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Livres et manuscrits
dont Bibliothèque
Léon Hennique
Lot 200 à 364
Léon Hennique (1850-1935)
Léon Hennique est né à Basse-Terre en Guadeloupe où son
père, général, était en poste. Il fait des études classiques et
dès après la guerre de 1870, se consacre à la littérature.
La
Dévouée
(1878), son premier roman, est conçu comme une
œuvre « naturaliste ». Zola, représentant majeur du nouveau
mouvement, accueille ce livre avec beaucoup d’éloges. Les
deux hommes se côtoient et se lient d’amitié. Tous deux
contribuèrent au fameux recueil de nouvelles
Les Soirées de
Médan
(1880) dans lequel Hennique présente L’affaire du Grand
7 aux côtés des nouvelles des autres écrivains naturalistes
Maupassant, Huysmans, Céard et Paul Alexis. À ce premier
« groupe de Médan », ainsi dénommé suite à leur réunion dans
la maison que Zola acquiert en 1878 dans le village du même
nom, se joindront bientôt Flaubert, Daudet et quelques autres.
L’affaire Dreyfus entama la division du groupe dont les tensions
se cristallisèrent à l’occasion de conflits internes à l’Académie
Goncourt. «
Dernier survivant de cette aventure naturaliste, Léon
Hennique prolonge dans le tourbillon de l’entre-deux guerres,
le souvenir de l’avant-siècle : alors même qu’il a renoncé depuis
longtemps à la création littéraire…
»
1
Léon Hennique est en effet aujourd’hui plus connu pour le
rôle majeur qu’il assuma dans la création de l’Académie dont
il fut le premier président de 1907 à 1912. Edmond Goncourt
l’avait désigné avec Alphonse Daudet comme exécuteur
testamentaire et légateur universel. Son testament conférait au
deux hommes le soin de constituer une société littéraire qui
aurait pour objet de décerner un prix annuel. La disparition
prématurée de Daudet, un an après la mort d’Edmond
Goncourt, laisse seul Hennique dans le conflit qui l’oppose à la
famille Huot de Goncourt. Défendu par Raymond Poincaré, les
légataires universels sont confirmés dans leurs intérêts et Léon
Hennique réuni pour la première fois les « Dix » de la Société
littéraire des Goncourt en 1900 à son domicile de Passy.
C’est notamment au titre de président de l’Académie que Léon
Hennique vit sa bibliothèque s’étoffer. En effet, de nombreux
auteurs lui envoyaient leurs œuvres nouvelles en les lui
dédicaçant. C’est ainsi que cet ensemble apparaît ici comme
une réunion érudite de cette littérature naturaliste qui décrit
la société de la fin du XIX
e
siècle. Témoin unique et historique
de la relation que Hennique pouvait entretenir avec certains de
ces auteurs, le recueil de la correspondance que lui et sa fille,
Nicolette, entretinrent avec Henri Barbusse (lot 202) évoque
notamment les mois de tranchées ainsi que des considérations
pour la rédaction de l’ouvrage
Le Feu
, que cette expérience a
inspiré. Ce livre reçu le Prix Goncourt en 1916. Sont à signaler
également les séries d’ouvrages consacrés à l’histoire, la
Révolution ou encore à Boulogne-sur-Mer qui sont l’illustration
des intérêts et origines de la famille Hennique.
Cette bibliothèque est ici enrichie par une réunion de livres
anciens d’histoire et de voyages emmenés par le Cook (lot 279)
et le Picard (lot 285). Elle se clôture sur un remarquable ensemble
d’illustrés du début du XX
e
siècle collectés par un bibliophile
éclairés dont les reliures sont finement exécutées. La ville de
Paris y occupe un place de choix avec les
Balades dans Paris
(lot
303), les
Poèmes parisiens
(lot 304) ou encore les
Chansons de
Montmartre
(lot 308) illustrées par Steinlen.
1
Vérane Partensky,
Léon Hennique : le silence du naturalisme
, dans
Cahiers Edmond et Jules de Goncourt
, n° 10, 2003, p. 75.




