéressant pour nous qu’il parût parce qu’il est décisif

[...]

Mais le bourreau

s’en vengera. Il demandera la suppression de votre mémoire

[...]

suspendez, s’il vous plait, la distribution de ce délicieux

ouvrage. Je vous avertirai du moment. Vous voulez nous aider. Il faut garder le coup de massue pour le moment qui

touchera au jugement... J’ai pensé vous céder. Votre lettre m’avoit à moitié convaincu mais j’ai laissé reposer mon

imagination enflammée par la votre... J’ai relu vôtre Avis qui m’a fait autant de plaisir que la première fois. Luneau, en

le lisant écumera

[...]

Vous qui aimez votre repos, vous serez mis en jeu, peut-être attaqué, appelé en justice

[...].

En

vérité je ne consentirai jamais que vous fassiez une telle indiscrétion. Au nom de l’amitié que vous me témoignez et de

celle que je vous ai vouée, demeurez tranquille, laissez moi faire, je vous vengerai en gagnant ma cause. C’est là tout

votre objet. Eh bien! le moyen de la faire perdre est de faire paraître votre Avis. On oubliera les libraires pour penser

à l’auteur, et une querelle d’argent finira par devenir une querelle de religion... Vous êtes un homme admirable. Votre

courage ressemble à votre esprit, ils n’ont point de bornes. Je doutais de votre soumission. Je ne vous vengerai point

de Luneau en vous payant le tribut public d’éloges que mon cœur vous offre en secret. Il y auroit du risque pour la

cause. Mais je vous vengerai en la lui faisant perdre. Je profiterai de tout ce que vous avez dit et écrit, parce que tout y

est excellent. J’y ajouterai des moyens de droit que vous êtes fait pour ignorer. Mais si vous pouviez dans la journée

m’envoyer quelques idées sur le caractère de l’homme de lettres, sur son goût pour la paix, sur cette tranquillité dans

le sein de laquelle seul son génie peut s’exalter, vous m’aideriez à arracher à cet odieux personnage le manteau dont

il se pare

[ce portrait moral de l’homme de lettres que Gerbier demande à Diderot pour démasquer Luneau de

Boisjermain constituera la partie finale du plaidoyer].

Pierre-Jean-Baptiste Gerbier, né à Rennes en 1725 et mort en 1788, fut l’un des plus grands avocats du Parlement de

Paris, ce qui lui valut le surnom d’ « Aigle du barreau ».

Quand il devait plaider, la nouvelle s’en répandait

immédiatement au dehors ; la foule assiégeait les portes de la grande chambre ; les seigneurs de la cour, les hommes

de lettres

[...]

accouraient au Parlement pour l’entendre. Qu’un roi, qu’un prince étranger vint à Paris, il ne manquait

pas de se rendre au Palais, attiré par la renommée de l’aigle du barreau

[...] (H. Thiéblain,

Éloge de Gerbier

, 1875).

Les cinq volumes de manuscrits de ses plaidoiries furent recueillis par Hérault de Séchelles et achetés vers 1840 par la

bibliothèque des avocats de Paris ; ils disparurent en 1871, dans l’incendie qui ravagea cette bibliothèque durant la Commune.

Ce manuscrit du plaidoyer qu’il prononça dans le procès de l’Encyclopédie, semble être le seul témoignage subsistant

aujourd’hui de son travail d’avocat.

Il provient des archives d’André Le Breton, l’un des libraires de l’

Encyclopédie

et a été conservé dans sa chemise d’origine.

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