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GLUH 2XL mais. C’est un nouveau destin .Ou je partais perdant j’ai dé-
sormais des chances. Les murs de ma prison sont historiés, et comme
dés qu’on a vu un visage ou une licorne dans une tache de moisissure
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liberté. Mon grabat est mon Caucase ; je suis Prométhée en faisant ma
sieste, et la preuve qu’il n’y plus ni murs, ni verrous, c’est que le vautour
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me confondre avec le reste de l’univers, j’ai une valeur propre. De toute
façon c’était vrai ; mais à une place qu’il me fallait à toute force quitter
.Car, ou prendre le courage de bien se tenir dans un
voyage immobile
qui va de zéro à zéro. Du moment que la vie est un songe, à moi les
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Je n’ai pas besoin d’ingénieurs pour réaliser mes
rêves .Je vole, non pas comme un avion ,mais comme un aigle ;mieux
encore ; comme une mouche et j’occupe paisiblement tous les points
de l’espace .Je n’ai pas besoin d’écoles, d’épures, d’agrégés, de tech-
niques, de polytechniques de conseils d’administrations, de capital, de
prototypes, de prolétariat, de travail à la chaine, je peux continuer a
paitre mes troupeaux, enjamber mon cheval, escalader mon chameau,
garder mes horizons propres, obéir aux vieilles lois qui me sont pater-
nelles et même faire la guerre pour mon plaisir ( ce qui est un luxe rare)
je n’en suis pas moins le plus civilisé du monde, et mes inventions sont
parfaites. Si parfaites qu’au lieu de limer ma sagesse, elles l’aiguisent.
La misère de l’homme est d’être de ce monde ; sa grandeur est de
le dépasser. Tous les efforts des temps modernes et mêmes ses dé-
lires sont facilement tenus en lisière.
«
Nous avons trouvé disent ils
le secret pour faire éclater l’univers Nous allons jeter cette bombe au
dessus d’un atoll, les océans vont s’envoler, les montagnes se fondre,
les volcans jaillir, l’or s’effondrer en poussière, la lumière construire de
longues colonnes d’or pur, nous allons tous retourner au centre de la
nébuleuse originelle pèle mêle avec les silexs, les mammouths, la rue
de la Paix et les polices d’état
!
Mais un couvercle de réalité obture
mathématiquement leur chaudron .Et tout ce qu’ils font, c’est ouvrir sur
la terre un nouvel abattoir clandestin.
Or, chaque jour, sans même quitter sa quenouille ou son peigne à car-
der, une indienne guatémaltèque, ou (comme ici) une femme berbère
fait éclater l’univers, et le recompose sur des thèmes au dessus du
réel...
Cette préface de Giono devait paraître dans
Le Grain magique
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