MANUSCRITS ET AUTOGRAPHES
TAJAN - 52
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141 - Jean-Paul MARAT.
1743-1793. Médecin, journaliste,
conventionnel, l’Ami du Peuple.
L.A.S. à Camille Desmoulins
.
Juin 1790
. 1 pp. in-8, avec quelques
ratures.
3000/3500 €
Rarissime lettre du conventionnel à Camille Desmoulins qu’il qualifie de "frère
d’armes". Faute de place dans son propre journal, Marat demande qu’un de
ces textes soit publié dans
Les Révolutions de France et du Brabant
, fondé par
Desmoulins en 1789.
Cher frère d’armes, Je vous demande une place dans
votre numéro prochain pour le morceau cy-inclus, trop volumineux pour ma
feuille, et trop intéressant pour ne pas voir le jour dans le moment actuel, que
les pères conscrits remuent ciel et terre pour empêcher le peuple de réviser leurs
travaux, de rejetter tous leurs décrets attentatoires à ses droits, et n’accorder sa
sanction qu’à ceux qui sont justes et sages (…).
La supplique aux pères conscrits, ou très sérieuses réclamations de ceux qui
n’ont rien à ceux qui ont tout
parut malgré tout dans le n° 149 de
L’Ami du
Peuple
du 30 juin 1790. C’est l’un des textes les plus célèbres de Marat,
attaque en règle contre la révolution bourgeoise. Il critique le manque de
représentativité des élus de la République et prône une révolution des indigents.
142 - Honoré Gabriel Riquetti, comte de MIRABEAU.
1749-1791. Écrivain, homme politique, grand orateur des débuts
de la Révolution.
L.A.S. "Mirabeau fils", au lieutenant de police Jean-Charles-Pierre
Lenoir.
Au donjon de Vincennes onze mai 1778.
1 page in-4.
4000/5000 €
Superbe lettre de prison réclamant des nouvelles de son amie, Sophie
Monnier.
(…) Je crois vous l’avoir déjà dit, je n’ai jamais vu qu’on persuadât
lorsqu’on était obligé de prouver ce qui est évident. On ne veut pas que j’ai
raison: je n’aurai pas raison; on peut l’étouffer sans risque: on m’étouffera
sans risque, et l’on se gardera bien de me mettre à même de faire partager
le danger.
Il sait que ses réclamations, inutiles et monotones, ne viendront pas
à bout de l’injustice dont il est victime de la part des
grands défenseurs de
la justice par essence, de la loi naturelle, de l’ordre, de la propriété, etc. et
autres grands et petits mots qu’il arrangent ensemble le plus gigantesquement
qu’ils peuvent.
Croyant en la bonté de Lenoir, il le supplie de faire en sorte que
Sophie et lui puissent à nouveau échanger des lettres.
Je vous en conjure par
vos bienfaits passés que vous ne voudrez pas démentir ou rendre inutiles. Si
mes inquiétudes et mes affections ne vous eussent point paru justes et honnêtes,
elles ne vous auroient point touché. Elles n’ont point changé de nature et
n’en sauroient changer (…). C’est donc au nom de vous-même que je vous
adresse mes supplications nouvelles. Elles ne sont pas seulement le fruit du
désir continuel de l’amour toujours avide; elles sont en ce moment l’effet d’une
inquiétude trop bien fondée. Quelque part où soit mon amie, dont je n’ai pas
entendu parler de plus près de deux mois, je vous demande donc un mot d’elle
datté et signé et je bénis d’avance mon bienfaiteur (…).
Quelques semaines après cette supplication, Mirabeau reçut effectivement
des nouvelles de Sophie et y répondit le 24 juin par une longue déclaration
d’amour décrivant un mois de mai pesant et le bonheur de pouvoir enfin lire
une lettre délicieuse qui donne "vie à son cœur affamé d’amour"…




