143 [JARRY (Alfred)]. L'Autre Alceste. Drame en cinq récits. S.l.n.d. [à la fin] :
23 août 1896.
Plaquette in-8 de
6 pages numérotées [369], 370-374, bradel cartonnage lie de vin, dos lisse portant une étiquette de titre en long
(
Reliure de l'époque
).
300/400
€
Édition originale.
E
NVOI AUTOGRAPHE À
J
OSÉ
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ARIA DE
H
EREDIA
.
144 [JARRY (Alfred)]. De l'inutilité du théâtre au théâtre. S.l.n.d. [avant 1896]. Manuscrit petit in-4 (200 x 155 mm)
de 8 feuillets montés sur onglets, bradel demi-percaline marron, dos lisse (
Reliure de l’époque
).
4 000/5 000
€
I
MPORTANT MANUSCRIT THÉORIQUE SUR LE THÉÂTRE MODERNE
.
Publié en septembre 1896 dans le
Mercure de France,
il
résume la complexité de la poétique théâtrale d’Alfred Jarry,
tout en présentant une problématique double. Cet essai publié en 1896 développe d’une part une réflexion sur l’effet de
rupture et d’innovation dynamique propre à la dramatique jarryque, comparée aux formes classiques ou « à la mode »,
d’autre part divers commentaires qui contribuent à la définition d’une pensée du théâtre
(Loredana Trovato,
« De l’inutilité du théâtre au théâtre. Alfred Jarry théoricien de l’art dramatique », in
Le Miel et le fiel. La Critique
théâtrale en France au XIX
e
siècle,
PUPS, 2008, pp. 285-296).
Jarry y dénonce en premier lieu les réactions d’un public qu’il juge illettré, vis-à-vis du théâtre et des arts dramatiques :
Je crois,
dit-il,
que la question est définitivement tranchée de savoir si le théâtre doit s’adapter à la foule ou la foule au
théâtre. Laquelle, antiquement, n’a pu comprendre ou faire semblant de comprendre les tragiques et comiques que parce
que leurs fables étaient universelles et réexpliquées quatre fois en un drame, et le plus souvent préparées par un
personnage prologal. Comme aujourd’hui elle va à la Comédie-Française entendre Molière et Racine parce qu’ils sont
joués d’une façon continue. Il est d’ailleurs arrivé que leur substance lui échappe. La liberté n’étant pas encore acquise
au théâtre de violemment expulser celui qui ne comprend pas, et d’évacuer la salle à chaque entr’acte avant le bris et
les cris, on peut se contenter de cette vérité démontrée, qu’on se battra (si l’on se bat) dans la salle pour une œuvre de
vulgarisation, donc point originale et par cela antérieurement à l’originale accessible, et que celle-ci bénéficiera au
moins le premier jour d’un public resté stupide, muet par conséquent
(f.1).
Il critique les artifices au théâtre et dresse un
index de quelques objets notoirement horribles et incompréhensibles
[…]
qui encombrent la scène sans utilité
(f. 2), en particulier le décor. Le décor doit suggérer plutôt que de représenter, afin
de permettre au public d’exercer ses facultés d’imagination. Ainsi, selon lui, le trompe-l’œil est stupide dans les décors
intérieurs :
Mentionnons que ledit trompe-l’œil fait illusion à celui qui voit grossièrement, c’est-à-dire ne voit pas, et
scandalise qui voit d’une façon intelligente et éligente la nature, lui en présentant la caricature par celui qui ne comprend
pas
(f. 3). Il prône les décors qu’il appelle « héraldiques »,
c’est-à-dire désignant d’une teinte unie et uniforme toute une
scène et un acte,
et qui permettent aux personnages de passer
harmonieusement sur ce champs de blason ;
et poursuit :
L’écriteau apporté selon les changements de lieu évite le rappel périodique au non-esprit par le changement des décors
matériels, que l’on perçoit surtout à l’instant de leur différence. Dans ces conditions, toute partie de décor dont on aura
un besoin spécial, fenêtre qu’on ouvre, porte qu’on enfonce, est un accessoire et peut-être apporté comme une table ou
un flambeau
(ff. 3-4).
Enfin, il parle aussi des comédiens et des jeux de rôle :
L’acteur devra substituer à sa tête, au moyen d’un masque
l’enfermant, l’effigie du personnage, laquelle n’aura pas, comme à l’antique, caractère de pleurs ou de rire (ce qui n’est
pas un caractère), mais caractère du personnage : l’Avare, l’Hésitant, l’Avide entassant les créances… Et si le caractère
éternel du personnage est inclus au masque, il y a un moyen simple, parallèle au kaléidoscope et surtout au gyroscope,
de mettre en lumière, un à un ou plusieurs ensemble, les moments accidentels
(f. 4). De même, il recommande à l’acteur
de posséder une
voix spéciale
et que l’acteur
se fasse le corps du rôle
(f. 6).
On a monté, à la suite du texte, un faire-part de décès d’Alfred Jarry.
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