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82 LACAN (Jacques). De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité.
Paris, Librairie
E. Le François, 1932
[Saint-Amand (Cher) – Imprimerie R. Bussière – 1-10-1932]. Grand in-8, broché, boîte-étui
moderne.
4 000/5 000
€
É
DITION ORIGINALE
,
TRÈS RARE
, de l’un des livres fondamentaux dans l’histoire de la psychanalyse.
On dit qu’elle aurait été tirée à petit nombre et que tous les invendus auraient été rachetés par l’auteur lui-même.
Exemplaire de premier tirage : le nom de l’auteur n’est pas suivi de son titre de
Chef de clinique de la Faculté de
Médecine de Paris
sur la couverture ni sur le titre.
Thèse de doctorat soutenue à la Faculté de médecine de Paris le 7 septembre 1932 par Jacques Lacan (1901-1981),
célèbre psychiatre et psychanalyste français, défenseur des thèses freudiennes.
L'auteur y étudie le délire systématique de persécution à travers le cas d'Aimée, alias Marguerite Anzieu (1892-1981),
née Pantaine, patiente internée pour avoir tenté d'assassiner une actrice en avril 1931 :
elle avait été élevée par une mère
qui souffrait de symptômes de persécution. À la manière d'une Emma Bovary moderne, elle rêva très tôt de devenir
autre ce qu'elle était : une intellectuelle, une romancière. En 1910, elle entra dans l'administration des Postes
[…].
En 1921, elle commença à manifester un comportement étrange : manie de la persécution, états dépressifs.
[…]
En 1930,
elle rédigea coup sur coup deux romans qu'elle voulut faire publier, et elle se persuada bientôt qu'elle était la victime
d'une tentative de persécution de la part d'Huguette Duflos, une comédienne célèbre de la scène parisienne des années
1930. En avril 1931, elle tenta de la tuer avec un couteau, mais l'actrice esquiva le coup et Marguerite fut internée à
l'hôpital Sainte-Anne où elle fut confiée, en juin 1931, à Jacques Lacan, qui fit d'elle un cas d'érotomanie et de paranoïa
d'autopunition. Entre le psychiatre et Marguerite, il n'y eut jamais la moindre entente. Elle ne cherchait nullement à être
soignée ou prise en charge, et il ne chercha pas à la convaincre de se regarder comme une patiente. Car il ne s'intéressait
à cette femme que pour illustrer sa doctrine de la paranoïa
(Élisabeth Roudinesco,
Lacan, envers et contre tout,
2011).
E
NVOI AUTOGRAPHE DE
L
ACAN AU COUPLE
D
EHARME
sur le faux-titre :
À Lise et Paul Deharme
le 23 fév. 33.
Jacques Lacan fut proche du cercle des surréalistes. Il fréquenta entre autres André Breton, se lia d'amitié avec René
Crevel, échangea longuement avec Dali sur la question de la paranoïa, reçut Antonin Artaud en 1938 à l'hôpital Sainte-
Anne et soigna Dora Maar de sa dépression nerveuse dès 1944 sur la recommandation de Paul Éluard.
Le surréalisme exerça une influence considérable sur son cheminement théorique. Dans
L'influence du surréalisme sur
la psychanalyse
(2002, pp. 91-92), Paolo Scopelliti rappelle ainsi que
sur plusieurs points, la thèse de Lacan adopte les
positions surréalistes, en particulier par l'immédiateté de l'interprétation, consubstantielle au délire ;
la
nature
structurante du délire ; l'intérêt non seulement nosographique, mais encore esthétique de la production des malades,
etc.
Après la publication de sa thèse, on le sollicita pour écrire un article dans la grande revue
Minotaure
(n°1 de juin 1933) :
ce sera
Le problème de style et les formes paranoïaques de l'expérience.
Et la même année, il publia un poème intitulé
Hiatus irrationalis dans le numéro double 3/4 du
Phare de Neuilly,
revue éphémère fondée par Lise Deharme.
La poétesse et romancière Lise Deharme (1898-1980) fut l'une des égéries du surréalisme. Elle fascina André Breton
qui la mit en scène dans
Nadja
sous le nom de Lise Meyer, la
dame au gant bleu.
On lui doit entre autres
Le Cœur de
Pic
(1937), joli livre surréaliste contenant 32 poèmes pour enfants et illustré de photographies de Claude Cahun.
Son mari, Paul Deharme, fut l'auteur du premier manifeste français pour un art radiophonique et le fondateur des Studios
Foniric, où travaillèrent notamment Robert Desnos et Jacques Prévert.




