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Manosque le 3 novembre 51
J’ai connu et estimé Monsieur Eugène Curet pendant plus de vingt ans.
J’avais pour lui la plus vive estime littéraire. Son livre Chroniques de
Peyrolles avait été l’objet des critiques les plus élogieuses de la part de
la presse parisienne (surtout du Mercure de France à l’époque).C’était
un homme droit, loyal, honnête, serviable et courageux.
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la plus désintéressée et la plus patriotique.
Il a été emprisonné par
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s’en est évadé pour rejoindre encore les forces libres. Il a écrit toute
sa vie des œuvres d’observations aiguës dans un style très hellénique
et mordant. Il avait l’esprit philosophique et, en résumé je le considère
comme le modèle de ce qu’on pourrait appeler l’honnête homme du
vingtième siècle.»
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Eugène Curet a été l’avocat de Giono lors de son incarcération à Saint-Vincent-
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[…]
Nous allons jeter cette bombe au dessus d’un atoll, les océans vont
s’envoler, les montagnes se fondre, les volcans jaillir, l’or s’effondrer
en poussière, la lumière construire de longues colonnes d’or pur, nous
allons tous retourner au centre de la nébuleuse originelle
[…]
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(Bambou-Nippon).Corrections, ajouts et annotations marginales.
Manosque, 13 octobre 52
Nous étions en train de regarder l’automne. Les hommes qui marchent
à la tête des chevaux, devant les charrettes de raisin, ont une allure
goguenarde et fanfaronne. On rit à la vendange. Ceux qui marchaient
en plein été devant les charrettes de blé étaient graves et silencieux.
Rien de composé dans ces attitudes. Elles sont naturelles. Cela vient
du fond des temps ; c’est l’homme sachant d’instinct les valeurs diffé-
rentes du blé et du vin. Rien de composé non plus(ou ceci est une autre
affaire) dans les textes de Marguerite Taos. C’est l’homme devant les
problèmes et le mystère
.
Prenons la vie la plus patriarcale .Il n’y a pas
que le foyer, le verger, le troupeau, le cheval, le couteau et la source ;
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valeur démesurée. Pour peu que je sente la nécessité de me mettre
bien avec quelque dieu j’irai d’instinct à mon blé à mon vin, à mon
huile, à mes moutons pour m’en servir d’appât ou de cadeau ; je ne
sais rien d’autre qui puisse faire merveille. Nous voila dans les grandes
constructions.
Il ne faut pas beaucoup de temps pour voir un astre et un esprit dans le
même olivier. A partir de la nuit ou je n’ai eu que la lampe à mettre entre
l’ombre et moi, l’huile a
assaisonné mes pois chiches d’un gout nou-
veau .Or je suis né après mon père qui était né lui même après le sien,
et la peur est née avant tout le monde. Si je me réjouis de mon verger,
je ne pense pas qu’en jarres ; ou si je pense en jarres c’est plus (disons
autant) pour rassurer mon esprit que mon ventre. Le poète est arrivé, et
le charme .Yahvé et Job ne sont pas loin ; et la démence, je veux parler
de celle qui accompagne pas à pas toute raison ; disons le symbolisme.
« Il dit, et déracine un chêne ».Il ne faut qu’un millième de seconde à
un vieillard assis non seulement pour déraciner mais pour animer tous
les chênes de l’univers. Un millième de seconde, et les voila alignés, à
droite par quatre, ou « chevauchant par bruyères, par montagnes, par
vallées, par roches et par malaisés détroits » comme l’armée écossaise
de Froissart. C’est commode quand on a à se venger de quelque ty-
rannie divine et qu’on est tout au plus un pauvre vieux berger solitaire.
Tout homme fut il roi, réclame sans cesse que justice lui soit rendue.
Et il y a les délices du risque. Que de progrès je fais depuis le mo-
ment ou l’olivier ne pouvait me donner que l’huile de ma salade ou de
ma lampe, le jour où je l’imagine (je le sais) capable de partir à son
aventure personnelle comme vous et moi. Il va me falloir ruser avec
lui, pendant qu’il rusera de son coté. Si mes moutons peuvent sublime-
ment se dresser sur leurs pattes de derrière et rugir comme des lions
je marcherai désormais devant le troupeau sans ennui et en serrant
délicieusement les fesses. Voila à proprement parler la civilisation, et
ce qui me distingue de l’inanimé. Je ne suis plus nu et cru. J’ai mes
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