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Dimanche soir [8 juillet 1897]
. Son état de santé ne lui permet pas d’accepter sa gentille invitation. Il part se reposer chez
ses parents en Normandie à l’abbaye de Jumièges : « Repos absolu, flemme parfaite, nourriture régulière et tonique – en trois
semaine je serai sur pattes. […] J’ai eu une très forte crise de la maladie nerveuse dont est faite ma belle sensibilité. Or je tiens
extrêmement à ne pas devenir paralytique général à vingt cinq ans – ce serait trop tôt ». Il est très malheureux, et tellement
fatigué qu’il ne peut plus du tout travailler : « Je reste étendu sur des coussins à essayer de respirer mieux ». Il félicite Esdouhard
pour son intéressante nouvelle, le questionne sur sa vie, son âge, ses projets littéraires, et se réjouit d’entamer avec lui une belle
correspondance en attendant de le rencontrer...
Jumièges vendredi 6 [août]
. Victime d’une nouvelle crise de nerfs, il commence
à peine à aller mieux, se repose et s’ennuie : « Si je n’avais pas commencé une petite étude “
Détournement de mineure !
” qui
m’amuse beaucoup, je périrais d’ennui. J’ai relu dans mon lit avec ivresse tous les Balzac qui se relisent… et quelques autres
qui ne se relisent pas »…
Samedi [23 octobre]
. Il se rappelle à son souvenir : « Vous savez que je suis encore en vie. Ce n’est
pas faute d’avoir été malade et écrasé de tous les ennuis possibles. Que devenez-vous ? Et que deviennent les
Étapes
? »…
Château de Baylacq, 3 décembre
. Il est en retraite, cloîtré en Béarn : « Un roman à faire, et 42 fr. 25 environ pour aller jusqu’au
15 janvier ». Il déconseille la fondation d’une revue, qui n’est jamais une bonne affaire, à moins d’avoir des fonds considérables.
« D’ailleurs, je suis mal disposé pour faire quoique ce soit. J’ai des black-devils, et mon exil les fortifie. Mon roman est bête
comme tout. Les articles de journaux me dégoutent tellement que je les ai lâchés ». Il n’y a presque pas de gibier cette année :
« J’ai tué trois bécasses en quinze jours – ça fait 1/5 de bécasse par jour – c’est peu »…
Abbaye de Jumièges 20 août [1898]
. Il
va mal, cloué dans un fauteuil sans « pouvoir ni lire ni écrire ni travailler, et au régime lacté, ce qui est horrible ! »…
[Paris 28
octobre 1898].
Il ne va pas mieux et est en convalescence dans un hôpital : « Je m’ennuie, je suis faible, je ne mange pas, je bois
du lait, je ne peux presque ni lire ni écrire. Quand ça finira […] je partirai pour Venise – Grand Canal ! »… [Il mourra le 18
novembre.]
145.
Jules VALLÈS
(1832-1885). L.A.S., Paris lundi soir [vers 1881-1883] ; 1 page in-8 (un peu froissée et réparée).
200/250
À propos d’André Gill, qui avait sombré dans la folie. Il réunit quelques amis de Gill chez lui : « Voudriez-vous prendre
la peine de venir, pour causer des meilleures mesures à prendre dans l’intérêt de notre pauvre ami ? »…
En octobre 1881, alors qu’il voyageait en Belgique, André Gill fut atteint d’une crise de folie et c’est Jules Vallès qui s’occupa
de le rapatrier en France pour le conduire à l’asile de Charenton.]
146. [
Paul VERLAINE
(1844-1896)].
Rodolphe DARZENS
(1865-1938) journaliste et poète. L.A.S.,
Paris
22 novembre 1892, à Augustin Cabat ; 1 page et demie in-8, en-tête
Le Journal
, enveloppe.
150/200
« La dernière adresse de Paul Verlaine que je trouve sur mon calepin est à un hôpital d’où je sais qu’il est sorti : je crois qu’il
habite rue Cardinal-Lemoine ; je vais m’en assurer et vous le faire savoir »…
On joint une L.A.S. et une L.S. de Jean Dutourd [à André Thérive], 1956, et une P.A.S. d’envoi de Maria Van Rysselberghe
à Marc Allégret avec un portrait de Jules Laforgue.
147.
Alfred de VIGNY
(1797-1863). L.A.S., Paris 9 mai 1843, [à Marie-Joseph-François Mahérault] ; 2 pages in-8 à
l’encre bleue.
200/300
En faveur de Pierre-Philippe Soulet, fils de son métayer du Maine-Giraud. Touché de sa promptitude à l’aider « dans
cette œuvre charitable », il accepte ses offres avec empressement. « Me voilà à la recherche d’un Colonel qui soit à l’abri du
vent d’Afrique. Je reçois de chez moi, en attendant, des lettres du chirurgien du lieu qui me disent que le malade empire, qu’il
est toujours à l’Hôpital militaire d’Angoulême dont les chirurgiens désireraient qu’il fût
interné
, ce sont leurs termes. Ils
me prient d’en faire la demande au ministère. Je ne sais trop si cela se peut. Éclairez-moi, je vous consulte, monsieur, soyez
donc ma victime naturelle puisque vous vous offrez et ne vous en prenez de mes importunités qu’à votre bonne grâce »…
Correspondance
, t. V, n° 43-103.
148.
VOYAGE IMAGINAIRE
. Manuscrit anonyme,
Voiage à Visbecq
, s.l.n.d. [Bruxelles vers 1794] ; 208 pages in-8
à l’encre brune sur papier vergé,
reliure d’époque
demi-basane fauve à coins, plats de papier bleu, dos à quatre petits
nerfs ornés de doubles filets dorés, pièce de titre rouge (travail de vers à la charnière du second plat). 1 000/1 500
Beau manuscrit d’un roman surréaliste avant la lettre, mêlant la fantaisie onirique d’un voyage au centre de la
Terre à une geste patriotique brabançonne. Le manuscrit est soigneusement mis au net, avec de rares repentirs. Il a fait
l’objet d’une édition procurée par Éric Lysøe (Toulouse, Anacharsis, 2007), qui propose d’attribuer ce texte à Charles-Joseph de
Ligne (1735-1814). Le septième prince de Ligne du Saint-Empire avait, en effet, un goût prononcé pour les jardins, et pour les
pièces et récits où non seulement l’Orient mais aussi les Enfers occupent une large place.
Le récit, qui alterne de longs passages en prose et quelques vers, comporte trois chants qui interrompent la narration ; n’y
manquent ni des effets comiques, ni des reflets de l’Antiquité, ni des connaissances de l’histoire des Pays-Bas bourguignons. Il
s’ouvre par une réflexion philosophique galante sur la perception du temps, exprimée par le narrateur à une dame : « Près de
vous, il [le temps] passe avec la rapidité de l’éclair ; loin de vous, on le trouve d’une longueur insupportable »… Trop impatient
d’attendre six semaines pour retrouver des amis au château de Visbecq, à une trentaine de kilomètres de Bruxelles, à l’époque
de Pâques, le narrateur se munit d’opium pour dormir jusqu’à la fête des Rameaux, mais se rallie à la suggestion de l’apothicaire
d’entreprendre aussitôt son voyage, en l’allongeant par des détours. En route, cependant, il tombe dans un puits et fait une
longue et étourdissante glissade dans un monde souterrain, éclairé par un astre vert et habité par des créatures mystérieuses,




