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19 THEOLOGIE GERMANICQUE (La), Livret auquel est traicté Comment il faut dépouiller le vieil homme, & vestir

le nouveau.

Anvers, De l'Imprimerie de Christofle Plantin, 1558

[vers 1579-1580]. In-8, vélin souple, dos lisse

portant le titre à l'encre en long (

Reliure de l'époque

).

3 000/4 000

Haag, t. III, p. 366, n°XIV. — Ruelens & De Backer, p. 16.

Édition originale de la traduction française, fort rare, de ce livre ascétique censé montrer aux fidèles le chemin pour

parvenir à l'amour de Dieu.

Elle aurait été traduite par Sébastien Chateillon, ou Castellion, théologien protestant né en 1515 et mort en 1563, le même

qui en donna une traduction latine en 1557 sous le pseudonyme de Joannes Theophilus. Son impression ne daterait pas

de 1558 comme on le lit sur le titre, mais plutôt vers 1579-1580 (cf. Voet,

The Golden compasses,

t. I, pp. 277-278).

U

N TRAITÉ HÉRÉTIQUE VRAISEMBLABLEMENT IMPRIMÉ PAR

P

LANTIN POUR LA

F

AMILLE DE LA

C

HARITÉ

.

Composé de manière anonyme au XIV

e

siècle, ce traité mystique fut souvent attribué à tort à Luther ou à Johann Tauler,

le grand mystique dominicain et prédicateur allemand. On dit aussi qu'il fut écrit par

un de ceux qu'on appeloit

anciennement les Freres Teutoniques

(p. 4). Il fut publié pour la première fois par Luther en 1516, à Wittenberg chez

Johann Rhau-Grünenberg, sous le titre

Eyn geystlich edles Büchleynn

[…], et connut de très nombreuses éditions et

traductions.

Dans sa préface, le traducteur rappelle la finalité du livre, qui doit montrer les

bons & proufitables preceptes, fort

necessaires & convenables à l'institution d'un homme Chrestien,

et ajoute :

L'argument & subiect, est du nouvel homme

ou nouvelle creature : car il vient à donner la raison, par laquelle l'homme peut estre relevé du péché, & retourner à

Dieu, duquel il s'est distraict

(p. 5).

L'influence considérable de ce livre sur la philosophie et la théologie postérieures a été démontrée par Maria Windstosser

dans son

Étude sur la Théologie germanique

(1911) :

Influencée par la profonde éthique de saint Paul, basée sur des

principes plotiniens et remplie en même temps d'une piété ardente, la Théologie germanique dit-elle, a trouvé des

disciples parmi les philosophes, comme parmi les théologiens de tous les temps

(pp. 78-79). De même, celle-ci contribua

largement à la formation du protestantisme :

Elle relie la doctrine luthérienne au mouvement religieux du XIV

e

siècle ;

elle la relie à saint Augustin, au pseudo-Denys l'Aréopagite et à Plotin. Elle conduit à la réformation de la théologie

chrétienne au XVI

e

siècle

(p. 100).

La publication de cet écrit doit être replacée dans son contexte. Christophe Plantin (1520-1589), fondateur et directeur

de l'Officina Plantiniana de 1555 à sa mort, côtoyait à l'époque le cercle intellectuel de la Famille de la Charité (Huis der

Liefde ou Familia charitatis), communauté spirituelle fondée à Emden en 1540 par Hendrick Niclaes, marchand qui

disait avoir reçu à plusieurs reprises la révélation et qui se déclarait prophète et envoyé de Dieu pour instruire le monde.

Cette communauté appartenait à un courant spiritualiste mystique inspiré justement des sermons de Tauler, de la

Théologie germanique

et des écrits de Sébastien Franck (cf. Jean-Marc Besse,

Les grandeurs de la Terre…,

2003, pp. 354

et sq.). Dès 1578, Plantin publiait à intervalle régulier une série de textes en français de Barrefelt, prophète connu sous

le nom de Hiël et ancien disciple de Niclaes, ou d'autres traductions utiles à la propagation des messages délivrés par la

doctrine de la Famille de la Charité.

L'

EXEMPLAIRE PORTE SUR LE TITRE CETTE INSCRIPTION A LA PLUME

: « P

ROHIBITUS

».

On sait par J. Paquier, dans l'

Orthodoxie de la Théologie germanique

(1922, pp. 12-15), que Chateillon fut condamné

pour sa version latine donnée en 1557, jugée dénaturée par rapport à l'originale et favorable aux opinions des anabaptistes.

L'édition fut donc portée à l'

Index

en 1612. Bien que la version française de 1558 [sic] paraisse également très obscure,

elle ne semble pas avoir été inscrite à l'époque parmi les livres censurés et interdits ; par conséquent, la mention

Prohibitus

concerne certainement ici le traducteur lui-même plus que le livre.

Il est intéressant aussi de souligner l'hostilité des calvinistes face à Chateillon et ses ouvrages. Une lettre adressée par

Calvin à l'église française de Francfort le 23 février 1559 en témoigne ; au sujet de quelques livrets parmi lesquels figure

la

Théologie germanique,

le ministre réformé avait lancé :

Car encores qu'il n'y ait point d'erreurs notables, ce sont

badinages forgéz par l'astuce de Satan pour embrouiller toute la simplicité de l'Evangile. Mais si vous regardez de plus

près, vous trouverez qu'il y a du venin caché et mortel ; c'est empoisoner l'Eglise

(Jules Bonnet,

Lettres françaises

de

Calvin, t. II, 1854, pp. 259-260).

Inscription manuscrite de l'époque en latin sur le titre.

Feuillet E

1

détaché, mouillure marginale à plusieurs feuillets.

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