ADER. Paris. Femmes de lettres et manuscrits autographes - page 306

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539.
George SAND
(1804-1876).
Lettre autographe signée « George Sand », Nohant 20 juillet 1867, à Edgar M
ONTEIL
; 6 pages in-8, enveloppe (montage
à fenêtre des 2 feuillets avec quelques mots recouverts par le montage).
1 500/2 000
B
ELLE
LETTRE
SUR
LA
JEUNESSE
AU
RÉDACTEUR
D
UN
JOURNAL
ÉPHÉMÈRE
,
L’É
TUDIANT
.
« Avez-vous raison, Monsieur, de vouloir mettre ce que vous appelez de grands noms, sur le journal de l’étudiant et de l’apprenti ?
Cela me paraît en désaccord absolu avec votre théorie d’égalité intellectuelle, et je crois que loin d’être une chance de succès,
ce sera un danger, une cause de méfiance tout au moins. Le but est de rassembler les nuances de l’opinion indépendante de la
jeunesse ? Ne commencez pas par lui offrir l’enseignement des vieux. Ces jeunes esprits veulent être par eux-mêmes, ils ont
raison, c’est leur droit […] Pourquoi n’avoir pas laissé chacun responsable de sa croyance personnelle ? Vous avez le
scepticisme
en horreur
. Je suis très croyante, moi, mais le scepticisme me paraît avoir autant de droit que ma croyance à se manifester. Je
comprendrais un journal de jeunes gens avec cette devise “Liberté absolue de croyance ou de négation pour nous dans le présent
et l’avenir. Guerre aux entraves du passé, guerre à tout ce qui empêche l’homme de croire ou de nier ce qu’il veut”. – C’est je crois
le seul terme de ralliement pour tous, une croisade contre le véritable ennemi, le moyen âge encore debout, le prêtre qui damne,
le gendarme qui prononce sur les choses de l’esprit. La jeunesse ne peut pas se fondre dans une seule nuance, il faut qu’elle ait
son initiative individuelle dans tous les sens, autrement elle ne serait plus la jeunesse c’est-à-dire la spontanéité. Je ne comprends
donc pas comment son expression serait une doctrine ; mais je la concevrais marchant contre l’ennemi commun (le déni de liberté
intellectuelle), avec le même ensemble et la même ardeur qui poussent un régiment de zouaves à l’assaut d’une forteresse ».
Quant à l’égalité, la question est mal posée et laisse le problème insoluble. « L’égalité
est
. C’est une loi que l’homme ne peut
détruire et qu’il n’a jamais pu atteindre. La différence des fortunes et des intelligences ne l’entame pas d’un cheveu, tant que
l’homme est un homme ; et même quand il est tombé par le crime, le vice ou la folie au-dessous de lui-même, il a droit au
traitement de son mal. Tous les faits sociaux qui brisent cette loi naturelle sont des apparences […] Un homme sera toujours l’égal
d’un homme, comme une fourmi est l’égale d’une fourmi »...
Mais elle demande à ne pas être nommée. « Depuis longtemps je désire vivement voir un journal d’étudiants représenter
véritablement le point culminant de l’opinion et des sentiments de la jeunesse des écoles. C’est de là que devraient sortir les
bons soldats de l’avenir. Je n’ai encore vu apparaître que des groupes exprimant la pensée d’une secte. J’y ai vu du talent, mais pas
de véritable drapeau pouvant appeler tous les dévouements et toutes les forces. Si vous trouvez ce drapeau, vous réussirez, vous
existerez. Sinon ce sera encore une généreuse tentative avortée ».
Correspondance
, t. XXV, n° S 972 (p. 1059).
Charavay, 2004
.
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