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Ouvrage célèbre, cette histoire de la guerre de Quatre-Vingts Ans écrite par le jésuite Famiano Strada (
1572
-
1669
), à la
demande et à la louange des Farnèse, couvre la période de
1555
à
1590
. Elle se compose de trois décades dont la dernière
ne vit jamais le jour, sa publication ayant été empêchée, dit-on, par volonté de la cour d’Espagne. Composée en latin,
l’histoire de Strada parut d’abord à Rome en
1632
-
1647
, sous le titre
De bello belgico
, et fut ensuite traduite en de
nombreuses langues européennes.
Cette édition, la seconde publiée par Augustin Courbé, après celle de
1644
-
1649
, est ornée d’une grande vignette gravée
par
Daret
sur les titres et de quatorze portraits à mi-page gravés en taille-douce, ainsi que de jolis bandeaux, culs-de-lampe
et lettrines gravés sur bois.
Précieux exemplaire en grand papier dans une magnifique reliure à la Du Seuil aux armes de la Grande
Mademoiselle.
Anne-Marie-Louise d’Orléans (
1627
-
1693
), dite la Grande Mademoiselle, était duchesse de Montpensier, dauphine
d’Auvergne, comtesse d’Eu et de Mortain, princesse de Joinville et de Dombes. Fille de Gaston d’Orléans et de Marie de
Bourbon, petite-fille d’Henri IV et cousine germaine de Louis XIV, elle représente dès sa naissance le plus riche parti
d’Europe. Ambitieuse, elle caresse un temps l’espoir d’épouser son royal cousin, mais tous les mariages qu’elle envisage
échouent. En
1651
, elle soutient Condé lors de la Fronde et dut se retirer sur ses terres de Saint-Fargeau pour ne reparaître
à la cour qu’en
1657
. Elle s’éprit alors du marquis de Puyghillem, futur duc de Lauzun, qu’elle finit par épouser secrètement
en
1657
.
« Sa bibliothèque a trait, en grande partie, à l’histoire de France, pour laquelle la princesse avait un goût marqué », indique
Quentin Bauchart. Sur les quatre-vingts ouvrages de sa bibliothèque que cite le bibliographe (celui-ci est du nombre), plus
de soixante se trouvent aujourd’hui dans les collections publiques – à Paris, à Compiègne ou à Rouen pour la plupart. À sa
mort, la Grande Mademoiselle choisit comme légataire universel son cousin Philippe I
er
d’Orléans (
1640
-
1701
),
dit Monsieur, le fils cadet de Louis XIII, transférant ainsi avec de nombreux titres et biens le duché de Montpensier à la
quatrième maison d’Orléans.
L’exemplaire est ainsi passé dans la bibliothèque de Philippe II d’Orléans (
1674
-
1723
), dit le Régent, duc de Chartres,
puis à la mort de son père en
1701
, duc d’Orléans, de Valois, de Nemours et de Montpensier, avec cachet ex-libris aux armes
des ducs d’Orléans sur les titres et à la p.
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des deux volumes.
Des bibliothèques du prince Sigismond Radziwill (vente I à Paris,
22
janvier
1866
, lot
1507
) et Mortimer L. Schiff
(ex-libris, vente III à Londres,
23
mars
1938
, lot
2201
).
En
1910
, la librairie J. Pearson & Co. de Londres avait présenté notre exemplaire (cat.
Two hundred books from the libraries
of the world’s greatest book collectors
, n°
68
) accompagné de l’
Histoire des guerres civiles de France
de Davila (Paris,
Rocolet,
1657
), ce dernier dans une reliure aux armes de la duchesse de Montpensier en tout point semblable au Strada. La
notice indiquait : «
Superb copies printed on large paper, and magnificently bound by Boyet. There is scarcely any rarer
or more esteemed provenance than that of the Duchesse de Montpensier [...]. These four splendid volumes are without
doubt the finest examples of this famous woman’s library that can ever occur for sale
». Les deux ouvrages n’étaient
cependant déjà plus ensemble en
1866
lors de la vente du prince Radziwill et ils ne l’étaient pas davantage en
1938
au
moment de la vente des livres de Mortimer Schiff. Cette disjonction est d’ailleurs corroborée dès
1886
puisque Quentin
Bauchart, dans son ouvrage sur les
Femmes bibliophiles de France
, ne cite que le Strada.
L’exemplaire des
Guerres civiles
de Davila a quant à lui été présenté par la Librairie Giraud-Badin dans le catalogue de la
vente de
Très beaux livres anciens
du
6
mai
2011
(lot
17
, ill., erreur sur la provenance), où la reliure était attribuée à
l’atelier de Pierre Rocolet.
Exemplaire de la plus grande qualité et de toute fraîcheur.
Il a figuré dans plusieurs expositions, dont celle intitulée
Le Livre au féminin
, organisée par la Société Royale des
Bibliophiles et Iconophiles de Belgique à la Bibliothèque Royale de Belgique du
13
décembre
1996
au
11
janvier
1997
(cat.
n°
146
).
Insignifiantes et très discrètes restaurations sur un mors et un coin.
Brunet, V, 557 – OHR, pl. 2561 – Quentin Bauchart, I, 262, n°61 (exemplaire cité).
Expositions : Cinq siècles d’ornements, n°61 – Le Livre au féminin, n°146 – Une vie, une collection, n°21.




