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Greuter se distingue de Blaeu en omettant de reporter les lignes loxodromiques ou lignes de rhumbs destinées à guider les

navigateurs, et ne les mentionne pas dans le cartouche de présentation. Sans doute ne considérait-il pas son globe terrestre

comme un instrument de navigation. Il a par ailleurs effectué ce que l’on peut considérer comme une mise à jour

importante en faisant figurer, au nord du Japon, l’île de

Yezo

, actuelle Hokkaido, dont il aurait eu connaissance grâce à

Christophoros Blancus, auteur de la première carte européenne du Japon représentant cette île, publiée à Rome en

1617

.

Ce détail échappe à Blaeu jusqu’en

1643

, date du voyage de l’explorateur hollandais Maarten Gerritszoon de Vries en mer

d’Okhotsk. Greuter serait donc le premier à faire figurer sur un globe l’île japonaise d’Hokkaido.

En revanche il a respecté la plupart des informations géographiques du globe de Blaeu : bien que peu détaillée, la Nouvelle-

France figure la ville de Québec, et le Saint-Laurent prenant sa source dans un lac, qui, d’après l’emplacement, serait le lac

Ontario, lui-même juxtaposé à une immense étendue d’eau occupant l’emplacement des quatre futurs autres Grands Lacs

de la région. Greuter aurait bénéficié des travaux de son contemporain Samuel de Champlain, et particulièrement de sa

carte de la Nouvelle-France imprimée en

1632

. A l’instar de Blaeu, Greuter a repris le toponyme de

Nieu Nederland

à

l’emplacement de l’actuelle New York, que Blaeu fut le premier à utiliser sur une carte. Ce toponyme volontairement écrit

en néerlandais servait à illustrer les revendications territoriales des Hollandais dans cette région.

Conformément aux connaissances de l’époque, la Californie est représentée comme une île, tandis que l’Australie est

appelée

Olanda Nuova

. Pour les noms des régions de l’Ancien Monde, et pour les mers, Greuter a utilisé le latin, mais il

nomme l’Atlantique

Mar del Nort

et le Pacifique

Mar del Zur

, tandis que pour le Nouveau Monde, il a utilisé l’espagnol

ou le portugais, parfois même l’anglais, le français, le hollandais ou la langue originaire de la région portant le nom.

Pour ce qui concerne la décoration, les mers sont ornées de nombreux vaisseaux, monstres marins, roses des vents, et d’une

représentation de Poséïdon jouant de la harpe en chevauchant un monstre marin et d’une sirène sonnant une conque

marine.

Pour accompagner son globe terrestre de

1632

, Greuter prépare un globe céleste de mêmes dimensions, qu’il édite en

1636

.

Il se base à nouveau sur les globes de Willem Blaeu de

1622

, mais aussi sur les observations de l’astronome danois Tycho

Brahé, et leur rend hommage dans le cartouche de présentation : « In hoc cælesti Globo notantur omnes stellæ fixie, ad

annum

1636

accomodatæ q iuxta observatione nob. viri Tychonis Brahæ in max. illo. Jansonij an.

1622

edito [...] ROMÆ

1636

M. Greuter exc. permissu superior » (Toutes les étoiles de ce globe céleste sont fixées pour l’année

1636

et positionnées

conformément aux observations du noble Tycho Brahé, telles que représentées sur l’œuvre [le globe] extraordinaire de

Jansson [Blaeu] , éditée en

1622

[...]). Pour représenter le nombre de degrés de longitude à ajouter ou à soustraire aux

étoiles afin de rendre compte, au fil des décennies, de la précession des équinoxes, Greuter a simplement recopié un texte

de Petrus Plancius. Les étoiles observées par le navigateur Pieter Dirkszoon Keyser (latinisé en Petrus Theodori) autour du

Pôle Sud, sont également reportées. Le cercle équatorial, les tropiques, les cercles polaires, les équinoxes, les colures des

solstices, l’écliptique et les méridiens sont tous représentés. Hormis les constellations traditionnelles attribuées à Ptolémée,

et celles récemment découvertes dans l’hémisphère Sud, notamment par Frederik de Houtman, le globe figure également

deux constellations découvertes par l’astronome allemand Jakob Bartsch, toutes deux absentes chez Blaeu :

Camelopardalis

(la Girafe) et

Unicornis

(la Licorne). Le globe céleste de Greuter diffère aussi de celui de Blaeu par l’addition, au sein de

Ursa Maior

, d’une ancienne représentation de cette constellation, nommée

Plaustrum

. Les constellations sont finement

dessinées et coloriées, avec leurs noms en latin.

Né à Strasbourg en

1556

, Matthæus Greuter étudia d’abord la peinture et la gravure. Au début du XVII

e

siècle, il quitta

Avignon pour Rome, où il put mettre à profit son métier de cartographe et de graveur. Au même titre que Vincenzo

Coronelli ou Giovanni Maria Cassini, ses globes lui apporteront une immense notoriété, et rencontreront du succès tout

au long du XVII

e

siècle, notamment grâce aux rééditions de Giovanni Giacomo et Domenico de Rossi.

Aujourd’hui, les globes du

XVII

e

siècle ayant survécu, sont généralement extrêmement rares.

En

1921

, Edward Stevenson, cartographe à la

Hispanic Society of America

, recensait

27

paires des premières éditions des

globes de Greuter de

49

centimètres, auxquelles on doit ajouter celle du Musée Stewart de Montréal, et

12

exemplaires

isolés de l’un ou l’autre globe. La grande majorité de ces exemplaires se trouve dans des institutions italiennes. Nous

n’avons trouvé aucun exemplaire à la BnF, et à notre connaissance, il n’existe aucun exemplaire dans les collections

publiques françaises.

Les globes sont montés sur pieds tripodes en bois tourné fin XIX

e

, avec équateur et équinoxial en bois (hauteur totale

1

,

35

m environ, largeur totale

70

centimètres environ), et ne sont pas reliés à l’équinoxial. Ils présentent

2

pièces de bois

permettant de les monter sur leur équinoxial formant un axe qui passe par les pôles pour le globe terrestre, et est incliné

pour le rendre perpendiculaire à l’orbite sur le globe céleste. Trous de ver (essentiellement sur le globe céleste) avec parfois

de petites pertes de papier ; vernis jauni. Pour le globe terrestre, trace d’ouverture circulaire près du Pôle Nord, vernis

craquelé par endroits, petit trou au niveau de l’équateur (sur la côte nord du Brésil). Pour le globe céleste, trace

d’enfoncement comblé au plâtre au niveau du montage de l’axe, trou comblé au plâtre au niveau de l’équateur (entre Orion

et la Licorne).

Dahl, Edward H., et Gauvin, Jean-François.

La Découverte du monde. Une histoire des globes terrestres et célestes

.

2001

.

pp.

81

-

86

; Stevenson, Edward Luther.

Terrestrial and celestial globes

.

1921

. Volume

2

.

Lot présenté par Madame Bégonia Le Bail

13, rue Frédéric Sauton 75005 Paris

Tél. : 01 43 29 72 59