les collections aristophil
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de « mettre un peu d’ordre dans le chaos
où je vivais depuis le commencement de la
guerre » ; le traitement d’une quarantaine
de lépreux par le Dr Brad, les opérations
du Dr Kopp… Il parle aussi de ses animaux,
dont l’antilope Pamela… Il insiste pour
qu’on annonce sobrement son anthologie,
sans superlatifs, comme dans le
Christian
Register
: « je souffre quand on parle de
cette façon de moi. […] Personne de nous
ne sait qui aux yeux de Dieu et de notre
Seigneur Jésus-Christ est “
the greatest soul
in Christendom
”. […] je n’ai aucun droit à cette
qualification. Dieu m’a donné des dons, une
santé robuste, de l’équilibre mental, et par
les paroles du Christ j’ai connu que je devais
les employer pour l’avènement du Royaume
de Dieu, ce que j’essaie de faire en toute
humilité. […] Combien est légère la croix que
je porte moi pour suivre le Christ… la croix
qui ne consiste qu’en fatigue que j’endure
pour faire mon œuvre »…
12 février
1948
(3 lettres). Il se réjouit que
la première édition de l’anthologie soit
épuisée ; il la lit avec plaisir. Il attend le récit
du séjour de Joy à Lambaréné… Il demande
des secours pour son ancien élève, le pasteur
Emil LIND, destitué depuis la guerre par le
parti orthodoxe et interné un temps par les
autorités d’occupation. « Il est vraiment vic-
time de sa fidélité au protestantisme libéral
et à moi » ; Lind vient de publier une bio-
graphie de Schweitzer, en Suisse… Affaires
d’édition : il est question de sa
Quest for the
Historical Jesus
(« Je tiens tant à ce livre et je
voudrais que les étudiants puissent le lire »),
de deux textes sur Goethe, de l’étude psy-
chiatrique de Jésus, d’un recueil d’articles…
Mais « il est bon que le public s’occupe
de moi d’abord uniquement comme du
défenseur de l’éthique du respect de la vie
et du droit de la pensée libre en religion »…
Une note confidentielle se moque de leur
ami Melvin ARNOLD, un temps « exorcisé »
du « démon des superlatifs », mais à nou-
veau possédé à son retour en Amérique…
18 avril
. Réticences à propos d’un projet de
livre
Albert Schweitzer en Alsace
: « il ne
faut pas enrichir la littérature biographique
intime sur moi en ce moment. Les gens ne
doivent pas s’occuper de moi mais de ma
pensée »… Du reste « en rentrant en Europe
je dois me concentrer entièrement sur le
volume de philosophie à terminer », et il ne
le fera bien que dans une «
concentration
continue et extrêmement tendue
. Et si je ne
réussis pas cette fois à terminer le livre, je
suis obligé d’abandonner l’espoir de pouvoir
le faire. Car je serai trop vieux pour cela ! »…
Quant à une nouvelle anthologie,
Wit and
Wisdom of Schweitzer
, elle risquerait de
nuire à l’autre. « Autre chose. Je vois de plus
en plus que je devrai entrer dans la lutte pour
le christianisme libéral, qui est si menacé
en Europe par le courant du temps »…
9
mai
. Remerciements pour la traduction de
sa thèse,
The Psychiatric Study of Jesus
,
et son livre sur GOETHE, la personnalité
dont il s’est le plus occupé, car « c’est un
homme d’action tout en étant un poète,
un penseur et, sur certains domaines, un
savant et un chercheur »… Il commente lon-
guement certaines idées de Goethe…
9 mai
.
Remarques sur trois chapitres de
The Africa
of Albert Schweitzer
, qu’il renvoie à Joy et
Arnold ; s’il fait preuve d’« impérialisme » sur
leur texte, c’est parce qu’il faut que tout soit
aussi exact que possible, « car je suis mis en
cause »…
26 mai
. Il autorise Joy à traduire
l’article « Souvenirs de Ernest Munch » et
son « Goethe penseur », et à traiter avec
Payot, pour la publication de l’anthologie :
il faut garder toute latitude pour verser des
dons à l’hôpital de Lambaréné… Il propose
de remanier en allemand le chapitre « The
Struggle of Equitorial Africa », pour
The Africa
888 C
of Albert Schweitzer
…
12 juin
. Ce chapitre lui a
donné du travail : « Je n’ai pas eu l’occasion
depuis bien des années à écrire un exposé
en allemand. Et comme je dois (et veux) me
servir de cette langue pour mon troisième
volume de philosophie, que j’entreprendrai
prochainement […] il m’était profitable de
m’y préparer et de m’entraîner à nouveau
dans ce sport que j’avais délaissé pour un
temps »…
29 juillet
. Amusante réplique sur son
« impérialisme » : « Que diront M. Truman et
Eleanor en apprenant que vous avez abdiqué
le non-impérialisme si cher aux Américains
pour succomber à l’impérialisme dont vous
avez été infecté à Lambaréné »… Il supplie
Joy de renoncer à son projet sur
L’Esprit de
sagesse A.S.
: « Il vous manque des écrits
qui se trouvent dans mes grandes esquisses
du 3
e
volume de philosophie s’étendant sur
plus de vingt ans. Là-dedans se trouvent des
sentences et de petits exposés qui donneront
la vraie valeur à votre livre »… Il donne des
nouvelles de son pélican blessé, et se réjouit
du succès de l’anthologie : « un don de deux
mille dollars en résulte pour l’hôpital ! »…
18
août
. Sur l’édition Payot de son anthologie…
Puis il avoue : « Ma vie devient toujours plus
difficile. Parfois j’ai le sentiment que je ne
puis plus maîtriser tout le travail que j’ai à
faire. Je suis au désespoir de ne pouvoir en
aucune façon suffire à ma correspondance
et de régler les affaires que je devrais régler
par lettres… Ce terrible mot “au-dessus de
mes forces” (Über unsere Kraft) commence
à obséder et à me paralyser »…
Gunsbach 31
octobre
. Il a revu sa conférence sur Goethe
philosophe et répondu aux questions de
Joy, content qu’il ajoute cette conférence
à son livre…
5 décembre
. Joie de recevoir
The Africa of Albert Schweitzer
… Il travaille à




