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Jean COCTEAU

(1889-1963).

L.A.S. ; 1 page in-4.

« J’ai, pour Pierre

Reverdy

, la plus grande admiration, la plus

profonde estime. Il a été entraîné à vivre dans une ombre très noble.

J’ai été entraîné à me mouvoir dans une lumière très dangereuse.

Cette différence d’optique le trompe. Car une solitude se peuple de

fantômes. Je me refuse à répondre afin de ne pas tomber dans cette

faute qui consiste à porter en public des disputes intimes. Les colères

de Reverdy se fondent toujours en tendresse. Cette tendresse est la

seule chose dont je veuille me souvenir »…

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Jean COCTEAU

.

Manuscrit

autographe signé,

Monstres Sacrés

, [octobre 1953] ; 6

pages in-8, quelques ratures et corrections.

Beau texte pour

V

ogue

, sur les grands acteurs de théâtre

,

ou grandes figures de sa jeunesse, pour lesquels Cocteau a inventé

l’expression

Montres sacrés

. « Il ne saurait s’agir de mauvais ni de

bon goût chez ces fauves. Ils vivaient entourés de fourrures qui ne

sont autres que leur propre crinière et de gestes devenus objets ». Ils

dévoraient tout ce qui s’offrait à eux, pêle-mêle : « Racine, Shakespeare

ou n’importe quel mélodrame de Sardou. Vous le comprendrez en

observant les cages dont ils ne sortaient et où ils ne rentraient que pour

suivre la route de leur théâtre. Sarah

Bernhardt

et son salut de palais

de Venise,

Mounet-Sully

et l’espèce de pied de nez sublime dont il

soulignait un rugissement mélodieux,

de Max

et ses innombrables

profils,

Loti

pareil aux enfants qui se déguisent,

Réjane

épinglant

à sa toque sa voilette et son sourire, voilà des choses qui embrasaient

ma jeunesse et l’ombre des petits hôtels particuliers où ces princes

se ruinaient en faux meubles anciens, en cierges et en retables. […]

C’est qu’ils firent un avec le théâtre et que leurs fantômes hantent les

couloirs et les loges des temples où ils officiaient, des cirques où ils

furent ensemble le dompteur, le tigre et la lionne. Notre époque exige

plus de finesse et que le verbe devienne actif. Peut-être a-t-elle perdu le

bénéfice de ces excès dont les photographies ci-jointes témoignent, de

cette fougue aveugle où, sur les planches, le verbe se faisait chair ». Au

dos du dernier feuillet, il demande d’envoyer les épreuves à son adresse

rue de Montpensier…

800 / 1 000

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